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Full text of "Revue celtique"

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Stephen B. Roman 

From the Library of Daniel Binchy 



REVUE CELTIQUE 



TOME Vil 



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/^_y H. GAIDOZ \^/ i 

^V 1870-1885 \^ 



PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE 

H. DARBOIS DE JUBAINVILLE 

Membre de l'Institut, Professeur au Collège de France 
AVEC LE CONCOURS DE 

J. LOTH E. ERNAULT 

Chargé de cours à la Faculté Maître de conférences à la Faculté 

des lettres de Rennes des lettres de Poitiers 

ET DE PLUSIEURS SAVANTS DES ILES BRITANNIQUES ET DU CONTINENT 

G. DOTTIN 
Secrétaire de la rédaction 

Tome VII 




PARIS 

F. VIEWEG, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

67, rue de Richelieu, 67 

1886 



TABLE DES MATIÈRES 



Pages. 
Des attributions judiciaires de l'autorité publique chez les Celtes, par 

H . d'Arbois de Jubainville 2 

Etudes bretonnes, par E. Ernault, 

I. L'individualisme dans le langage breton 38 

II. Le breton et l'argot 41 

III. Un cas de renforcement des consonnes 14$ 

IV. Sur la chute des sons, a, w, v, / 308 

Mots bretons dans les chartes de Beauport, par G. Dottin 52, 200 

Two Irish 1 $th century versions of Sir John Mandeville's travels, by 

John Abercromby 66, 210, 358 

La légende et les iemmes dans la plus ancienne histoire des Celtes et de 

la Gaule, par H. d'Arbois de Jubainville 129 

Flora celtica, par H. Gaidoz 162 

Remarques sur le bas-vannetais, par J. Loth 171 

Chansons en bas-vannetais, par le même 1 79 

Find and the Phantoms, by Wh. Stokes 289 

Le mystère des trois rois, par J. Loth 317 

Fragment du Mabinogi de Gereint Ab Erbin, transcrit par J -G. Evans, 

traduit et annoté par J. Loth 40 1 

MÉLANGES. 

La seconde édition du Barzaz Breiz, par H. Gaidoz 80 

Des pronoms infixes, par H. Gaidoz 81 

Chartes données en Irlande en faveur de l'ordre de Cîteaux, par 

H. d'Arbois de Jubainville • 81 

Charte originale du pays de Galles, par H. d'Arbois de Jubainville ... 86 

Le mètre irlandais Rinnard, par R. Thurneysen 87 

La puissance paternelle sur le fils, en droit irlandais, par H. d'Arbois 

de Jubainville 9 1, 241 

Gloses irlandaises du psautier de saint Caimin, par H. d'Arbois de 

Jubainville 96 



vi Table des Matières. 

Les guerriers d'Ulster en mal d'enfant, par H. d'Arbois de Jubainville. 225 

Une légende irlandaise en Bretagne, par H. d'Arbois de Jubainville. ... 230 

Du futur secondaire en breton armoricain, par J. Loth 233 

La prose de saint Colomba, par H. Gaidoz 247 

Le manuscrit Cottonien Otho E. XIII. La saisie irlandaise et la saisine 

bretonne, par H. d'Arbois de Jubainville 238 

A note on some of the words for flax, by J. Rhys 241 

La procédure du jeûne en Irlande, par H. d'Arbois de Jubainville 24s 

Du langage secret dit ogham, par R. Thurneysen 369 

Early middle-Irish glosses froms Rawl. B. 502 by Wh. Stokes 374 

L'inscription de Voltino et ses interprétations, par P.-Ch. Robert 436 

BIBLIOGRAPHIE. 

A. Buhotde Kersers, Monuments consacrés à Mars, découverts à Bourges 

en 1885 • ' 266 

De Chaban, Essais sur l'origine du nom des communes 103 

E. Ernault, La voyelle brève u en grec, en latin et en celtique 110 

S. Ferguson, On the Patrician documents 274 

J. Flach, Les origines de l'ancienne France 387 

H. Gaidoz, Le dieu gaulois du soleil et le symbolisme de la roue 252 

J. T. Gilbert, Facsimiles of national manuscripts of Ireland 260 

Guanon, St . George and the Dragon 384 

J. Kadiou, En Breiz-Izel 277 

F. M. Luzel, Légendes de la Basse-Bretagne 97 

— Le magicien et son valet 277 

A. Macbain, Celtic mythology and religion ..... 279 

Kuno Meyer, Merugud Uilix maicc Leirtis 256 

H. Merguet, Lexikon zu den Schriften Caesars 265, 447 

C. Pauli, Die Inschriften nordetruskischen Alphabets 2 s8 

N. Çuiellien, L'argot des nomades en Basse-Bretagne 250 

Revue des traditions populaires 277 

J. Rhys, Celtic Britain, 2 e édition. , 376 

E. Sattler, Y Gomerydd 385 

Saurel, L'inscription du Groseau 103 

Wh . Stokes, Celtic declension '. 1 00 

A. Vachez, Une nouvelle interprétation du nom de Lugdunum 386 

H. de la Villemarqué, Poésies bretonnes sous Anne de Bretagne. Textes 

bretons du moyen âge 99 

H. Wasserschleben, Die irische Kanonensammlung 266 

W.-G. Wood-Martin, The lake dwellings of Ireland . 271 

CHRONIQUE. 

Academy 114, 125, 126, 128, 281, 285, 393, 394, 448, 449 

Académie des Inscriptions et Belles-Lettres 287, 388 



Table des Matières. vu 

Académie royale d'Irlande 394 

Ancient laws of Ireland 114 

Annales de Bretagne 28 5 , 449 

Annuaire de la Marne 390 

Archives de Bretagne 392 

Athenaeum 394 

Beac'h ar c'hristen war-zu an eurusted peurbaduz 446 

Bulletin épigraphique 113 

Bulletin monumental 390 

Cartulaire de Landévennec 391 

Celtic Magasine 449 

Comptes rendus de l'Académie de Munich 127 

Comptes rendus de l'Académie de Saxe 123 

Congrès archéologique de France 394 

Courrier de Dublin 121 

Courrier de Londres 283 

Egli, Geschichte der geographischen Namsnkunde 285 

Gazette archéologique 11a 

Groeber, Grundriss der romanischen Philologie 447 

Hibbert lectures 392 

Inscription gauloise d'Orgon 450 

Rev. Edm. Hogan. Liber angueli 444 

R. Koehler, Etude sur la légende italienne Superbia e morte di Senso. 285 

Mackinnon, Cours de celtique 288 

Mémoires de l'Académie dei Lincei 112 

Mémoires de la Société des Antiquaires du Centre .. . . 112 

Mémoires de la Société d'agriculture, etc., de Châlons-sur-Marne 390 

Notices nécrologiques sur M. Bradshaw, Sir Samuel Ferguson, M. Ernest 

Desjardins 281, 44 1 , 443 

Numismatique 113, 389 

Philological Society 286 

Revue d'anthropologie 287 

Revue archéologique 1 1 1, 287, 388, 389, 391 

Revue de Comminges 112 

Revue épigraphique 112 

Revue d'ethnographie 395 

Revue historique 286, 388 

Revue du Lyonnais 397 

J. Rhys, Welsh texts edited and revised 127, 285 

Société des Antiquaires de France 390, 391 

Society for the préservation of the Irish language 283 

Tain bô Cûailnge 449 

Transactions of the Gaelic Society of Inverness 1 28 

Zeitschrift fur vergleichende Sprachforschung 121 



La Revue celtique est devenue un trait d'union entre tous les savants 
des Iles-Britanniques et du continent qui s'intéressent au genre d'étude 
qu'elle a pour objet. Ce succès est dû au tact vraiment scientifique dont 
a toujours fait preuve le directeur zélé qui vient de se retirer. La di- 
rection nouvelle croit se faire l'interprète du sentiment unanime des 
lecteurs de la Revue celtique en exprimant en leur nom un vif regret de 
la résolution inattendue qu'a prise M. Gaidoz. Ce regret est surtout res- 
senti par ses collaborateurs. Ils espèrent toutefois que M. Gaidoz restera 
dans leurs rangs et leur procurera le plaisir de lire encore cette prose 
toujours spirituelle-, mordante quelquefois, dans laquelle il a écrit tant 
d'instructifs comptes rendus critiques, tant de chroniques si pleines d'in- 
térêt, et des articles de fonds malheureusement trop peu nombreux. 

Quant à la direction qui entre en fonctions, elle aura atteint le but de 
son ambition si elle parvient à ne pas laisser déchoir la publication pé- 
riodique dont la création est due tant à l'initiative hardie de M. Gaidoz 
qu'à l'intelligent concours de M. F. Vieweg. 



Rev. CM. VIL 



DES ATTRIBUTIONS JUDICIAIRES 

DE L'AUTORITÉ PUBLIQUE 

CHEZ LES CELTES. 



CONSÉQUENCES AU DOUBLE POINT DE VUE : !° DE L'ORGANISATION POLI- 
TIQUE, 2° DE LA PROCÉDURE DANS LES CONTESTATIONS PRIVÉES. 



SOMMAIRE. 

Pages, 
g I er . La compétence restreinte des tribunaux dans la Gaule indépendante a pour 

effet la prédominence du système de la clientèle 2 

g 2. La conquête romaine en Gaule; révolution bienfaisante qui en est le résultat. 

La conquête anglaise en Irlande 8 

g 3 . La procédure irlandaise. — Première partie, le duel 1 1 

g 4. La procédure irlandaise. — Seconde partie, la saisie mobilière 20 

g ç. La procédure irlandaise. — Troisième partie, la saisie immobilière 31 



g 1 er . La compétence restreinte des tribunaux dans la Gaule indépendante a pour effet la 
prédominance du système de la clientèle. 

La Loi des Douze Tables, qui remonte au milieu du cinquième siècle 
avant notre ère, débute par une procédure qui appartient déjà, on peut 
le dire, malgré sa haute antiquité, à la civilisation moderne ; il s'agit de 
la citation à comparaître devant le magistrat : la comparution sera for- 
cée ; le juge, sans le consentement du défendeur, rendra, quoique l'intérêt 
privé soit seul en jeu, une sentence dont l'exécution sera assurée par la 
force publique. Dans le droit primitif des Indo-Européens, cette procé- 
dure est inconnue, il n'y a de juridiction obligatoire que lorsqu'il s'agit 
de crimes contre la sûreté de l'Etat ; c'est alors que le magistrat 
intervient. Alors l'accusé, contraint à comparaître devant le tribunal 



Des attributions judiciaires de l'autorité publique chez les Celtes. 3 

qu'a institué la coutume, c'est-à-dire ordinairement devant le peuple 
ou devant le roi, est, en cas de condamnation, frappé d'une peine 
que la puissance publique fait exécuter. 

Mais la puissance publique se désintéresse des questions qui ne tou- 
chent pas aux droits et à la sûreté de l'Etat, et, à cette période reculée, 
les crimes et les délits contre les particuliers, même le meurtre et l'as- 
sassinat, sont considérés comme aussi indifférents à l'Etat que les con- 
testations civiles : la mort violente d'un homme est affaire qui concerne 
sa famille et non la société. A plus forte raison le vol d'un objet appar- 
tenant à un particulier n'est pas du nombre des crimes que les magistrats 
ont reçu mission de châtier. Par conséquent, celui qui est accusé de vol 
n'est pas obligé de se soumettre à la juridiction du tribunal public ; à ce 
point de vue, pas de différence entre lui et la personne à laquelle on 
réclame le paiement d'une créance quelconque ou la restitution d'un 
objet emprunté. 

Cette manière de distinguer entre l'intérêt public et l'intérêt privé, 
cette indifférence de l'Etat à l'égard du second, nous explique la consti- 
tution de la société en Gaule à l'époque de la conquête romaine, sous un 
double aspect ; elle nous fait comprendre l'origine de la juridiction des 
Druides et le grand développement du système de la clientèle. Il y avait 
deux façons de résoudre les contestations privées : l'une était de 
s'adresser à un tribunal arbitral, à des hommes investis de la confiance 
des parties et dont les deux adversaires promettaient d'accepter la sen- 
tence ; l'autre consistait à employer la force : la famille de celui qui 
avait été tué prenait les armes et tuait le meurtrier si elle le pouvait ; le 
volé, accompagné de ses parents, allait trouver le voleur: il cherchait à 
reprendre violemment l'objet volé et à enlever en outre d'autres objets 
équivalant comme prix à l'indemnité pour vol, fixée par l'usage. En cas 
d'insolvabilité du voleur, ce qui était le plus fréquent, le volé, s'il le 
pouvait, s'emparait de la personne du voleur, et la coutume lui recon- 
naissait le droit de disposer de sa vie. 

Quand on n'avait pas recours à la force, le tribunal arbitral auquel on 
s'adressait ordinairement en Gaule, au temps de César, était celui des 
Druides ' : cela résultait de leur réputation de science et de leur prestige 
religieux. Parmi les Gaulois, un certain nombre avaient été leurs élèves, 
ou leur confiaient eux-mêmes l'éducation et l'instruction de leurs enfants ; 
tous les Gaulois les considéraient comme investis d'une puissance surna- 

I. Caesar, De betlogallico, 1. VI, c. 1 j , § ; : Nam fere de omnibus controversiis publicis 
privatisque constituunt; et, si quod est admissum facinus, si caedes facta, si de here- 
ditate, de finibus controversia est, iidem decernunt ; praemia poenasque constituunt. 



4 H. d'Arbois de Jubainville. 

turelle et en quelque sorte divine, qui leur faisait prévoir l'avenir et con- 
naître dans le présent les choses les plus secrètes : il était logique de les 
prendre pour arbitres quand, dans une contestation, on voulait éviter 
l'effusion du sang '. 

Lorsqu'on recourait à la force, il est clair que les chances les plus 
nombreuses étaient du côté de celui qui pouvait mettre en ligne le plus 
grand nombre de combattants : de là l'utilité de la clientèle, qui donnait 
aux parents de la partie lésée des auxiliaires quelquefois très nombreux 
et qui pouvait d'autre part assurer l'impunité du coupable en lui don- 
nant un appui. On connaît par César l'histoire d'Orgétorix qui, accusé 
de haute trahison, se présenta devant le tribunal national en amenant 
avec lui ses parents, ses esclaves, ses clients et ses débiteurs; il inspira 
ainsi à ses juges une terreur si grande qu'ils n'osèrent d'abord entamer 
son procès 2 . Il est question de la clientèle des chefs gaulois dans un 
certain nombre d'autres passages du De bello gallico 3. Quand le chef 
considérait ou prétendait considérer la cause du client comme légitime, il 
lui donnait sa protection : rien n'était dangereux comme de faire tort au 
client d'un chef puissant : de là, la multiplication de la clientèle, qui était 
pour les hommes de condition inférieure une garantie de sécurité beau- 
coup plus qu'un état de servitude *. 



i. De bello gallico, 1. VI, c. 13-14; Cicéron, De divinatione, 1. I, § 90. 

2. Orgetorix ad judicium omnem suam familiam, ad hominum milia decem, undique 
coegit et omnes clientes obaeratosque suos, quorum magnum numerum habebat, eodem 
condu.xit ; per eos, ne causam diceret, se eripuit. De bello gallico, 1. I, c. 4. § 2. 

3. Dumnorigem ... magnum numerum equitatus suo samptu semper alere et circum se 
habere, 1. I, c. 18, § 5. 

Equitum ... ut quisque est génère copiisque amplissimus, ita plurimos circum se am- 
bactos clientesque habet. Hanc unam gratiam potentiamque noverunt, 1. VI, c. 15, § 2. 

Paulo supra hanc memoriam servi et clientes, quos ab iis dilectos esse constabat, 
justis funeribus confectis. una cremabantur, 1. VI, c. 19, § 4. 

Veicingetorix, Celtilli filius, arvernus, summae potenthe adulescens (cujus pater prin- 
cipatum Galliae totius obtinuerat, et ob eam causam. quod regnum appetebat, ab civitate 
erat interfectus) convocatis suis clientibus, facile incendit, 1. VII, c. 4, § 1. 

[Aeduorum] civitatem esse omnem in armis, divisum senatum, divisum populum ; 
suas cujusque eorum clientelas, 1. VII, c. 32, g 5. 

Litaviccus cum suis clientibus, quibus more Gallorum nefas est etiam in extrema for- 
tuna deserere patronos, Gergoviam profugit, 1. VII, c. 40. § 7. 

Lucterius ... oppidum Uxellodunum quod in clientela fuerat ejus ... occupât, 1. VIII, 

c- }2, § 2 

Aux fragments VI, 19, et VII, 40, comparez le fragment suivant, III, 22. 1-3 : Adia- 
tunnus ... cum sexcentis devotis, quos il lî soldurios appellant (quorum haec est con- 
dicio, uti omnibus in vita commodis una cum his fruantur quorum se amicitiae dedide- 
rint ; si quid iis per vim accidat, aut eundem casum una ferant, aut sibi mortem cons- 
ciscant; neque adhuc hominum memoria îepertus est quisquam, qui, eo interfecto, cujus 
se amicitiae devovisset, mori recusaret). 

4. Ne quis ex plèbe contra potentiorem auxilii egeret. Suos enim quisque opprimi et 
circumveni non patitur ; neque, aliter si faciat, ullam inter suos habet auctoritatem. De 
bello gallico, 1. VI, c. 1 1, § 4. La société germanique était organisée d'après les mêmes 
principes. Celui qui tuait le client d'un homme puissant était exposé à une vengeance 



Des attributions judiciaires de l'autorité publique chez les Celtes. 5 

Le système de la clientèle ne s'appliquait pas en Gaule aux individus 
seulement, il s'étendait aux êtres collectifs : un peuple faible était client 
d'un autre peuple plus fort que lui. C'était une nécessité, puisque la 
Gaule n'avait ni gouvernement central ni tribunal, officiellement établis 
pour juger les contestations de peuple à peuple : la situation des peuples 
faibles était en Gaule identique à celle des familles pauvres, il leur fallait 
des patrons '. 

La mission du gouvernement central, quand il en existait un, était de 
diriger la défense commune contre l'ennemi extérieur et non de juger les 
contestations entre les différents peuples : tel fut le rôle de Vercingétorix. 
Sans doute, le tribunal des Druides, qui se réunissait tous les ans dans le 
territoire des Carnutes, mettait à la disposition de tous, peuples comme 
particuliers, sa juridiction arbitrale ; mais il n'était pour personne obli- 
gatoire de s'adresser à elle. Le plus fort qui avait commis un acte in- 
juste envers le plus faible évitait de se présenter devant un tribunal 
religieux qui lui aurait fait perdre le bénéfice de sa supériorité, et qui, 
une fois la sentence rendue contre lui, l'aurait frappé d'excommunication 
dans le cas où il aurait refusé de se soumettre à cette décision 2 . Quand 



bien plus redoutable que s'il tuait un individu qui n'avait pas de protecteur. Voilà pour- 
quoi, dans la loi Salique, le wehrgeld du leude ou client du roi des Francs est triple de 
celui du simple citoyen, Lex emendata, c. 4?, § 1, 4, édition Hessels et Kern, co!. 2ji, 
260; Deloche, La trustis et l'antrustion royal, p. 146. 

1. Voici quelques passages du De bello gallico, relatifs aux peuples clients d'autres 
peuples : 

Aeduos eorumque clientes, 1. 1, c. 31, § 6. 

Bellovacos omni tempore in fide atqueamicitia civitatis Aeduae fuisse, 1. Il, c. 14, § 2. 

In fines Eburonum et Condrusorum, qui sunt Treverorum clientes, 1. IV, c. 6, § 4. 

Nerviis persuadet. Itaque confestim dimissis nunciis ad Ceutrones, Grudios, Levacos, 
Pleumoxios, Geidumnos, qui onines sub eorum iirperio sunt, 1. V, c. 39, g 1. 

Senones ... Caesarem ... adeunt per Aeduos, quorum antiquitus erat in fide civitas, 
1. VI, c. 3, § 6; c. 4, § 2. 

Carnutes ... usi deprecatoribus Remis, quorum erant in clientela, 1. VI, c. 4, § 5. 

Summa auctoritas antiquitus erat in Aeduis, magnaeque eorum erant clientelae ... 
Praeliis vero compluribus factis secundis ... tantum potentia antecesserant [Sequani], ut 
magnam paitem clientium ab Aeduis ad se traducerent ... Adventu Caesaris facta commu- 
tatione rerum ... veteribus clientelis restitutis, novis per Caesarem compaiatis ... Se- 
quani principatum dimiserant. In eorum locum Rémi successerant ; ... îi qui propter 
veteres inimicitias nullo modo cum Aeduis conjungi poterant, se Remis in clientelam di- 
cabant, 1. VI, c. 12. 

Bituriges ad Aeduos quorum erant in fide, 1. VII, c. j, § 2. 

Imperant Aeduis atque eorum clientibus, Segusiavis, Ambivaretis, Aulercis Brannovi- 
cibus, Brannoviis, millia XXXV;parem numerum Arvernis, adjunctis Eleutetis, Cadurcis, 
Gabalis, Vellavis, qui sub imperio Arvernorum esse consuerunt, 1. Vil, c. 7s, § 2. 

2. Nam fere de omnibus controversiis publias privatisque ("Druides] constituunt ; et, 
si quod est admissum facinus, si caedes facta ; si de hereditate, de finibus controversia 
est, idem decermint ; piaemia poenasque constituunt : si qui aut privatus aut populus 
eorum decreto non stetit, sacrifiais interdicunt. Haec poena apud eos est gravissima .. Hi 
certo anni tempore in finibus Carnutum, quae regio totius Galliae média habetur, consi- 
dunt in loco consecrato. Hue omnes undique, qui controversias habent.conveniunt eorum- 
que decretis judiciisque parent, 1. VI, c. 13, g s et 10. 



6 //. d'Arbois de Jubainville. 

César dit que tout le monde prenait les Druides pour juges, il est clair 
qu'il exagère beaucoup, puisque ses Commentaires nous parlent plusieurs 
fois des contestations qui divisaient les Gaulois, et nous ne voyons nulle 
part dans son récit les Druides intervenir comme juges. Il n'y a en Gaule 
aucune autorité nationale qui impose une solution des querelles de 
peuple à peuple, et voilà pourquoi César devient l'arbitre des querelles, 
le protecteur des opprimés et finalement le maître du pays. Quand les 
Helvètes attaquent les Éduens, les Ambarres et les Allobroges, ceux-ci 
s'adressent, non pas aux Druides, mais à César 1 . Ainsi, dès le début, 
César prend dans les luttes de peuple à peuple le rôle qu'il jouera 
bientôt, même dans les dissensions intestines des cités. En effet, quand 
chez les Trévires, Indutiomare et Cingétorix prétendent tous deux au 
principat, ce ne sont pas les Druides qui tranchent la question : César est 
le juge qui la résoud 2 . Plus tard, chez les Eduens, deux partis se dis- 
putent le pouvoir souverain. D'après la coutume, un magistrat annuel, 
unique, appelé vergobret, doit gouverner la cité ; chacune des deux fac- 
tions s'est donné le sien ; l'un a été élu suivant les formes par le minis- 
tère des prêtres, c'est-à-dire des Druides, l'autre est l'homme le plus 
puissant de la cité, le frère du vergobret de l'année précédente. Quel est 
le juge de la contestation ? c'est le général romain 5. Cet exemple-ci sur- 
tout est caractéristique; un parti conteste la valeur d'un acte sacerdotal, 
ce n'est pas le tribunal des Druides qui la détermine : César est choisi 
pour l'apprécier. On pouvait sans doute soumettre à l'arbitrage des 
Druides toute espèce de différends ; mais pour se servir de leur minis- 
tère, il fallait que les deux parties se fussent d'abord entendues pour 
renoncer à l'usage de la force. César est juge suprême en Gaule, parce 
qu'il a la force en main. 

Avant son arrivée, l'autorité politique suprême, autant qu'elle pouvait 
exister dans un état social aussi primitif, appartenait au peuple qui avait 
su grouper autour de lui la clientèle la plus nombreuse. Deux peuples 
se disputaient ce rang suprême : l'un était les Arvernes qui, sous la ma- 
gistrature de Celtillus, père de Vercingétorix, avaient possédé ce que 
César appelle le principat de toute la Gaule 4 et qui en avaient été dé- 



i. De bello gallico, 1. 1, c. n. 

2. De bello gallico, 1. V, c. 3-4. 

3. De bello gallico, 1. VII, c. 32-33 ; cf. 1. I, c. 16 § (. 

4. Vercingétorix, Celtilli films, Arvernus, summae potentiae adulescens (cujus pater 
principatum Galliae totius ohtinuerat, et ob eam causam, quod regnum appetebat, ab 
civitate erat interfectus). De bello gallico, 1. VII, c. 4, § 1 . 

Galliae totius factiones esse duas : harum alterius principatum tenere Aeduos, alterius 
Arvernos. Hi quum tantopere de potentatu inter se multos annos contenderent, factum 



Des attributions judiciaires de l'autorité publique chez les Celtes. 7 

pouillés ensuite. Ils avaient pour clients les Eleutètes, les Cadurci, les 
Gabali, les Vellavi ' et probablement beaucoup d'autres peuples dont 
nous ignorons les noms, peut-être les Carnutes 2 ; certainement les Sequani 
qui un instant les supplantèrent à la tête de leur parti 5. L'élection de l'ar- 
verne Vercingétorix au commandement en chef des armées nationales contre 
les Romains, dans l'assemblée générale de Bibracte, rendit aux Arvernes 
le principat, dont ils jouirent pendant une courte durée avec plus d'éclat 
que de succès 4. 

Le parti opposé avait à sa tête les Eduens qui comptaient parmi leurs 
clients les Bellovacis, les Senones 6 , les Parisii 7, les Segusiavi, les Am- 
bivareti, les Aulerci Brannovices 8 , les Bituriges<>. César parle plusieurs 
fois du principat exercé sur toute la Gaule par les Eduens ,0 . Les Se- 
quanes, avec l'aide des Germains, venaient de le leur enlever et en même 
temps de s'emparer d'une partie de leur clientèle quand César commença 
la guerre des Gaules. Le général romain fit recouvrer aux Eduens leurs 
anciens clients, leur en fit même acquérir de nouveaux et par là leur 
rendit le principat, mais un certain nombre des peuples qui formaient le 
parti des Séquanes et des Arvernes éprouvaient envers les Eduens des 
sentiments de haine trop violente pour se placer sous leur patronage : 



esse, uti ab Arvernis Sequanisaue Germani mercede arcesserentur. De bello gallico, 
1. I,c 31, § 3,4- 

1. De bello gallico, 1. VII, c. 7S, § 2. 

2. L. VI, c. 4, § j; c. 12, §7. 

3. Quum Caesar in Galliam venit, alterius factionis principes erant Aedui, alterius Se- 
quani. De bello gallico, 1. VI, c. 12, § 1. Cf. 1. I, c. 31, § 4 : ab Arvernis Sequanisque 
Germani mercede arcesserentur. 

4. Aedui ... contendunt ut ipsis summa imperi tradatur ... Ad unum omnes Ver- 
cingetorigem probant imperatorem ... Magno dolore Aedui ferunt, se dejectos principatu. 
De bello gallico, 1. VII, c. 63. 

5. Bellovacos omni tempore in tide atque amicitia civitatis Aeduae fuisse, De bello 
gallico. 1. II, c. 14, g 2. Beauvais, Oise; cf. E. Desjardins, Géographie historique et admi- 
nistrative de la Gaule romaine, t. II, p. 43$, 455. 

6. Senones ... Caesarem ... adeunt per Aeduos, quorum antiquitus erat in fide civitas. 
De bello gallico, 1. VI, c. 4, g 2. Sens, Yonne; cf. Desjardins, t. II, p 469-473. 

7. Concilium Lutetiam Parisiorum transfert. Confines erant hi Senonibus civitatemque 
patrum memoria conjunxerat. De bello gallico, 1. VI, c. 3, § 4-j ; cf. Desjardins, t. II, 
p. 473-476. 

8. Imperant Aeduis atque eorum dientibus, Segusiavis, Ambivaretis, Aulercis Branno- 
vicibus, Brannoviis. De bello gallico, 1. VII, c. 75, g 2. La capitale des Segusiavi était 
Lyon. On ne connaît pas la situation des trois autres peuples; on les croit voisins des 
Aedui; cf. Desjardins, t. II, p. 465-469. 

9. De bello gallico, 1. VII, c. 5, g 2 ; cf. Desjardins, t. II, p. 426-427. Leur capitale 
Avaricum est aujourd'hui Bourges. 

10. Chez eux le parti national gaulois disait : Praestare, si jam principatum Galliae obti- 
nere nonpossint, Gallorum quam Romanorum impena perferre. De bello gallico, 1. I,c. 17, 
§ 3. — César, s'adressant au roi germain Arioviste, rappelle : ut omni tempore totius 
Galliae principatum Aedui tenuissent, 1. I, c. 43, g 7. — Summa auctoritas antiquitus 
erat in Aeduis, magnaeque eorum erant clientelae, 1. VI, c. 12, g 2. — Ce principat exis- 
tait encore à la fin du séjour de César en Gaule, en 5 1 : Duas |legiones] in Aeduos de- 
duxit, quorum in omni Gallia summam esse auctoritatem sciebat, 1. VIII, c. 46, § 4. 



8 //. d'Arbois de Jubainville. 

abandonnant les Séquanes et les Arvernes, qu'ils considéraient comme 
incapables de leur donner une protection efficace, ils se rangèrent dans 
la clientèle des Rémes ; ceux-ci purent seuls disputer la prépondérance 
aux Eduens ' jusqu'au moment où l'audace de Vercingétorix rendit pen- 
dant quelques mois le principat aux Arvernes 2 . La prise d'Alise fit res- 
tituer le principat aux Eduens >, mais ce n'était plus qu'une dignité fictive, 
dès lors le vrai principat en Gaule était celui des Romains. 

g 2. La conquête romaine en Gaule: révolution bienfaisante qui en est le résultat. 
La conquête anglaise en Irlande. 

Il faut bien nous garder de juger la conquête romaine et ses consé- 
quences avec les idées courantes aujourd'hui. Ce serait une grossière 
erreur que de considérer la Gaule comme un état moderne, où le senti- 
ment national, solidement enraciné dans les cœurs, se manifeste au dehors 
avec une intensité si puissante, et où des jalousies et des intérêts de 
classes sont le fondement des partis entre lesquels un peuple se divise. 

On ne peut nier sans doute que chez les Gaulois le sentiment national 
n'existât en une certaine mesure : même parmi les Eduens, ces protégés 
de César, il y avait un parti qui disait : « si nous ne pouvons obtenir le 
« principat de la Gaule, mieux vaut la domination des Gaulois que celle 
« des Romains 4. » Mais on se tromperait si on attribuait à ce sentiment 
national l'énergie acquise en France aujourd'hui par la même passion qui, 
chez nous, est le résultat séculaire d'une vigoureuse unité administrative 
précédée elle-même par l'organisation unitaire de la féodalité française. 
Ce n'est pas chez nous la communauté de langue et de littérature qui a 
produit ce résultat si grand : les Bretons sont Français comme les Pari- 
siens, les Genevois et les Belges ne le sont point. C'est la force d'un gou- 
vernement central tel que la Gaule indépendante n'en pouvait connaître, 
qui a permis partout au faible et au pauvre de rejeter la protection du 
fort et du riche, quand elle l'humiliait, et qui, à la rivalité des clientèles 



i. Sequani principatum dimiserant. In eorum locum Rémi successerant : quos quod 
adaequare apud Caesarem gratia intellegebatur, ii qui propter veteres inimicitias nullo modo 
cum Aeduis conjungi poterant se Remis in clientelam dicabant. De bello gallico, 1. VI, 
c. 12, g 7. Par exemp'e les Carnutes, 1. VI, c. 4, g j. 

2. D'autres peuples que les Eduens, les Arvernes, les Séquanes et les Rémes, avaient 
des clients. Tels étaient les Trévirs, De bello gallico, l.IV, c. 6, § 4 ; les Nerviens, 1. V, 
c- 39, § 1 et }. 

3. De bello gallico, 1. VIII, c. 46, § 4. 

4. De bello gallico, 1, I, c. 17, g 3. Evidemment Vercingétorix ne concevait pas l'indé- 
pendance gauloise sans un principat exercé par un peuple sur les autres peuples de la 
Gaule chevelue, et ce peuple dominateur devait à ses yeux être les Arvernes, avec lui pour 
chef La preuve que telle était sa manière de voir est qu'il offrit aux Allobroges le principat 
de la province romaine: imperium totiusprovinciae. De bello gallico, 1. VII, c. 64, g 7-8. 



Des attributions judiciaires à: l'autorité publique chez les Celtes. 9 

géographiquement localisées, a substitué la lutte des partis répandus 
chacun sur toute la surface du territoire national, conduits chacun dans 
les régions les plus diverses par les mêmes désirs, par les mêmes rancunes 
et par les mêmes intérêts. 

Dans la Gaule indépendante les partis politiques, tels que nous les en- 
tendons, ne pouvaient exister: le système de la clientèle opposait à leur 
formation un obstacle infranchissable. Les petits et les faibles étant tous 
placés dans la clientèle des grands, il serait chimérique de supposer dans 
la Gaule indépendante un parti démocratique en lutte avec un parti 
artistocratique. Les hommes qui, dans une société moderne, constituent 
le parti démocratique, n'auraient pu alors abandonner un instant la clien- 
tèle d'un chef sans se trouver immédiatement dépouillés de leur avoir et 
de leur liberté, sinon même de leur vie : l'autorité de TEtat, telle qu'elle 
était conçue alors, ne leur pouvait donner aucune protection contre la 
haine ou l'injustice '. 

L'unité nationale gauloise n'est donc en quelque sorte qu'une ombre 
de ce qu'est aujourd'hui l'unité nationale française. On aurait également 
tort de la comparer à l'unité allemande : celle-ci repose en une certaine 
mesure sur le souvenir historique du saint empire germanique, mais sa 
base la plus sérieuse est l'usage commun d'une langue littéraire artifi- 
cielle qui date du xvi e siècle et qui doit surtout sa puissance présente à 
l'enseignement des universités. L'unité allemande n'a pas le fonde- 
ment politique et administratif sur lequel est assise l'unité française, elle 
est d'origine on peut dire pédagogique, et l'élève de l'université de 
Vienne en Autriche se sent tout aussi Allemand que celui de l'université 
de Berlin, tandis qu'à Posen le Polonais fait entendre des protestations 
qui, dans la Bretagne française, ne trouveront jamais d'écho. 

En Gaule la langue ne pouvait, comme dans l'Allemagne moderne, 
procurer à la société politique le principe d'unité qui a donné en notre 
siècle des résultats si remarquables. Quelque grande que l'on puisse sup- 
poser la culture littéraire des Gaulois, elle était bien loin de celle que 
l'Allemagne doit à l'imprimerie et à ses florissantes universités. D'ailleurs 
ces deux agents si puissants n'ont produit qu'au bout d'un temps fort long 
leurs effets politiques : l'unité allemande est un phénomène tout récent 
et que les trois derniers siècles ne connaissaient point. 

L'usage du système de la clientèle et la prédominence de ce système 
sur le système rival de celui-là, c'est-à-dire sur le système de la cen- 



1. Malgré mon estime profonde pour les savants travaux de MM. A. Réville et E. Des- 
jardins', je ne puis partager ici leur doctrine. Voyez Desjardins, ibid., t. Il, p. n9- 



io H. d'Arbois de.Jubainville. 

tralisation politique, telle est une des causes principales qui ont, comme 
on le sait, assuré le succès des opérations militaires dont la conquête 
romaine a été le résultat. C'est aussi une des causes principales qui ont 
facilité le maintien de cette conquête. La plupart des peuples gaulois, 
par suite de l'impuissance du gouvernement central, étaient contraints 
de recourir à la protection d'un autre peuple gaulois plus fort qu'eux et 
de se placer dans sa clientèle. Le résultat de la conquête fut simplement 
ceci : tous les peuples gaulois se trouvèrent placés dans la clientèle de 
Rome. Ceux qui pouvaient prétendre au principat perdirent seuls quelque 
chose à ce changement : ce furent les Arvernes, les Eduens et les Sé- 
quanes, tour à tour investis de l'autorité suprême. Quant aux autres peu- 
ples gaulois, c'est-à-dire à l'immense majorité, la conquête romaine, en 
les plaçant dans la clientèle de la capitale du monde antique, ne modifia 
pas sensiblement leur situation politique. 

En même temps elle leur apporta un bienfait inappréciable, ce fut un 
principe de droit qu'ils ne connaissaient point, celui que la Loi des 
Douze Tables formule à son début. Tout Gaulois investi de la personnalité 
juridique eut la faculté d'appeler devant le magistrat son adversaire ré- 
calcitrant et il fut interdit à qui que ce fût de se faire justice à soi-même. 
On vit cesser les guerres entre peuples, entre clientèles, entre familles. 
Il ne pouvait y avoir de révolution plus favorable à la prospérité publique 
et à la félicité de chacun '. 

Chose curieuse, la conquête anglaise trouva l'Irlande dans une situa- 
tion juridique à peu près la même que celle d'où les Romains vainqueurs 
ont fait sortir la Gaule; c'est l'Angleterre qui, héritière du principe fon- 
damental de la procédure romaine, a introduit la première en Irlande 
cette règle que la volonté d'une des deux parties suffit pour contraindre 
l'autre à porter une contestation devant le tribunal établi par la loi. 
Toutefois les Irlandais ont peu senti le bienfait de cette innovation juri- 
dique. En effet, au moment où elle fut réalisée, c'est-à-dire à l'époque où 
en Irlande la domination anglaise passa de la théorie dans les faits, au 
xvii° siècle, les Anglais dépouillaient les Irlandais de presque tous leurs 
biens, et ils établissaient une loi aux termes de laquelle le meurtre d'un 
Irlandais était la plupart du temps chose licite. En conséquence, le prin- 
cipe romain sur l'autorité des tribunaux dans les procès ne présentait 
pour les Irlandais aucune utilité pratique quand les Anglais le leur appor- 



i. Strabon, en l'an 19 de notre ère, c'est-à-dire soixante-dix ans après la conquête, 
écrivait, en parlant des Gaulois : « Maintenant ils sont forcés de cultiver la terre, puis- 
qu'ils ont déposé les armes, » Nuv o'àvay/.à^ovxai ysojpyîtv, >wca8saevot "à o~Xa, 
livre IV, c. 1, § 2, édition Didot, p. 147, lignes 51-52. 



Ds attributions judiciaires de Fautorité publique chez les Celtes. i i 

tèrent. En même temps une circonstance rendit la domination étrangère 
tout particulièrement od'euse aux vaincus. Les maximes de gouvernement 
énoncées solennellement au Sénat romain par l'empereur Claude, un 
siècle après la conquête de la Gaule, et qui ont fait des Gaulois les 
égaux de leurs vainqueurs, n'ont pas toujours été des maximes an- 
glaises. Loin de là, dans la bouche des Anglais, la distinction de race 
entre eux et les vaincus a longtemps présenté un caractère blessant 
d'ironique et dédaigneuse suprématie que n'avait pas le régime égalitaire 
de l'Empire romain et que la République romaine elle-même ne con- 
naissait pas. Voilà pourquoi il y a tant de différence entre l'histoire de la 
Gaule si facilement conquise, puis si rapidement assimilée par les Ro- 
mains, et celle de l'Irlande vaincue après des siècles de résistance, et 
depuis toujours frémissante sous la domination de l'Angleterre. 

g 3. La procédure irlandaise. — Première partie, le duel. 

Entre la Gaule et l'Irlande, au temps de leur indépendance, il y avait, 
nous venons de le dire, une ressemblance frappante, sur laquelle on ne 
peut trop insister. En Gaule, ainsi que nous l'apprend César dans son 
récit de la conquête, c'est-à-dire au milieu du premier siècle avant notre 
ère; en Irlande, comme l'établit un corps de législation resté en vigueur 
jusqu'au xvn e siècle, un principe, le même dans les deux pays, sert de 
base au droit privé, c'est la faculté pour chacun ou de refuser tout juge 
ou de choisir son juge. Nous ignorons comment en Gaule la partie lésée 
s'y prenait pour obtenir justice. César nous fait connaître seulement 
l'accord fréquent des deux adversaires pour accepter la juridiction drui- 
dique ; mais en Irlande nous trouvons des documents plus complets, et 
nous y apprenons les détails de la procédure qui est la conséquence d'une 
situation si primitive de la société. Les monuments les plus anciens du 
droit germanique et du droit romain nous offrent la forme juridique de 
sociétés déjà perfectionnées et où la puissance publique a pris bien plus 
de vigueur que chez les Celtes. Cependant ces deux droits conservent des 
traces d'une législation plus ancienne, d'un étage plus bas dans l'édifice 
si vaste de l'histoire des institutions juridiques. Cet étage inférieur est 
celui sur lequel, par un phénomène étrange, le droit irlandais, resté sta- 
tionnaire, s'est maintenu immobile au milieu du progrès général, jusqu'à 
l'époque si récente où le droit anglais l'a violemment supplanté. Le droit 
irlandais a certainement ses points d'originalité. Toutefois, dans ses traits 
principaux, il n'est autre chose que le droit non seulement de la race 
celtique, mais des indo-européens avant les révolutions qu'amenèrent 



12 H. d'Arbois de Jubaimille. 

peu à peu les progrès lents mais continus de la puissance publique. C'est 
le droit qui a précédé les innombrables conquêtes accomplies aux dépens 
de l'indépendance initiale des familles par l'idée si souvent bienfaisante 
et quelquefois tyrannique qu'exprime aujourd'hui ce mot redoutable : 
l'Etat ! 

Quand un Irlandais croyait qu'un de ses compatriotes lui avait fait tort, 
trois manières d'agir s'offraient à lui pour obtenir justice ' : i° la saisie 
mobilière, aithgabaïl, 2° la saisie immobilière, tellach, ?° le duel, com- 
me 2 , sans compter le combat de plusieurs, la guerre, qu'il est difficile 
de ranger parmi les actes de la procédure. Les deux premières de 
ces trois manières d'agir sont chacune l'objet d'un traité de droit. Le 
traité de la saisie mobilière forme le premier livre du grand corps de 
jurisprudence connu sous le nom de Senchus môr ou Senchas mdr. Le 
texte et le commentaire irlandais ont fourni cent quatre-vingt-six pages 
in-octavo à la collection des lois anciennes de l'Irlande publiée par le 
gouvernement de cette île : une traduction anglaise est placée en regard >. 
La saisie immobilière est l'objet d'un traité spécial intitulé : Din tecli- 
tugud, c'est-à-dire « de l'acquisition d'immeubles par saisie » ; il forme 
quinze pages et demie dans la collection précitée des lois anciennes de 
l'Irlande, où il est aussi accompagné d'une traduction anglaise*. Quant au 
duel il n'a fourni le sujet d'aucun traité qui, à notre connaissance, ait été 
signalé jusqu'ici, mais il en est question dans plusieurs passages des mo- 
numents de jurisprudence dont nous devons la publication à la libéralité 
du gouvernement irlandais. 

Nous allons commencer par le duel, dont la procédure nous occupera 
moins longtemps que celle des deux saisies. 

En droit irlandais le duel est licite dans deux circonstances : i° quand 
il a été précédé d'un contrat qui en a déterminé les effets ; 2° quand ii a 



i. Atalt teora aimsera in-seagar éidechta la Feine : athgabail eidechta, tellach indllg- 
tech, comrug-gen curu bel, no gan elod eu n-dliged. « Il y a trois cas où l'on commet 
« une illégalité chez les Irlandais, ce sont les cas où l'on fait une saisie mobilière 
« illégalement, une saisie immobilière contrairement au droit, un duel sans convention 
« verbale ou sans avoir éprouvé refus de se conformer à la loi. » Aiicient laws of Ire- 
land, t. IV, p. 32, lignes 3-$. 

2. On trouve aussi nith : Ancient laws of Ireland, t. I, p. 126, ligne 15 ; urgal, nasal 
gai debtha, t. III, p. 278, lignes 7, 8; et enfin roi, t. I, p. 198, lignes 16-18. 

3. Ancient laws of Ireland, t. I, p. 64-305 ; t. II, p. 2-1 31 

4. Ancient laws of Ireland, t. IV, p. 2-32. Les éditeurs ont, par distraction, placé 
sous le même tiire courant un autre traité intitulé : Bescna, et qui offre une grande 
analogie avec le dernier livre du Senchus Môr (Ancient laws of Ireland, t. III, p. 2-79). 
Ce traité semble être le Racholl bretha cité dans le Senchus Môr (Ancient laws of Ireland, 
t. I, p. 1 s 4 , 1. 10-12), la maxime Leth cet-coiba cacha mna d'à aigi fine, mad iar 
n-ecaib a-hathar. attribuée au Racholl bretha dans ce passage du Senchus Môr, setrouv 
dans le traité intitulé Bescna : Ancient laws of Ireland, t. IV, p. 62, 1. 9-10. 



Des attributions judiciaires de l'autorité publique chez les Celtes. i 5 

pour cause le refus par le défendeur de laisser le demandeur procéder 
contre lui à une saisie dans les formes déterminées par la coutume. Dans 
le premier cas il faut que les deux parties, s'exprimant à intelligible voix 
devant témoins, déterminent les conséquences qu'aura la défaite pour le 
vainqueur et pour la partie vaincue, c'est-à-dire, par exemple, restitution 
d'un objet déterminé au plaignant, s'il est vainqueur, et abandon définitif 
de cet objet au défendeur, si ce dernier obtient la victoire ; en général, 
fixation et de l'objet du litige et de la solution que donnera à la question 
litigieuse le résultat du combat 1 . Ce duel, dont une convention préa- 
lable a fixé les conséquences, peut être appelé conventionnel 2 . 

La seconde espèce de duel se produit quand, le demandeur ayant 
commencé une procédure régulière par le moyen de la saisie mobilière 
du immobilière, le défendeur s'oppose par la force à la continuation de 
cette procédure >. Le moment critique était celui où le demandeur se 
mettait en mesure d'enlever l'objet saisi. On comprend que souvent le 
défendeur s'y opposât par la force ; le demandeur était alors réduit à 
provoquer son adversaire en duel 4. Un exemple nous en est fourni par 
un passage très intéressant du Senchus Môr. L'auteur de la préface de 
cet ouvrage est du nombre des jurisconsultes naïfs qui croient que la ré- 
daction des coutumes a précédé l'établissement des usages que cette ré- 
daction constate s. Celui qui a écrit le livre lui-même prétend connaître 
les premiers jugements par lesquels a été introduite en Irlande une partie 
des maximes de jurisprudence qui forment le sujet de son ouvrage. Une 
de ces maximes est que dans un grand nombre de cas, dont il donne la 
nomenclature, l'objet saisi doit rester pendant cinq jours entre les mains 
du défendeur avant que le demandeur ait le droit de l'enlever. Comment 
l'usage de ce délai s'établit-il ? Le voici : un jour, un créancier, ayant 
rempli les formalités de la saisie, voulut procéder à l'enlèvement des 
meubles que la saisie avait eus pour objet. Par la résistance du défen- 
deur il fut mis dans la nécessité de le provoquer en duel. Le moment 
critique était venu, les deux adversaires étaient arrivés dans l'empla- 



1. Ancient taws of Iretand, t. IV, p. 32, lignes 4-5, 11-13. 

2. Probablement comrac iar curaib bel. La loi défend le comrac cen curu bel. (Ancient 
laws of Ireland. t. IV, p. 32, lignes 4-5.) L'objet du contrat est exprimé par la glose : rt 
aisec, no te dlcstindo, im-a-rocair, « pour rendre ou régulariser envers lui ce pourquoi il 
l'a provoqué « en duel. » Ibid. , ligne 13. 

3. Elod eu n-dliged « défaut de faire droit ». Ancient luws of Ireland, t. IV, p. 32, 
ligne s. La glose, ibid., ligne 14, se réfère à la procédure de la saisie par les termes 
techniques apaid, troisci, que nous expliquerons au § 4. 

4. Comme do cru (Ancient laws of Ireland, t. IV, p. 32, ligne 12). 

5. Ar robui in bith i cutruma, conid tainic Senchas Mâr (Ancient laws of Ireland, t. I, 
p. 40, lignes 14-1 j). 



14 H. d'Arbois de Jubainville. 

cernent ' choisi pour le combat. Près d'eux on voyait leurs armes toutes 
prêtes ; pour les prendre, se précipiter l'un sur l'autre, chacun d'eux 
n'attendait plus que les témoins mâles 2 dont la coutume exigeait la pré- 
sence. Au lieu d'homme, ce fut une femme qui vint, et, par ses suppli- 
cations, elle obtint que le saisissant consentit à donner un délai au saisi. 
Le délai accordé par le saisissant fut celui que la loi irlandaise appelait 
anad ; pendant ce délai l'objet saisi restait en la possession du défendeur. 
Mais les deux adversaires, dans l'émotion du premier moment, oublièrent 
de fixer la durée de ce délai dont ils étaient convenus ; elle fut déter- 
minée par Sencha, le juge de ce roi Conchobar qui joue dans la légende 
irlandaise un rôle analogue à celui de Charlemagne dans l'épopée du 
moyen âge français ?. 

Ce que nous retiendrons de ce récit, c'est la nécessité de la présence 
des témoins pour la régularité du combat singulier. La doctrine juridique 
irlandaise sur le meurtre prémédité est très sensiblement différente de 
celle qui prévaut dans les législations modernes; elle admet la légitimité 
du meurtre dans des circonstances où chez nous il n'est pas même ex- 
cusable : elle emploie alors pour désigner cet acte l'expression de 
« meurtre nécessaire » 4. Tuer le meurtrier d'un parent jusqu'au degré 
de cousin germain inclusivement est un meurtre nécessaire ; la con- 
séquence en est que les deux meurtres se compensent. Aucune in- 
demnité n'est due pour le second meurtre, à moins que la famille du 
premier meurtrier n'eût prévenu l'exercice de la vengeance en payant l'in- 
demnité fixée par la coutume ; dans ce cas, cette indemnité doit être 



i. Roi, roe ; ce mot signifie d'une manière générale « champ »; nous le trouvons 
même employé avec la signification de propriété immobilière dans le Senchus Môr (An- 
cient laws of Ireland, t. I. p. 78, ligne 1 $ : p. 80, lignes 34-3$ ; cf. t. IV, p. 8, 10). 
Mais cette expression a déjà le sens de champ de bataille dans le manuscrit de Milan, 
qui paraît du viu e siècle, Grammatica celtica, 2 e édition, p. 471, ligne 4; p. 718, 
ligne 29. 

2. Le texte irlandais porte fiadna nama (Ancient laws of Ireland, t. I. p. 250, ligne 
18). La traduction anglaise dit « un témoin seul », « a witness alone ». Ce n'est pas 
exactement le sens : fiadna = fiadnu, est l'accusatif pluriel d'un substantif dont le no- 
minatif singulier est fiadan. O'Reilly le rend par évidence. L'accusatif pluriel fiadnu est 
écrit exactement au tome II, p. 306, lignes 19, 28. Le nominatif pluriel de ce mot est 
fiadain, dont les Ancient laws of Ireland nous offrent plusieurs exemples au t. I, p. 268, 
ligne 9; 300. lignes 29, 30; t. Il, p. 326, ligne 1 3 : p. 332, ligne ij. De fiadan «té- 
moin » dérive le vieil irlandais fiadnisse « témoignage ». 

3. Ancient laws of Ireland, t. I, p. 250-252. Un passage du saint Paul de Wurzbourg 
établit qu'à l'époque à laquelle remontent les gloses les plus anciennes de ce ms. — hui- 
tième siècle probablement, — les rois irlandais avaient près d'eux des jurisconsultes qui 
les conseillaient. Je veux parler de la glose sur les mots : volentes esse legis doctores, par 
lesquels commence le v. 7, c. I de la première épitre à Timothée : l'interprète irlandais a 
expliqué ce texte ainsi : co-roibt:s /■: denjm rechtche la riga « pour faire de la jurisprudence 
auprès des rois. » Zimmer, Glossae hibernicae, p. 169. 

4. Marbhadh dethbire (Ancient laws of Ireiand, t. IV, p. 244, ligne 20) ; guin duine 
dethbire (ibidem, p. 252, ligne 17). 



Des attributions judiciaires de l'autorité publique chez les Celtes. i $ 

rendue '. Il n'y a que deux cas où la coutume irlandaise voie de mauvais 
œil l'homicide, ce sont: 1° le cas où l'auteur du meurtre cherche à 
cacher cet acte ; 2 le cas où le mort est le parent du meurtrier, soit au 
huitième degré, soit au-dessous du huitième degré des jurisconsultes 
romains (le quatrième des canonistes), c'est-à-dire le cas où le mort fait 
partie de la famille légale, fine, du meurtrier. Les textes associent ces 
deux catégories de meurtre comme tout particulièrement repréhensibles 2 . 
L'antiquité de cette manière de voir s'établit pour le meurtre des parents 
par un passage intéressant des gloses irlandaises sur saint Paul, con- 
servées par le manuscrit de Wurzbourg qui date du ix e siècle. 

Dans la première épître à Timothée, chapitre I er , versets 9 et 10, 
l'apôtre donne une énumération des diverses sortes de méchants, d'impies 
et de scélérats contre lesquels a été promulguée la loi. Une d'elles com- 
prend suivant lui les homicides, homicidœ. Le moine irlandais qui s'était 
chargé de l'explication de ce texte n'a pu comprendre que l'apôtre con- 
sidérât comme une faute grave un acte aussi ordinaire et aussi naturel 
que de tuer son prochain, et il a rendu le mot latin homicidœ par une 
petite phrase irlandaise qui veut dire : « quiconque tue les membres de 
sa famille » 1. Voilà, suivant le moine irlandais du ix e siècle, le genre 
de meurtre dont les auteurs peuvent être traités de méchants, d'impies, 
de scélérats. 

Quant au meurtre dissimulé, l'antiquité de la réprobation dont il est 
l'objet dans le droit irlandais s'établit par la concordance qu'offre sur 
ce point ce droit avec le droit des Francs : en cas de meurtre dissimulé, 
la loi salique triple le chiffre de la composition 4, le droit irlandais le 
double s, sans compter que le clergé irlandais imposait en sus au cou- 



1 . In digail fir derbfine, coirpdire ocus eneclann dUghait in fine in a marbadh, acht 
mad doriacht an eiric doibh, ria siu dorigniseî in digail fir derbfine, icadh in fine coirp- 
dire ocus eneclann amach fo cutruma, a quand le meurtre d'un cousin-germain va être 
« vengé par la mort du meurtrier, la famille du cousin-germain tué a droit au prix du 
« corps et de l'honneur de ce dernier; mais, si elle a reçu ce prix avant la vengeance, 
« elle doit restituer ce prix intégralement après la vengeance ». Ancient laws of Ireland, 
t. IV, p. 252-254- 

2. Fingal ocus duine-thaighe (Ancient laws of Ireland, t. I, p. 56, 1. 11) ; fingal no 
duine-thnighe (ibid., 1. 22-23); iar fingail no duine-taighe (t. III, p. 72; t. 6-7). 

3. Nech orcas a-fini : Zimmer, Clossae hibernicae, p. 169 ; Grammatica celtica, 2 e édi- 
tion, p. 432, 1. 2. Ceux qui avaient tué un parent formaient ce qu'on appelait dergfine, 
ils étaient exclus de tous les avantages produits par leur qualité de parents et étaient 
soumis à une partie des charges. Ancient laws of heland, t. IV, p. 284, lignes 10-11 ; 
p. 288, lignes 3-6; cf. t. II, p. 284, lignes 21, 27. 

4. Lex emendata, c. 43 ; voyez Hessels et Kern, Lex salica, col. 244-260 ; cf. c. 69, 
3, ibid., col. 260. 

j. Diablad fiach ferg : « colère double la dette». La glose explique que l'acte dont il 
s'agit dans cette maxime est le meurtre que son auteur cherche à rendre secret. Lebar 
Aide, dans Ancient laws of Ireland, t. III, p. 98 et suivantes. 



i6 H. d'Arbois de Jubainville. 

pable de meurtre dissimulé, comme au meurtrier de parent, un pèleri- 
nage '. Ces règles expliquent pourquoi on devait bien se garder de se 
battre en duel sans témoin, puisqu'alors on aurait pu être considéré 
comme coupable de meurtre dissimulé. 

Quand un des deux combattants était vainqueur de son adversaire, le 
corps, les armes et les vêtements du vaincu devenaient sa propriété 2 . 
Le corps lui appartenait, c'est-à-dire qu'il avait le droit de couper la 
tête du vaincu et de l'emporter chez lui comme un trophée : usage pri- 
mitif et barbare dont en Irlande la légende épique et l'histoire offrent de 
si nombreux exemples. Les armes et les vêtements du vaincu étaient en 
quelque sorte un accessoire qui suivait le principal. Ainsi, après avoir 
tranché la tête de son adversaire, le vainqueur dépouillait le cadavre 
mutilé. Toutefois il se présentait une difficulté en un cas ; c'est celui où 
le vaincu avait emprunté, soit les armes, soit les vêtements qu'il portait au 
moment du combat. Il pouvait même avoir emprunté et les unes et les 
autres. Alors le vainqueur devait restituer son butin au prêteur et rece- 
voir de la famille du vaincu des armes et des vêtements équivalents. 
Toutefois, si les armes et les vêtements avaient été endommagés dans le 
combat, le prêteur pouvait refuser de les reprendre, le vainqueur les 
gardait, et c'était le prêteur qui recevait de la famille des armes et des 
vêtements d'une valeur égale à ceux qu'il avait confiés au vaincu 5. 

Les origines du combat singulier sont l'objet d'un récit légendaire qui 
nous fait remonter à la période mythologique de l'histoire d'Irlande. Le 
premier duel, nous dit le Senchus Môr*, eut lieu à propos de femme. La 
glose raconte que Parthalon, le fondateur de la première colonie qui 
soit venue en Irlande, avait deux filles, et que ces deux filles après la 
mort de leur père épousèrent chacune un de leurs frères. L'aîné des 
deux frères s'appelait Fer, le second Fergnia. Fer prétendit contraindre 

i. Sdnchus Môr, dans Ancient laws of Ireland, t. III, p. 72, lignes 6-7. 

2. Cach bail is dites in fer comraic uile, is dilius a arm ocus a etach uile (Lebar 
Aide dans Ancient laws of Ireland, t. III, p. 302, lignes 8-9). «Toutes les fois que le 
combattant [vaincu] est acquis [à son adversaire] en entier, ses armes et ses vêtements 
sont en entier acquis [à son adversaire] ». Voir aussi, p. 278, lignes 7 et suivantes. 
Dans ces deux passages, l'auteur avec la subtilité ordinaire des jurisconsultes irlandais 
passe ensuite à l'hypothèse d'une convention qui attribuerait au vainqueur la moitié seu- 
lement de la personne, des armes et des vêtements du vaincu. On peut comparer le : in 
partes secanto de la loi des douze tables. Gellius, XX, 1, 49. 

3. Acht maine tarthutar he itir cen a lot, is a ddcs don fir amaich, ocus arm ocus 
etach a comaicinta d'fir bunaid, cun a fiach foimrime. « Mais, si le vainqueur ne peut 
rendre parfaitement intactes les armes et les vêtements du vaincu, elles lui appartiennent, 
et le prêteur a droit à des armes et à des vêtements semblables, plus à une indemnité 
pour l'usage. » Ancient laws of Ireland, t. III, p. 302, ligne 1 5-18 ; cf. p. 278, lignes 13 
et suiv. 

4. Is im fir ban ciato imargaet roe : Senchus Môr, dans Ancient laws of Ireland, t. 1, 
p. 1 50, ligne 13, et p. 154, lignes 3-4. 



Des attributions judiciaires de Pautorité publique chez les Celtes. 17 

Fergnia à lui payer le prix d'achat ' de sa sœur et Ferguia refusa. 
D'après le droit irlandais, quand une femme se marie pour la première 
fois, le prix d'achat dû par l'époux appartient en totalité au père de la 
femme, tant que le père vit; mais, si le père est mort, une moitié du 
prix appartient au chef de la famille qui remplace le père, l'autre 
moitié est la propriété de la femme 2 . Telle fut la cause du premier duel 
qui, dit-on, aurait eu lieu en Irlande : il remonterait ainsi aux origines 
les plus lointaines et les plus légendaires de l'histoire irlandaise. 

Le Senchus Môr fait allusion à ce récit dans un passage où il suppose 
une femme dont le mari va se battre en duel et manque d'armes. Cette 
femme a une créance dont elle exige le paiement, afin de pouvoir procurer 
à son mari les armes qui lui font défaut '. 

Il semble que les Irlandais étaient plus batailleurs que bien pourvus 
d'équipements militaires. En effet, l'hypothèse d'un homme qui va se 
battre en duel et qui n'a pas les armes nécessaires se retrouve une autre 
fois dans le Senchus Môr. Cette hypothèse explique le second article de 
ces longues nomenclatures de sujets de contestations qui ont fourni une 
partie si considérable du texte publié dans le tome premier des Ancient 
laws of Ireland. Ce sont des contestations qui peuvent donner occasion de 
pratiquer des saisies mobilières. Dans le premier article il s'agit dequel- 
qu'un qui se rend à une fête et qui n'a pas d'habits convenables 4. Dans 
le deuxième, il est question d'un homme qui va se battre en duel et qui 
manque d'armes s. Heureusement ces deux hommes dépourvus d'armes et 
d'habits possèdent chacun une créance exigible, et pour eux les délais de 
la saisie à exercer contre le débiteur sont réduits à la durée minimum. 

Evidemment celui qui étant provoqué en duel tue son adversaire ne 
doit aucune indemnité à la famille du mort : la règle n'a pas d'exception 6 . 



1. Coibche. Les Ancient laws of Ireland traduisent ce mot par marriage gift (t. I, p. 155, 
t. II, p. 343), c'est-à-dire « cadeau de noces », et ailleurs, par marriage présent, t. II, 
p. 297, 383, par nuptial présent, t. IV, p. 63 ; et par wedding gijt, t. Il, p. 347, qui 
ont la même signification. Ce sont autant de contre-sens qui prouvent combien l'histoire 
du droit était mal connue des traducteurs. Le vrai sens est donné par un des articles 
additionnels au Glossaire de Cormac : Whitley Stok.es, Sanas Chormaic, p. 48. Comparez 
la coemptio du droit romain. Gauis, lnstit.,\. 1, § 113. 

2. Ancient laws of Ireland, t. 1, p. 154; t. II, p. 346; t. III, p. 314; t. IV, 
p. 62. 

3. Ancient laws of Ireland, t. I, p. 154. 

4. Etach fri lith, • vêtement pour fête » : Ancient laws of Ireland,, t. I, p. 122, ligne 
9 ; p. 126, lignes 14-15. 

S- Arm fri nith, idon debtha, idon no fri comrac « arme pour bataille, c'est à-dire de 
contestation entre deux personnes ou pour duel ». Ancient laws of Ireland, t. I, p. 
126, lignes 1 5-16 ; cf. p. 122, ligne 9. 

6. Mas a n-ecmais a finechaire, cid marbadh, cid beocned, is lan fiach onti rucustar 
he. ocus i\s]-slan donti i rucad a-daigh : « Si le duel a lieu en l'absence ou à l'insu de 
« la famille, que le vaincu ait été tué ou survive à ses blessures, l'indemnité due pour 

Rev. Celt. VII 2 



[8 H. d'Arbois de Jubainvillc. 

De même, en général, aucune indemnité n'est due à la famille du mort 
quand le vainqueur est celui qui a provoqué l'autre en duel ; mais ici le 
principe peut souffrir des exceptions. Pour qu'il s'applique, il faut que 
certaines conditions soient remplies. Il faut par exemple que la famille 
du mort ait été prévenue du combat singulier projeté et mise en de- 
meure d'y assister. Un texte déclare même que la présence de la famille 
rend beaucoup meilleure la situation du provocateur qui tue son adver- 
saire en duel '. En tout cas, le consentement préalable formel ou tacite 
de la famille 2 était nécessaire pour la sécurité du meurtrier, car la soli- 
darité étroite qui unissait les membres de la famille faisait considérer la 
mort ou même simplement la ruine d'un d'entre eux comme une perte 
pour tous. Accepter valablement un duel sans le consentement de sa 
famille était pour un Irlandais aussi impossible que de se placer dans la 
servitude d'un chef, ou d'une manière générale de disposer de sa fortune 
héréditaire sans l'assentiment préalable de sa famille 5. Par famille, fine, 
on entend ici les parents par les mâles jusqu'au huitième degré du droit 
romain ou jusqu'au quatrième du droit canonique inclusivement, plus, 
sous certaine réserve, la famille de la mère. Enfin, quand un homme 
n'avait pas de famille, sa famille était remplacée par le chef 4 ou, si l'on 
veut, par le suzerain soit laïque soit ecclésiastique. Ainsi celui qui provo- 
quait un autre en duel devait quelquefois pour se mettre en règle, non 
seulement faire prévenir les parents par les mâles qu'il croyait connaître, 
mais enfin faire faire une annonce publique, un ban, en vieil irlandais 
aithbonn ou urfocre, dont la formule nous a été conservée : « soient pré- 
venus le chef, l'église succursale, le chef supérieur, la mère église et la 
famille maternelle » 5. 

« homicide ou blessure doit être payée sans aucune déduction par le vainqueur quand 
« le vainqueur est celui qui a forcé son adversaire à se battre ; mais le vainqueur ne 
« doit rien, quand le vainqueur est celui qui a été forcé à se battre ». Ancienî laws of 
Irdand, t. 111, p 302, lignes 1-3. 

1. Ma robâtur a fine ar aird : Lehar Aide dans Ancient laws of Ireland t. III, p. 296, 
lignes 23 ; p. 298, lignes 1-2. 

2. Fer a roidh no ghoidh, lisez : Fer i roi ro goet a homme qui en duel a été tué ». 
— Glose : masa codnach ro-tairged i-sin r[o]e comraic a haititin a finechaire ... cid 
beocned cid matbcn'ed i\s\-slan « si un majeur en possession de ses droits, et piovoqué 
« en duel, s'est batta avec l'autorisation de ses parents, [et s'il a été vaincu] ... soit 
« qu'il ait survécu à ses blessures, soit qu'il en soit mort, le vainqueur n'encourt aucune 
« responsabilité ». Lehar Aide, Ancient laws of Ireland, t. 111, p. 296, lignes 18-21. 

3. Senchus A/or dans Ancient laws of Ireland, t. II, p. 280-298. 

4. Ancient laws of Ireland, t. IV, p. 240, 242 ; comparez au passage du Senchus Môr, 
t. I, p. 260 : Arindi cetheora selba bit for cadi adgair ocus adgairter : selb fini athar- 
dai, ocus selb flatha, ocus selb ecalsa, ocus selb mathrai, ocus selb altrama. « Car il y a 
« quatre propriétés qui sont sur quiconque est demandeur ou défendeur : propriété de 
« famille paternelle, propriété de chef, propriété d'église, propriété de [famille] ma- 
« ternelle, propriété de tutelle ». 

5. Adbonnar do flaith, do celais, do forflaith, ocus do annoit, ocus do maithri [iâon do 
fine a mathar}. Lebar Aide dans Ancient laws of Ireland, t. III, p. 298, lignes 6-7. 



Des attributions judiciaires de Pautorité publique chez les Celtes. 19 

Cependant un simple avertissement à la famille, et au chef à son défaut, 
ne suffisait pas toujours. Celui qui provoquait un autre en duel se pré- 
tendait lésé par ce dernier ; mais il pouvait se faire que le demandeur en 
duel fût débiteur en même temps que créancier, qu'il eût le premier fait 
à son adversaire un tort quelconque propre à motiver une demande re- 
conventionnelle. Celui donc qui provoquait en duel un défendeur envers 
lequel il avait une dette devait avant le duel prévenir de cette dette la 
famille de son adversaire '. Celle-ci, faute de ce renseignement, était 
dans l'impossibilité de connaître la situation réelle des deux parties, elle 
ne pouvait se rendre compte de l'importance du sacrifice à faire pour in- 
demniser le demandeur dans le cas où elle aurait jugé à propos d'em- 
pêcher le duel. Si le demandeur auquel il était dû trois vaches en devait 
lui-même deux, sa créance était réduite à une vache, et' il était plus 
facile à la famille de donner une vache que trois pour épargner un 
danger de mort à un de ses membres. 

Quand celui qui était provoqué en duel était un incapable, le duel ne 
pouvait avoir lieu valablement sans le consentement de son père ou de 
son tuteur, et il fallait en outre que le demandeur en duel, lorsqu'il était 
débiteur du défendeur, en eût prévenu le père ou le tuteur 2 . 

La situation de celui qui avait à se battre en duel était vue avec faveur 
par la loi. Il pouvait opposer une exception dilatoire aux tiers qui se- 
raient venus l'actionner avant le combat >. 

Le duel conventionnel irlandais nous fait remonter à une période de la 
civilisation bien antérieure au duel judiciaire du moyen âge. Le duel 
judiciaire est un acte que précède la comparution devant le juge, le duel 
conventionnel est un moyen d'éviter l'intervention du juge. La piété su- 
perstitieuse du moyen âge a fait considérer le duel judiciaire comme un 
moyen de consulter Dieu et d'arriver à la connaissance de la vérité. Le 
duel conventionnel n'est qu'une forme de la guerre privée entre deux 
familles qui forment, pour ainsi dire, dans l'Etat, autant d'états indé- 
pendants. 

Nous laissons de côté dans cette étude l'hypothèse du recours à la ba- 
taille de plusieurs, cath, qui s'oppose au combat singulier ou duel, comrac. 



1. Lehar Aide dans Ancient laws of Iretand, t. III, p. 296, lignes 20-21. 

2. Lehar Aide dans Ancient laws of Ireland, t. III, p. 298, lignes 20 et suivantes. 

3. Les délais de la saisie sont élevés à dix jours quand le défendeur est un homme 
sur lequel est tombée l'obligation de se battre en duel : athgabail fir Jor a luit roi 
(Ancient laws of Ireland, t. I, p. 194. lignes 22-23; °f- P- 1 98, lignes 16-18) La traduc- 
tion anglaise, dislress front a man who has lost the combat, me semble contenir un contre- 
sens. 



20 H. a'Arbois de Jubainville. 

Les textes de jurisprudence irlandaise en parlent quelquefois '. Quelques 
règles du combat singulier paraissent avoir été applicables au combat de 
plusieurs, mais celui-ci nous fait sortir du domaine de la procédure. 

§ 4. La procédure irlandaise. — Seconde partie, la saisie mobilière. 

La langue du droit irlandais exprime en général l'idée de saisie par le 
mot tobach qui désigne à la fois la saisie mobilière et la saisie immobi- 
lière. La saisie mobilière s'appelle proprement athgabail, littéralement 
« reprise ». La saisie mobilière comme le duel et le combat de plusieurs 
a lieu sans l'autorisation préalable du juge. C'est la pignoris capio que le 
droit romain de l'époque historique autorise par exception 2 . On en 
trouve aussi quelques traces dans les lois germaniques les plus an- 
ciennes. Mais ces traces consistent principalement dans des textes qui 
restreignent ou suppriment le droit primitif, en faisant de l'autorisation 
préalablement donnée par le juge une condition indispensable de la vali- 
dité de toute saisie >. 

Dans la période primitive à laquelle le droit irlandais nous fait re- 
monter, le ministère de l'huissier est inconnu ; le créancier pratique la 
saisie par lui-même ou par tout mandataire qu'il choisit, pourvu que ce 
soit un Irlandais en pleine jouissance de ses droits civils. Ainsi le fils en 
puissance paternelle, l'esclave, le fou, l'insolvable ne peuvent saisir les 
biens de leur débiteur 4; il est même évident qu'il fut un temps où en 
droit irlandais cette incapacité s'étendait aux femmes de tout âge et de 
toute condition. Cependant lestextes irlandais que nous avons nous mon- 
trent les femmes investies de la capacité d'agir par saisie mobilière ou 
immobilière. Une procédure spéciale existe à leur usage : elle est parfai- 



1. Senchus Mor dans Ancient laws of Iretand, t. I, p. 176, lignes 22-24. Lebar Aide, 
ibid., t. 111, p. 300, lignes 8 et suivantes. 

2. Gaius, Institut., 1. IV, g 26 et suiv. 

3. La plupart des textes germaniques que nous nous connaissons s'accordent pour 
exiger l'autorisation du juge avant la saisie. Telles sont les prescriptions de la loi salique 
(titre LXXV, édition Hessels et Kern, p. 408; cf. litre L, ibid., col. 316 et suivantes), 
de la loi des Bourguignons (titre XIX, g 1 ; chez Walter, Corpus juris germanici antiqui, 
t. I, p. 314), de l'edit de Théodoric (chap. 123, 124, chez Walter, ibid., p. 410), de la 
loi des Visigoths (livre V, titre VI, g 1, chez Walter, ibid , p. 527; de la loi des Ba- 
varois (titre XII, chap. I, chez Walter, ibid., p. 27$). Toutefois la loi des Visigoths se 
sert de termes qui sont de nature à faire supposer qu'avant la promulgaiion du chapitre 
dont il s'agit, on avait le droit de saisir sans autorisation du juge : Pignorandi licen- 
îiam in omnibus submovemus. Cette décision émane du roi Récarède, probablement Ré- 
carède I er , 586-601 . Chez les Lombards, en 643 , l'édit de Rotharis n'interdit la saisie pri- 
vée que lorsqu'il s'agit de chevaux, de vaches et de porcs. Quand on veut saisir ces 
animaux, il faut préalablement, dit cet édit, se faire autoriser par le juge ; mais pour lout 
autre objet, cette autorisation est inutile (Edictum Rotharis, c. 249-256, chez Walter, ibid., 
P- 729, 730). 

4. Ancient laws of Ireland, t. I, p. 84-90. 



Des attributions judiciaires de l'autorité publique chez les Celtes. 2 1 

tement distincte de la procédure qu'observent les hommes pour pratiquer 
soit la saisie mobilière soit la saisie immobilière. Des textes prétendent 
même nous apprendre par qui ces procédures féminines ont été in- 
ventées '. 

Mais dans le Senchus Môr la procédure de la saisie mobilière par les 
femmes est une addition relativement récente : c'est une cinquième 
espèce de saisie mobilière, celle dite de deux jours, tandis que les quatre 
premières, celle d'un jour, celle de trois jours, celle de cinq jours et 
celle de dix jours sont à l'usage des hommes ; or le traité de la saisie 
mobilière, malgré cette addition, conserve dans les manuscrits du Senchus 
Môr son titre primitif: « Des quatre espèces de saisie mobilière » 2 . Ce 
titre exclut la cinquième espèce de saisie mobilière, c'est-à-dire la saisie 
de deux jours, la saisie féminine ; et, par conséquent, les passages qui la 
concernent sont une interpolation. Ces passages sont au nombre de deux. 
Le premier contient une méprise qui atteste l'étourderie de l'interpo- 
lateur; ce passage se trouve au commencement du traité de la saisie mo- 
bilière, là où l'auteur donne la liste des différentes espèces de saisies 
dont il va parler. Ce sont, dit-il d'abord, les saisies qui comportent le 
délai d'un jour, de trois jours, de cinq jours et de dix jours. Chose sin- 
gulière, la saisie mobilière qui comporte un délai de deux jours, c'est-à- 
dire la saisie féminime, ne se trouve pas à la place où il serait naturel de 
la rencontrer : après celle d'un jour et avant celle de trois ; elle est men- 
tionnée après celle de dix ; mais voici qui est plus étrange : immédiate- 
ment à la suite, Pinterpolateur a placé l'annonce de la saisie de douze 
jours pratiquée par les femmes à propos de champ 5, c'est-à-dire une des 
deux espèces principales de saisie immobilière : Pinterpolateur oubliait 
qu'il n'est pas question de la saisie immobilière dans le Senchus Môr et 
que cette procédure est l'objet d'un traité spécial. 

1. Senchus Môr dans Ancient laws of lreland, t. I, p. 150, 154; cf. p. 144, 146. 
Din tcchtugad, ibid., p. 14-16 ; cf. p. 38, 40. 

2. Di cetharsli\u]cht athgabala: Ancient laws of lreland, t. I, p. 64. (Corr. de W. S 

3. Oena do neoch nesom, treisi di-a-tanaisib , cuicthe fri cond cuindegar, dechmad fri 
rudrad, aile do mnaib, aile dec doib im roe « un jour pour toute chose très pressée, 
« trois jours pour les choses un peu moins pressées, cinq jours quand le défendeur a 
« pleine capacité, dix jours quand la négligence du demandeur a laissé vieillir sa 
« créance, deux jours quand la demande émane de femmes, douze quand, émanant de 
« femmes, elle a pour objet un champ. » La suite parle des rois qui font faire une 
saisie mobilière, mais rentre dans la seconde et la quatrième des divisions précédentes : 
treisi do rig, treisi uathahd do hi camus « trois jours quand le roi est saisissant, trois 
jours seulement pour lui dans ses états »; treise dec do tar crich « treize jours pour 
lui hors de ses états ». Le premier point se rapporte à la saisie immédiate de trois jours, 
p. 230 et suivantes, l'autre à la saisie immédiate de dix jours, athgabail tobach dar crich, 
(Ancient laws of lreland, t. I, p. 246, lignes 19-20; ibid., p. 248, lignes 21-22). Le texte 
que nous venons de reproduire avec traduction se trouve dans Ancient laws of lreland, 
t. 1, p. 78, lignes 13-17, et la glose, p. 80-82. 



22 H. iVArbois de Jubainville. 

La seconde interpolation au contraire est bien à sa place ; elle fait 
partie du corps même du traité de la saisie mobilière, et elle est comme 
de raison intercalée entre la saisie d'un jour et la saisie de trois jours '. 

La portion du Senclms Môr qui concerne la saisie mobilière pratiquée 
par les femmes, autrement dite saisie de deux jours, a mis dans un grand 
embarras un des derniers auteurs "qui ait porté la main à ce grand re- 
cueil de la jurisprudence irlandaise. Le titre de cet ouvrage était ainsi 
conçu : Des quatre espèces de saisie mobilière, et il y était traité de cinq 
espèces de saisies : cet écrivain se demanda pourquoi on avait pu dans 
le titre parler de quatre espèces de saisies, et à cette question il trouva 
vingt-trois réponses. Ces réponses avec leur glose occupent onze pages 
dans l'édition officielle 2 . Une d'elles est la bonne,; c'est la vingtième: 
« Parce qu'il y a eu quatre délais qui ont suivi le commandement de payer : 
un jour et trois jours, cinq jours et dix jours, sans parler des exceptions 
dilatoires » 5. Il paraît que cette explication a peu satisfait notre savant 
irlandais, puisqu'il l'accompagne de vingt-deux autres qui n'ont aucun 
rapport avec le sujet. Ainsi « il y a lieu », dit-il, « de distinguer le tout, 
« la moitié, le tiers et le quart, en tout quatre manières de concevoir 
« un droit » 4. Ou bien « Parmi les membres de la famille ou fine qui 
« sont responsables des crimes de leurs parents, il faut distinguer quatre 
« catégories qui s'appellent : \° geifine ou « famille de la main », cinq 
personnes comparées aux cinq doigts ( les parents par les mâles au 
premier et au deuxième degré du droit romain, plus la femme) 5, 
2° derbfine ou « famille certaine I les collatéraux par les mâles au troi- 
sième et au quatrième degré) 6 , iarfine ou « famille d'après » (les col- 

i. Par suite de la bizarre idée qu'ont eue les éditeurs de diviser un peu au hasard le 
texte du Senchus Môr en fragments, qu'ils ont fait suivre de la glose, le morceau dont nous 
parlons se trouve partagé en deux fragments : Ancient laws of Ireland, t. 1, p. 126, 
lignes 1 0- ii, et ibid., de la p. 144, ligne 15, à la p. i)6, ligne 26. Pour trouver la 
glose du texte qui a fourni les deux lignes 10 et 1 1 de la p. 126, il faut se reporter 
aux lignes 1 5-19 de la p. 144 ; et du texte à la glose il n'y a aucun renvoi. Ce n'est pas 
une exception. Toute l'édition des Ancient laws of Irdand a été faite dans ce système : 
point de renvoi du texte à la glose, imprimée quelquefois trente pages plus loin que le 
texte. 

2. Ancient laws of Ireland, t. I, p. 256-262, p. 268-284. 

3. Arinni robdur ccthri uidhi robatar for furogru diighe, aon ocus trcisi, cuicthe ocus 
dechmu, genmo bi turbuid [Ancient laws of Ireland, t. I, p. 262, lignes 4-6; cf. p. 282, 
lignes 23 et suivantes). 

4. Ancient laws of Ireland, t. I. p. 258, lignes 28-29; cf. p. 272, lignes 30-34. 

5. Geifine co cuicer : « Geifine ju? qu'à cinq personnes ». (Ancient laws of Ireland, t. iv, 
p. 284, lignes 1-2). — Cin cuicir : athair, ocus mac, ocus ua, ocus brathair, ocus ben : 
« crime de cinq : père, fils, petit fils, frère et femme ». (Ibid., t. I, p. 238, lignes 6-9.) 
Une autre énumération moins complète se trouve au même tome, p. i<,b, lignes 29-30 : 
Im cinaid do mie, do ingine, do huai, do mna fochrake « pour crime de ton fils, de ta 
fille, de ton petit-fils, de li femme que tu as achetée. » Voyez la glose, p. !6o, lignes 
18-26. 

6. Les frères ne font point partie du groupe appelé derbfine : combeir cinaid cach 



Des attributions judiciaires de l'autorité publiaue chez les Celtes. 2 3 

latéraux par les mâles au cinquième et au sixième degré) ' , indfine ou 
a famille de la fin » ( les collatéraux par les mâles au septième et au 
huitième degré) 2 ». Ces distinctions n'ont aucun rapport avec les divi- 
sions du traité de la saisie, l'auteur y a recouru en désespoir de cause, 
puisque la première section du Senchus Môr, dans l'état où elle est par- 
venue jusqu'à lui, traite de cinq espèces de saisies mobilières, au lieu des 
quatre que ce document avait pour objet à l'époque où les femmes 
n'avaient pas le droit de pratiquer la saisie, étant toutes placées sous 
l'autorité d'un tiers, comme le fils de père vivant en droit irlandais et en 
droit romain, comme la femme romaine dans le droit primitif de Rome J. 



brathair co taber derbfine « les frères sont responsables du crime de leur frère jusqu'à ce 
que la responsabilité passe au groupe appelé derbfine ». (Ancient laws of Ireland, t. IV. 
p. 242, lignes 10, 16-18). 

1. Le groupe appelé derbfine se compose de neuf personnes, c'est-à-dire des cinq 
personnes comprises dans le gelfine, plus de quatre qui forment le derbfine proprement dit, 
c'est-à-dire le cousin germain, son fils, son trère et sa femme; le iarfine de treize per- 
sonnes, c'est-à-dire de neuf plus quatre, c'est-à-dire le cousin issu de germain, son fils, 
son frère et sa femme ; le indfine de dix-sept, c'est-à-dire de treize plus quatre, c'est-à-dire 
le petit-cousin, son fils, son frère et sa femme (Ancient laws of Iretand, t. IV, p. 284). Le 
chiffre dix-sept de l'indfine (littéralement famille de la fin' se trouve déjà dans le Senchus Môr, 
Cin do indui, cin do iarmui, cin cacha comocus co a secht dec it gleithi for cuiethi, c'est- 
à-dire la saisie pratiquée contre toi à cause des crimes ou délits de ton descendant au 
quatrième degré ou au troisième degré, et de tout parent, jusqu'aux dix-sept, comporte 
le délai de cinq jours. (Ancient laws of Ireland, t. I, p. 182, lignes 22-23.) Dans ce texte 
en écrivant indui, iarmui, on a employé le nom de l'accessoire pour désigner le prin- 
cipal : ind-ui tient lieu de ind-fme, iarm-ui, de iar-fine. Il était rare qu'on fût respon- 
sable des actes de son descendant, an quatrième ou au troisième degré; mais théorique- 
ment, la responsabilité pour les actes de Yiarmua suit les mêmes règles que la responsa- 
bilité pour les actes du membre de ['iarfine, et la responsabilité pour les actes de l'indua 
suit les mêmes règles que la responsabilité pour les actes du membre de ['indfine. Les 
Irlandais paraissent avoir compté les degrés à peu près comme les canonistes : ils ne dou- 
blaient pas les chiffres lorsqu'il s'agissait des collatéraux, en sorte que pour eux un arrière- 
petit-fils, iarmua, est au même degré qu'un cousin issu de germain, iar-fine. 

Gelfine présente une grande analogie avec le premier degré des canonistes ; derbfine 
avec leur deuxième degré en ligne collatérale ; iarfine, avec le troisième; indfine, avec le 
quatrième. Il y a donc quatre degrés successibles en ligne collatérale, et quand on avance 
d'un degré, on ajoute quatre personnes. En effet, la famille complète dans le sens le plus 
restreint du mot se compose, père non compris, de quatre personnes : comlin fine ... i 
cethrar (Lebar Aide, dans Ancient laws of Ireland, t. III, p. 332, ligne 20) : fils, petit- 
fils, frère, femme. Il y a donc quatre personnes à chaque degré, sauf le premier qui com- 
prend cinq personnes, et on compte quatre degrés de parents successibles et responsables. 
Le chiffre quatre joue un rôle considérable dans le droit des successions et dans le droit 
criminel en Irlande. Le partage des successions, et par conséquent des responsabilités pour 
crimes et délits, se fait au moyen de divisions par quatre. C'est à des quarts, à des quarts 
de quarts qu'ont droit les co-partageants comme on le voit au Lebar Aide (Ancient laws 
of Ireland, t. III, p. 330-332). Le chiffre quatre et ses multiples donnent aux juriscon- 
sultes irlandais la solution de tous les problèmes d'arithmétique soulevés par le partage 
des successions et des responsabilités pour crimes. 

2. Ancient laws of Ireland, t. I, p. 262, lignes 1-3. 

3. La femme irlandaise peut être propriétaire, elle hérite sous certaines conditions et 
avec certaines restrictions. Voyez sur ce point Ancient laws of Ireland, t. I, p. 148, 
lignes 3-s : t. IV. p. 16, ligne 24 ; p. 38-4S. Le droit d'héritage des femmes est supposé 
par le passage du Senchus Môr, qui prévoit le cas où la famille maternelle sera respon- 
sable des actes d'un malade frappé d'incapacité légale: athgabail lobuir ecuind co-ro- 
gleitir maithre ocus aithre dus ce da lina no-do-gella, « saisie de malade incapable, afin 



24 H. d'Arbois de Jubainville. 

Quand il n'y a pas de motif pour abréger les délais de la saisie mobi- 
lière, on peut y distinguer huit faits successifs : 

i° Commandement de payer, aurfocre ; 

2" Délai qui sépare le commandement et la saisie, apad; 

}° Saisie, athgabail ; 

4° Délai pendant lequel l'objet saisi reste aux mains du débiteur, 
anad ; 

5° Enlèvement, en irlandais ioxal, de l'objet saisi qui est mis en four- 
rière, forus ; 

6° Signification faite au saisi pour le prévenir de l'endroit où a été 
conduit l'objet mis en fourrière ; cette signification s'appelle fasc ; 

7° Délai pendant lequel l'objet saisi reste en fourrière ; le nom de ce 
délai est dithim ; 

8° Date à partir de laquelle la propriété de l'objet en fourrière est 
graduellement enlevée au défendeur pour passer au demandeur ; cette 
date se nomme lobad, c'est-à-dire destruction. 

Les délais peuvent être allongés par l'exception dilatoire, turbaid, qui 
se produit quand un obstacle insurmontable, dehhbeirc ', s'oppose à la 
bonne volonté du défendeur. — Les deux délais que nous avons fait figurer 
sous les numéros deux et quatre et qu'on appelle le premier apad, le se- 
cond anad, peuvent être supprimés quand il y a particulière urgence ; 
alors la saisie s'appelle athgabail tul : celle-ci ne comporte qu'un seul 
délai, celui que nous avons placé sous le numéro sept et qu'on nomme 
dithim. — C'est sur la durée de ces délais qu'est fondée la classification des 
divers cas de saisie mobilière, telle qu'elle est donnée dans le Senchus 
Môr. 

Supposons qu'il soit question de pratiquer la saisie dite de cinq jours. 
Le demandeur débute par un commandement à son débiteur. C'est l'acte 
prescrit en droit français par l'article 583 du Code de procédure civile. 
Chez nous le commandement doit être fait un jour au moins avant la 
saisie. Par un hasard singulier, c'est le principe irlandais, puisque en Ir- 
lande la saisie dont les délais sont les plus courts est celle d'un jour. 
Mais dans la procédure irlandaise dont nous nous occupons ici, l'inter- 
valle entre le commandement et la saisie dure cinq jours 2 , cet intervalle 

« que les parents maternels et les parents paternels décident laquelle des deux branches 
« donnera des gages », la durée des délais sera étendue à dix jours. [Ancient laws of 
Ireland, t I, p. 192, lignes 13-15 ; voyez encore, t. l. p. 260, ligne 6.) 

1. Ancient laws of Ireland, t. 1, p. 102, lignes 8, 21 ; cf. p. 198, lignes 9, n, 14, 
15, 19-25 ; p. 262, lignes 6, 15,21; p. 266, ligne 20 ; p. 282, ligne 26 ; p. 284, 
lignes 11-13, etc. 

2. Ancient laws of Ireland, t. I, p. 78, lignes 23-25 ; p. 262, lignes 9-13 ; p. 264, 
ligne 5 ; p. 284, lignes 36-38. 



Des attributions judiciaires de l'autorité publique chez les Celtes. 2% 

est ce qu'on appelle apad. La saisie est suivie d'un nouveau délai, anad, 
d'une durée égale à la durée du premier : cinq jours encore pendant les- 
quels les objets saisis restent au domicile du défendeur 1 qui en est 
gardien de droit, tandis qu'en droit français il est seulement gardien 
facultatif et peut être refusé par le saisissant (Code de procédure civile, 
article 598). A l'expiration de ce second délai le créancier, par un acte 
appelé toxal, enlève les objets saisis; il met ces objets en fourrière et 
fait au défendeur une signification nouvelle, jase, qui sert de point de 
départ à un nouveau délai, dithim, quelquefois double de chacun des 
deux premiers 2 , mais ordinairement de même longueur que chacun 
d'eux, encore cinq jours 5. A l'expiration de ce dernier délai commence 
pour le débiteur la perte de son droit sur les objets saisis : le créancier 
acquiert une certaine quantité de ces objets le premier jour, une seconde 
quantité le deuxième jour, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'il devienne pro- 
priétaire du tout ; c'est ce qu'on appelle lobadou destruction : ce qui est 
détruit est le droit du défendeur. Ce phénomène légal tient lieu de la 
vente prescrite par le droit français. Le droit irlandais historique le plus 
ancien, tel que nous le trouvons dans le Senchus Môr, ne connaît pas la 
vente proprement dite, puisque chez lui la monnaie de compte ne con- 
siste qu'en objets mobiliers: femmes esclaves, bêtes à cornes, sacs 
d'orge. L'argent monnayé paraît pour la première fois dans la glose du 
Senchus Môr et dans des traités de date plus récente que le Senchus Môr, 
tel que le livre d'Aicih. Dans la procédure irlandaise dont il s'agit, le 
total des délais qui s'écoulent entre la première signification et le mo- 
ment où le saisi commence à être dépouillé de ses droits sur les objets 
mobiliers enlevés par le créancier, s'élève à quinze jours : il est triple 
du nombre de jours qui a donné son nom à cette procédure : saisie de 
cinq jours. Dans la saisie d'un jour la durée totale des délais est de trois 
jours; dans la saisie de trois jours elle s'élève à neuf jours; enfin dans 
la saisie de dix jours, c'est à trente jours que se monte le total des 
délais. 

Quand tous les délais sont ainsi observés, la procédure de la saisie 
mobilière porte le nom de saisie après longueur, athgabailiar futî ;mais, 

1. Forus n-acra .;'. mainner .i. arus in fir uil ag in acra fechemun toichedha .i.fri- 
sin-gaibter athgabala. (Ancient laws of Ireland, t. il, p. 10, lignes 27-29.) 

2. Dans la saisie de deux jours le dithim durait quatre jours. (Ancient laws of Ireland, 
t. I, p. 82, ligne 1 ; p. 144, ligne 24 ; p. 146, lignes 23-25. 

3. Inand a uidi anta ocus niai ica fiach in urradus, « son délai A' anad et son déiai 
« de paiement (c'est-à-dire son dithim) sont identiques dans le droit des Irlandais ». 
(Ancient laws of Ireland, t. 1. p. 176, lignes 28-29.) 

4. Ancient laws of Ireland, t. 111, p. io<-, ligne 16. 

j. La nomenclature en irlandais des cas où il y a saisie après longueur occupe dans 



i6 H. d' Artois de Jubainville. 

dans un certain nombre de cas, il y avait saisie immédiate, athgabad tut. 
Alors on supprimait les deux premiers délais : il n'y avait point d'apad, 
c'est-à-dire d'intervalle entre le commandement et la saisie , de même 
Yanad était supprimé, c'est-à-dire que l'objet saisi était immédiatement 
enlevé et mis en fourrière ; le seul délai conservé était celui qu'on appe- 
lait dithim, c'est-à-dire l 'intervalle pendant lequel l'objet en fourrière 
restait la propriété du saisi. La durée de ce délai était égale au nombre 
de jours qui donnait son nom à la saisie '. 

Ainsi, lorsque la saisie de cinq jours était immédiate, il ne s'écoulait 
que cinq jours entre le commencement des opérations et le moment où 
les objets saisis commençaient à devenir la propriété du saisissant ; tandis 
que, si la saisie eût été celle qu'on appelait athgabail iar fut « saisie 
après longueur », l'intervalle entre le début des opérations et le com- 
mencement de l'expropriation du débiteur aurait été de quinze jours. 

La saisie immédiate d'un jour était tout particulièrement rigoureuse : 
le demandeur, sans avertissement préalable, enlevait les objets mobiliers 
appartenant à son débiteur, et au bout d'un jour commençait ce qu'on 
appelait en irlandais lobad, c'est-à-dire l'expropriation du débiteur au 
profit de son créancier 2 . 

De l'exposé de ces principes généraux, nous allons passer à des obser- 
vations de détail sur quelques-uns des huit faits que nous avons dis- 
tingués dans la procédure de la saisie mobilière irlandaise. Le premier 
est le commandement, aurfocre. En principe, toute saisie mobilière doit 
être précédée d'un commandement. Il y a exception quand la personne 
contre laquelle il est question de pratiquer la saisie appartient à l'aristo- 
cratie, c'est-à-dire à la catégorie des personnes que le droit irlandais dé- 
signe par l'adjectif nemed, dont le sens est « sacré ». Que le demandeur 
soit de condition commune ou qu'il fasse partie de la classe supérieure à 
laquelle appartient son adversaire, peu importe : l'étiquette irlandaise 
défend qu'on adresse un commandement aux personnes dites nemed; il 

l'édition officielle du Senchus Môr, quarante-cinq pages. (Ancient laws of Ireland, t. I. 
p. 122-210, savoir : saisie d'un jour, p. 122-144; saisie de deux "jours, p. 126 et 
p 144-156; saisie de trois jours, p. 156-182; saisie de cinq jours, p. 182-192; saisie 
de dix jours, p. 192-210.) 

1. An.id cach athgabala iar fut, is ed dithim cacha athgabala taulla cen anad itir. 
{Ancient laws of Ireland, t. 1, p. 210, lignes 27-29.) 

2. La nomenclature des cas de saisie immédiate occupe vingt pages de texte irlandais 
dans l'édition du Senchus Môr. (Ancient laws of Ireland, t. 1, p. 120,210-250, savoir : 
saisie d'un jour, p. i 20, 210-230; saisiedetrois jours, p. 230-236; saisie de cinq jours, 
p. 236-246; saisie de dix jours, p. 246-250.) On remarquera qu'il n'y a pas de saisie 
immédiate de deux jours, en d'autres termes cette procédure n'est pas à l'usage des femmes 
qui doivent toujours agir par athgabail iar fut, saisie après longueur. Des quatre espèces 
de saisie immédiate la plus usitée était celle de cinq jours : athgabail cuiethi in dut is 
gnathu dogres oldas cach athgabail (Ancient laws of Ireland, t. I, p. 250, lignes 15-16.) 



Des attributions judiciaires de l'autorité publique chez les Celtes. 27 

faut aller jeûner à leur porte '. Le débiteur devant la porte duquel jeûne 
son créancier doit lui offrir à manger 2 et promettre, soit de le payer, soit 
de faire juger la question ; comme garantie il faut qu'il lui donne une 
caution solvable, ou lui livre des gages?. Autrement sa dette est 
doublée ; il doit en outre cinq bêtes à cornes de dommages intérêts 4, et 
il est frappé d'une sorte de malédiction : jamais ni dieu ni homme ne le 
paiera ; c'est-à-dire que, si, pour obtenir d'un de ses débiteurs le rem- 
boursement d'une créance, il le conduit devant un de ces juges arbitraux 
qui ont obtenu de la confiance publique une sorte d'institution officieuse, 
ce juge refusera de l'entendre jusqu'à entier acquittement de la dette que 
le créancier a sollicitée par le jeûne s. D'autre part, si le créancier, refu- 
sant d'accepter des offres convenables faites par son débiteur, s'obstine 
à jeûner, il perd sa créance. Enfin, si celui qui jeûne se disant créancier 
ne l'est point, il doit comme réparation payer à son prétendu débiteur 
cinq bêtes à cornes d'indemnité, sans compter les dommages-intérêts 
fixés par l'usage pour l'outrage dont il s'est rendu coupable envers lui 6 . 
On voit que pratiquer une saisie n'était pas sans danger. Si dans les 
opérations préalables irrégulièrement exécutées on risquait sa fortune, à 
plus forte raison on pouvait la compromettre quand on en venait à l'acte 
proprement dit de la saisie. Le Senchus Môr donne au saisissant le conseil 
impératif de se faire accompagner d'un homme de loi, à la fois assez ins- 
truit pour se rendre compte de l'accomplissement régulier des formalités, 
et assez compétent dans l'art de la parole pour exposer devant les juges 
comment tout s'est passé. C'est un témoin qui déposera ; mais, pour 
qu'il puisse parler, il faut qu'il ait su voir ; en effet il y a une maxime 
qui dit: « c'est à l'œil qu'on paiera » ; car suivant une autre maxime : 
« en Irlande personne ne témoigne d'une chose à laquelle il n'aurait pas 
« fait attention 1 » . 



1. Dojet aurfocra cach n-athgabala la Feine, inge ma do nemthib no ma for nemthib: 
tofet troscad a -tobach-saide. (Senchus Môr, dans Ancient laws of Ireland, t. I, p. 112, 
lignes 14-16; cf. la glose, même page, lignes 19-26, et p. 114, lignes 6-8.) 

2. Senchus Môr, dans Ancient laws of Ireland, t 1, p. 1 14, lignes 10 et suivantes. 

3. Senchus Mor, dans Ancient laws of Ireland, t. I, p. 118, lignes 5-7, 20-28. 

4. Senchus Môr, dans Ancient laws of Ireland, t. I, p. 114, lignes 11-12. 

5. Nech nad gella di troscud, is eluthach na n-uile; intifoluing na h-uile, ni direnar 
dia na daine. (Senchus Mor, dans Ancient laws of Ireland, t. 1, p. 112, lignes 16-18, et 
p 114, lignes 14-17-) La formule finale se retrouve ailleurs, exemple : i° ar suig 
fiachu cach n-indligi nad imdich dethbiri iar n-dia ocus duine, « toute illégalité [com- 
« mise par le saisissant] produit une créance [contre lui au profit du saisi] à moins que 
« [le saisissant] ne soit protégé par une difficulté insurmontable [d'exécuter la loi] selon 
.< Dieu et homme ». (Ibid., t. il, p. 2, ligne 7-8) : 2" dileas do suide dia ocus duine 
« lui est acquis de par Dieu et de par homme. » (Ibid., t. IV, p. 33, ligne 20.) 

6. Senchus Môr, dans Ancient laws of Ireland, t. I, p. 1 18, lignes 4-5, 9 12 

7. F ri rose ruirther, ar ni fuicgle nech la Feine ni nad airithe. (Senchus Môr, dans 
Ancient laws of Ireland, t. I, p. 84, lignes 9-12.) 



28 H. d'Arboh de Jubainvillc. 

Celui qui saisit irrégulièrement doit au saisi cinq bêtes à cornes d'in- 
demnité ; mais les jurisconsultes irlandais admettent que la présence d'un 
de leurs confrères, appelé et naturellement payé par le saisissant, fasse 
obstacle à l'exigibilité de cette sorte d'amende, quand l'irrégularité résulte 
d'une erreur du jurisconsulte ' : on dit vulgairement en France que « les 
« loups ne se mangent pas entre eux ». 

La saisie chez les Irlandais est considérée comme une sorte de contrat 
entre les deux parties : son effet est de faire acquérir au demandeur un 
droit analogue à celui de gage sur les meubles saisis. On ne peut saisir si 
l'on n'est pas capable de contracter : ce qui suppose à la fois qu'on n'est 
ni en tutelle ni soumis à la puissance paternelle, que de plus on e>t sol- 
vable, c'est-à-dire du nombre des hommes qui peuvent servir de 
caution 2 . Enfin pour être en droit de saisir un débiteur, il faut posséder 
un avoir mobilier égal à celui qu'on saisit '. Une saisie faite par un es- 
clave, par un domestique, par un fou, serait nulle de plein droit, et ré- 
ciproquement toute saisie pratiquée contre eux serait illégale 4. 

On pourrait peut-être sans trop de témérité hasarder ici une expression 
étrangère au droit irlandais et dire que la faculté de saisir était attribuée 
aux citoyens seuls. Le texte irlandais se sert d'une périphrase : la saisie 
est interdite à quiconque n'a pas le droit de prendre part à l'assemblée 
populaire qui juge sur le rapport d'un jurisconsultes. Cette disposition 
met un nombre considérable d'habitants de l'Irlande dans l'impossibilité 
d'obtenir justice sans l'intervention d'un tiers plus puissant qu'eux. Mais 
une règle qu'on pourrait appeler démocratique semble donner une sorte 
de correctif bienveillant à cette exclusion du pauvre et du faible. Il est 
défendu aux chefs de l'assemblée populaire, rois, héritiers présomptifs de 
roi, -conseillers des rois, de pratiquer personnellement la saisie: l'impos- 
sibilité de leur tenir tête rendrait leur pouvoir tyrannique 6 . Quand ils 
veulent faire saisir le mobilier d'un débiteur ils se font représenter dans 
cette opération par un agent subalterne : aithech forla, et c'est contre cet 

:. Senchus Môr, dans Ancient laws of Ireland, t. I, p. 90, ligne 29 et suivantes, p 91. 

2. Ni-s-gaibet ... aurcuillte ratha na ecoir nadina. (Ancient laws of Ireland, t. I, p. 84, 
lignes 27-28 ; p. 86, lignes 1-3, 8-9.) Aurcuillte ratha paraît synonyme de deorad 
» étranger » et opposé de urrad, qu'on traduit en anglais par native. — De naidm 
a contrat, » il y a une forme plus complète snâidm, Windisch, Irische Texte, 1, 783. 

3. JVi acair nad caanclai croib in forais. (Ancient laws of Ireland, t. I, p. 102, 
lignes 26-27; P- I0 4, lignes 27-29.) 

4. Ancient laws of Ireland, t. 1, p. 84, lignes 28-29 ; p. 104, lignes 35-36. 

5. Ni-s-gaibet ecuma airechta (Ancient laws of Ireland, t. I, p. 84, lignes 27, 30-32). 
Urrad opposé à deurad « étranger d, ne représente pas à lui seul l'idée de « citoyen ». 
Urrad paraît désigner, à proprement parler, celui qui a pleine capacité pour cautionner. 
Les citoyens sont les urrad qui prennent part aux délibérations de l'assemblée bit i-sin 
airecht. 

6. Ancient laws of Ireland, t. 1, p. 84, lignes 27-28; p. 86, lignes 9-10. 



Des attributions judiciaires de l'autorité publique chez les Celtes. 29 

agent que leurs justiciables intentent action quand ils sont leurs créan- 
ciers '. 

Nous avons peu de choses à dire au sujet de Vanad, c'est-à-dire sur le 
délai pendant lequel, dans la saisie dite après longueur, les objets saisis 
restaient entre les mains du défendeur. Nous en avons déjà parlé d'une 
façon détaillée. Nous ajouterons seulement que ce délai était celui pen- 
dant lequel le débiteur solvable devait donner des gages au créancier; 
le délai appelé dithim ou période de la fourrière était celui où le débi- 
teur solvable devait payer 2 . Les gages donnés parle défendeur pendant 
Vanad constituaient la garantie ou qu'il paierait, ou qu'il se présenterait 
devant le juge s'il contestait la dette. 

Après Vanad avait lieu l'enlèvement, toxal 3, des objets saisis. Pour 
enlever les objets saisis il fallait trois personnes, et les objets saisis de- 
vaient être reçus en fourrière par quatre personnes 4. Les trois per- 
sonnes étaient : i° l'homme de loi, aigne, servant de caution, fear tair- 
gille, au demandeur ; 2 un témoin, fiadan s ; ?° le demandeur, fechium, 
ou pour s'exprimer d'une façon plus complète, fechium toicheda 6 . 

Les quatre personnes qui recevaient en fourrière étaient : i° un 
témoin ; 2 un homme de loi qui suivant un texte paraît pouvoir être 
remplacé par le demandeur lui-même ; 3. un personnage appelé naidm 
ou nascuire, c'est-à-dire contractant, liant ; 4 une caution , étire ou 
attire, qu'on appelait aussi raith 1 . La fourrière, forus, pouvait être au do- 
micile du demandeur 8 . Toutefois, le demandeur s'exposait grandement 

1. Ancient laws of Ireland, t. 1, p. 94, ligne 1. 

2. Cum[b]a uidi anta a uidi gellla ; ocus uidi ditma cum[b]ad e uidi ica fiach. (An- 
cient laws of Ireland, t. I, p. 176, lignes 29-30.) 

3. On dit aussi tain. (Ancient laws of Ireland, t. I, p. 264, ligne 23 ; p. 288, ligne 
9; p. 298, ligne s.) 

4. Do joxla triar do cethrur. (Ancient laws of Ireland, t. I, p. 266, lignes 2-3 ; 
p. 288, lignes 19 et suivantes; p. 290, lignes 29 et suivantes.) 

5. Le témoin doit être pris parmi les personnes qui n'ont pas reçu d'un chef le cheptel 
qu'on peut appeler servileet qui. par conséquent, n'ont pas reçu de ce chef le prix de leur 
honneur, fiadnuisi d\i]am[b]ad logh eimuch. (Ancient laws of Ireland, t. 1, p. 290, 
ligne 31, cf. p. 288, lignes 34-3$-) 

6. Ancient laws of Ireland, t. I, p. 250, ligne 3 1 . Fechium, ou mieux fechem, veut dire 
proprement « débiteur ». Cette qualité semble ne devoir être attribuée qu'au défen- 
deur, mais il n'y avait guèie de procès irlandais qui ne donnassent lieu à une demande 
reconventionnelle, en sorte que les deux parties étaient débitrices. Fechem toicheda veut 
dire littéralement débiteur de demande en justice, débiteur qui actionne. Toicheda est 
le génitif singulier d'un substantif toichid qui sert d'infinitif à un verbe toichim ou bien 
foichim ■• j'actionne », dont la racine est la même qne celle des verbes iar-faigim, ou 
iar-foichim et im-fuichim ; on dit fuachar à la troisième personne du singulier de l'in- 
dicatif présent passif. (Ancient laws of Ireland, t. I, p. 256, ligne 9.) 

7. Ancient laws of Ireland, t. I, p. 288, lignes 22, 30, 31, 33-35 '. P- 2 9°> lignes 32- 
34. Le témoin, le naidm (ou snâidm) et la caution ne peuvent être pris parmi les per- 
sonnes de con dition servile, c'est-à-dire parmi celles qui ont reçu d'un chef avec un 
cheptel le prix de leur honneur. 

8. Forus in fechemun toicheda. (Ancient laws of Ireland, t. I, p. 288, ligne 23.) Forus 



$o H. d'Arbois de Jubainville. 

s'il mettait en fourrière à son domicile des objets saisis d'une valeur 
plus élevée que le prix de son honneur. Quand leur valeur dépassait 
ce prix, il fallait qu'il choisît pour fourrière le domicile d'un personnage 
dont l'honneur fût tarifé plus haut que le sien propre. L'homme du peuple 
prenait comme fourrière l'enclos, failhce, d'un des membres de l'aris- 
tocratie. On distinguait dans l'aristocratie sept degrés ; il y avait donc 
sept catégories d'enclos qui pouvaient servir à mettre en fourrière les 
objets saisis par les membres de la plèbe '. Il était même quelquefois 
prudent de mettre dans des forteresses pour y passer la nuit les objets 
saisis, quand il y avait lieu de craindre qu'ils ne fussent enlevés par des 
brigands, car le saisissant était responsable de leur conservation jus- 
qu'au moment où le lob ad l'en rendait propriétaire 2 . 

Après avoir mis en fourrière les objets saisis, le demandeur devait au 
défendeur une signification nouvelle ; il y avait obligation pour le sai- 
sissant de faire connaître au saisi dans quel endroit les objets enlevés 
avaient été transportés. L'acte de donner cette information s'appelait 
fasc. Le saisissant portait lui-même cette notification au saisi ; mais il 
ne fallait pas qu'il fût seul ; l'usage exigeait qu'il se fit accompagner de 
deux témoins >, et l'un des deux témoins était un homme de loi 4. 

La signification dite fasc devait faire connaître au saisi trois choses s : 
il fallait que le saisissant, parlant à haute voix 6 , dît : i° quelle créance 
était cause de la saisie ; 2° où les objets saisis avaient été emmenés ; 
5° quel était le créancier saisissant. L'omission d'une seule de ces trois 
énonciations donnait au saisi le droit d'exiger cinq bêtes à cornes d'in- 
demnité?. Quand les objets saisis appartenaient à une personne diffé- 
rente de celle au domicile de laquelle la saisie avait eu lieu, il fallait 



est probablement pour for-foss comme arus pour ar-foss, comparez : i . foss, chez Win- 
disch, Irische texte, 1, 573, col. 1. 

1. Ra fesiur secht faithche fri-sin-athgabail. (Ancient laws of Ireland, t. II, p. 10, 
ligne 16 ; cf. t. I, p. 288, ligne 38 ; p. 290. ligne 1 ; p. 292, lignes 1-5. 

2. Segur athgabail i n-dub aidchib i n-duinib di a ditiun. (Ancient laws of Ireland, 
t. II, p. 2V Cf. Forus n-ditin (ibid., p. 10,' ligne 25.) 

3. Dlomt[h\ar dias la teisi. On dit : « deux pour témoignage ». {Ancient laws of 
Ireland, t. I, p. 268, ligne 1 1 ; p 302, ligne 11). La traduction anglaise : two are men- 
tioned along with the witness, n'est pas conforme au sens. Il est étrange que le traduc- 
teur ne s'en soit pas aperçu quand il a traduit la glose : Raither no aisnethur dias is 
test : « It is saii or stated that two should be witness ». (Ibid , p. 302, ligne 1 5 ; p. 303, 
ligne 19). Cf. teist, testimonium, Gr. C. -. p. 44 s , 1. 32. 

4. Aigni toxuil ocus fiadnaisi. (Ancient laws of Ireland, t. I, p. 302. ligne 16.) 

5. Fasc très brethar, an is nesam in urd : « signification, troisième parole, dont est 
pressante la loi ». (Ancient laws of Ireland, t. I, p. 268, ligne 14. 

6. Co tesgaire .i. gu-sin-tredh sa d'uasal gaire ann. i. d'innisin, « en sorte qu'il 
énonce, c'est-à-dire pour ces trois choses hautement alors crier, c'est-à-dire exposer. (An- 
cient laws of Ireland, t. I, p. 302, lignes 27-28. 

7. Chic seoit, munab i-sin très breithir. (Ancient laws of Ireland, t. I, p. 302, ligne 
27)- 



Des attributions judiciaires de l'autorité publique chez les Celtes. 5 1 

deux significations ou jase : l'une au domicile où s'était opérée la saisie, 
l'autre au domicile du propriétaire des objets mis en fourrière '. 

De cette signification partait le dernier délai de la saisie, dithim. 
C'était, disait-on, la période de paiement, et pour le débiteur une sorte 
de délai de grâce 2 . Mais ce délai avait cela d'onéreux que, les objets 
saisis étant ordinairement des bestiaux, leur nourriture et les frais occa- 
sionnés par les soins qu'on leur donnait étaient à la charge du défen- 
deur?. Enfin, ce délai une fois expiré, le lobad commençait. Le pre- 
mier jour, les objets saisis devenaient la propriété du saisissant jusqu'à 
concurrence de cinq bêtes à cornes de compte, le second jour trois 
bêtes à cornes de compte étaient acquises au saisissant, autant le troi- 
sième jour et ainsi de suite jusqu'à complet épuisement 4. 

Je n'entrerai pas dans plus de développement sur les règles et sur 
les effets de la saisie mobilière en Irlande. Je crains de fatiguer les lec- 
teurs de la Revue celtique. Il y a cependant encore plus d'un point in- 
téressant que j'ai à peine indiqué. Ainsi, la saisie dite inbleogan et avec 
l'article int-inbleogan, qui s'exerçait contre les parents du débiteur, est 
l'objet d'une réglementation détaillée qui mériterait une étude spéciale. 

§ 5. — La procédure irlandaise. — Troisième partie, la saisie immobilière. 

L'acquisition, techtugadî, de la propriété immobilière pouvait se 
faire au moyen de la saisie, tellach. Il fallait que le fait appelé tellach, 
c'est-à-dire l'acte d'occupation accompli dans la forme légale, fût ré- 
pété trois fois ; à la troisième fois, le saisissant se trouvait investi d'un 
droit appelé tuinighe, ou mieux tuinnige 6 , qu'on peut traduire par « pos- 

1. Tiaghar docum faithee fir as-a-tr toxlaither, docum foruis iar-sen as-a-seitb sloi- 
nnter, « on se rend à l'enclos de l'homme de la terre duquel est sorti ce qui a été saisi, 
« puis à la résidence de l'homme à qui l'objet saisi est déclaré appartenir ». (Ancient 
laws of Ireland, t. 1, p. 268, lignes 13-14; p- 302, lignes 16-21). 

2. Ancient laws of Ireland, t. I, p. 176, ligne 30. 

3. Ancient laws of Ireland, t. I, p. 258, lignes 15-17; P- 2 7°, lignes 37-39; p. 272, 
lignes 1-2. 

4. Cuic seoit hi lobud cacha hathgabala ro-midir Morand ; noch fit tri seoit cacha 
tratha ro-foliaigther co aurlaind a dithma, ach\t\ nicon anaig deithbeire. — Glose Is 
cach tratha son acht in cet trath. cuic seoit i suig [suidiu) ocus tri iaram cach trath co 
urlainn a dithma. « Cinq bêtes à cornes au lobad de toute saisie : ainsi jugea Morann. 
Il y a encore trois bêtes à cornes pour chaque jour de négligence jusqu'à la fin du sé- 
jour en fourrière à moins qu'un obstacle insurmontable ne protège ». — Glose. « Cha- 
que jour : il faut déduire, le premier jour, cinq bêtes à cornes ce jour-là, et trois bêtes 
à cornes ensuite chaque jour jusqu'à la fin du séjour en fourrière ». [Ancient laws of Ire- 
land, t. I, p. 102, lignes 6-8, 17-18^ — Dilsi con-d:lmaine, acquisition complète de la 
propriété, ibid. p. 258, lignes 16-17; P- 272, lignes 4-5; t. Il, p. 18, lignes 1-2. 

5. Techtugad dérive de techtaim « j'ai », c'est l'infinitif d'un verbe * techtaigim a je 
deviens propiiétaire ». 

6. De 2. tonn, tond « surface », notamment « surtace de la terre », tond talman, 
(Windisch, Irische texte, I, p. 838, col. 1) on a tiré tuinnim « je séjourne », « je de- 



32 H. d'Arboîs de Jubainville. 

session », et en vertu duquel il avait, comme nous le verrons, droit 
d'exercer la plupart des prérogatives d'un propriétaire définitif. 

L'acte appelé tellach ' se présente sous la forme d'une occupation 
militaire et violente. Quand le saisissant veut procéder à cet acte pour 
la première fois, il amène avec lui deux chevaux sous le joug et attelés 
à un char 2 . Un vieux texte de droit versifié appelle ces chevaux maire i, 
c'est le nom par lequel aux temps antiques les Celtes et les Germains 
désignaient les chevaux attelés au char du guerrier. Dans le texte que 
nous citons et qui ne remonte pas à la période héroïque de l'histoire de 
l'Irlande, le char des guerriers n'est pas exigé ; un vulgaire char de 
culture peut satisfaire aux prescriptions de la loi, mais on doit consi- 
dérer comme certain qu'à l'origine l'acte symbolique de l'occupation 
d'immeubles par le saisissant s'accomplissait du haut du char de guerre. 

Le saisissant, donc, tient à la main deux chevaux 4. Ces deux che- 
vaux sont sous le joug et traînent un char. Sous les yeux d'un témoin, 
d'un homme, qui l'accompagne, le saisissant franchit avec ses chevaux 
le fossé qui clôt la propriétés, puis il s'arrête sans les dételer. Alors, 
élevant la voix, il demande qu'on lui fasse droit selon la loi, s'il y a 
justice. Si cette sommation n'obtient pas de réponse, ou si la réponse 
n'est pas satisfaisante, il part pour revenir bientôt. 

On se rappelle que la saisie mobilière, quand elle se fait dans toutes 
les formes, c'est-à-dire « après longueur », iar fut, comporte trois 
délais qui peuvent être de cinq jours chacun , et trois actes exigeant des 
relations verbales entre le saisissant et le saisi. Le premier de ces actes 
est le commandement de payer, urfocre, par lequel commence la pro- 
cédure et duquel part le premier délai. Le second de ces actes est la 

meure », littéralement « je suis sur la surface [de la terrej », (ibid., p. 856, col. 1) 
puis * tuinneach, « celui qui séjourne », enfin tuinnigim « je séjourne », « je demeure », 
et tuinnige « acte de séjourner, de demeurer quelque part •-, « possession ». Selb (en 
gallois helw, Grammaiica celtica, 2 e édition, p. 130, ligne 5) désigne un droit plus 
solidement assis que tuinnige. Selb semble être la propriété ; Tirechan l'a employé avec 
le sens d' « appartenances », Gr. C ! 243. ligne 6 ; et le dérivé selbad désigne le droit du 
maître sur l'esclave dans un passage du ms. de Wurzbourg Gr. C 2 861. ligne 21); enfin le 
texte suivant paraît décisif: intidobeir na techta seilb, as e doron co fiachaib taige, « celui 
qui donne ce dont il n'a pas la propriété . se rend par cet acte débiteur des dommages- 
intérêts dûs pour vol ». Ancient laws of Ireland, t. IV, p. 32, lignes 19-20. 

1. Tellach est proprement l'acte de prendre quelque chose. Ce mot dérive de tellim 
« je vole », « j'enlève », (Grammatica celtica, 2° édition, p. 1093, col. 2, addition à 
la page 466) dont l'infinitif est tellad (ibid., p. 624, ligne 41). D'autres exemples de l'em- 
ploi du suffixe ach pour former des noms abstiaits sont réunis, ibid., p. 810. 

2. Carbut. (Ancient laws of Ireland, t. IV, p. 4, ligne 20). 

3. Ancient laws of Ireland, t. IV, p. 2, ligne 2. 

4. Da each a laim, dit un texte en prose un peu plus récent que celui que nous avons 
cité en premier lieu. (Ancient laws of Ireland, t. IV, p. 18, ligne 20 ; p. 20, ligne 21.) 

<. Teallach tar arta, « occupation au delà de fossé ». (Ancient laws of Ireland, t. IV, 
p. 4, lignes 17, 20.) 



Des attributions judiciaires de l'autorité publique chez les Celtes. 3 3 

saisie, athgabail, qui termine le premier délai et sert de point de départ 
au second délai. Le troisième de ces actes est la notification, fasc, du 
transport en fourrière, à la clôture du second délai et au début du troi- 
sième délai. La saisie immobilière comporte, comme la saisie mobilière, 
trois délais. La seule différence est dans la durée de chacun des délais : 
toujours dix jours au lieu des cinq énoncés dans l'exemple que nous 
avons donné, ce qui donne un total de trente jours au lieu de quinze. 
Le nombre des opérations exigées du saisissant est aussi de trois. La 
première occupation, cet tellach ', et la demande qui l'accompagne, 
correspondent au commandement de payer, urfocre. Il faut deux autres 
occupations : celle dite du milieu, tellach medonach 2 ; puis, enfin, l'occu- 
pation dite de deux dizaines, qui sont la dizaine du milieu et la dernière 
dizaine, tellach da dechmad: celle-ci a lieu au bout de trente jours 3. Le 
tellach medonach peut être comparé à Vathgabail et le tellach da dechmad 
au transport en fourrière et au fasc. C'est le tellach da dechmad, c'est-à- 
dire la troisième occupation, qui produit prise de possession définitive 
tuinnige. Ainsi, le transport en fourrière et \e fasc ouvrent le délai final 
qui se termine par le transfert de la propriété des objets mobiliers saisis, 
quand du saisi cette propriété passe au saisissant. 

Dans la saisie immobilière, les deux derniers actes d'occupation s'opè- 
rent d'une façon analogue à celle dont s'est exécu'é le premier. La seule 
différence consiste dans la solemnité qui chaque fois augmente. Lors de 
la seconde occupation, le nombre des chevaux amenés par le saisissant 
est de quatre au lieu de deux. Le saisissant ne s'arrête pas au bord du 
fossé, il s'avance au delà et détèle ses chevaux 4. A cette cérémonie 
symbolique il faut la présence de deux témoins mâles au lieu d'un qui 
avait suffi la première fois. Elle doit s'accomplir quand il s'est écoulé 
cinq jours de la seconde dizaine S, elle est immédiatement suivie d'une 
seconde sommation de faire droit, et le saisissant attend la réponse 
pendant trois jours 6 . 



1. Ar.cient laws of treland, t. II, p. 4, ligne 17. 

2. Ancient laws 0} lreland, t. IV. p. 2, ligne 4. 

3. Ancient laws of lreland, t IV, p. 4, lignes 18, 22-24. 

4. Cethri eich . . scurtav (Ancient laws oj lreland, t. IV, p. 18, ligne 2?.) 

5. l-mid-aind in dechmaid. (Ancient laws of lreland, t. IV, p. 18. lignes 22-25.) Le 
glossateur propose un système différent ; suivant lui, le saisi peut attendre jusqu'à cette 
date pour faire droit à la première sommation . ro bo coir dliged do foiba cuiethi don 
dechmaid medonaid (p. 22. lignes 1-2). mais la seconde occupation ne doit avoir lieu 
qu'à la fin de a seconde dizaine ou au commencement de la troisième, c'est-à-dire au 
bout de vingt jours : a forba na dechmaidi medonchi ocus i n indatacht na deckmaidi 
deidenche (p 22, lignes 5-6). 

6. Treise do dliged dianod be feinechas. (Ancient laws of lreland, t. IV, p. 18, ligne 
25; p. 22, lignes 11-15.) 

Rev. Celt. VII 3 



54 #. d'Arbois de Jubainville. 

Le troisième acte d'occupation se fait à la fin de la dernière dizaine ', 
c'est-à-dire trente jours après le commencement de cette procédure : 
le saisissant amène huit chevaux, trois témoins mâles, et s'avance jus- 
qu'à l'étable 2 . Il adresse une dernière sommation, il demande jugement 
immédiat si on veut lui faire droit ? . A défaut de réponse satisfaisante, 
il prend possession en faisant entrer sur la terre saisie un troupeau de 
bêtes à cornes 4, même en y bâtissant un hangar, une étable ; il peut à 
son gré, soit y loger ses bêtes pendant l'hiver, soit les y laisser seule- 
ment l'été pour les rentrer à son ancien domicile le premier novembre ; 
enfin, son droit peut aller jusqu'à grever cette terre d'une rente au 
profit d'un chef s . 

La saisie immobilière par les femmes est beaucoup moins ancienne 
que la saisie immobilière par les hommes. Elle a une double origine : 
elle dérive à la fois de la saisie immobilière par les hommes et de la 
saisie mobilière par les femmes. Comme la saisie immobilière par les 
hommes, elle exige trois occupations successives de l'immeuble. Pour la 
première occupation, les deux chevaux sont remplacés par deux brebis 6 , 
et le témoin homme par une femme. A la seconde occupation, il faut 
au lieu de quatre chevaux quatre brebis, et les deux témoins hommes 
sont remplacés par deux femmes 7. La troisième occupation s'opère non 



i. A n-dige and dechmad (Ancient laws of Ireland, t. IV, p. 18, ligne 26), i forba 
na dechmaidi deidinchi 'p. 22, ligne 21). 

2. Tellais iar suidiu a n-dige and dechmad, ocht n-eich aileas im treib toruma, treige 
Jer fiadan lat. (Ancient lairs of Ireland, t. IV, p. 18, lignes 26 27 ; voyez la glose, p. 
22, lignes 2o-2j) « Tu as saisi ensuite, au bout de la dizaine : les huit chevaux auxquels 
tu as droit sont autour de la maison, trois témoins avec toi ». 

3. Tul fuigeal uadaib dianad be femecheas. (Ancient laws of Ireland, t. IV, p. 18, 
lignes 28-29 . voyez la glose, p. 22, lignes 28 29.) 

4. Con adogh. (Ancient laws of Ireland, t. IV, p. 20, ligne 1.) La glose est : in 
t-espred. (Ibid., p. 22, ligne 31.J O'Reilly traduit spreid par cattle, herd; adogh est 
probablement pour aghodh, c'est un dérivé de agh « vache ». 

5. Le texte que nous résumons ainsi (Ancient laws of Ireland. t. IV, p. 20, lignes 
1-4) a été corrompu par une transposition qui le rend inintelligible. Voici comment, 
suivant nous, il doit être lu : Techta tuinige ; / log do aircsean, co feis, con-agod, co 
tein, co n-aitreib. co toruime ceathra, no im-telgad m-broga, no chis nemead Is as 
in-teallach so dobongar cach sealb la Feine, acht tir Cuind Cétchoraig, « en rémunération 
« de ta procédure (littéralement de ta vue), [tu as acquis' légalement le droit dit tuin- 
« nige ; tu peux, en conséquence, bâtir un hangar, amener un troupeau, allumer du 
a feu, construire une maison avec étable, pour prendre soin des bestiaux en hiver, à 
« moins que tu n'aimes mieux les emmener [le premier novembre]. Tu peux aussi 
« grever cette terre de rente au profit d'un chef. C'est ainsi qu'on saisit en Irlande 
« toute terre sauf celle de Cond Cctchorach. » Le sens des mots: im telcud mbroga, est 
donné par une glose du Senchus Môr; {Ancient laws of Ireland, t. I. p. 132, ligne ; ; ; 
p. 138, ligne 34); quant à la terre de Cond Cétchorach, c'est par une saisie mobilière 
qu'a été entamé le procès qui l'a fait changer de mains, [Senchus Môr dans Ancient laws of 
Ireland, t. I, p. 64). 

6. Da ai andsin samaigas. (Ancient laws of Ireland, t. IV, p. 8, lignes 17-18 ; p. 10, 
lignes 4-$.) 

7. Da ban fiadnaise do breith. (Ancient laws of Ireland, t. IV, p. 10, ligne 12.) 



Des attributions judiciaires de l'autorité publique chez les Celtes. 3$ 

pas avec huit chevaux mais avec huit brebis. Comme témoins il faudrait, 
ce semble, trois femmes correspondant aux trois témoins hommes de 
la saisie immobilière que les hommes font ; mais ces trois femmes sont 
remplacées par un seul témoin mâle '. Enfin, quand par l'effet de ces 
trois actes, la femme saisissant s'est acquis la possession, tuinnige, elle 
exerce son droit en installant sur la terre saisie, non pas un troupeau de 
bêtes à cornes, mais divers objets mobiliers à l'usage de femme : un 
pétrin, un crible et des ustensiles de cuisine 2 . 

Tel est l'aspect sous lequel la saisie immobilière par les femmes dé- 
rive de la saisie immobilière par les hommes. Mais quant à la durée des 
délais, c'est de la saisie mobilière par les femmes qu'elle paraît tirer son 
origine. Dans la saisie mobilière par les femmes, les trois délais sont de 
deux jours. Nous retrouvons ces délais doublés dans la saisie immobi- 
lière par les femmes ; dans celle-ci les trois délais sont de quatre jours 
chacun. On se rappelle que dans la saisie immobilière par les hommes, 
les trois délais sont de dix jours chacun ; dix jours sont le double de 
cinq, et cinq jours sont la durée du délai caractéristique dans une caté- 
gorie importante de saisie mobilière masculine. 

. Telles sont les règles de la saisie immobilière ; il y a cependant quel- 
ques exceptions : la loi prévoit le cas où une difficulté insurmontable 
rend impossible l'introduction de chevaux dans la propriété qu'on veut 
saisir; alors ce sont des hommes qui remplacent les chevaux 3. S'agit-il 
d'une forteresse qui n'a pas de dépendances 4, il faut que le saisissant, 
accompagné de deux hommes, puis de quatre, puis de huit, y pénètre 
trois fois; c'est une triple prise d'assaut. 

Quand un vagabond a pris possession d'un terrain, mais qu'il n'y a ni 
foyer, ni habitation, on peut l'expulser en trois jours et on a le choix 
entre deux procédés. L'un est celui de la saisie immobilière, dont les 
délais sont alors réduits de trente jours à trois s. L'autre procédé est 
celui de la saisie mobilière ; on pratique alors la saisie d'un jour après 

1. La fear-foirgeall fiadnaise. (Ancient laws of Ireland, t. IV, p. 8, lignes 24-25 ; 
p. 10, lignes 26-28.) 

2. Ancient laws of Ireland, t. IV, p. 8, lignes 23-24. La même règle se trouve déjà 
donnée dans le Senchus Môr (ibid., t. I, p 146, ligne 32 ; p. 148, lignes 1-2). On y 
explique que lorsqu'une femme exerce la saisie immobilière et qu'une autre femme dé- 
fenderesse veut la repousser, celle-ci doit pratiquer la saisie mobilière des brebis, du pétrin 
et du crible de la femme qui saisit. La traduction anglaise contient un contre sens, l'ir- 
landais im dingbail m-bantellaig veut dire « pour se débarrasser de la saisie immobilière 
féminine » c'est le contraire de « for securing the possession taking by women ». 

3. It fir in doloingad (Ancient laws of Ireland, t. IV, p. 5, ligne 7), littéralement ce 
sont des hommes qui en ce cas supportent la saisie. 

4. Dun cen seilb. (Aneient laws of Ireland, t. IV, p. 6, lignes 8, 18-19.) 

5. Teilgead ar trust « expulsion en trois jours. (Ancient laws of Ireland, t. IV, p. 28, 
lignes 2, 9-1 1.) 



36 H. d' Artois de Jubainville. 

longueur, c'est-à-dire qu'il y a trois délais d'un jour, qui emploient 
exactement le même temps que la saisie immobilière ! . 

Nous avons vu plus haut que celui qui procède irrégulièrement à une 
saisie mobilière doit au saisi cinq bêtes à cornes, sét, d'indemnité. 
Quand une saisie immobilière n'est pas régulière, l'indemnité due au 
saisi est beaucoup moins considérable ; elle consiste en une seule bête à 
cornes, seulement cette bête à cornes doit être de première catégorie, cli- 
thar sét. On distingue en droit irlandais trois catégories de bêtes à cornes 
de compte : i° clithar sét, qui comprend les vaches laitières, les vaches 
pleines et les bœufs de labour 7 ; 2" la samaisc ou génisse de deux ans 3, 
qui vaut moitié d'une vache laitière 4; 2," le sét gabla, c'est-à-dire le 
veau ou la génisse d'un an, le premier s'appelle colpach firend, la se- 
conde dartaib boinendi . Les glossateurs estiment le colpach firend en 
argent, quatre deniers 6 , ou en nature quatre sacs d'orge 7, et la dartaib 
boinend, trois sacs d'orge 8 ; c'est probablement la moitié du prix de la 
samaisc 9, qui vaut, elle, moitié du clitiiar set. Un texte dit que le clithar 
sét est le premier choix, forgu na n-uile ; et quant au dernier choix, 
digu, ce texte ne parle pas des sét gabla; le dernier choix, suivant lui, 
ce sont les bêtes à cornes que le débiteur d'une rente donne au créan- 
cier de cette rente, quand celui-ci pour se faire payer est obligé de 
recourir à la contrainte 10 . 



1. Im tuinide raitig « à cause de la possession du vagabond (Ancient laws of Ireland, 
t. 1, p. 122, ligne 1 < ; p. 128, lignes 24 26,. chose fort curieuse à observer, le glossa, 
teur du Senchus Môr n'a pas compris le sens du mot tuinige qu'il a écrit abusivemen- 
tuinide, et qui, suivant lui, au lieu de possessi n signifierait difficile voyage, de là un 
contre sens clans la traduction anglaise qui ren I U.inide par « difficult removing ». 

2. Laulgach no dam timchill arathair. Glossaire de Co y mac. chez w hiiïey Stokes, 
Three irisn glossaries, p. 8-9.) Un tîxte cité dans Ancient laws of Ireland, t. IV, p. 28, 
note i, ajoute buo inlaoge. 

3 A heifer in her third year, dit O'Donovan, supplément à O'Reilly, v" samaisc. Je 
n'ai pas retrouve les textes qu'il cite. 

4. Se samaisci .i. teora ba ; six samaisc, c'est-à-dire trois vaches. (Ancient laws of 
Ireland, t. Il, p 2 16, ligne 27.) 

j. Glossaire de Corn ac, au mot clithar set. 

6. Colpaige fuinne .1. ceithri screpall. (Ancient laws of Ireland, t. II, p. 260, ligne 4; 
cf. p. 1 3 4, ligne 5.) 

7. Agh loighe da miach A adh damba logh da screpall « veau du prix de deux sacs, 
« c'est à dire veau dont le prix est de deux deniers ». < Ancient laws of Ireland, t. II, 
p. 246, lignes 26-27.) — A g n '°'# f ceithri miach .i. ceithri scripaill is fin, « veau du 
« prix de quatre sacs, c'est-à-dire il vaut quatre deniers ». Ibid.. t II, p. 250, ligne 7. 
A la page 2(4. ligne 1 j. les quatre sacs tombent à trois deniers, t" scripuill. 

8 Dartada .i. agh tri miach, « d'une génisse, c'est à-dire veau de trois sacs ». 
(Ancient laws 0/ Ire, and t. Il p. 2(8, ligne 17.,, 

9. ho con a-josair ... ocht meich brocha (Ancient laws of Ireland, t. II, p 2jo, 
lignes 22. 26 Des c iffres différents sont proposes par O'Donovan, ibid., p 134, note 1 ; 
j'ignore d'après quels te tes. 

io. Clithar set slaindte — forgu na n uile ; — digu set somaine — la cosnam co n-dei- 
thbire — fit bes a-haigrian Clithar set, c'est ainsi qu'on appelle le premier c.oix de toutes 
les bêtes à cornes. Le dernier choix, ce sont les bêtes à cornes de rente, quand un procès 



Des attributions judiciaires de l'autorité publique chez les Celtes. 37 

En principe, quand on doit une indemnité, il faut la payer : un tiers 
en chîhar set, ou bêtes de première catégorie ; un tiers en samaisc, ou 
bêtes de deuxième catégorie ; un tiers en sét gabla, ou bêtes de troisième 
catégorie. Celui qui a procédé irrégulièrement à une saisie immobilière 
paie au saisi une bête à titre d'indemnité : il semble que cette bête de- 
vrait être de valeur moyenne; non, c'est un cltthar sét, une bête de pre- 
mière catégorie. 

Je termine ici cette étude. Elle semblera trop longue à ceux des lec- 
teurs de la Revue Celtique que les questions de droit n'intéressent pas. Elle 
est pourtant bien incomplète Son intérêt est de montrer à quels ré- 
sultats conduisait jadis en procédure l'absence de magistrats dont la 
juridiction fût obligatoire dans les questions de droit privé. 

Je ne prétends pas soutenir que la procédure irlandaise fût dans tous ses 
détails identique à la procédure inconnue que pratiquaient les Gaulois 
quand César les subjugua. La procédure irlandaise avait évidemment 
sous divers aspects son originalité ; elle offre sur quelques points la trace 
d'idées relativement modernes, la saisie féminine en est un exemple. 
Mais quant à ses règles fondamentales, la procédure irlandaise du com- 
bat singulier et de la saisie est la conséquence forcée d'une organisation 
sociale commune originairement à toute la race indo-européenne ; elle 
est donc un monument plus ou moins altéré, mais reconnaissable, d'un 
âge primitif par lequel sont passés tous les arcêtres de cette race; la 
pignoris capio romaine et germanique est un débris qui rappelle l'époque 
où cette procédure n'était pas usitée seulement en Irlande, mais aussi sur 
les bords du Bas-Elbe et du Tibre. 

H. d'Arbois de Jubainville. 



nécessaire est intenté au débiteur de la rente par l'homme dont la terre est la propriété. 
(Ancient laws <?f l'dand, t. V, p. 28, lignes 4-5.) Le traducteur n'a pas compris le 
sens du mot somaine a rente ». Voyez sur ce mot Ancient laws of Ireland, t. II, p. 194, 
lignes 16, 17. 



ETUDES BRETONNES 



l'individualisme dans le langage breton. 

Les variétés que présente la langue bretonne parlée ne proviennent 
pas seulement de la conservation, de la perte ou de l'altération phoné- 
tique, plus ou moins complètes, du vieux fonds celtique, ni des diffé- 
rentes façons dont l'instinct populaire a comblé, au moyen de divers 
emprunts ou de formations analogiques, les vides amenés soit par l'usure 
soit par la démonétisation des mots et des formes grammaticales. Dans 
ce combat pour la vie linguistique, il faut faire aussi la part des goûts in- 
dividuels qui puisent librement, sinon arbitrairement, au trésor tradi- 
tionnel de la langue, donnent aux éléments qu'ils lui empruntent une 
importance et quelquefois une forme nouvelle, et opèrent ainsi une sé- 
lection artificielle dont les résultats peuvent prendre plus ou moins d'ex- 
tension et de durée. Il y a certains mots, certains jurons favoris dans 
toute une paroisse, ou sur un territoire plus considérable : par exemple 
néal [= e leal) « en vérité », à Pléhédel (en Goello) ; ia laouen « oui, 
gaîment », en grand Tréguier ; et ces expressions sont non seulement 
inusitées, mais inintelligibles et ridicules dans la plupart des autres va- 
riétés du même dialecte de Tréguier: néal y est interprété 'n éal « le 
poulain », et ia laouen sonne absolument comme en français « oui, 
pou ». 

La langue de la commune de Trévérec (en petit Tréguier) nous 
fournit, à cet égard, les observations suivantes. 

Il y a quelques jurons français dont l'emploi en breton reste abso- 
lument personnel, comme « sacré tonnerre » (et, à Tressigneaux, en 
Goello, « cinq cents mâtins, double canon ! »). Il en est de même 
de certains mots tels que loko « la goutte », kakare dans le sens 
de koc'h et postergom dans le sens de rèr, du latin cacare et post tergum 
(et à Tressigneaux, des mots enfantins qip qlp « oiseau », lo lo « poche »). 



Etudes bretonnes. 39 

D'autres mots, introduits par des personnes étrangères à la localité, ont 
été adoptés parce qu'ils n'avaient pas de synonymes ; ainsi morlukenno 
« sorte de bonbons, berlingots? » Des expressions favorites d'origine 
exotique exposent ceux qui les emploient à s'en voir affubler en guise de 
surnoms ; c'est ce qui est arrivé pour 'm'on-me, « dis-je » (du grand 
Tréguier). Parmi celles qui sont bien un fruit du terroir, je citerai les 
suivantes, propres chacune à une seule personne : Paour-kezik Toue 
« Pauvre cher Dieu ! » Are, are, zô're ! « encore, encore, et encore ! » 
Chêne gond enon, littéralement « voilà le compte, là » ; chêne par une 
altération toute spéciale, pour chetu, chetë. Une femme, à Pludual (en 
Goello) a la malencontreuse manie de dire vel e merd à toutes ses 
phrases, risquant ainsi d'enrichir la langue bretonne d'un mot peu né- 
cessaire. Comme analogie, je citerai deux dames françaises, dont l'une 
répondait invariablement : « Vlà 1' coup ! » et l'autre : « Hélas, ma 
chère amie, que me dites-voujî là ? » Il faut ajouter que cette dernière 
était sourde et ne voulait pas en convenir. 

Ces expressions personnelles sont, en breton, une source intarissable 
de plaisanteries ; le peuple aime à contrefaire les conversations qui ont 
un cachet particulier. C'est, sans doute, un moyen de propagation pour 
ces locutions spéciales ; après s'en être bien raillé, on finit parfois par s'y 
habituer, et par les employer couramment ; selon un proverbe du lieu, 
Ar goap a stag Abred pe dïwad, « La moquerie s'attache tôt ou tard [aux 
moqueurs] ». Mais en attendant que ses mots favoris fassent fortune, si 
volet usus, leur auteur doit se résigner à être nommé chaque fois qu'on 
les emploie, à son imitation. Il y a deux formules pour ces sortes de ci- 
tations. L'une est, par exemple, 'me Gwill (/ mouillée) « [comme] dit 
Guillaume » ; l'autre, gwes te Will « [à la] façon de Guillaume ». Cette 
dernière locution, très usitée à Trévérec et à Tressigneaux, répond à la 
formule populaire à Saint-Brieuc, en pareil cas : « à la mode de Guil- 
laume ». Le mot gwes est identique au gallois gwedd (féminin) « forme, 
façon », comique gwedh, fém., de la même racine que le grec slSoç, 
loitx. Le z final, quoique doux, n'est pas tombé selon la règle de phoné- 
tique trécoroise, parce qu'il a été protégé par la dentale qui le suivait 
immédiatement : gwes-te = * gwez da. Ce mot se trouve en moyen breton, 
dans un seul passage de Sainte-Barbe : doeou... Groaet à pep danuez en 
goez den, « des dieux... fabriqués de toutes matières, en forme hu- 
maine » (Bibliothèque nationale, Y 6186, p. 109), strophe 432 de mon 
édition. Ce mot était en moyen gallois gwed, fém. ; il est réduit à peu 
près à l'état de suffixe, par ex. dans le vieux gall. ringuedaulion « mys- 
térieux », aujourd'hui rhinweddolion, et dans le v. bret. clutgued « amas ». 



40 E. Ernault. 

Mais c'est à tort que la Grammatica celtica, 2 e éd., p. 890, suivie par 
M. Loth, Vocabulaire vieux-bret., 75, voit aussi gued dans le moy. bret. 
dezuez « journée », bloazuez e année », finuez « fin ». Le trécorois déves, 
le vannetais deueh et le gallois dyddwaith prouvent que le z du léonnais 
devez vient de //;, et que le comique dethwyth (Beunans Merlasek, 2145) 
n'a pas altéré le son primitif; comparez léon. nozvez, tréc. nozes, vann. 
nozeoh « une nuit » = gall. noswaith, corniq. noswyth \B. M., 1785); 
léon. suivez « un dimanche », tréc. zulves, = corniq. sylgweth, etc. 
Quant à finuez, il faut remarquer qu'il est masculin, comme le comique 
fynweth, et qu'il a un analogue dans le léon. a-c'houdevez « depuis », 
vann. a-oudeu'èh, P. Grég., goudevéh, dict. de L'A. La Grammatica celtica 
cite aussi mal à propos le moy. bret. danuez « matière », quoique le z 
soit doux (tréc. danve, vann. danne) ; car le gall. dejnydd et l'irlandais 
damna écartent toute comparaison avec gued. C'est également par mé- 
prise que le bret. gwenridik « bienheureux » est tiré de * vindo-ved-ico-s 
où ved serait notre gued, dans les Etudes grammaticales sur les languescel- 
tiques, 114*; les expressions comme guenn e bet « heureux (est) son 
sort », Gr. Myst. de Jésus, 236, qui se retrouvent en comique et en 
gallois, indiquent clairement bet = bitu-s. 

Le cas le plus remarquable d'idiosyncrasie linguistique que j'aie été à 
même d'observer à Trévérec est celui d'un brave homme qui ne peut 
jamais dire une chose sans la répéter aussitôt sous une forme différente 
et abrégée. Ainsi un jour que son fils avait fait verser sa charrette, il lui 
adressa cette réprimande : Lare' 'm a d'il hag em a 'oa eun toul-kar witè 
hag e he hag e oa! Zà da gar alèse ma '/ eus c'hoant ha ma 't eus. kar me 
ne zikourein ket anout na ne rein /littéralement : « Je t'avais dit et je 
l'avais, qu'il y avait une ornière à droite' et que c'est qu'il y avait ! 
Lève ta charrette de là si tu as envie et si tu as, car je ne t'aiderai pas 
ni ne ferai ! » La phrase est devenue légendaire, sans doute parce que 
le contraste entre la gravité de la circonstance et le manque absolu de 
naturel dans l'expression, si elle eût été dans toute autre bouche, a vi- 
vement frappé les témoins de cette scène ; mais c'est bien là sa seule 
façon de s'exprimer. Je ne dirai pas avec Catulle : 

Credo sic mater, ?ic... avunculus ejus, 
Sic maternus avus dixerit, atque avia; 

je suis persuadé, au contraire, que cette tournure d'esprit, tautologique, 
dont l'expression est d'ailleurs favorisée par la flexibilité de la conju- 

1. Cf. Rev. Celt., IV, 169. 



Etudes bretonnes. 41 

gaison bretonne, a toujours été propre à l'excellent homme en question; 
et je n'attache pas grande importance à ce fait, qu'il n'est pas originaire 
de Trévérec. Je puis, du moins, affirmer que son propre fils ne parle 
jamais de la sorte. 



LE BRETON ET L'ARGOT. 

Sous ce titre, Un argot de Basse-Bretagne, M. N. Quellien a publié dans 
la Revue de Linguistique de janvier 1885 un intéressant article de 26 pages 
sur un langage de convention, variété originale du dialecte breton de 
Tréguier, que parlent entre eux les chiffonniers et les couvreurs de La 
Roche-Derrien, petite ville de i,6oo âmes tout au plus. J'ajouterai ici 
quelques remarques pour éclaircir la provenance des expressions qu'il 
signale comme propres à cet argot, ou pour constater leur présence 
dans d'autres variétés de la langue bretonne. 

Abostol. Anndaouzek — zo tremen (les douze apôtres passent), il est 
midi. Se dit aussi à Trévérec. Cf. « Le chant du coq monte jusqu'au 
ciel, il chante quand chantent les apôtres; Quand chante le coq à mi- 
nuit, les anges chantent au paradis » Barzaz Breiz, p. 347 (Iannik 
Skolan). Ce passage manque dans la version, d'ailleurs incomplète, que 
M. Luzel a donnée au t. I de ses Gwerziou Brdz-hel. 

Ambrellin pluriel -ed, fils, jeune garçon. Du vieux français ambrelin, 
homme ridicule, à Metz homme de néant, selon Sainte- Palaye (Diction- 
naire de Godefroy). C'est ainsi qu'on dit familièrement en français « mon 
gamin » pour « mon fils ». 

An'jez, père. Peut-être du v. fr. enge, aujourd'hui engeance, avec une 
terminaison arbitraire. 

Baimbain, pommes de terre, du fr. bain? A Trévérec, par plaisanterie, 
bouill-bouill, id., proprement « ce qui bout, ce qui fait bouill bouill dans 
l'eau ». 

Batimancho (bâtiments, bateaux!, gros sabots. Cf. en argot français 
bateau, soulier énorme, bateaux, souliers ( Lorédan Larchey, Dictionnaire. . . 
de l'argot parisien) en fourbesque ou argot italien barcha, soulier (Fran- 
cisque Michel, Etudes de philologie comparée sur l'argot, Paris, 1856, 
p. 426)'. 

Bich, le diable. Ce mot doit être une abréviation, peut-être du syno- 

1. Jet désignerai ces deux ouvrages par les initiales L. L. et F. M. 



42 E. Ernault. 

nyme kubik, que M. Quellien regarde comme d'invention assez moderne 
et qui a un sens si vague qu'il peut désigner aussi « le père », et même 
« Dieu ». On serait tenté de comparer pourtant le nom du diable en 
argot allemand, Bieg, F. M., 449. A Saint-Brieuc la Gobiche est un 
monstre imaginaire dont on fait peur aux enfants. 

Billeoz, argent, billeouzi, payer. De l'argot fr. bille, monnaie, F. M., 
L. L., billancher, payer comptant, L. L., même racine que billon. 

Billez, fille, paysanne : eur villez. Du fr. fille, avec la terminaison bre- 
tonne du féminin. 

Binwio outils) parties sexuelles. Cf. angl. tool, terme d'argot em- 
ployé par Shakespeare (F. M., 470). 

Boubouar, m., bœuf, vache. De bouboual, gronder, retentir, comme 
en argot fr. beuglant, bœuf, F. M., L. L. 

Bouta en eunn ail pousser en un autre), vulg. monter le coup à quel- 
qu'un. Cf. argot fr. le mettre à quelqu'un, en faire accroire, tromper, 
L. L. 

Brif, pain. A Trévérec morceau, ce qu'on mange ; du v. fr. brije, resté 
en picard (auj. bribe), M. Loth a comparé le v. bret. diprim, manger, 
mais le b initial rend ce rapprochement impossible. Voy. le Dict. de 
Diez, 4 e éd., p. 66. 

C'houea. Me a c'houeo ho fri d'ac'h, je vous moucherai le nez, phrase 
de menace. Se dit à Trévérec, etc. Cf. moucher, frapper, battre, tuer, 
L. L. 

Chouez, maison : ar c'houez, peut-être la forme radicale est-elle 
* kouez, cf. le mot d'argot fr. creux, logis, maison, F. M., qu'on écrivait 
autrefois crues ? 

Choufretezen, allumettes, plur. choufretez, d'un mot fr. * soujrettes, dérivé 
de soufre. On dit à Trévérec chimiken, une allumette chimique, cf. en 
argot fr. « une chimique », L. L. 

C'houila, travailler, proprement « fouiller », gall. chwilio. 

C'housa, manger, c'housach, aliment, du v. fr. populaire gousser, 
manger, F. M., 197. Il est arrivé pour ce mot, comme pour gallout, 
hallout, pouvoir, en Léon, ouilein, pleurer, vennein, vouloir, etc., en 
Vannet., que la forme radicale a été supplantée par « l'état construit »; 
on a dû dire d'abord à l'infinitif * gousa, d'où régulièrement au présent 
me a c'hous, etc. 

Dankier, femme de mauvaises mœurs. — Trév. eun dankier a blac'h, 
une fille dégourdie, vive, capable. Cf. peut-être sankier, machine, et 
chose quelconque, objet, Trév. ; ce dernier mot vient du fr. chantier. 

Dibunet dévidé). Me a m euz — gant hennez, j'ai démêlé (distribaé des 



*\ 



Etades bretonnes. 43 

coups) avec celui-ci. Trév. Me 'm eus dibuned he geelad d'hennez, je l'ai 
battu. 

Dovergn, cheval. Des mots fr. d'Auvergne? Comme cette expression a 
pu prendre naissance en Bretagne, je rappellerai que l'idée d' « auver- 
gnat » s'associe naturellement en ce pays à celle de « colporteur » ; cf. 
Brizeux, éd. M. Lévy, 1861, t. II, p. 174. 

Eltriz, pain. De l'argot fr. arîis, lartif, en argot italien artibrio, pro- 
vençal artoun, etc., L. L., F. M., 17, 425. 

Fardach, gens de rien, objets de nulle valeur, rebut. Le mot existe 
aussi à Trévérec dans ces deux dernières significations. 

Flit,flitouar, lit; cf. fled, grabat, Le Gonidec, Troude,fledtP. Grég. 
D. Le Pell. donne en Léon, flet « lit tout simple et petit », plur. fledou. 
Je ne crois pas que ce mot ait rien à faire avec gwele, lit [Et: gramm., 
32) ; aucun des exemples cités à cet endroit pour prouver la correspon- 
dance de / et gw en armoricain n'est concluant. Le plus spécieux est 
« fal, mauvais, variante de gwal » ; mais fal veut dire proprement 
« faible » et correspond plutôt au fr. failli. Flet répond, comme l'indique 
D. Le Pelletier, au bas-latin flecta, claie. 

Flu. Rei ar — , donner la correction, Trév., id. 

Fluma, battre. Variante de fibla, P. Grég., etc., de *fibulare, cf. fl'è- 
mienn = fibula, à Sarzeau, Rev. celt., III, 236. 

Fraonwal, s'enfuir, s'échapper. Sorte d'onomatopée analogue au tré- 
corois vronjal et au haut breton brunder, qui expriment le bruit d'une 
toupie ou d'un corps quelconque lancé avec vigueur. 

Freouz, synonyme de koc'h; freouzi « cacare». Du haut breton foéroux, 
foireux. 

Gourd, bon, bien, oui ; comparatif gourtoc'h. De l'argot fr. gourd, 
gros, riche, puissant, bon, gourdement, beaucoup, F. M., 194-196; 
argot ital. gordo, plein, F. M., 429, etc., c'est le fr. gourd, engourdi, 
esp. gordo, gros, avec un sens plus étendu. 

Granik, faim. Cf. en argot fr. ' pégrenne, F. M., L. L. 

Grefier, chat; de l'argot fr. greffier, griffon, griffard, id., L. L., F. M. 
Dans l'argot de La Roche, Polik veut dire à la fois « notaire » et 
« chat ». 

Grifon, chien ; probablement du fr. « chien griffon ». On vient devoir 
en argot fr. griffon pour a chat » ; c'était un synonyme de greffier dans 
le sens ordinaire, F. M., 204 ; nous en avons gardé les dérivés grif- 
fonner, griffonnages (cf. l'expression « écrire comme un chat »). 

Groegon (prunes sauvages), crottin de cheval. On dit ailleurs fiez glaz, 
figues vertes, cf. Bombard Kerne, 30. 



44 É- Ernault. 

Grun pour gronch, menton, dans larda ar grun 'se graisser le menton), 
faire bonne chère. Je ne sais si cette localisation du sens de çrun est 
exacte : on dit à Trévérec, en pareil cas, lardan 'gorzaillen, graisser le 
gosier. Grun vient du fr. grouin, qui veut dire en argot « visage », L. 
L. 

Gwammel, femme mariée. Trév. eur wambel, une femme sale. Cf. 
gwamm, femme mariée par raillerie!. Le Gon., Troude. « Hors ces lo- 
cutions, le mot goium n'est plus d'usage que dans l'argot, où il signifie 
femme » (P. Grég , s. v. femme). 

Gwilloïlc petit Guillaume , loup. Gwillaouik, dict. de Troude, etc. 
L'auteur du Dict. de l'A. donne, p. Vil, giiiV.eu, comme du mauvais 
breton usité à Ambon [district de Vannes], au lieu de bleye, loup. 

Heol ar bleiz (le soleil du loup' 1 , la lune. Trév. iaol e blei ; la lune est 
associée au loup, dans « La Tour d'Armor », Barzaz Breiz, p. 495. 
Pour éviter d'appeler le loup par son nom, de pnur de l'attirer, on le 
désigne par Id-nos « chien de nuit », en basse Cornouaille, dit D. Le 
Pelletier. 

Jes, substantif qu'on ajoute aux adj. possessifs, pour faire des pron. 
personnels : ma jes, moi, hon jes, nous, ho ches, vous, ho jes, eux. Le 
verbe suivant prend la forme impersonnelle. C'est une syllabe insigni- 
fiante, qu'on met là uniquement pour dénaturer l'aspect des pronoms 
personnels, comme en argot fr. now.ailles, nousiergue, nouzilres,nouzigo, 
nous, L. L., en argot italien vostriso, vous, F. M., 4^4. etc. 

Kelien ! mouches , mot par lequel un complice avertit les voleurs qu'il 
vient quelqu'un. Allusion aux mouchards. 

Kerbcrz. Gouzout dre bclec'h a David da Gerborz (savoir par où David 
va à Kermoroc'h , en connaître plus long que d'autres. Trév. Hennez 'oar 
Ket dre b'iac'h a Pér da Gerbost, il n'est pas fin. 

Kornik l'encorné), le diable. Le P. Grég. donne ar c'horneca, id., 
comme mot burlesque; cf. Paol gornek, id., Dict. bret.-fr. de Troude. 

Kotisa, battre, du haut bret. cotir, écraser. 

Krank, le contenu d'un verre, la goutte. Cf. la strophe suivante, 
l'avant-dernière de Chanson ar guin-ardant pe ar jigoden (imprimée chez 
Lédan, sans date, à la suite d'une autre intitulée Trahison an amou- 
roustet : 

Qement tra zo er bed-mâ a eprouv chanchamant : 
Hyrio leromp Jigoden ha guechal Guin-Ardant, 
Ur banne Ini-brutal, ur C'hranc pe Mistigri, 
La-Gout, e me Yan-Zoudard, ha ni lar Lodevi. 

L'auteur anonyme de cette énumération eût pu y ajouter jolori, et bien 



Etudes bretonnes. 45 

d'autres synonymes burlesques dont on peut voir quelques-uns donnés 
par le P. Grég. au mot eau. 

Kreiz (milieu), midi, dans talar kreiz, dîner (repas du midi), abré- 
viation de kreiste. 

Krib, krib Jezuz, gendarme. Trév. grib, de l'argot fr. grippe-Jésus, L. 
L. « terme des voleurs du nord de la France et des marins », F. M. 

Lagard ijen iceil de bœuf I, pièce de cinq francs. Trév lagad ejon. 
Cf. en argot italien occhio ou lampante di civetta (œil de chouette), ducat, 
F. M., 430, 431 ; argot fr. bouche l'œil, pièce de cinq, dix ou vingt 
francs, L. L. 

Lansogn : mont da lansogn, en arriver à l'état d'ivresse. Il faut écrire 
mont d'Alansogn, proprement «aller à Alençon », d'où par suite d'un jeu 
de mots« être lancé » (lancé, gris, L. L.). C'est ainsi qu'on disait en 
argot français « allé en Angoulesme » pour « avalé, bu ou mangé » par 
allusion à engouler, F. M., 9; qu'on dit encore, dans ce même argot, 
« aller à Niort », pour « nier », L. L., F. M. ; « aller à Rouen », se 
ruiner, etc., etc. ; F. M., 36$, cf. ibid., s. v. Canelle, Cône. Des plai- 
santeries de ce genre sont assez fréquentes en Bretagne : on dit en gallo 
d'un homme qui n'est pas donnant, généreux, qu'il n'est pas de Saint- 
Donan (commune voisine de Saint-Brieucl, et en breton de Trévérec Ed 
e d'ar Roc'h « il est allé à La Roche-Derrien » = il dort, il ronfle 
(roc' liai, ronfler). Voici, à ce propos, une devinette que j'ai entendue à 
Trévérec : Mamzell a Gerbilen, Krennet hi bek hag hic'h ivinen, malet gant 
eur vilin e.kern ha zilet er pod toull? — Eur gerc'hen. « (Connaissez-vous) 
Mademoiselle de Kerpelen, à qui l'on rogne bec et ongle, et qui est (en- 
suite) moulue par un moulin d os et passée à travers un pot percé ? — ■ 
C'est le grain d'avoine ». Kercelen, petit village près du bourg de Tré- 
vérec, est décomposé ici en ker-pehn « ville de la balle (enveloppe du 
grain) ». On sait que kerc'hen est du féminin. Les détails suivants font 
allusion au battage, à la bouche du cheval, et aux suites de sa digestion. 
— M. de Kernitra (de la ville de rien) se dit, dans le Morbihan, d'un 
homme pauvre ou trop prétentieux. Troude a signalé l'expression mont 
da Germouzik, litt. « a:!er à la petite ville de bouderie » (Dict. bret.-fr., 
s. v. mouzik). On connaît aussi le vers de Proux, le poète cornouaillais 
d'allure si populaire, dans Bombard Kerne, p. 86 : Margod ar bik, a Ger- 
Biget '.M. Quellien donne l'expression mont e tu ail da vro ar ba>a (aller 
de l'autre côte du pays du pain), être perdu ou mort. Elle s'emploie aussi 



1. Il n'est pas nécessaire de rappeler Ratopolis, Eléphantide et Rhinocère, fondées par 
notre aimable fabuliste. 



46 E. Ernault. 

à Trévérec ; cf. le fr. « faire perdre le goût du pain », argot « remercier 
son boulanger » (mourir), L. L. L'argot de la Roche offre encore 
ces phrases: kas da Vro-Saoz (envoyer en Angleterre), noyer ; diskenn da 
Vro-Saoz (descendre en Angleterre), être noyé ; mond da Gerneo (aller en 
Cornouaille) être perdu, tué ou mort. Dans ces deux cas, il n'y a pas de 
jeu de mots ; M. Quellien dit avec raison qu'ici la Cornouaille est prise 
comme type de pays lointain. Le P. Grég., au mot dépérir, donne une 
explication historique de la locution mônet a ra da Scoçz (il va en Ecosse , 
il dépérit ; mais en même temps il renvoie au mot vieillot, qu'il rend par 
azcoz ; il peut, en effet, y avoir un jeu de mots aussi bien qu'une allusion 
historique. Aristophane faisait déjà de ces plaisanteries géographiques: 

'O 7rpcoxTo'ç Igtiv aô~ô-/__f7)n' Iv Xaôai, 
tw ysîp' sv A'itojXoîç, ô vouç 0' Iv KXuJtiSûv. 

(Les Chevaliers, v. 78, 79). 

Lanteoz, beurre, corruption de lard teuz, saindoux ? 

Laten, langue, latenni, bavarder, laiennet mad, qui a la langue bien 
pendue. M. Quellien tire ces mots du fr. latte; je crois qu'ils ont la même 
origine que plapenein, bavarder, Trév. 

Léo (lieuel : mond el ko, s'en aller, être chassé. Cf. mont elleo adarre, 
se remettre en route, Troude. 

Letez, crêpes; campagnard ; letezen, campagnarde. Abréviation de 
gaietés, galettes, que donne le P. Grég. M. Quellien croit que le sens de 
« campagnard » vient de ce qu'à la campagne on mange des crêpes. 
C'est possible ; mais en argot galette veut dire « homme nul et plat », 
L. L. « homme sans intelligence », F. M., et l'on dit « plat comme une 
galette ». 

Lokard, campagnard. Cf. Trév. lokoter, un pauvre, du fr. locataire? 

Loko, eau-de-vie. Ce mot, introduit par une personne de La Roche à 
Trévérec, n'y a pas encore reçu droit de cité. 

Man, man-ik, baiser, caresse. Trév., id., baiser, haut bre\. main (en- 
fantin), cf. Rev. celt., IV, 161. « Caresse » se dit à Trév. aheik (en- 
fantin), cf. le bret. moy. aff, un baiser ? 

Manego (gants), menottes, cf. fr. manique, menottes. 

Minik, probablement « matin » dans talar minik, déjeuner (repas du 
matin). Altération arbitraire de mintin, cf. argot fr. matonas, matin. 

Minson, mauvais, mal, non; minsoner, un pingre. Du fr.. mince, qui, 
en argot, veut dire « très médiocre », L. L. 

Mouchouar godel (mouchoir de poche), pistolet. Argot fr. mouchoir, 
pistolet, parce que « moucher une chandelle avec un pistolet est le 



Etudes bretonnes. 47 

comble de l'adresse », F. M. Le P. Grég. donne, au mot jaloux, l'ex- 
pression bided, pistolet de poche qui semble d'un argot plus breton. 

Nikol, viande. Altération de kik? Ce serait un langage en nol, comme 
on dit en argot, pour parler en lem, lonbem, bon ; pour parler en luch, 
lonbuch, etc, L. L. 

Noter, soir, nuit, altération de noz, sous l'influence probablement du 
mot notaire. Nous avons vu que dans cet argot le nom du notaire est le 
même que celui du chat, rôdeur de nuit. 

Ostant, maître de maison ; individu. Altération de ostiz, hôtelier ? On 
dit en haut breton l'hôté pour « la maison ». 

Pagnoten, femme de mauvaises mœurs ou d'humeur acariâtre. V. fr. 
pagnote, lâche, cf. F. M., 300. 

Pampez, gens de la campagne (mot rare). Trév., sot, pi. panpejen. 
Rev. celt., IV, 163. 

Pankiero : sevel he bankiero da unan bennak, jeter quelqu'un les quatre 
fers en l'air. Se dit aussi à Trévérec, mais on ajoute ordinairement 
kroec'h, en haut; on dit également spaiikierein, culbuter, mettre la tête 
en bas; spafikier, morceau de bois pour suspendre par les pieds les bêtes 
mortes. 

Pask. Ober he bask (faire ses Pâques), s'enivrer le jour où on a fait ses 
Pâques. Cela s'appelle à Trévérec beuvein hi bask, noyer sa Pâque. 

Pea he otro (payer son maître), « cacare ». Trév. pean hi otro, selon 
M. Quellien, c'est proprement « laisser au propriétaire d'un champ, 
qu'on vient de piller ou qu'on traverse simplement, une manière de 
compensation ou un souvenir de ce passage ». Cette explication me 
semble hasardée. L'idée peut être la même que dans levers de Rabelais, 
Gargantua, I, 1 3, La guabelle qu'à mon c. doibs. Il est possible aussi que 
otro signifie « pourceau », sens noté par M. Quellien, et analogue à tant 
d'expressions ironiques comme roant en argot fr., F. M., en Bretagne 
sire de Rohan etc. L'appétit dépravé de ces animaux donne lieu à une foule 
d'expressions populaires, ainsi, Me 'meusdroukkôf — Kelo madd'èmoc'h! 
De là encore ce dicton contre les maréchaux-ferrants : Eur maréchal zo 
veleurc'hochon, p'en e gwir e ra houarn néve gant hini koz,hag ar c'hochon 
a ra ie koe'h néve gant kos koe'h. Treo ha debche ket e moe'h 'ne ! « des 
choses que les cochons ne mangeraient pas » ! s'écrie le paysan philosophe 
en constatant avec dépit la puissance conventionnelle de l'argent. 

Perier (pierrier), le derrière, Trév., id.; cf. argot fr. canonnière, L. L. 

Pikolo, argent, argot fr. picaillons, écus, L. L. Il est inexact de dire 
que pikol, grand, est propre au dialecte de Tréguier. Cf. Rev. celt., 
III, 58. 



48 E. Ernault. 

Piou ? — Ar piwer. — A zo dimeet d'ar skloker. Ce dialogue, où 
M. Quellien ne voit que de la rime sans raison, est sans doute un pro- 
verbe dont on n'a retenu que l'application. Il a lieu aussi à Trévérec, 
mais on ne le coupe pas de la même manière. Quand un fâcheux sur- 
vient dans une conversation et en demande le sujet: Piv? « Qui » ? on 
lui répond : Ar piver, a zo dimet d'ar skloker « Celui qui dit : Qui ? est 
allié (littéralement « marié ») au glousseur ». Cela veut dire, je suppose, 
que le curieux qui s'informe ainsi est tout prêt à aller pondre, comme on 
dit, la chose à celui dont on parle à lui rapporter la conversation). On 
répond aussi à la question : Piv ? par ces mots : Ne biv ket, en faisant 
semblant de prendre piv pour un verbe. 

Pipi du (Pierre le noir), café. Cf. pipi goz, eau-de-vie, mot introduit 
à Trévérec par la même personne que loko, et resté aussi une expres- 
sion personnelle. En argot fr. noir, café, L. L. ; petit père noir, litre, F. 
M., petit homme noir, broc de vin, L. L. 

Pistaon, argent, cf. fr. pistule. 

Poins, vol, poinsa, voler, poinser, voleur. De l'argot fr. poisser, voler, 
L. L., F. M., poisse, voleur, L. L., poisseur,F. M., dérivé de la poix. 
M. Francisque Michel remarque que Martial a employé piceata manus 
dars le sens de « main voleuse ». Devant s, les voyelles se nasalisent 
très souvent dans les mots bretons d'origine latine ou française: bens, 
vesce, vins, escalier tournant [visse], putïs, puits, etc. 

Populo, pipe. A Trév., grande pipe. Il y a à ce sujet une chanson 
populaire : 

Deued eo Karolin 

Da vouboual he zaboulin... 

Hag hi o vont d'ar vornier: 

— Ma c'horn a zo dister. 

— Ma rei d'ac'h eur populo, 
Med eur gwennek a kousto. 

« Caroline est venue à faire ronfler son tambour... Et d'aller chez le 
fournier. — Ma pipe est trop petite. — Je vous en donnerai une 
grande, mais cela coûtera un sou ». 

Prei, lamproie, salamandre, t. d'injure. Trév. eur prei, un homme 
sale. 

Raton, recteur, prêtre. Argot îr.-ralichon, L. L., F. M. 

Rufan, feu. Argot fr. rif, rifle, feu, riffauder, brûler, chauffer, argot 
italien arrufare, F. M. ; abbaye ruffante, four chaud, F. M., L. L ; argot 
ital. ruffo, feu, ruffoso, rouge, F. M., 4^2 ; probablement du lat. rufus, 
roux. 



Etudes bretonnes. 49 

Rup, richard, monsieur. De l'argot fr. rup, rupin, rupart, rupine « élé- 
gant, homme riche », L. L. ; rupin, noble, gentilhomme, richard, F. 
M. Cf. normand rupe, adj. « fort », rupin « homme habile, rusé » (Joret, 
Mémoires de la Société de Linguistique, IV, 324). 

Skas : rei ar — , donner la chasse à quelqu'un. A Trévérec c'est « lui 
faire tort, l'emporter sur lui », proprement « l'entraver » ; cf. Rev. 
celt., IV, 166. 

Skas, vol, skasa, voler, skaser, voleur, filou. Probablement pour skarz, 
ce qui n'aurait rien que de conforme aux habitudes de la prononciation 
trécoroise. Le P. Grég. donne, en effet, scarza « faire un larcin », au cap 
Sizun. Littéralement « nettoyer ». 

Skrap, vol, skraper, voleur. Le P. Grég. donne scrap « larcin qui se 
fait par adresse », le verbe scraba, et en vann. scrab, scrapein. Le dict. 
de L'A. rend scrappe par « larcin par force ». Cette racine signifie pro- 
prement « gratter ». 

Taga (étouffer), boire [une chopine]. Trév. id. Argot fr., étouffer un 
perroquet, L. L. 

Talar, repas. En breton ordinaire « bout d'un sillon » ; l'image peut 
être prise de l'idée de revenir sur ses pas, ou d'interrompre son travail. 

Taouen, poux, altération de laouen, pou ? 

Tariek, tabac, pourboire. Corruption arbitraire de ta-bac? Le dict. de 
L'A. donne en vann. tabaque. 

Tok-tok, marteau. Onomatopée. 

Tortad, ventrée, Trév. id., Rev. celt., IV, 168. L'argot de La Roche 
a, de la même racine, mond da dorta, aller se coucher, et torta, tuer. En 
argot français endormir veut dire « étourdir, tuer », F. M., L. L. 

Toul (trou), prison. Cf. argot fr. « Etre dans le trou », id., L. L. 

Transaill, menue monnaie. A Trév., argent en général; cf. cornouail- 
lais trantel, patrimoine, argent qu'on a en poche au jeu (Troude, s. v. 
distrantel, drantel). Ann overn draiilel ou drantel (cf. Rev. celt., IV, 168), 
messe à rebours qui se célébrait, dit-on, à minuit, la fête de Noël, dans 
la chapelle de Saint-Hervé, sur le mené Bre, pour délivrer ceux qui 
avaient fait un pacte avec le Diable, Trév. 

Tremen lost al loue dre ho keno (vous passer la queue de veau par la 
bouche), vous prendre pour un sot. Trév. Tremenedelost'é lébuohic'héno. 

Treo torret (choses cassées), menus gâteaux que les enfants achètent à 
vil prix. Cf. argot fr. casse « rognures et raclures de pâtisseries, vendues 
à deux sous le cornet », L. L. 

Troez, bouillie. C'est sans doute le même mot que troaz, urine, gall. 
trwyth. 

Rev. Celt., VU 4 



50 E. Ernault. 

Trotach, soupe aux légumes. Altération du français potage. 

Tunik ou dunik, messe ? Eman ar raton gand ann dunik, le recteur dit 
sa messe. C'est peut-être le français tunique. 

Turgn, porc; de turiat, fouir comme les pourceaux. 

Vilach, la ville, La Roche-Derrien, du fr. village. 

Waîer, eau, wateri, uriner, de Pangl. water, cf. water-closet. 

Zerasined, par abréviation zer, pommes. Du fr. sarrazin, blé noir. 

Zousill, boisson, zousill tan, eau-de-vie, zousill hirr, cidre; zousill, 
homme ivre, zousilla, s'enivrer; zousilladen, la goutte, une partie de 
boire. Par mutation initiale généralisée de * dousill = doulsizl, clep- 
sydre, horloge d'eau, P. Grég. 

Toutes les coïncidences indiquées ci-dessus entre l'argot de La Roche 
et le langage courant de Trévérec ne proviennent certainement pas 
d'une influence directe de l'un à l'autre : il y a là un ancien fonds com- 
mun. La ligne de démarcation entre l'argot et le breton n'est pas tou- 
jours aussi tranchée que le ferait supposer la lecture du travail de 
M. Quellien. L'auteur nous promet de revenir sur le même sujet : il est 
à souhaiter qu'il ne se borne plus aux mots d'argot qu'il connaît depuis 
vingt-cinq ans. Les expressions plus récentes jetteront peut-être quelque 
lueur sur les autres, dont je viens d'examiner un certain nombre. 

Dans les rapports directs que j'ai signalés entre l'argot de La Roche et 
l'argot français, c'est toujours le premier qui semble avoir emprunté au 
second. L'argot français contient très peu de mots bretons. On peut 
citer : 

Bras, f. brasse, grand; brasset, gros, L. L. Bret. bras. 

Quimper, tomber, L. L., quimper lalance [lance, eau), uriner, F. M., 
cf. gall. cwympo, tomber, bret. skoemp, glissant, scabreux. Rev. celt., W, 
1 66 ; scuemp, subtil, insinuant, Sainte-Barbe, 27. Squemp se trouve deux 
fois, Gr. Myst. de Jésus, 146. Au premier passage la traduction de 
M. de Le Villemarqué « pair à pair » me semble exacte; le second peut 
signifier « Je ferais cinq courses d'un trait plutôt que de renoncer à vous 
gagner cette robe ». On a vu plus haut, au mot pankiero, un exemple du 
préfixe s- en breton. 

On peut ajouter aux mots d'argot français venus du breton esgourne, f., 
oreille, L. L. , bret. skouarn, f., à moins que ce ne soit une altération 
arbitraire de escoute, f., id., F. M. 

M. Francisque Michel a bien raison de douter du rapprochement qu'il 
fait entre marque, fille, et le breton merc'h. 

Mais, inversement, l'étude de l'argot n'est pas inutile pour la science 
des origines de certains mots bretons, parfois très innocents. Diez se 






Etudes bretonnes. 5 1 

demande (Dict., p. 538) quel est le rapport du gallois callestr avec le 
français caillou. M. Thurneysen répond, Keltoromanisches 95, que ces 
deux mots sont très loin l'un de l'autre Eh bien! il est possible que cet 
éloignement apparent ait été causé par la fantaisie d'un argotier qui, 
usant du privilège des malhonnêtes gens, a changé You de caillou en asse; 
ce qui a donné caillasse, f., F. M. Ce mot caillasse a été emprunté par 
e breton: cailhastr, P. Grég., a supplanté caillauenn (Catholicon) = cail- 
lou. Le gallois callestr ne peut pas plus se séparer du bret. cailhastr que 
celui-ci de l'argot caillasse. Du reste, il y a une action continuelle de 
l'argot sur le langage vulgaire, et de là sur la langue la plus épurée. Le 
recueil de M. Lorédan Larchey est une sorte de purgatoire par où pas- 
sent une foule de mots nouveaux ou renouvelés qui finiront, sans aucun 
doute, par entrer dans le dictionnaire de l'Académie, comme la brune 
(le soir), la dure (la terre), expression d'argot employée par Boileau, etc. 
Le mot caillasse a un emploi spécial en minéralogie, comme l'indique le 
grand dictionnaire de Larousse. 



MOTS BRETONS 

DANS LES CHARTES DE BEAUPORT 

(second article '). 



Helegoet, surnom d'Alanus, 1267, p. 179. 

Helegon, surnom à'Alanus, 1268, p. 180. Dans le Cartulaire de Redon, 
Helogon, p. 269, antérieur à l'année 1047. Helogon tient sans doute lieu 
d'un plus ancien Hael-uuocon dont il y a de nombreux exemples dans la 
partie la plus ancienne du Cartulaire de Fedon. 

Herlan, surnom d'Eudo, 1229, p. 87. Voyez les suivants. 

Herlani, surnom à'Eudo, 1202, p. 50; 1230, p. 87; 1 2 3 1 , p - 90; 
Voyez Herlan, Herlen. 

Herlen, surnom d'Eudo, 1201, pp. 48,49. Voyez Herlan. 

Hernichon, nom d'homme, 1271, p. » 88 . 

Herveus, nom d'homme, 11 89 [vidimus de 12 19), p. 9; 1202, p. 47; 
[2i2, p. 68; 1 217, p. 71 ; 1220, p. 78; 1233, p. 96 ; 1237, p. 103; 
1238, pp. 105, 107; 1245, p. 118; 1246, p. 123 ; 1247, pp. 128, 
129; 1252, p. ijs; 12J3, p. 138; 1255, p. 143; 1257, p. 148; 
1265, p. 171 ; 1266, p. 173; 1266, p. 17$; 1267, p. 179; 1271, p. 
186; 1271, p. 190; 1 271 , p. 192; 1 271 , p. 195; 1273, p. 197; 
1278, p. 203 ; 1284, p. 206. Ce mot donne lieu à plusieurs explica- 
tions ; en certains cas il peut être d'origine germanique et représenter un 
franc primitif * Chari-vechas (Foerstemann, Personennamen, col. 633, 
634). Dans d'autres cas il peut être identique à Herviou. Enfin le rédac- 
teur de la charte, page 62, l'a considéré comme identique à Urvoi. Voyez 
le suivant et Urvoi. 

Herviou, nom d'homme, 1202, p. 5 1, paraît identique à Aer-uiu [Car- 

1. Le premier article se trouve dans la Revue Celtique, t. III, p. 395. 



Mots bretons dans les chartes de Beauport. 5 3 

tulaire de Redon, p. 21. Ce mot composé de aer « bataille » et de viu 
« digne, apte à » signifie « apte au combat ». Voyez le précédent. 

Heware, nom d'homme, 1271, p. 188. 

Hezre (Li), surnom de Rivallonus, 1256, p. 145. Dans le Catholicon, 
Hezr « hardi » , plus anciennement Hedr, par exemple dans le composé 
Gur-hedr « très hardi », Cartulaire de Quimperlè, Gr. C 2 , p. 143. La 
forme moderne est en breton her ; le d persiste dans le gallois hydr. 

Hirois, surnom à'Alanus, 1266, p. 173. Ce nom paraît composé de 
deux termes : hir « long » et Hoes, nom d'homme dans le Cartulaire de 
Redon. 

Hoc dans Plo-hoc, 1232, p. 91; 1233, p. 95; 1246, p. 123 ; 1252, 
p. 13$. Voyez Hoch, Oc. Ce sont autant de variantes de Ozoc. 

Hodel dans Plo-hodel, 1245, p. 120. Voyez Odel, Othel, Hedel. Cf. 
Hoidlan, Cartulaire de Redon, p. 220. 

Hohc, dans Plo-hohc, 1242, p. m. Voyez Hoc, Oc et les suivants. 

H 'ozec dans Plo-hozec, 11 84-1 189, p. 8; 1 2 5 1 , p . 1 34; aujourd'hui 
en breton de Léon ozac'h ou ozec'h « homme marié » ; mais en Tréguier 
oac'h. Voyez Ozec et le suivant. 

Hozoc, dans Plo-hozoc, 1247, p. 127 ; 125 1, p. 1 33 ; 125 1 , p. 134; 
1253, p. 138; 1254, p. 140. Voyez Ozoc et le précédent. 

Huel [villa], 1266, p. 173 ; dans Kar-huel 1233, p. 96. Huel signifie 
« haut ». Comparez le gaulois uxello- dans Uxello-dunum. Voyez Huhel. 

Huelin [villa], 121 2, p. 68. Le surnom d'homme Huelinus se trouve 
dans le Cartulaire de Redon, antérieurement à l'année 1084, p. 295. 

Huhel, dans Kacr-huhel, 1263, p. 166. Voyez Huel. 

Hudoc, surnom de Glemarocus, 1268, p. 181. Voyez Huuiloc. 

Hulou [villa), 1230, p. 87. Ce mot est peut-être pour huelou et serait 
dérivé du même mot que huelin. 

Hurevoi, nom d'homme, 1202, p. 5 1 . Voyez Urvoi. 

Huuiloc, nom d'homme, 1245, p. 119. Voyez le suivant et Huiloc. 

Huyloch, surnom d'Alanus, 1298, p. 215. Voyez le précédent. 

Icum, dans Kaer-icum, 1264, p. 168. Voyez Yc. 

Ien, dans Ur-ien, 1231, p. 90; plus anciennement ge/2 « fils de ». 

Inis « île » dans Guiru-inis, 1 184-1 189, p. 8. 

Inison, nom d'homme, 1 198, p. 12, dérivé de inis. Voyez Enisan. On 
trouve, dans le Cartulaire de Redon, Inisan. 

Inoc, dans Les-inoc, 1245, p. 118. Inoc est sans doute unevariantede 
enoc. On trouve dans le Cartulaire de Redon, Inhoc, p. 184, année 875. 

Iscuidan, nom d'homme, 1259, p. 1 52. En breton moderne eskuit ou 
iskuit « léger, agile ». 



$4 G. Dot lin. 

Ivias, nom de lieu; 1206 [vidimus de 1225) p. 60; 1252, p. 92; 
1233, p. 96 ; 1253. p. 139. Voyez les suivants et Yvias. 

Iviaz, nom de lieu, 1220, p. 77. Voyez le précédent. 

Ivyas, nom de lieu, 1263, p. 166. Voyez les précédents. 

Ivo, nom d'homme, 1220, p. 76; 1235, p. ioo-, 1244, p. 116; 
1247, p. 126; 1271, p. 193 ; 1284, p. 206. Voyez Yvo. 

lacutus, nom d'homme, 1237, p. 104, n'est autre chose que Iacu lati- 
nisé ; et Iacu = lacôb, Gr. C 2 , p. 1 37. Voyez le suivant et Iagu. 

Iakutus, nom d'homme, xm e siècle, p. 220. Voyez le précédent. 

Iagoreth, surnom de Gaufridus, 1 232, p. 93, peut-être pour * Iacu-woret. 

lagon, nom d'homme, 1237, p. 103. Voyez le suivant et Iegou. 

Iagu [villa), 1271, p. 193; dans Kaer-iagu, 1271, p. 191. Voyez le 
précédent et lacutus. 

Iahan [villa], 1278, p. 202. Nom d'homme identique au bas-latin Io- 
hannes. Voyez le suivant et louhan. 

Iahen, nom d'homme, 1273, p. 197. Voyez le précédent. 

Iarnagan, nom d'homme, 1244, p. 117. Ce mot semble un dérivé de 
iarn pour hoiarn « fer ». Comparez larnican dans le Cartulaire de Redon, 
p. 97. Voyez aussi Whitley Stokes, The manumissions inthe Bodmin Gos- 
pels, Revue Celtique, t. I, p. 342. 

Iarnesan, surnom de Morvanus, 1257, p. 149. 

Iegou, surnom de Herveus, 1272, p. 195. 

Iegou, nom d'homme, 1278, p. 202; 1287, p. 209. Voyez lagon. 

Ioalec [teneura de n 12)7, p. 149. 

Iorez, dans Quar-iorez, 1263, P- 1( ^7- Voyez lourez. 

louhan, dans Les iouhan, 1284, pp. 205, 206. Voyez lahan. 

loure, dans Kaier ioure, 1244, p. 116; dans Kar ioure 1 24c, pp. 1 16, 
117, 120. Voyez les suivants et Iorez: 

Ioured [villa) , 1261, p. 162; 1271, p. 190. Voyez Iorez, Ioure, lou- 
res, lourez. 

loures, dans Kaer-ioures, 1268, p. 181. Voyez les précédents et le sui- 
vant. 

lourez [villa), 1263, P- '67; 1270, p. 185 ; dans Quar-iourez, 1263, 
p. 167 ; dans Kaer-iourez, 1271, p. 190. Voyez les précédents. 

Iuallus, nom d'homme, 1263, p. 16$. C'est sans doute une variante 
de Iudalus dont le d alors spirant a été supprimé. 
\ Iudalus, nom d'homme, 1263, p. 165, plus anciennement Iud-hael qui 
se trouve au ix e siècle dans les chartes du Cartulaire de Redon. Dans le 
premier terme, M. Whitley Sîokes a reconnu le substantif sanscrit yudh 
« bataille «, Revue Celtique, t. I, p. 342. Cf. le suivant. 



Mots bretous dans les chartes de Beauport. $ 5 

Iudicael, nom d'homme, 1202, p. 51 ; 1253, p. 140. Ce mot est com- 
posé de deux termes, le premier iudic est un dérivé de iud ; le second est 
hael « généreux », Gr. C 2 , p. 100. Voyez plus haut (t. III, p. 412) les 
formes les plus récentes Geziquael et Giziquael. 

Iugonus (campus), 1269, p. 184. 

Juhel, nom d'homme, 1 245 , p. 121. Voyez le suivant et comparez Iud- 
hael qui, dans le Cartulaire de Redon, nous offre une forme plus ancienne 
du même mot. 

Iuhellus, nom d'homme, 1266, p. 175. Voyez le précédent. 

Iuikel, nom d'homme, 1235, p. 97. Comparez Iudicael qui, dans ce 
mot, a perdu son d spirant. 

lulou, nom d'homme, 1246, p. 123, Comparez le nom d'homme Min 
dans le Cartulaire de Redon. 

Iuzete, nom de femme, 1245, p. 120! La forme ancienne de ce mot 
est Iudith, Gr. C 2 , p. 143. 

Kacherel (pratum) , 1269, p. 185. 

Kad, dans Kad-guallen, 1273, p. 196. Kad paraît identique au gaulois 
catu- « combat ». 

Kad-guallen « puissant dans le combat », nom d'homme, 1273, p. 196; 
en gaulois Catu-vellauni, nom d'un peuple de la Grande-Bretagne, 
Corpus Inscriptionum latinarum, t. VII, n" 863, écrit KatbusXXavot' par 
Dion Cassius, 60, 20. Châlons-sur-Marne est- appelé civitas Catuellau- 
norum dans le manuscrit de la Bibliothèque nationale 12097 (vi e siècle). 

Kadoc, dans Ton-kadoc, 123 1, p. 91. Ce mot est la forme moyenne 
bretonne du vieux breton Catoc, Cartulaire de Redon, pp. 13, 207. Cf. le 
très vieux breton Catacus pour* Catuacos, dérivé de Catu. Voyez Kedoc. 
Kadre [Eudo le), 12 31, p. 91. Le vieux gallois cadr signifie « beau ». 
Cf. Loth, Vocabulaire vieux-breton, p. 62. Les formes bretonnes sont 
cazr [Catholicon) , aujourd'hui Kaer. • 

Kaer [village, habitation), dans Kaer-alsi, 1224, p. 81 ; Kaer-aschetel, 
1268, p. 182; Kaer-brem, 1274, p. 199; Kaer-brunat, 1252, p. 136; 
Kaer-crist, 1206, p. 62; Kaer-crois, 1224, p. -8i ; Caer-croz, 1239, 
p. 108; Kaer-ehoarn, 1271, p. 190; Kaer-en-clezier, 1271, pp. 188, 
1 89 ; Kaer-en-sac, 1274, p. 199; Kaer-for, 1237, p. 104; Kaer-fraval, 
1279, p. 204; Kaer-gemesc, 1271, p. 193; Kaer-gor, 1260, p. 154; 
Kaer-goziohc, 1242, p. 112; Kaer-grisien, 1287, p. 209; Kaer-haelou, 
1278, p. 202; Kaer-hailou, 1233, p. 97; Kaer-hangant, 1267, p. 177; 
Kaer-huhel, 1263, p. 166; Kaer-icum, 1264, p. 168 ; Kaer-iagu, 1271, 
p. 1 9 1 ; Kaer-ioures , 1268, p. 181; Kaer-iourez, 1271, p. 190; Kaer- 
lois, 123$; Kaer-maeneu, 1271, p. 193; Kaer-neli, 1298, d. 216; 



5 6 G. Dottin. 

Kaer-rabel, 1267, p. 178; Kaer-ris, 1263, p. 16$; Kaer-saus, 1278, 
p. 203 ; Kaer-tanveu, 1268, p. 180. Voyez Car, Ker, Quar, Caer,Quaer, 
Kaier, Kair, Ker, Quer. 

Kaer-alsi, nom de lieu, 1224, p. 81. Voyez Ker-alsL 

Kaer-aschetel, nom de lieu, 1268, p. 182. 

Kaer-brem, nom de lieu, 1274, p. 199. 

Kaer-brunat, nom de lieu, 1252, p. 1 36. Voyez Ker-brunaz. 

Kaer-crist, [villa], 1206, p. 62. 

Kaer-crois, nom de lieu, 1224, p. 81. 

Kaer-croz, nom de lieu, 1239, p. 108. 

Kaer-en-clezier, nom de lieu, 1271, pp. i 88, 189. 

Kaer-ehoarn, nom de lieu, 1271, p. 190. Voyez Car-ehoam, Kar- 
yhoarn. 

Kaer-en-sac, nom de lieu, 1274, p. 199. 

Kaer-for, nom de lieu, 1237, p. 104. 

Kaer-fraval, nom de lieu, 1279, p. 204. 

Kaer-gemesc, nom de lieu, 1271, p. 193. Voyez Kemesc ; le k du se- 
cond terme du composé s'est affaibli en g. 

Kaer-gor [villa quae vocatur) « ville des nains », 1260, p. 1 54. Voyez 
Ker- go r. 

Kaer-goziohc, nom de lieu, 1242, p. 112, écrit dans la même charte, 
p. 113, Kaer gozioch. 

Kaer-grisien , nom de lieu, 1287, p. 209. 

Kaer-haelou, nom de lieu, 1278, p. 202. Voyez le suivant. 

Kaer-hailou, nom de lieu, 1233, p. 97. Voyez le précédent et Kar- 
hailou. 

Kaer-hangant, nom de lieu, 1267, p. 177. 

Kaer-huhel « ville haute », 1263, p. 166. Voyez Kar-huel. 

Kaer-icum, nom de lieu, 1264, p. 168. 

Kaeriti, nom de lieu, 1267, p. 179. Voyez Keriïi, Keritit, Quaeriti, 
Queriti. Kaeriti est probablement pour * Kaer-in-ti » village de la maison ». 

Kaer-iagu, nom de lieu, 1271, p. 191. 

Kaer-ioures, 1268, p. 181. Voyez le suivant et Kaier-ioure, Kar-ioure, 
Quar-iorez. 

Kaer-iourez, 1271, p. 190. Voyez le précédent. 

Kaer-lois, nom de lieu, charte inédite de mai 123$. Voyez Kar-lois. 

Kaer-maeneu, 1271, p. 193. Ce mot parait signifier « ville de pierre ». 
Voyez Quaer-maniou. 

Kaer-neli, nom de lieu, 1298, p. 216. 

Kaer-rabel (villa 1, 1267, p. 178. Voyez Quer-rabel. 



Mots bretons dans les chartes de Beauport. 57 

Kaer-ris, nom de lieu, 1263, p. 165. 
Kaer-saus, nom de lieu, 1278, p. 203. 
Kaer-tanveu, nom de lieu, 1268, p. 180. 

Kaier, forme plus complète de Kaer. dans Kaier-en-buron, 1202, 
p. 47; Kaier-ioure, 1244, p. 116. 

Kaier-en-buron, nom de lieu, 1202, p. 47. Voyez Car-a-burum, Kar- 
a-buron, Ker-am-buron, Quar-en-buron. 

Kaier-ioure, 1244, p. 116. Voyez Kaer-ioures, Kar-ioure, Quar-iorez. 
Kair, variante de Kaier dans Kair-guenargant, 1252, p. 136. Voyez 
Kaier, Kaer. 

Kair-guenargant (villa), 1252, p. 136. Voyez Kar-vennargant. 

Kamoire. nom d'homme, 1258, p. 106. 

Kar, dans Kar-a-buron, 1271, p. 192; Kar-a-burun, 1 2 59, p. 107; 
1241, p. 111 ; 127 1, p. 192; Kar-adeguisen, écrit aussi dans la même 
charte Kar-adeguison, 1263, p. 165 ; Kar-en-goiz, 1239, p. 109; Kar- 
en-marec, 1264, p. 169; Kar-gouzier, 1232, p. 93; Kar-grock, 1242, 
p. 113; Kar-hailou, 1246, p. 123; Kar-huel, 1233, p. 96; Kar-ioure, 
1245, pp. 116, 117, 120; Kar-lois, 123$, p. 100; 1238, p. 107; 
Kar-maurou, 1232, p. 92; Kar-mor, 1231, p. 90; Kar-provost, 1245, 
p. 120; Kar-pure, 1245, p. 119, Kar-vennargant, 1232, p. 91; Kar- 
yhoarn, 1238, p. 107. Variantes orthographiques : Car et Quar. Voyez 
Caer, Kaer. 

Kar-a-buron, 1 27 1 , p. 192. Voyez le suivant et Kaier- en-buron, Ker- 
am-buron, Quar-en-buron. 

Kar-a-burun, 1239, p. I0 7 '■> 1241, p. 1 1 1 ; 1271, p. 192. Voyez Car- 
a-burum. 

Kar-adeguisen, écrit aussi, dans la même charte, Karadeguison, 1263, 
p. 16$. 

Karadou, nom de femme, 1267, p. 178. 

Kar-baalou, nom de lieu, 1233, p. 98. 

Kar-bres, nom de lieu, 1242, p. 113. 

Kar-en-goiz « village du ruisseau », 1239, p. 109. 

Kar-en-marec « village du cavalier », 1264, p. 169. 

Kar-gouzier, nom de lieu, 1232, p. 93. 

Kar-grock, nom de lieu, 1242, p. 113. 

Kar-hailou, nom de lieu, 1246, p. 123. Voyez Kaer-hailou. 

Kar-huel (terra quae vocatur), 1233, p. 96. Kar-huel signifie « bourg 
élevé ». Voyez Kaer huhel. 

Kar-ioure, nom de lieu, 1245, pp. 1 16, 1 17, 120. Voyez Kaer-ioures, 
Kaier-ioure, Quar-iorez. 



58 G. Dottin. 

Kar-lois, nom de lieu, 1235, p. 100; 1238, p. 107. Voyez Kaer-lois. 

Kar-maurou, nom de lieu, 1232, p. 92. 

Kar-mor « grande ville », 123 1, p. 90. Voyez Kar-moer. 

Karou, nom d'homme, 1245, p. 117. 

Karou-de-bocahou, nom d'homme, 1220, p. 77. 

Kar-provost, nom de lieu, 1245, P- I2 °- 

Kar-pure, 1245, p. 1 19. 

Kar-vennargant, 1232, p. 91. Voyez Kair-guen-arganî. 

Kar-yhoarn, nom de lieu, 1238, 107. Voyez Car-ehoarn. 

Ke (sanctus) , nom de lieu, 1237, p. 102 ; 1247, p. 124. 

Kedoc, dans Ton-kedoc, 1239, p. 108. Voyez Kadoc. 

Kelennec [Philippus de), 1268, p. 181 ; — (Philippus du), 1269, p. 182. 
Kclennec est dérivé de Kelen « houx » , au singulier Kelennen, et signifie « hous- 
saie ». 

Kemaroci (Alanus) 1271, p. 187. Voyez le suivant. 

Ke-marrec, 1241, p. 1 10. Probablement le même que Ken-maroc, Ken- 
marhoc fréquent dans le Carlulaire de Redon. Voyez le précédent et 
Quen-marocus. 

Kemenetum, nom de lieu, 1287, p. 209; 1296, p. 214. Ce mot est 
écrit Keminet au xi e siècle, Kemenet au xn e dans des chartes du Carîulme 
de Redon, pp. 242, 338. Il est étymologiquement le participe passé 
du verbe Kemenna « mander, recommander » qui lui-même n'est autre 
chose que le latin commendare. 

Kemesc villa , 1271, p. 192. Voyez en composition gemesc, dans 
Kaer-gemesc. 

Kenec, dans Kenec-farau, 1269, p. 185. Comparez le moyen-breton 
Quenec «en haut », (Catholicon) ; en breton moderne creac'h « éminence ». 

Kenec-farau icimiterium), 1269, p. 185. 

Ker, variante de Kaer, dans Ker-alsi, 1220, p. 73; Ker-am-buron, 
1266, p. 173; Ker-brunaz, 1240, p. 109; Ker-gor, 1263, p. 166; 
Ker-maru, 1453, p. 220; Ker-moysan, 1298, p. 215; Ker-priozen, 
1298, p. 215. Voyez Kaer. 

Ker-alsi, 1220, p. 73. Voyez Kaer-alsi. 

Ker-am-buron, 1266, p. 173. Voyez Kar-a-buron, Kaier-en-buron. 

Ker-brun.iz [villa , 1240, p. 109. Voyez Kaer -brunat. 

Keres (crux), 123 3, p. 96. 

Ker-gor, 1263, p. 166. Voyez Kaer-gor. 

Keriti, 1 1 84.— 1 1 89, p . 8; 1202^.48; 1219, p. 72; 1222, p. 78; 
1224, p. 80; 1227, p. 85 ; 1230, p. 88; 1239, p. 108 ; 125$, p. 142; 
1260, p. 1 $6 ; 1 26$, p. 170; 1266, p. 173 ; 1268, p. 182 , 1271 . p. 



Mots bretons dans les chartes de Beauport. $9 

186; 1271, p. 192; 1275, p. 197. Voyez le suivant et Queriti, Kaeriti, 
Quaeriti, KyritL 

Keritit (parrochia de), 1 23 1 , p. 91 . Voyez le précédent. 

Ker-maria, nom de lieu, 14$ 3, p. 220. 

Ker-moysan, nom de lieu, 1298, p. 215. 

Ker-priozen (villa de), 1 298, p. 215. 

Keruelli [villa), 1294, p. 214 note. 

Kestel (decimagium de), 1218, p. 72; 1231, p. 89; 1257, p. 105; 
1 241 , p. 111; 1242, p. 112. Kestel est le pluriel de Kastel « château » ; 
il suppose un bas latin castellus, nominatif pluriel castelli. Voyez Gastel. 

Kyriti, 1269, p. 183. Voyez Kaeriti, Keriti, Keritit, Queriti, Quaeriti. 

Koz «vieux » avec sens de mépris daus Kcz-kaer, 1267, p. 178. 
Voyez Coz, t. III. p. 407. Le plus ancien exemple de ce mot, coth, est 
fourni par le vocabulaire comique du xm° siècle, Gr. C 2 , 1069; cf. 151. 

Koz-kaer, 1266, p. 178. Voyez Coz-quaer, Quoz-quaer. 

Lae, nom d'homme, 1267, p. 178. 

Laeis (un laeis et in vitulos) 1245, p. 118. Voyez loeis. 

Laem (aqua que dicitur), 1277, p. 201. Voyez Laim, Leirn, Lem, 
Leym. 

Lagadec, surnom de Hamo, 1271, p. 191 ; ce mot dériAé de lagad 
« œil », au xv e siècle lagat, en gallois vers la même époque llygat, veut 
dire « qui a de beaux yeux ou de gros yeux » ; on trouve au xv e siècle 
la variante Lagadeuc. 

Laim (aqua de), 1224, p. 80 ; 1234, p. 99. Voyez Laem, Leirn, Lem, 
Leym. 

Lam « main » dans Har-lam, 1 198, p. 12. 

Lan, dans Lan-gonio, 1247, p. \2§;Lan-gorla, 12 56, p. 143; Lan-lop, 
1237, p. 102; 1239, p. 108; 1252, p. 1 3 5 ; 1263, p. 167; 1266, p. 
17551267, pp. 178,180; 1268, p. 181; Lan-loup, 1263, p. 166 
note; 1266, p. 173 ; Lan-neber, 1235, pp. 100, 101 ; 1245, p. 119; 
1263, p. 167; 1268, p. 181; 1270, p. 186; 1 27 1 , p. 192; Lan- 
neez, 1 184-1 189, p. 8 ; Lan-nevez, 1248, p. 129; 1267, p. 178; Lan- 
niber, 1232, p. 93; Lan-nibert, 1233, p. 98; L,an-nidic, 1198, p. 12; 
Lan-nitic, 1266, p. 173: Lan-nitich, 1233, p. 97; Lan-nues, 1202, p. 
45 ; Lan-nynec, 1271, p. 193 ; Lan-serf, 1271, p. 189; Lan-vas, 1247, 
p. 1 28; Lan-vigneuc, 1267, p. 178 ; Lan-volom, 1 189 (vidimus de 12 19) 
p. 9; 1263, p. 165; 1267, pp. 178, 179; 1268, p. 182; 1271, p. 
186 ; Lan-volon, 1215, p. 71 ; 1 224, p. 81 ; 1228, p. 86; 1235, p. 
100; 1244, P- 1 1 7 ; 1 245 . p. 1 18 ; 1258, p. 149; 1260, p. 1 58 ; 
126$, p. 170; 1266, pp. 173, 174; 1267, p. 177, 1268, p. 181 ; 



60 G. Dottin. 

1269, pp. 18$, 184 ; 1 278, p, 203 ; Lan-volum, 1237, p. 103 ; Lan- 
vonom, 1264, p. 170. Lan signifie en général « terre possédée » et en 
particulier « terre possédée par une communauté religieuse, monas- 
tère ». Voyez Lann, Lanna. 

Lanabasc, 1 2 5 1 , p . 133. Voyez Alanasbacq. 
Lan-gonio (abbacia de), 1247, p. 128. 

Lan-gorla, 1256, p. 143. 

Lan-lop, nom de lieu, 1237, p. 102 ; 1239, p. 108 ; 1 252, p. 1 35 ; 
1263, p. 167; 1266, p. 17s ; 1267, pp. 178, 180; 1268, p. 181 .Voyez 
le suivant. 

Lan-loup, nom de lieu, 1263, p. 166, note; 1266, p. 173. Voyez le 
précédent. 

Lann, dans Lann-viniec, 1257, p. 149. Voyez Lan et le suivant. 
Lanna maudeti, nom de lieu, 1237, p. 102. Voyez Lan et le précé- 
dent. 

Lan-neber, nom de lieu, 1235, pp. 100, 101 ; 1 245, p. 1 19; 1263, 
p. 167; 1268, p. 181; 1270, p. 186; 1271, p. 192. Voyez Lan- 
niber. 

Lan-neez, nom de lieu, 1 184-1 189, p. 8. Voyez le suivant. 

Lan-nevez, nom de lieu, 1248, p. 129-, 1267, p. 178. Voyez le pré- 
cédent. 

Lan-niber, 1232, p. 93. Voyez Lan-neber et le suivant. 

Lan-nibert, 1233, p. 98. Voyez le précédent. 

Lan-nidic, 1 1 98, p. 12. Voyez les suivants. 

Lan-nitic, 1266, p. 173. Voyez le précédent et le suivant. 

Lan-nitich [parrochia] , 1233, p. 97. Voyez les deux précédents. 

Lan-nues (ecclesia), 1202, p. 45. Voyez Lan-nevez. 

Lann-viniec, nom de lieu, 1257, p. 149. Voyez Lan-vigneuc, 

Lan-nynec, nom de lieu, ! 27 1 , p. 193. 

Lan-serf, nom de lieu, 1271, p. 189. 

Lan-ternac (abbaye), 1247, p. 127. Voyez le suivant. 

Lantrenac (abbaye) , 1247, p. 127; 1247, p. 128. Voyez le précé- 
dent. 

Lan-vas (abbaye), 1247, p. 128. 

Lan-vigneuc, nom de lieu, 1267, p. 178. Voyez Lann-viniec. 

Lan-volom, nom de lieu, 1 189 \vidimus de 12 19), p. 9; 1263, p. 165; 
1267, pp. 178, 179; 1268, p. 182; 1 27 1 , p . 186. Voyi-z les sui- 
vants. 

Lan-volon, nom de lieu, 1215, p. 71; 1224, p. 81; 1228, p. 86; 
123 5, p. 100; 1244, p. 1 17; 1245, p. 118; 1258, p. 149; I26o > P- 'S 8 ! 



Mots bretons dans les chartes de Beauport. 61 

1265, p. 170; 1266, pp. 173, 174; I2Ô 7> p. 177; I268 ; p- 181; 

1269, pp. 183, 184; 1278, p. 203. Voyez le précédent et le suivant. 
Lan-volum, 1237, p. 103. Voyez les précédents. 
Lan-vonom, 1264, p. 170. Lan-vonom est peut-être une faute pour 
Lan-volum. 
Largai, surnom d'Herveus, 1266, p. 173. 
Larvest, nom de lieu, 1257, p. 149. 
Laux, dans Car-laux, 1252, p. 136. 
Leau, surnom de Glemarocus, 1284, p. 206. 
Leffant, surnom d'Eudo, 1 301, p. 217. 

Leim (rivière), 1220, p. 74; [aqua), 1223, p. 79 ; [pons de), 1235, 
p. 101 . Voyez Laem, Laim, Leim, Lem, Leym. 
Leirbechami [domus), 1220, p. 73. 

Leis « cour », dans Leis-dhez, 1245, p. 119. Voyez Les, Leys, Lis. 
Leis-divez « cour de la fin », nom de lieu, 1245, p. 119. 
Lem {pons de), 1246, p. 123; (rivière) 1247, p. 124; 1258, p. 149; 
[aqua) 1258, p. 151; 1260, p. 154; 1263, p. 166; 1 264, p. 168; 
1264, pp. 169, 170; 1269, p. 185. Voyez Laem, Laim, Leim, Leym, 
Liem. 

Len-guer, nom de lieu, 1255, p. 142. Ce mot paraît signifier « étang 
du village ». 
Leno, -onis, nom d'homme, 1271, p. 189. 

Leran, dans Coeî-leran, 1268, p. 182. Voyez les suivants. Ce mot se 
trouve dans le Cartulaire de Redon, p. 309, année 990. 

Lerian, dans Coit-lerian, 1 245 , p. 120. Voyez le précédent et le sui- 
vant. 

Lerien, dans Coit-lerien, 1245, p. 120; Coet-lerien, 1263, p. 167. 
Lerou, surnom de Symon, 1284, p. 207. 

Les « cour », dans Les-inoc, 1245, P- l '8; Les-iouhan, 1284, p. 205; 
Les-mellu, 1228, p. 86, Les-menau, 1268, p. 180; Les-menehi, 1271, 
p. 1925 Les-quit, 1266, p. 176. Voyez Lis, Leis, Leys. 
Les-inoc [grangia de), 124s, p. 118. 
Les-iouhan, nom de lieu, 1284, p. 205. 
Les-mellu, nom de lieu, 1228, p. 86. 
Les-menau, 1268, p. 180. 

Les-menehi, 1271, p. 192. Voyez Leys-mynehy, Lis-minihi. 
Les-quit (ecclesia beatae Mariae de), 1266, p. 176. 
Levezere [villa), 1267, p. 178. 

Leym, variante de Lem, 1263, p. 1 65. Voyez aussi Laem, Laim. 
Leys « cour » dans Leys-mynehy, 1280, p. 204. Voyez Leis, Les, Lis. 



62 G. Dottin. 

Leys-mynehy, 1280, p. 204. Voyez Les-menehi, Lis-minihi. 

Liem (rivaria de) 1256, p. 143. Liem est peut-être pour Lem. 

Lis « cour », dans Lis-minihi, 1247, p. 126; 1254, p. 140. Dans le 
Cartulaire de Redon, on trouve Lis-nowio « nouvelle cour ». Cf. Loth, 
Vocabulaire vieux-breton, p. 17$. Voyez Leis, Les, Leys. 

Lis-minihi, 1247, p. 126; 1254, p. 140. Voyez Les-menehi, Leys- 
mynehy . 

Lixinuec [terra de), 121 2, p. 68. 

Lo, dans Ple-lo, 121 1, p. 68. Voyez Lou. 

Loeis: 1 juvencam et 1 loeis ; 1245, p. 118. Comparez le gallois llo et 
le breton leué « veau » ; en vieux comique loch et en irlandais lâeg. Gr. 

C 2 , p. 1075 ; cf - P- 2 7 2 - 

Loes, nom d'homme, 1266, p. 172; dans Loes-oarn, 1245, p. 117. 
Voyez Lois. Loes est en gallois laes « loi ». 

Loes-oarn, nom d'homme, 1245, p. 117. Le Cartulaire de Redon donne 
pour ce nom la forme Loies-hoiarn. 

Lois, dans Kar-lois, 123^, p. 100; 1238, p. 107. Voyez Loes. 

Lop, dans Lan-lop, 1237, p. 102; 1239, p. 108; 1252, p. 135; 
1263, p. 167; 1266, p. 17$; 1267, pp. 178, 180; 1268, p. 181. 
Voyez Loup. 

Lou, dans Ple-lou, 1202 [vidimus de 127$), p. 48; 1 206 (vidimus de 
1225), p. 62; 1211, p. 68; 1224, p. 80; 1229, p. 87; 1233, p. 94; 
1233, p. 98; 1233, p. 100; 1238, p. 105; 1242, p. 112; 1247, pp. 
124, 126; 125 1, p. 134; 1255, p. 143; 1256, p. 143; 12 $8, p. 149, 
12 $9, p. 152; 1261, p. 163 ; 1264, p. 169 ; 1269, p. 182; 1269; 
p. 184; 1 300, p. 217; Ploe-lou, 1260, p. 158; 1271, p . 186; Ploi- 
lou, 1202, p. 46. Voyez Lo. On pourrait rapprocher de ce mot le vieux 
gallois lou « lumière », Gr. C 2 , p. 106, qui se retrouverait dans le nom 
propre Lou-morin du Cartulaire de Redon. 

Louen, dans Tre-louen, 1260, p. 1 58. En moyen breton louen veut dire 
« joyeux ». On trouve dans le Cartulaire de Redon le dérivé Louuenan. 
On dit aujourd'hui en breton laouen et en gallois llawen. Gr. C 2 , p. 82. 

Loup, dans Lan-loup, 1263, p. 166 note; 1266, p. 173. Voyez Lop. 
Loup paraît être le latin lupus. 

Luziet, surnom de Gaufridus, 1258, p. 149; nom d'homme, 1260, 
p. 159. 

Maen, dans Maen-guen, 1260, p. 156; 1268, p. 180. Maen signifie 
« pierre ». Ce mot est employé comme nom d'homme dans le Cartulaire 
de Redon. Voyez Main et Men. 

Maeneu, dans Kaer-maeneu, 1271, p. 193; c'est un dérivé de maen. 



Mots bretons dans les chartes de Reauport. 63 

Maen-guen [terra], 1260, p. 156; 1268, p. 180. La signification de ce 
nom est « pierre blanche ». 

Maenou [fons], 1 260, p. 159. Ce mot est sans doute dérivé de Maen. 

Main « pierre » dans Main-gui, 1222, p. 78; 1247, p. 128; dans 
Coit-main, 1257, p. 147. Nous trouvons cette forme main dans les 
gloses comme second terme du composé cronn-main; Loth, Vocabulaire 
vieux-breton, p. 89. Voyez Maen, Men. 

Main-gui, nom d'homme, 1222, p. 78; nom de moulin, 1247, p. 128. 
Dans le Cartulaire de Redon on trouve le nom d'homme Maen-Ki qui s'ex- 
plique par « chien de pierre ». Voyez Men-gui. 

Manus, surnom de Ruallenus, 1265, p. 171. Forme latinisée de 
Main. 

Mais « champ », dans Mais-cam, 1245, p. 121. La forme ordinaire de 
ce mot est maes, maez. 

Mais-cam (champ appelé Le], 1245, p. 121 ; ce mot signifie « champ 
du boiteux » . 

Maies, nom d'homme, 11 98, p. 12. 

Maloan, dans Cot-maloan, 1198, p. 12; Coit-maloan, 1247, p. 128. 

Maniou, dans Quaer-maniou, 1260, p. 157. Maniou est probablement 
une mauvaise leçon pour mainou. Voyez Maeneu et Maenou. 

Mar, dans Guihe-mar, 1202, p. 45, paraît avoir perdu un c final, 
voyez le suivant et Marcus. 

Marc, dans Garz escomarc,- 1259, p. 152. Voyez Marcus. 

Marcade, nom d'homme, 1237, p. 103. Le second terme de ce mot, 
cade, peut être rapproché du nom d'homme Cate du Cartulaire de Redon. 

Marcus, dans Guido-marcus, 1235, p. 100; 1271, p. 186; 1278, 
p. 20 3; 1298, p. 215. Comparez le gaulois marca « cheval ». Voyez 
Marc. 

Marec, dans Gle-marec, 1189 [vidimus de 1219), p. 9; 1202, p. 4$; 
1245, pp. 119, 120; dans Quar-en-marec, 1264, p 169, écrit aussi 
Kar-en-marec dans la même charte. Marec est écrit Marhoc, et Marhuc 
dans le Cartulaire de Redon. Ce mot veut dire « cavalier ». Comparez le 
gaulois marca « cheval de guerre ». Voyez Marrec, Marochus et Ma- 
rocus. 

Marhoken, dans Caer-marhoken, 1264, p. 168, est un dérivé de Marhoc 
« cavalier ». 

Maria, dans Ker-maria, 1453, p. 220. 

Markerus, nom d'homme, 1 287, p. 209. Dans le Cartulaire de Redon 
Marcherius et Marquerius. Ce, nom qui ne paraît pas avant le xi° siècle, 
semble être d'origine germanique. La forme germanique latinisée la plus 



64 G. Dottin. 

ancienne est Marcharius (vm e siècle). Foerstemann, Personennamen, 
col. 913. 

Marochus, dans Quin-marochus , 1253, p. 137. Voyez Marte et le 
suivant. 

Maroci, dans Ke-maroci, 1271, p. 187. Voyez Marocus. 

Marocus, dans Cle-marocus, 1220, p. 73 ; 1252, pp. 134, 136; 
1267, p. 179-, 1268, pp. 180, 181; 1284, p. 206; dans Gleu-marocus, 
1 25 1 , p. 133. Voyez Marte et les précédents. 

Marrec, dans Ke-marrec, 1241, p. 1 10. 

Marrigon, dans Coit-marrigon, 1 25 1 , p. 1 3 3 . Ce mot paraît être dérivé 
du précédent. 

Marus, dans Guido-marus, 1237, p. 104; 1263, p. 167. Marus est 
ici pour Marcus. Voyez Guido-marcus. 

Matelion [terra] , 1260, p. 158. 

Maurou, dans Kar-maurou, 1232, p. 92, paraît être dérivé de maour 
« nègre » qu'on trouve chez Lagadeuc. 

Mauvtdat, dans Ran-mauvedat, 1245, p. 1 16 note. 

Mtclic, nom d'homme, 1232, p. 93. 

Meisi, surnom de Gaufridus, 1246, p. 123. 

Mel, dans Mel-veu, 1 202, p. 51. Mel est pour Matl plus anciennement 
maglus « prince ». 

Mtltr, dans Trt-mtltr, 1 26 1 , p. 163. 

Melgat, dans Tre-melgat, 1224, p. 80. Comparez Maelcat, Cartulaire 
de Redon, -p. 83. 

Mellu, cans Les-mellu, 1228, p. 86. 

Mclou [terra], 1253, p. 139; nom d'homme, 1 27 1 , p. 189. Ce mot 
paraît être dérivé de Mael. 

Melveu, nom d'homme, 1202, p. ji, pour mael-veu « digne d'être 
prince ». 

Men, dans Men-gidus, 1253, p. 137; M en-gui, 1245, p. 120; Men- 
guidus, 1244, p. 115; 1246, p. 123; 1247, p. 129; 1267, p. 178; 
1 27 1 , p. 193; 1294, p. 21 2; Men-guitus, 1 260, p. 1 59. Voyez Maen, 
Main. 

Menau, dans Les menau, 1268, p. 180. Comparez Maeneu. 

Menehi, dans Les menehi. 1271, p. 192; Menehi se trouve sous cette 
même forme dans le Cartulaire de Redon. Il signifie « monastère, asile». 
Voyez Minilii, Mynehi. 

Men-gidus, 1253, p. 137. Voyez Men-guidus, Men-guitus. 

Men-gui, 1245, p. 120. Comparez Maen-Ki du Cartulaire de Redon. 
Voir Main-gui. 



Mots bretons dans les chartes de Beauport. 6$ 

Men-guidi (fons), 1267, p. 178. Voyez les suivants. 

Men-guidus, 1244, p. 115; 1246, p. 123; 1247, p. 129; 1271, 
p. 193; 1294, p. 212. Voyez Men-guidus, Men-guitus et le précédent. 

Men-guitus, 1260, p. 159. Voyez Men-gidus et les précédents. 
Tous ces mots sont des formes latinisées de Men-gui. A Men-guitus formé 
sur Men-gui, on peut comparer Iacutus formé sur Iacu. 

Mer {Le), surnom de Jean, 1267, p. 178. Ce mot forme le premier 
terme du composé Mer-alt, Cartulaire de Redon, pp. 39, 194. 

Merian, nom d'homme, 1222, p. 78. Se trouve dans le Cartulaire de 
Redon sous les formes Merian, Merion. Ce mot est dérivé de Mer. 

Merianus, nom d'homme, 1 268, p. 1 8 1 ; 1 27 1 , p. 1 86 ; 1 27 1 , p. 1 90. 
Voyez Merian, Merien, Meryanus. 

Merien, surnom à'Alanus, 1238, p. 106. Voyez Merian. 

Merou, surnom de Rivallenus, 1271, p. 186, est un dérivé de Mer. 

Meryanus, nom d'homme, 1278, p. 202. Voyez Merianus. 

Meu (villa), 1267, p. 179. 

Mie dans Ple-mic, 1233. p. 95. 

Minihi, 1202 [vidimus de 12740a 127$], p. 48. 

Minihi, dans Minihi-briach, 1224, p. 81 ; dans Lis-minihi, 1247, 
p. 126; 1254, p. 140. Voyez Menehi, Mynehi. 

Minihi-briach, nom de lieu, 1 224, p. 81 . 

Moer, dans Car-moer, 1252, p. 1 36. Voyez Mor. 

Mohon [parrochia de), 1 243, p. 115. 

Mor, dans Kar-mor, 1 23 1 , p. 91 . Voyez moer. Mor et moer (prononcez 
meur) sont peut-être l'adjectif vieux breton mor « grand » en breton mo- 
derne meur, en gaulois mârus. Voyez Loth, Vocabulaire vieux-breton, 
pp. 182, 188. 

Morvanus, nom d'homme, 1 1 8 4— 1 1 8 9 , p . 8; 1257, p. 149; dans le 
Cartulaire de Redon, on a la forme plus ancienne, Morman. 

Mortelles (Oliverius de), 1238, p. 105. 

Mynehi, dans Leys-mynehi, 1280, p. 205. Voyez Menehi, Mynehi et le 
suivant. 

Mynehy, dans Leys-mynehy, 1280, p. 204. Voyez le précédent. 

Myron, surnom de Herveus, 1266, p. 175. 

G. Dottin. 

(A suivre). 



Rev. Celt. VU 



TWO 1RISH IÇTH CENT. VERSIONS 
OF 

SIR JOHN MANDEVILLE'STRAVELS 



The late D r Todd in the Proc. R. I. A. Irish MSS. séries 1870, 
pp. 66, etc., in describing an irish MS. of the 1 $th cent, preserved at 
Rennes, first made known the existence of a gaelic version of sir John 
Mandeville's well known travels. To that notice the reader is referred 
for full information connected with its history and contents. The inlerest 
of the communication is enhanced by the addition of the irish pré- 
face, accompanied by an english translation — But when at p. 76, 
he says, « we learn from it (the préface) that this book was transcribed 
at Rossbroin in the country of the Hy n-Echach Mumhan », etc., — 
1 think he leaves the impression that the Rennes MS. contains the 
translation made by Finghin O'Mahony himself. This is however a 
mistake, as will be shewn lower down. The tract is comprised between 
fol. 52a col. 2 and 68b col. 2, but for convenience in future références 
the letter will be omitted and the number given ofthe column, of which 
there are 4 in most of the folios. 

D r Todd expressed a strong belief that useful glossorial results might 
be expected, if this translation were transcribed and printed. It has 
unfortunately fallen to the lot of a mère dilettante, untrained in the 
discipline of modem philology, ignorant four and a half years ago of a 
word of irish, to extract the virtue out of this gaelic tract, without prin- 
ting it in full. Though so ill equipped for performing the task I hâve 
attempted, first to picture in miniature the more salient features ofthe 
language at the close of the 1 5 th cent.; secondly to exhibit the diffé- 
rences between the Rennes and the Egerton MSS.; though tosave repe- 



Versions of Site John Mandeville's Travels. 6j 

titions thèse two opérations are combinée! ; thirdly to give a vocabulary 
of the rarer words. Hère I hâve gone togreater lengths than may atfirst 
sight seem necessary. As a matter of fact, though it contains some inte- 
resting words, they throw little or no light on the considérable number 
of unexplained or doubtful words to be found in the various indexes of 
M r . W. Stokes' publications and the glossary of Prof. Windisch. This 
has been done in the historical interests of the language, to record sur- 
vivais which soon passed out of use and to register words of more 
modem origin, some of them still current, though there is nothing in 
print to shew that they were so in the 1 5 th century. 

Hère I ought to express the obligation I am under to M. Alphonse 
Vétault, the learned archivist and Librarian of the Public Library at 
Rennes, for readily giving me every facility for making a transcript of 
the MS. and for permission to make the use of it that I hâve done. 

The other copy is at the British Muséum, marked Egerton 1781. It 
is very inferior in almost every respect, especially in the writing, but 
contains about a folio more of matter at the end. Both terminate 
abruptly, but what is missing from Eg. is comparatively small. It is 
comprised between ff. 129, col. 1. and 146, col. 4 according to the 
figuring by folios in pencil, and between pp. 255 and 299, as paginated 
in ink. I hâve adopted the folio notation. Fol. 132 is a mère slip about 
1 inch wide, and others are mutilated, but before being written upon, 
so that the text has not suffered. The ink is very pale in places, espe- 
cially at the beginning. 

There should be no doubt about the date of the original translation. 
It is stated R. 53.3, that Fingin finally put it into gaelic in 1475. 
D r Todd has read it 1472 through mistaking a .u. for a . 1 1 . But the 
u. is clear I think and a . n would hâve two dashes over it — Eg. 
also reads 1475. Then follows a list of 22 contemporaneous chiefs in 
différent parts of Ireland, traced back for 3 and 4 générations. D 1 ' Todd 
has omitted one, on p. 7$ top line after 'og' add — mhac Donàchada 
os cinrc Ealla 7 Concubur — The dates of death of several of thèse may 
be traced in the 4 masters. One indeed died in 1472, Fingin mac Mie 
Con of the O'Driscoll mor. Then Cormac mac Donchada of Hy Cairpre 
in 1477, Diarmait ofthe O'Sullivan's of Berre in 1485. Tadgcaochmac 
Uilliarn ofthe O'Kelly's of Hy Maine in i486, Enri mac Eogan O'Neill 
in 1489, Cathair mac Cuinn ofthe O'Connor's of Failghe in 1495, Con- 
cubar mac Toirrdealbach of the O'Brians of Thomond and Fingin mac 
Diarmata O'Mahony, the translator of the book in 1496. The 4 Mast. 
describe the latter « as a gênerai supporter of the humanity and hospi- 



68 John Abercromby. 

tality of W. Munster, a wise man, learned in latin and english ». The 
ann. of Loch Cécall him « the most learned man of his time in latin and 
English ». 

The first line of R. opens with « Locc don lebursa Ross Broin a 
crich h. n- Echach Muman » (Rossbrin, parish of Skull, barony of West 
Carberry county Cork.i, but that refers to Fingin's original translation. 
The Rennes copy to judge from a marginal note at the foot of f. 69 in 
the same hand as the text, was written on Maundy thursday at Cill 
Creidhe, now Kill Créa on the river Bride, about 8 miles N. of Bandon, 
County Cork. « Dardein manrcdâla indiu 7 ar conwci an fer docaithes 
ifldiu damh 7 a Cill Creidhi damh 7 dom aithni ni gûitrengac/z an 
muirtdterga tu » ' . So if R. was not copied exactly in 1 47 $ , it is allowable 
to infer from the above obits that it is a very early copy, made perhaps 
within a couple of years of that date. 

The Eg. copy differs very materially from R. in one respect. Though 
it opens with the same words, it reduces the list of chiefs to seven, by 
omitting ail the southern names but two, including Fingin O'Mahony, 
and adding three fresh northern names. The Mac Mahon iof Oriel), the 
O'Reilly and the O'Rourke of Breifny. This territory was included in 
the modem county of Leitrim and the W. corner of Cavan. The death 
of Tadg, chief of the O'Rourke's I hâve not found, but he was made 
chief in 1468. 

The head of the Mac Mahon's (of Oriel) died in 1484 — so this copy 
cannot be later than that — and the O'Reilly in 1487. That this copy 
belonged to or was made by an O'Rourke is probable from a marginal 
note at the top of Eg. 137. It consists of 2 lines, but most of the 
upper one has been eut away by the binder. In the middle of the 
lowerline is a full stop, followed by — Misi Brian O'Ruairc 7 ni fo mo 
liter don-cru//j-sa ? — Though it seems a totally différent hand from 
the text, I think both might hâve proceeded from the same person. The 
words, if I understand them properly — not good is my letter formed 
in this fashion — seem to imply he was dissatisfied with ,the trial. The 
letters are greatly better formed than in the text and so would hâve 
been more troublesome to write. We can even assign a reason why an 
O'Rourke should be specially interested in an account of the holy Places 
The ann. of L. Ce and the 4 Mast. mention that Malgarg O'Rourke, lord 
of Breifny in theyear 123 i,had died on a pilgrimage tothe River Jordan. 

1. Maundy thursday today and (I am) under protection of the man today that eats 
an ox and at Cill Créa an ox and to my knowledge thou art no false-fasting (read gu- 
trednach?) unkindly person. In the MS. 7 is attached to damh as if oneword, damhed, 



Versions of Sire John Mandeville's Travels. 69 

A document that represents to a considérable extent the language of 
Breifny has a further daim on our interest. If the marginal note in the 
San Gall cod. — do innis Maddoc dun .i. meisse 7 Choirbbre,' Sg. 
194a — may be taken as an indication that the glosses of that MS. 
were written on that island, then they were written in Breifny and the 
language of Eg. is their direct descendant. The fact of living on an 
island in winter as the notes — feria Cai hodie (20 Feb.) Sg. 50a, fel 
Martain (11 Nov.) 70a — indicate, give an adéquate reason for not 
fearing an attack from the fierce Norsemen — is acher in gaith etc. 
ii2a.b., when the winter storms were blowing. — The lines begin- 
ning — dom farcai fidbaide fâl etc. 203a. b., Fommchain côi etc. 
204a. b. were suggested later on between April and July when the 
cuckoo is heard calling in the wood and the trees are in full leaf. 
St Maeddc of Ferns who gave his name to the island was 8th in descent 
from Colla Uais, L. Br. 14 e , 4 Mast. A.d. 1496 n. and so of a northern 
family. It is probable enough that the writer of the glosses was a native 
of no distant locality. NameS are apt to run in families. The name 
Damun shianach. Sg. 52a, finds a parallel in Daman/zscen mac Doimeni 
mac Coirpre, 8th in descent from Colla da crich, L. Br. 14a and in 
Damonoc o'iWtir, son of Saran of the race of Niall of the 9 hostages, L. 
Br. 14 top margin. Ruadri, Sg. 1 ^a, is I think more a northern than a 
southern appellative. 

Assuming that R. represents very nearly the original south Munster 
version and that Eg. was copied and modified a little later in Breifny, 
by collecting their différences I hâve hoped to throw a glimmer of light 
upon the state of dialects in the north and south of Ireland during the 
last half of the 1 $th cent. The date 1475 is a well defined epoch as it 
nearly halves the distance between our own times and the middle of the 
i2th cent, when the later parts of the B. of Leinster were written. 
Though the resuit is indecisive on many désirable points, it quite proves 
in a gênerai way that then, as now, the south was more conservative 
than the north. It is évident the language of the north had arrived at a 
rather more modem stage than it had done in the south. 

Before proceeding further it is well to shew proof that R. is not, as 
D r Todd's words rather lead one to believe, the original translation made 
by Fingin and to illustrate how the two copies respectively agrée with 
or differ from the English original The latin version (Alosta ? 1478 ?) 
differs so very materially in so many respects from the Eng. éditions of 
1568, 1670, and 1725 (reprinted in Bohn's Libr.), from the Italian (Bon- 
nonia 1488) and from the French (Paris 1560?), that Fingin could hâve 



70 John Abercromby. 

made no use of such a version in his translation. He seems also to hâve 
been unacquainted with french as « cuir bouilli » is translated by 
« mitai » R. 68 . i . The words enclosed in square brackets always imply 
the Eg. reading. It will be found they sometimes stand for an addition 
to the text, sometimes are a variant of the words preceeding them. The 
sensé will, I think, easily shew the différence. Figures of référence 
placed after an irish passage always refer to R. unless otherwise indi- 
cated. Though the corresponding référence to Eg. is often given after 
that to R. it must not be thought that the unbracketted portions are 
exactly identical with Eg. The différences of spelling, accentuation, 
aspiration and of small additions are so very numerous that, when not 
spécial necessary, for convenience sake they are left unnoticed. In- 
verted commas are affixed to the corresponding Eng. quotations, for the 
most part taken from Bohn's édition of 1725. 

1. Instances in which Eg. is doser to the original than R. ata slidhi 
timchil ô iarthar an àomhain [co Jarusalem] can dol [ar faircci docum 
Jârusalem .1.] don Almaine 7 do Prius. 1.61. Eg. 137.1. « There is 

one way, ail by land, to Jérusalem without passing any sea. It lies 

through Germany and Prussia ». Mar leghtar 'sa lebur [do leighiusa 

fein co minic annsa lebur] tucc Macamétus dôib. 61.1. Eg. 137.1. 

« This book Mahommed gave them. In itamong other things is written, 

as I hâve often seen and read. » 

7 adubairt n'a can h^la do beith uirre [adubairt n'a na bi hegla ort] 

61.2. Eg. 1 37.2. « and said, Mother hâve no fear. » 

Gorabî sin cet mivbuil [înnisidh senisdinigh ar] Macametus. 62.2. 

Eg. 138.2. «and this is the first miracle, the Saracens say, that 

M. did. » 

7 dambia clann aici [loisgfidhter beo a bean léis 7 da raibh clann aige] 

leigfidhter an ben can \osccadh na fochair [fairj. 64.1. Eg. 139.4. 

« And if his wife hâve no child they burn her with him and say that it 

is right that she should accompany him in the other world as she did in 

this. But if she hâve children with him, they Iet her live with them to 

bring them up if she will. » Eg. has omitted the négative, but otherwise 

stands nearer the original. 

Again Adam sends Seth to Paradise to ask the angel for an little — 

d'okz croinn na betha [na trocaire] 53.3. Eg. 130. 1. where R. is 

wrong. 

Scribtar da dhuilleôig dôib 7 cuirter annsa laim-sin iad 7 co^ngmaidh 

sisi duilledg na côra aici 7 telgidh [in hmh] duilleog na héccôra ûaithe. 

64.2. Eg. 139.4. Hère Eg. inverts the last two clauses and corres- 



Versions of Sire John Mandeville's Travels. 71 

ponds with the English. « Both parties write their causes in two bills 
and put them in the hand of St Thomas ; and anon he casts away the 
bill of the wrong cause and holds still the bill with the right cause ». 

The follovving passage is entirely omitted in R. Speaking of the 
Pigmies, Ëg. continues — 7 ni denaid obair ar doman acht daine a 
cosmaiïus ar méd\-ne ag denum oib/e dôibh 7 bid sin ag denum fana- 
maid futhu amail do bedh mais- ne fa alhachaibh. Eg. 141.2. « And thèse 
small men travail not nortill land but they hâve among them great men, 
as we are, to travaill for them and they hâve great scorne of those great 
men, as we would hâve of giants. » 

But though in thèse and in other instances Eg. has preserved the 
original better than R. it is not always so. The whole of R. 54.1 and 
6 or 7 lines of the column before it are condensed into 8 1/2 fines of 
Eg. 130.2 and a few lines from the bottom of R. 54.2. there is about a 
column of matter wholly omitted. In many instances a clause left out in 
Eg. is supplied in R. 

2. In a few instances the meaning of the original has been missed. 
As Fingin knew English well the mistakes may be attributed to the 
copyists, though found in both MSS. For instance he never could hâve 
written — « Eclais San Sanior » for « the church of St Saviour », or 
translated « it is a very fair way » by — is bœghlach an sïighe sin. 
57.2 Eg. 1 33.4. They may hâve changed the predicate to accord with 
their own expérience, as the words which immediately follow are — 
. 1 . [trit] coillti dluithe isle — « foui women, but they hâve precious 
stones in their eyes » — mna roaille 7 clocha buadha in a suïïibh. Eg. 
146.2. « And from thence men go to the isle of Crète which the em- 
peror once gave to the Genoese » — 7 do cher as sin ant-oilén greccach 
tucc an t-impir do Jona's faidh uair hecin.! 55.2. Eg. 131. 1. 

3. Sometimes in R. sometimes in Eg. additions are found to the ori- 
ginal text. Thèse are the work of the scribes, probably clerics or at 
any rate acquainted with ecclesiastical literature. Cill Creidhe founded 
in 1465 belonged to the Franciscans and it is not improbable that 
exchanges of books took place between the various houses of the order. 
So Sir John's travels may hâve been passed on to the monastery at 
Meelick on the Shannon in the S. E. corner of Galway, founded in 
1 479 and thence to Donegal where a house for the Friars of St Francis 
had been founded in 1474. Hère it may hâve fallen into the hands of 
an O'Rourke of Breifny, who, as we hâve mentioned before, might like 
to know more of a country where an ancestor had perished. 

The tollowing passage in Eg. is taken either directly from Josephus 



y 2 John Aberrcomby. 

Bk. VI. c. 3 or from Euseb. Ecc. Hist. Bk. III. c. 6. where he is quo- 
ted — y in cuid nar marbh dibh, do cuir do gorta iad, innus con-ithdis 
cresan/za 7 sen broga 7 farcart 7 fer crin 7 otrach nan daine fein, 7 ni is 
messa 'na sin, na leirtibh beca a maithrec/;a fei« aga n-ithe. Eg. 135.1.'. 

After mentioning the wedding at Cana of Galile, both add — 7 Mu/re 
fein ac fritholdm/i and. 60.3. Eg, 136.3. 

Speaking of what Christ did, both add — 7 gach uile ghalar archena 
7 corruaicc demuin a dainibh 7 a bef/zadacha/M. 61.3. Eg. 137.3. 

Both give a particular about the way in which Herod met with his 
death, which is not in the Eng. version, nor in the L. Br. 143a account 
and is in contradiction with Josephus — Do cûaidh fein a n-dabach 
fotraici 7 do iarr uball 7 scian [do labairt do] 7 do saigh in scian ina 
medhon [fein] cor leicainatha/r amach annsadabac/*. 59.1. Eg. 13 5.2.2. 

The next amplification is only in Eg. — in uair dogabadh é fein iarna 
brath da mnai, intan ro în/iis di gurab a folt dobi a nert 7 ro innis si da 
h-axhair sin 7 ro cuir-sîm fis go Samsom 7 gabhtar leo é 7 ro berradh 
leo e iarsin 7 do curiudh peler connmhala na cathrach eter a dha chois 7 
a dha laim 7 glas forra 7 tue in righ curiudh fer a muinter uile docum 
fiedhe moire dorlnnedh doibh leis : roin/?is a ghille do Samson . 1 . a 
mbeth ag ol 7 ag aibhntu uile dibh hecaibh. Odchuala Samson a mbeth 
amlaidh sin, docuir a da laim isin mbun gruaig 7 addracht a nert do 
som 7 a brigh mïïedh moir 7 rotrasgair in cathair fein air 7 orrtha-san 
gur nwbh iad uile 7 e fe/fl rndr œn riu. Eg. 1 32.4 5. 

A singular addition is made in Eg. to the story that when Julian the 
Apostate ordered the body of John the Baptist to be burnt, they were 
unable to burn — an mér do sin se [trit broinn a mathar] docum an 
Tigerna in ûair a dubairX se, « ag so Ûan Dé ». 60. 1 . Eg. 1 36.2.4. 



1 . And those of them that died not, such a hunger beset them that they used to eat belts 
and old shoes and welts and withered grass and even human excrément and what is 
vvorse than tha f , little infants — their own mothers eating them. 

2. He himself went into a bathing tub and asked for an apple and a knife [to be 
given him] and he thrust the knife into his [own] middle that he let out his bowels into 
the tub. 

5. When Jie himself was taken after the treachery of his wife, when he had told her 
that it was his haïr that was his strength, and she had told it to her father, and he had 
sent a message to Samson, and he is taken by him, and shorn by him afterwards, and the 
pilar of a dwelling of the town was put between his two feet and his two hands and a 
fetter upon them and the king had sent an invitation to ail his people to a great feast 
made by him for them : His lad told Samson. to wit, that ail of them were drinking and 
mak'mg jolly by chance (?). Samson heard that they were so, put his two hands into the 
roots of his hair and his strength arose to him and the valor of a great warrior, and he 
overthrevv the town itself upon him and upon them, that they ail died and himself toge- 
ther with them. 

4. The finger that lie stretched out [through his mother's womb] to the Lord, when he 
said, « Hère is the Lamb of God ». 



Versions oj Sir John Mandevillc's Travels. 73 

In another passage the Eg. scribe has been led astray by a similarity 
of name — ata in muir sin (the Mediterranean) stréta ombarrog no co 
tet si 'sa fairge don tœbh t-shiar don Espain. Eg. 138.3. R. has — o 
Marroc no co Xet si 'sa fairge \etha tiar don Espain. 62.3. « from Marok 
on the sea of Spain to the Great Sea ». The former copyist has thought 
of the river called — sdma ombarrog. Eg. 129.2. (the Moravia) near 
Belgrade, mentioned quite at the beginning of the book. Again in nar- 
rating the legend of the Virgin giving her girdle to St Thomas at the 
time of her Assumption, after the word Mary the Eg. scribe has too 
hastily added « Madalen » Eg. 135.4. 

Two passages may be quoted which hâve their counterpart in older 
gaelic writings. In the Lib. Hymn. Goid. p. 71 — labrossi dosreggat 
ambel nichtarach darra : : : : corresponds with — ata oile[n]ann ina 
fuilitt dceine 7 an-uair chodlas amuigh fon grein folcuit a n-aighti uile 
lena mbélaib ûac/ztair. 65.4. Eg. 141. 1. The English does not mention 
which lip. In L. Br. 149b Cuid e\e genit a n-indsib Mara Ruaid cen 
chindu her forru 7 ufi n-ordlaigi in ardi cech fir dib. a cluasa 7 a srona 
ina ochtaib 7 a sûile ina slinnénaib — corresponds with — Ata oilén 
oilén [elej laim risin 7 a dœine cin cen/zaib orra 7 a suile a mâolaib a 
n-gûa\ann 7 a mbeoil ar [in] a n-ochtaib. 65.4. Eg. 141.1. Ata oilen 
ele ann coh dœinib cin cennaib cin t-sûilib 7 a mbéoil \\er a slinnénaib. 
6 s .4. Eg. omits. 

Inévitable phonetic changes hâve left their mark on the orthography. 
It is getting more and more unsettled. Unaccented short vowels had 
become, in some positions, neutral or obscure. When tradition and pro- 
nunciation clashed, thèse were liable to interchange not only in their 
respective classes of broad and slender, but even an « i » with a neutral 
sound, generally written « a » .e.g. the art. in, an, prep. i-n, a-n, cin, 
gan— ë had already been raised to « ea » and is occasionally so written. 
A slender « e » generally takes a « i » after it. 

In infected hard vowels, with certain classes of words it is probable 
that, so far as sound was concerned, it was a matter of indifférence or 
convention whether « ai » or « oi » were written, in words like sair, 
soir (east), gaire goire (nearer). In Kerry and perhaps elsewhere nothing 
but « i » is heard in oir (East) oilén, coiméud, etc. 

Similarly with the older diphthongs âe, 6e, ai, ai. 

The stress had shifted its position to the second member, though the 
accent mark, as now, was generally set over the first vowel. The first 
two sounds in R. are usually written é, œ, é (exceptionally), âo; when 
infected cèi, âoi. In Eg. âo, âoi are rarely if ever used and are replaced 



74 John Abercromby. 

by œ, é ; when infected ai. The accent mark is very generally omitted 
in Eg. with thèse diphthongs. 

The numerals in brackets give the number of times I hâve noted a 
form, without its being exhaustive. They hâve only a relative value and 
are useful in conveying a more definite impression than the words, 
« fréquent, occasional, usual », would do; especially when trying to 
détermine the local préférence of one sound over another. 

A-o — falachR. (2) Eg. (1) [folach] (1) — frithalam(2) [fritheolam/2] (2) 
frithôlam R. Eg. sair 114) [soir] eajst. (14I, tair R. (3) Eg. (1) [toir] (3) 
in airet R. (1) in oixedh R. (2) Eg. (3). N. sg. damh R. Eg. (2) gen. sg. 
daim [doim], gaire 14) [goire] (4). 

A-i — the article, an. R. is almost always, in, in, Eg.; but isin [annsa] 
neaiiy always; prep. a, ana, R. (6) Eg. (4) prep. an [in] R. (2) Eg. [2); 
asa [in their) R. Eg.; ic, icca, R. (17) Eg. (1) ac, aga R. (6) Eg. (22 ; 
cin(2) [can]i2] cin {2) [gen] (2) can(6) [gan](6). 

o-A — G. pi. bonn [bhann] ace. pi boinà [buinn], coblach [cablach], 
imforcraidh [imarcraidh]. moille [maille], ace. sg. coill R. ( 5 1 [caill] (2) 
N. pi. coilti R. |i) Eg. (il. croind R. (3) Eg. (2) crainn R. (3) Eg. (3) 
as a mie, ina roibi, coroibi, mararoibi, R. ina raibe, goraibe, etc. Eg. 

o-u — do chôidh R. (6) dochûaidh R. (4) Eg. [always) inf. dol R. 
(6) dul R. (2) Eg. (9); olç [ulc]; do thoitim R. (1) thuitim R. (2) Eg. 
(3) côicc [cuig], do loigh [luigh], loidenn R. Eg. luidhenn R. Eg. 

u-o — do ihurnadh [loïrnedh], mar thuillfes [thoillfus], édiruma. 
[édtrome]. 

UA-o — do fuagradh [frograd], le fogra, R. Eg. 

œ-a — maecœm R. (4) maccamh R. (i) Eg. (5). Latter form in Laud 
version of Fél. Œn. p. cxcxi and is the High. gael. form. 

É-i — clé [cli], clé R. Eg. (4), a \ethéà [\ethid]. 

e-i — credim [faiih] R. (5) Eg. (3] credem R. (1) Eg. (5), ina tim- 
chill R. (9) Eg. (3) timchell R. (i) Eg. (7) sennfitt [sinnfid], comenic 
R. (3) Eg. (1) minic R. (2) Eg. ($) tened [ïmedh], tene [teinigh], 
seimhnib R. (1) sibhnibh R. (3) Eg. [2). In Fem. a-stems and ia-stems 
N. Gen. Dat. Ace. sg. -i R. is almost without exception -e Eg. N. sg. 
oidhchi, rideri G. sg. tiri, slebi, deilbi, eisergi, pôicci. Dat. sg. fairgi, 
uiseci. oidhchi. ace .sg. rideri, baili, comp. airdi R. -e Eg. 3 sq. hab. 
pr. caithenn [-inn|, suidhenn [-inn] cuirenn [-i'nn] tuitinn Eg. N. sg. 
croicenn (2) [croicinnj (2). The é of léigim (/ allow, let) is dropped 7 times 
in Eg. liough in other place retained. léigcitt [ligid], léigcidh [ligidh] ni 
léigenn [ligenn], etc. 

e-iu — lemm (4) [lium] (4) lim [lium]. 



Versions ot Sir John Mandeville's Travels. 75 

i-iu — siblmz [siublami]. The verb is of constant occurrence and without 
exception maintains thèse two jorms in R. Eg. respectively . N. PL Idhail 
[ Iubhail] gen. pi. Idhal [Iubhal] a very common word in R. Eg. and the 
only one used for the ordinary Iàdaidh (Jew). O'R. has « Juill » a Jew. 

ia-e — A', pi. niamann (2) [nemthann] (2) Sdiamna [Sdefain], R. also 
uses latter for m . 

-es -îus — maithes R. (5) [maithitu] Eg. (7) ace. sg. torrehes [toir- 
chius] dat. sg. leighes [leighius] (2). 3 sg. rel. beres [berius](2), eirghius 
Eg. roinnes [roinnius], caithes [cathius], ixhïus Eg. ithfs Eg. traidhes 
[traighius], léighis [leighius] reads, thuiles [tuilisj imurcuires [imurcrius]. 

-EDH-iUDH, -udh — 3 sg. prêt. pass. inarsâigh&i/2 [-saighiudh] inar- 
cuiredh [-curiudh], âocu'iredh [2\ [doctzn'udh] (2) ac cœmedh [cainiudh] 
inf. do legadh [leighiudh] read, ace. sg. cach cinedh [ciniudh]. prêt. pass. 
do genedh [-ghenudh] dorecad [recudh], etc. 3 sg. impf. aderiudh Eg. 

Examples of the diphthong — gâoth [gœth], caol [cœl]. N. s g. âos 
[aïs] œs R. Eg. dat. sg. tâob [taibh] taebh R. Eg. ar en t-sliab R. dia 
dardâoin [diardain], cach œn aoine [en aine], co hœine [aine], œibhnes 
[aibhnui], dœine [daine] daoineib [dainibh]. 

ea — hellach [eallach], dessa [deassa], teas [tes], denam [deanum], 
do ghell [geall], gel [geai], meala [mêla], febhus [feabhus] — In Eg. a 
consonant is softened in — co 1er [leôr], thôrannaighes [teoran — ], tras- 
gairt [treasgairt]. 

u = bh in doui Eg. (3) Siluester R. Eg. Caluarie R. semis (3) 
[se/bhis] (3) Liuie [Lipîe] Libia — 

au is found in — Eoin bausti R. claustra [clabsdra]. 

For the older tenuis c, t, it is usual in R. to find ce, cg, gc_, t, tt, d, 
while in Eg. they are on the whole consistently replaced by their corresponding 
sortants, wherever this change has taken place in the modem language. 

The practice of doubling a tenuis to represent its sonant arose frotn the 
belief of Irish grammarians that the latter was a hard sound ; the tenuis soft. 
It was therefore logical enough to double a supposed soft letter to represent 
its supposed hard corelative. 

On the otherhand, as in the modem language, d hasbecome t after a Uquid 
in ad], in -de ; talm.ïflta Eg. scegu/ta R. Eg. 

nd, fréquent in R. is nearly always nn Eg. ll = dl in colla R. Eg. 
(2) but generally, codla R. Eg. 

pros. F — do oslaic [do fhoslaic], d'oscail [do fusgail] oslaicthi [fos- 
laice] (2), fuiseôga [huiseôga] larks. 

p — f. premh R. (3) Eg. (1) [fremh] (2) - n has become l in, Essail 
[asail] cristann [crisdal], but also cristal R. 



j6 John Abercromby. 

Contractions and abbreviations are commoner in Eg. As a rule R. limits 
them to the termination, except with words beginning with ber, breth or 
where et, ed, eth, edh, ra forms part of the syllable. Eg. on the other hand 
often contracts the middle and gives the termination, especially of verbs, in 
full. In both the abbrev. usually expanded into ur, ar, is sometimes followed 
byani, which has to be inserted between the u and r — as, c v i = cuir, 
dogeb v i = -bu\r, purp v i = purpuir — Butitisalso omitted, as is likewise 
the case with the contr. us. e. g. 2 sg. prêt, roibh/5, tangua Eg.; 2 sg. fut. 
fogeb/z/r, muna àechair; G. sg. brethemnuis [ — ais] . 

The contr. for et, ed, eth is used irregulary, though rarely — cednn 
\cedn], g\edn Eg. dûedn R. pedniaïï, pednlurachl Eg. condition R. decair 
[de//zcair] exhaust the instances I think — The use of. îi. for aile is very 
rare — Eg. several times uses the arabic numerals 3, 4, where R. either 
writes them in full or uses the latin notation — 2 is sometimes used in R. 
for « da » to him, them, and twicefor est in the wordcesta — eu is very fre- 
quently rendered by q. in Eg. less so in R. as qq = cucu, qid = cuid 
Eg. Infection ofeonsonants is generally shewn in Eg. Much less frequently in 
R. In both fh stands for bh where éclipse would be shewn in the modem 
language. 

The modem method of shewing this infection of a tenuis by doubling il or 
by prefixing the sonant does not y et occur — An apparent example is once 
found in R. a ccoicrich an talman nœimh, but the original stands « out of 
the borders of the H. Land », so « a » stands for « as » which does not 
infect — But in Eg. the éclipse of « f » by « bh » is given sometimes; never 
in R. inafuil [bhfuil] (2), arfhâgbail [arbhfagbail], marabfuil Eg. etc. 

In both MSS. t replaces s. sh in a partially abnormal manner — Some- 
times, from putting the dot on the wrong letter in the hurry of writing, the t 
becomes th. Before or after a verb where infection would take place — 3 sg. 
prêt. Simon... do tslânaigh [do s/flflaigh] an Tigerna. 59. 2. annsan 
oidhchi sin do tsén Pédur ar Tigerna. 54. 1. 3 sg. fut. dotsluicfùM [do 
sluicfedh], 3 sg. rel. is mar an ce'dna tsibla/g/zis — tsoillszg/zis R. mar t 
sœilmit-ne R. is é Câmh do budh tsaidhbre [the richest) 66. 4. 

After other words which cause infection ■ — (da (2) — atat da tsh'ab. R. 
Eg. omits t. « a » (his) — lé nert a laime 7 a tsluaid féei. 56. 4. Eg. 
omits t — agus still aspirâtes, E\er maith 7 tsaith [thsaith] — do tsiîab 
R. Eg. omits t — do sheimhnib [do tsibhn/Wz] — do tsubhailchd/è/i R. 
(2) — do tslicht R. Eg. do lhseo\adh R. etc. After « iter », which some- 
times aspirâtes — iter tsliab Galilée, R. Eg, — can en shnâithi [tsnaithi] 
(withouta stitch ofclothes) — d'arântslimm R. Eg. omits t — arson tsela 
[on account of the seal) R. Eg. omits t. But it is also found where no infec- 



Versions of Sir John Mandeville's Travels. 77 

tion îakes place — can tsroin. R. Eg. cin Xsuûibh. R. only — amailtsûW. 
R. only. From O'Don. gr. p. 61 . itappears the use of t before verbs is local 
and rare. 

There is a peculiarity in the accentuation o/Eg., if thaï terni is applicable, 
which must be noticed. \t is confined to « i ». // may sometimes hâve been 
used to distinguish that letter more readily, when side by side with n, nn, 
m, mn. — Ai this period copying was often donc in a slovenly mannerand 
reauired an occasional guide for the eye. The idea would be taken from 
the dash placed over the numerals î. 11. fii. etc. But it is constantly found 
where no such need is felt and on syllables that are always short. 

The — idh. — id of the 3 sg. pi. pr : is specially favored. — It is 
marked at least 129 times — aderid (14), gairid, goin'd (6), ithi'd (6), 
ithîd (2), cuirid (5) cuin'd (2) cuirfidh (2), tïcid (5) ticid (1). 3 sg. pr. tig 
(12), fuilid (2), fuilid (3) ] sg. fuil (14), caithîd (2) caithid (1) mairid (2), 
creidid [ij creidid (2), doberid (10) also tainig (6) tai'nig (1), etc. 

3 sg. pr. fs (26) — the article in ($J — prep. in, ina, isna (4), 3 sg. 
F. innti (16) innti (1), innti (2) — Démon, pron. sin (1 5). 

Even three, as wellas two syllables are marked — 3 sg. pi. — tighlighcidh, 
aithnighid, innisidh, inn'isigh, do innis (2, inf. innisin — 3 pi. fâsaid, 
comédid, médaighid, fiarfraid tôgbaid — doridiusi (a gain) — Subs. adj. 
N. croicinn. maithius, saidhbreâs, milis, aibhinn. G. sg. druisi, tiger- 
nais, cnuicc (4) droichid — Ace. sg. beinidh. ^V. pi. maithi (1) maithî 
(3) tighithi. Other examples — airgid (silver) {4), cuid (12) cûid (5), 
conuige (4) inaice (6), aige jvith him) (7). aigi (with lier) (2), ainm, 
richt dat. sg. N, ace. pi. cinn (9), ui'sge (3J gen. dat. uisgi (2), inadh) (5J 
gen. sg.inaidh (ij, gominic^ — nig (10), cruinn, bainne (milk) (3) gen. 
sg. capaill, uile, coîsi, uile (5], eli (4) dat. pi. enocaibh, e/zaibh, min- 
naibh — p. part, cengailte — In gen pi. namâd (2) the accent is 
displaced. 

The slips and mistakes are of various kinds. 

1). Repeating a syllable or even part of a sentence on turning over afresh 
leaf — mararaithn^for R. co mainisistir R. arna denanum R. râia/ti 
na fâided R. but raiti, a few Unes on — no nô co. R. oilén. oilén. R. Tucc 
leis da dathig R. 3 sg. pr. labraraidh. 

2) misreading of original — mile fer amach [armtha] « 1 000 men at 
arms » — ant-imp/re anrt nô inmi [in t-imper I'nnidhach ann] — da 
ubhall [taball mor] ôir. « 2 round pommels of gold » — uile oibrigthi 
[oilitrighthi] do denam. « undertakings . » 

3) omitting letters dh — adj. mi-nâdura [nadurdha] — e — ponair[e] 
R. — g — tairnedar. Eg. — gh — Maghdalén [Madalen] (4) n — uiîî 



78 John Abercromby. 

coisceme xx. R. cabata Eg. = can bâta (without a stick aitrecha [nat ni- 
cha] (2). p — an Egit [in Eigipt]. t — acht [ach] (2) stâuide [statui'de] 
[statutes)- th — gen. sg. docum a loiscthi [loisge], timcill an adhlaici 
[adhlaice], fotraice [fotraicthe] — a ûadnaise an adhnuici [adhlaice] — 
Eclats an adhluici R. (2). p. part. pass. adhluici [adnace] (2), oslaicthi 
[fosld/cej — 5 sg. prêt, do imidh si ûaidh. R. 

4 writing a wrong letter — dh, th for ch — na cidhe [ciche] [2), 3 sg. 
pr. roiihiuh, roithenn [roicheann], 3 sg. prêt, do theith R. Eg. ag 
teixhadh R. Eg. f for s — futhasan [futhad fan] lunder them) — dh for 
l — Dillaitt [didhlait]. r for G arna pagail [farail] 'paving. Inversion of 
ts — co cathair in stamdain, Eg. = in tSamdain (Sultan) — oversight 

— léo fecht [fein] . 

5) aspirating a wrong letter — gh for g — fâccbaid [faghbhaid]. 3 sg. 
prêt. pass. mar do ghenudh in Tigherna. Eg. 3 pi. pr. deisigit [ — idh], 
innisidh. Eg. bi'dh Eg. [freauent) cuiridh Eg. The 3 sg. for pi. is found 
in Eg. in other instances — rangcatar [rainig] scéla — ticcid [tig] longa 
7 cenna/ç/zi — th for t — do ghortha [of starvation) Eg. TH for f, 3 sg. 
cond. soighthedh [soighfedh] — perhaps mh for m — San Semh R. 
but also San Sem (James) R. 

6, using an unnecessary élément. — 

Suibisc^//<i/?, sybiscc//cf/z R. ;evangelist n but soscel [sofs-ge/] (5) — os 
[cos] aird openly) — soithech [soighthech] Eg. ahvays — aniugh, andiudh 
R. Eg. [today] alwaysone or other — Naighne (Nain, place nime — tfudh, 
tiugh 'thick) R. Eg. — « budh » for « fo » in — budh thuaidh, budh 
dhes, R. Eg. [freauent]- N. sg. cré [creidh], fésta [festadh] — gen. sg] 
cumha [cumadh] lamentation — 3 sg. pr. sbj. or fut. dobera [doberadh]. 
(2V doberadh R. (1). da n-abra [abradh] — Commonly in the fut. pass. 
cuirfidhtar, cuirfidhthear Eg. geinfidhter R. Eg. leigfidhter, muirfidhter 
R. etc do râdh (7) [radha] (7), but do rada also found in R. 3 sg. M. 
ûaid '9 [uadha] (1 3). ace. pi. tighithi Eg. [houses . 

A super fluous élément is added or retained to lengthen the final syllable in 
the 2 pi. fut. ro/mgébthaighi [coflgebtai] — an iedh anfuidhi [anfaidhtai], 
da cuirfidhi leuirfidh sibh] — Though the last two R. forms are descended 
from the older abs. form in -fithe, from comparison with the other examples, 
it would scem the pronunciation at this period was simply — fi, as at présent 

— 2 pi. pr. 5/?y . trâth do géntaidhi si [do dentai si] [2). 3 sg. impf pass. 
n<5 co mbennaighti é 7 co c/othtaighi uirtdiment... ar a fud. R. 68. 1. 

7) wrong séparation of words — gen. sg. relta inné star) R . [2) ni lamh 
ann [kg. lamhann) drochspirat techt 'sa tec/zi-mbi. R. $4. 1. do cuiredh 
tened acac/i tâob ann [tene da gach leith di ann] 57. 3. Eg. 133. 4. 



Versions of Sir John Mandeville's Travels. 79 

anabh 1- = an abhld/2 wafer R. 55.1. The following list of foreign words 
[save two) may be usefully appended. Proper names — Basilixa « Basi- 
lisk » Eg. 146. 2, Bidoneis Bedwin Arabs. Eg. 133. 2. Déan « Diana » 

55. 2. Gein 60. 1 « Genoa ». San Séob « St. Sophia », Sobhddn Sultan 

56. 3. Tir an tsneachta $3. 1. Iceland. 

Animal kingdom — Camhall $6. 4. There is a curious description of 
what is evidently a she camel in the 4 Mast. A. D. 1472 which shews that 
the word above was a sound and nothing more. It conveyed no impression. 
Dromadairi [dromanndairi] 60. 4 Eg. 1 36. 4. Elifint 67. 3. *essgamhain 
« eels », grib, lipard, léoma/?. 67. 3. Pampionus « papiones » 56. 1. 
Pantérs [panterâs] « panthers » 66. 2. Eg 142. 1. Paipinseoighi « par- 
rots » 69. 2. 

veg. king. Balsamus 69. 4. Barbrûch « barbarines » 54. 1. Engleter 
54. 1. « Eglantine », Claus [clous] « c/om », Cainel, mâs « mace », 
nutmic [nuces], sinnsér [seinnser]. 6). 1. Eg. 140. 2. Manna 55. 2. 
Masdix $5.1. Siucra 62. 3. Eg. 138. 3. rôs dergc, ros gel. 57. 3. Eg. 
134 1. 

minéral king. — Assiîir. 57. 3. Eg. 134. i. Amestis [amiti's], cristal, 
cristalytes, cices or ocices « onyx «. entrantes jmerandreis] gérantes 
« garnets, gerands », ômra [amber, but hère translates « topaz » — Eg. 
lias marmair). Rubi, Safir. 66. 3. pi. carpuncla [carabungcala] 67. 3. 
Eg. 143. 1. Iesper [iasper], Sardines. 69. 4. Luaidhe « lead ». 

Various — gen. sg. arsidéclina « architricline » 60. 3. tabur [music. 
inst.) Eg. 146. 1 *giûstal « jousting », "idhroipis (dropsy). 

The next list gives words borrowed 1 thin'i from the english, though some 
are of Romance origin — The * refers to the glossary below. Barûn. baron, 
*becc river, bogha [bow, 0. Eng. bogai, N. pi. diga [dykes, ditches), 
"compas [compas), *cornél (corner), diiici {duke), *graibél [gravel), 
*halla {hall), lobhta [loffi, *mainer [manner], maindser [manger), *man- 
dâil (maundy), * mitai [métal], nutmic \nutmcg), *oifig [office], *paghail 
[paving), *péirse (perch), prinnsa [prince, the s shews it must hâve corne 
orally from Eng.) *pudar (powder), *raibér [river], siucra [sugar], *stéd 
[steed, spor [spur], *séla [seal], *sépél [chapel), *solair icellar), *stâid 
(sta'e), *statuide [statute], trétuir {traitor), 'tristel [trestle ?) prisun, pota 
(pot), plur (flour), *uindiment [pintment). 

John Abercromby. 

(La suite au prochain numéro.) 



MÉLANGES. 



LA SECONDE ÉDITION DU BARZAZ-BREIZ. 

C'est une très sage mesure dans les bibliothèques publiques de faire 
relier les livres sur brochure, c'est-à-dire avec leurs couvertures : on 
conserve ainsi des renseignements que l'histoire littéraire cherche sou- 
vent en vain plus tard. Nous venons d'en faire l'expérience en exami- 
nant l'exemplaire du Barzaz-Breiz de M. de La Villemarqué que contient 
la Bibliothèque royale de Dresde. 

Dans la Bibliographie des traditions et de la littérature populaire de la 
Bretagne par H. Gaidoz et Paul Sébillot, publiée dans la Revue celtique, 
t. V, p. 277 et suiv., se trouve (p. 307) une notice sur les éditions du 
Barzaz-Breiz d'où il résulte que ce livre célèbre n'a pas eu autant d'édi- 
tions qu'il paraîtrait d'après les assertions du titre. La conclusion de 
cette notice était celle-ci: 

Le Barzaz Breiz ne nous paraît avoir eu en réalité que trois éditions : 

La première en 1859 ; 

La seconde en 1845, inexactement appelée « troisième » et « quatrième ». 

Et la troisième en 1867, inexactement appelée « sixième » et « septième ». 

L'exemplaire de la Bibliothèque royale de Dresde nous a permis de 
constater en quoi a consisté la prétendue « seconde » édition. Le titre 
intérieur est celui de la première édition, tel que nous l'avons reproduit 
dans la Revue celtique (loc. cit.). Il se termine ainsi : 

Paris II Charpentier, rue des Beaux-arts, n° 6. || Techener, libraire || 
place du Louvre, n" 14. || 1859. 

Mais la couverture porte la mention deuxième édition, et se termine 
ainsi : 

Paris 
Delloye, Place de la Bourse, 1 3 



Crozet, libraire 
Quai Malaquais, 1 $ 



Techener, libraire 
Place du Louvre, 14 



1840 



Mélanges. 81 

Voilà donc le mystère de la « seconde » édition du Barzaz-Breiz 
éclairci ! Ce sont les exemplaires non vendus de 1859, ce que dans le 
commerce on appelle des rossignols, qu'on a mis en dépôt chez d'autres 
libraires, et pour rafraîchir l'ouvrage, on lui a fait une nouvelle couver- 
ture portant la mention inexacte : deuxième édition; mais on a oublié 
de refaire en même temps une nouvelle feuille de titre. L'eût-on fait du 
reste, ce n'aurait toujours été que ce que les Allemands appellent une 
Tilel-Ausgabe « édition de titre ». Le procédé est tout à fait usuel pour 
les romans et les livres de littérature frivole : nous ne croyons pas qu'il 
soit usité pour les ouvrages de littérature sérieuse. En tout cas, aux 
yeux des bibliographes, ces malices de librairie ne comptent pas comme 
éditions. 

H. Gaidoz. 



DES PRONOMS INFIXES. 

A propos des groupes phonétiques naturels que notre esprit sépare en 
mots par le procédé de l'abstraction et dont j'ai parlé plus haut (t. VI, 
p. 87) en traitant des pronoms infixes, j'ajouterai — comme parallèle 
psychologique — l'exemple suivant: 

« Les mots cafres sont le plus souvent combinés pour faire des phrases, 
d'une telle façon qu'on ne peut les séparer l'un de l'autre comme on sé- 
pare les mots anglais. Ce qui dans l'écriture paraît être un seul mot, en 
fait souvent dans la réalité trois ou quatre ; mais comme dans une autre 
combinaison ces mots n'occupent plus la même position et que très sou- 
vent même une seule lettre représente un mot, il y aurait plus grande 
confusion à les séparer qu'il n'y en a à les écrire comme un seul mot. » 
(Theal, Kaffir Folk-Lore, 2 d Ed. London. 1886, p. 9). 

H. G. 



CHARTES DONNÉES EN IRLANDE EN FAVEUR 
DE L'ORDRE DE C1TEAUX. 

En faisant aux archives départementales de la Côte-d'Or, à Dijon, des 
recherches sur un point d'histoire de France, je parcourais il y a quel- 
ques mois un manuscrit de Cîteaux. C'est le tome III du cartulaire de 
cette abbaye, celui qui porte le n" 167, dans le catalogue général des 
Rev. Celt. VU. 6 



82 Mélanges. 

cartulaires du département de la Côte-d'Or. Ce précieux volume contient 
une section intitulée Carte de Anglia. Dans cette section j'ai trouvé quatre 
pièces d'origine irlandaise. 

La première, cotée XIII |lisez XII) par le copiste, qui l'a transcrite 
au f° 87 r n -v°, émane, je crois, d'Aodh, mac Ruaidhri ui Conchobhair, 
qui devint roi de Connaught en 1228 et qui fut tué en 1233 '. En tête 
des témoins figure Félix ua Ruanadha, archevêque deTuam, qui, ayant 
abdiqué, mourut en 1238 2 . 

La deuxième pièce est cotée XI III lisez XIII). Elle a été copiée sur le 
f° 87 v°. Elle émane de Donnchad Cairbreach, fils de Domnal ua Briain; 
Donnchad Cairbreach fut roi du Munster septentrional et mourut 
en 1 242 >. 

La troisième porte la cote XI III. Elle se trouve sur les fol. 87 v° et 
88 r°. Son auteur est Conchobhar ua Briain, qui devint roi du Munster 
septentrional au décès de Donnchad en 1242, et qui fut tué en 12684. 

La quatrième a reçu la cote XV dans le cartulaire, où elle a été placée 
au f" 88 r°. Elle a été scellée du sceau de Donnchad Cairbreach, de qui 
émane la deuxième pièce et qui, comme nous venons de le dire, mourut 
en 1242. 

Ces pièces datent donc du milieu du xnT siècle. Elles sont intéressantes 
à divers points de vue. Nous pouvons signaler l'orthographe des noms 
irlandais : = ua « petit-fils «, tuad « nord » pour tuath. 

H. D'ARBOIS DE JUBAINVILLE. 



Sciant ornées tam présentes quam futuri presens scriptum visuri ve\ 
audituri quod ego 0., Dei gratis, rex Co/mactie, dedi et concessi et hac 
presenti carta mea confirmavi Deo et ecclesie Béate Marie Cisterciens/s 
et fratribus ibidem Deo servientibus pro anima patris mei et matris mee 
et pro me ipso et uxore mea et liberis meis in puram et perpetuam 
elemosinam quinque marcas argenti , perpetuo annuatim a me et ab 
heredibus meis domui Cistercii'per manum abbdfis de Mellifonte persol- 
vendas in subsidium et juvamen procurations quarte diei abbatuxn ad 
générale cap/'/ulum Cistercii quolibeî anno conve/zientium, quas quinque 

1. Annales des Quatre-Maîtres, édition donnée par O'Donovan en 1851, t. III, pp. 248, 
266. 

2. Ibidem, p. 294, texte et note. 

3. Annales des Quatre-Maîtres, t. III, p. 304. Il est aussi mentionné sous les dates : 
1 2 1 3 (p. 180), 1225 (p. 228), 123$ (p. 276). 11 paraît qu'il régnait déjà en 1225. 

4. Annales des Quatre-Maîtres, t. III, p. 304, 403, 404. 



Mélanges. 83 

marcas argenti abbrts de Mellifonte a me et ab heredibus meis perpetuo 
annuatim in vig/lia beau Johannk Baptiste vel in kalendis maii recipiet 
transmittertdas seu transportandaset tempore generalis cap//uli annuatim 
domui Cistercii tradendas. Volo autem et heredes meos ad hoc obligo, 
ut qulcunque in perpetuum post me regnabu/rt et qui in regimen Connac- 
tie michi perpetuo succèdent, sive sint filii mei, sive cognati, sive con- 
sanguinei, sive propinqui, sive extranei, quod, sicutego pred/c/as quinque 
marcas argerzti, quamdiu vixero, annuatim domui Cistercii persolvam, sic et 
ipsi perpetuo annuatim eidem domui et eodem modo et eodem in tempore 
totidem marcas persolvant. Etuthec mea donat/o etpred/crorum mcorum 
heredum obligatto in perpetuum firma, stabilis, intégra et inconcussa 
permaneat, presens scriptum sigilli mei munimine roboravi, hiis testibus: 
Felice,TuamtmW avchiepiscopo ; Cavo, Cluamfratertemj episcopo ; Dionis- 
sio, Elfinensi; Caro, Achadnensi ; Elya, Aladnensi episcopis; B., Melli- 
fontis; D., de Buellio ; D., de Benedictione Dei; J., de Collowictorie 
abbatibus; Caro, comité de Magbvirg; Donchatid, duce de Cloind- 
Tomaltig; Flaithfertach, duce de Cloindkathil; David O'Floind ; Fergal 
O'Taidg; Toberto, senescalco nostro; Concorde, cancellario nosfro ; 
Donato, clerico nostro et notario, qui hanc cartam scripsit; et multis 
aliis. 

II. 

Sciant tam présentes quam futuri presens scriptum visuri vel audituri, 
quod ego Donatus Karbreach, rex Tuadmom'e', dedi et concessi et hac 
presenti carta confirmavi Deo et ecc/es/e Béate Marie Cisterciens/ et mo/ia- 
chis ibidem Deo servientibus pro amma patris mei et mat/is mee et ante- 
cessorum meorum et pro me ipso et pro uxore mea Sabi/za et liberis meis 
in puram et perpetuam elemosinam duas marchas argenti perpetuo annua- 
tim a me et ab heredibus meis domui Cistercii per manum abbaris de 
Magio persolvertdas in subsidium et juvamert procurat/om's quarte diei 
abbatum ad générale capitulum Cistercii quolibe? anno convenientium : 
quas duas marcas argenti abb^s de Magio a me et ab heredibus meis 
perpetuo annuatim in kalendis maii recipiet transportandassive transmit- 
tendas et reddendas annuatim domui Cistercii tempore generalis capituli. 
Voto autem et statuo et heredes meos ad hoc obligo, ut, quicunque in 
perpetuum post me regnaburzt, et qui in regime/î Tuadmonie perpetuo 
michi succede/rt, sive sint filii mei, sive cognati, sive consanguinei, 
sive propmqui, sive noti, sive extranei, quod, sicut ego duas marcas 

1. Ms. Cuadmonie. 



84 Mélanges. 

argenti quamdiu vixero annuatim tempore prenomiflato domui Cistercii 
persolvam, sic et ipsi perpetuo annuatim eidem domui eodem modo et 
eodem in tempore todidem marcas persolvaflt. Et ut hec mea donat/o e* 
predictonim heredum meorum obligat/oin perpetuum firma, stabilis, inté- 
gra et inconcussa permaneat, presens scriptum sigilli mei munimine 
roboravi, hiis testibus : Humberto, Limericensi episcopo ; Henrico, Ymli- 
censi episcopo ; iohanne, Finnabricensi episcopo ; F., Yossens/ episcopo; 
0., de Magio; Ysaac, de Sancta Cruce; D., de Sivryo ; A., de Petra 
Fertili abbaûbus; D., Laonensi archidiacono , et R., capellarzo nostro, 
qui hanc cartam scripsit; K. O' Grady, L. Mac Commara, D. O'Deaid, 
R. 0' Heda, D. Olydduida et multi alii. 

III. 

Sciant tam présentes quam futuri presens scriptum visuri vel audituri, 
quod ego C. O'Brien, rex Tuadmonie, concessi et hac presenti carta 
confirmavi Deo et ecclede béate Marie Cklerciensi et morcachis ibidem 
Deo servientibi/5 pro anima patris mei et matris mee et antecessorum 
meorum et pro me ipso et uxore mea Anastallia et liberis meis in puram 
et perpetuam elemosinam duas marcas argenti perpetuo annuatim a me 
et ab heredibus meis domui Cislercii per manum abb^fis de Magio per- 
solvendas, qnas videlicet duas marcas Donatus Karbreach, quondam rex 
Tuadmonie, pater meus, dicte domui Cistercn dédit per cartam suam in 
subsidium et juvamefl procurations quarte diei abbatum ad générale 
capitulum Cisterd/ quolibet anno conveniencium,quas duas marcas argenti 
abbds de Magio a me et ab heredibus meis perpetuo annuatim in kalen- 
dis maii recipiet transportandas sive transmittendas et reddendas annua- 
tim domui Cisterdi tempore caprtuli générale. Volo autem et statuo 
et heredes meos ad hoc obligo, ut, quicunque in perpetuum post me 
regnaburtt, et qui in regimen Tuadmon/e perpetuo micln succèdent, 
sive sint filii mei, sive cognati, sive consanguinei, sive propinqui, 
sive noti, sive extranei, quod, sicut ego duas marcas argenti, quamdiu 
vixero, annuatim tempore prenommato domui Cistercii persolvam, sic et 
ipsi perpetuo annuatim eidem domui eodem modo et eodem in tempore 
totidem marcas persolvant. Et ut hec mea concessio et confirmatio et 
predictor utn heredu/u meorum obligat/o in perpetuum firma, stabilis, 
intégra et inconcussa prrmaneat, presens scriplum sigi'li mei munimine 
roboravi, hiis testibus : domno C, episcopo Finnabarensi; Roberto, 
episcopo Linricend; T., de Magio, de Sancta Cruce; T., de Petra Fer- 
tili abbuhbus; P. 0' Grady; K. O'Konqwir; M. Mac Commara; K. M<zc 



Mélanges. 8 5 

Brien; et magwfro M. O' Hogan ; et frarre Daniele, priore, qui hanc 
cartam scripsit ; et multis aliis. 

IV. 

Sciant tam présentes quam futuri presens scriptum visuri vel audituri, 
qaod ego Catholicus O 1 Grade et Slani, uxor mea, XX denan'os; et ego 
Duncon O' Kenedig, et uxor mea Gormelyth XII denan'os; et ego Dona- 
tus Oliddida et Reignild, uxor mea, XII denan'os; et ego Rodri O' Heyda 
et Dufcoblic, uxor mea, XII denan'os; et ego Matheas O'Kenedi et ... , 
uxor mea, XII denan'os; et ego Donatus O'Deit, et Dubella, uxor mea, 
XII denan'os; et ego Donatus Mac-Lonochain, et Eeden, uxor mea, 
XII denan'os; et ego Sitrich et Benmuam, uxor mea, XII denan'os; et 
ego Malronid, et..., uxor mea, et filius nos/er Gillananam XII denan'os; 
et ego Cuana 1 , et Sadua, uxor mea, XII denan'os; et ego Locheiin, et 
Dereval, uxor mea, XII denan'os ; et ego Donatus O' Malruadan, et . . . , 
uxor mea, XII denan'os dedimus et concessimus et hac presenti carta 
nosrracoafirmavimus Deo et ecclesie Béate Marie Cisterciens/ et monachis 
ibidem Deo servientibus pro aaimabas parenturrz, propinquoram, ante- 
cessorara et successoral nostrorum et pro nobwmet ipsis et liberis nosfris 
in puram et perpetuara elemosinam perpetuo annuatim a nobisetab here- 
dibas nostris domui Cistercii per manum abban's de Magio persolvendos 
in subsidium et juvamea procarat/oais quarte diei abbarum ad générale 
cap//alam Cistercii quolibe/ anno coavenientium, quos prenominatos dena- 
n'os abbas de Magio a nobis et ab heredibas nosttis perpetuo annuatim 
in kaUndk maii recipiet transportandos sive transmittendos et annuatim 
tempore general/'s caprtuli domui Cistercii reddendos. Volumas autem et 
statuimas et heredes nos/ros ad hoc obligamas, ut, qui in possessionem 
terraram nos/raraaz perpetuo nob/s succèdent, sive sint filii nosfri, sive 
cognati, sive consanguinei, sive affines, sive propinqui, sive noti, sive 
extranei, vel quicur/que [post] obitum nosrrum terras nos/ras perpetuo 
possederint, quod, sicut nos, qaamdiu vixerimus, predz'cros denan'os an- 
nuatim prenomiaato tempore domui Cistercii persolvemas, ita et ipsi pre- 
dicti heredes nosrri perpetuo annuatim eidem domui eodem moao et 
eodem in tempore totidem denan'os intègre persolvant. Et, ut hec nos/ra 
donat/o et pred/ctorum heredum nos/roram obligatio in perpetuum firma, 
stabilis, intégra et inconcussa permaneat, cum sigilla propria non habe- 
remus, ad petitionem nos/ram, Donatus Karbreacâ, rex Tuadmonie 2 , in 



1. Ms. Cuaua. 

2. Ms. Tuadamonie. 



86 Mélanges. 

hu'\us rei testimonium sigillurrc suum presenti scripto jussit apponi, hiis 
testibus : Henrico, Ymilicens/; Huberto, Lumnicens/; J[ohanne], Finna- 
varens/ ; F., Rossent episcoph; 0., de Magio; Y., de Sancta Cruce; 
D., de Surio ; A., de Petra Fertili abbatïbus; D., Laoniens/ archidia- 
cono ; R., capellano domni régis Tuademonie ; Symone, domni reg/'s nota- 
rio; et multis aliis. 



CHARTE ORIGINALE DU PAYS DE GALLES. 

La Bibliothèque Nationale a reçu dernièrement en don de M. Hamy, si 
connu par ses savants travaux ethnographiques, une charte originale 
émanée d'un prince gallois mort au commencement du xm e siècle. Ce 
prince est Madauc, fils de Mailgun : Madauc vab Maelgun, comme écrit le 
Brut y tywysogion; il fut pendu en Angleterre dans le courant de l'an- 
eée 121 2 1 . L'objet de ce document est une donation à l'abbaye de 
Cumhyr ou Cwm Hir* comme l'écrit l'éditeur du Brut y tywysogion. 

Cette charte est écrite sur parchemin et scellée en cire jaune sur double 
queue. Elle porte à la Bibliothèque Nationale, département des manus- 
crits, le n° 591 des nouvelles acquisitions latines. L'écriture paraît du 
commencement du xni e siècle et le sceau, où est représenté un cavalier 
avec casque et écu, brandissant une épée, semble appartenir à la fin du 
xn e siècle. 

H. d'Arbois de Jubainville. 

Cunctis Xp/s/i fidelibus tâm presentibus quam futuris Madauc, filius 
Mailgun, salutem et pacem. Noverit universitas vestra me co^cessisse mo- 
nachis de Cumhyr, Deo et béate Marie ibidem servientibiw, atque in per- 
petuam elemosinam dédisse terram que dicitur Brinecrois in cunctis finibus 
et o/r/nimodis pertinentiis suis ; terram quoque que dicitur Cayrwetun si- 
militer plenarie in cunctis finibus suis; similiter etiam terram que vocatur 
Maysecrocur in cunctis pminentiis et utilitatibws suis in bosco et piano, 
in pratis et aquis in silvis et campis alque omrnmodis utilitatibus suis. Has 
haque jam dictas terras in terminis suis et infra circumquaque'm perpetuam 
donationem ab omnï exactione et servitio seci/lari libéras et quietas supra- 



1. Edition donnée par John Williams Ab Ithel dans la collection du Maître des Rôles, 
p. 272. 

1. Cwm Hir veut dire la « combe longue » ou la « vallée longue ». Comparez le nom 
de Haute-Combe porté autrefois par une abbaye du diocèse de Genève. Cf. Thurneysen, 
Kelto romanisches, p. 5 5 . 



Mélanges. 87 

dictis monachis concessi et dedi et multis coram astantibus eandem dona- 
tionem cum optimatibus meis sic juramerzto co/ifirmavi, ut, quisquis huic 
donationi contraire ve\ illam quoquo modo perturbare deinceps presump- 
serit, ab omn\ terra, que mee ditioni subjaceat, extraneus et exheredatus 
fiât, donec illam in pace prefatis monachis dimittat. Similiteret optimates 
coram multis juraverwit se nunquam passuros cujuslibet super se prin- 
cipis dommium, sed ab omnibus respuendum et relinquendum, si aliquam 
calumpniam super his terris inferre presumpserit, r\is\ eas in pace dimiserit 
et cum monachis custodierit. His testibu^ : domino Maredud, filio Roberti; 
Trahayarn, filio Grifut Weleu ; Grifino, filio Heylin ; Joruerth, filio 
Meyraun, cum multis aliis. Datum litterarum per manum domini Riredi, 
abbatis, mense maio. 



LE MÈTRE IRLANDAIS R1NNARD. 

La préface du F élire d'Oengus énumère trois formes du mètre, dit 
Rinnard : 1 . rinnarddâ n-ard, 2. rinnardtri n-ard, 5. rinnard cethri n-ard. 
Ces termes ont été expliqués de différente manière. L'éditeur du poème, 
M. Stokes, avait pris ard pour équivalent de « allitération « '. M. Atkin- 
son a démontré que cette explication n'est pas admissible 2 ; il traduit les 
divers noms du mètre par « consonance of the final words in the (two, 
three or four) lines of the stanza », désignant par cette expression l'asso- 
nance des deux dernières syllabes des vers, comme le montre son 
exemple du Rinnard tri n-ard : 

Re sil dalach doine 
toided in ri remain. 
luid fo recht n-ard n-erail 
crist i kalaind enair. 

M. Stokes? objecte avec raison que dans ce cas le second exemple du 
Rinnard cethri n-nard, cité dans la préface, resterait inexpliqué. Il pense 
donc, que ard désigne l'assonance dissyllabique de deux mots, soit à la 
fin, soit dans l'intérieur des vers. Mais son explication est quelque peu 
artificielle, puisque souvent le même mot devrait compter deux fois pour 
l'assonance ; elle est même inacceptable, puisqu'il faudrait admettre des 
assonances telles que Temrach : ferainn qui sont impossibles dans la poésie 

1. Calendar of Oengus, p. 12; Rev. Celt. V, 3 $3. 

2. On Irish Metric, p. 10. 

3. V. Rev. Celt. VI, 274. 



88 Mélanges. 

du x e siècle, une consonne palatale (-'/in] ne rimant pas avec une non- 
palatale {-"chK Je crois M. Atkinson plus près du vrai que M. Stokes ; 
mais avant d'entrer dans la question, récapitulons les règles principales 
du Rinnard. 

Chaque strophe a quatre vers ; chaque vers a six syllabes, dont 
Pavant-dernière est accentuée et dont la dernière est atone. Le 2 e et le 
4 e vers sont liés par une assonance finale de deux syllabes. J'omets 
l'allitération et quelques autres ornements facultatifs de la versification 
(Stokes, Cal. of Oeng., p. i j). Mais il y a encore une règle ou plutôt 
deux règles dont le rapport mutuel n'a pas été signalé jusqu'ici et qui 
portent sur le dernier mot du troisième vers. 

I. Une assonance dissyllabique peut avoir lieu entre le dernier mot du 
troisième vers et un mot quelconque dans l'intérieur du quatrième, par 
ex. prol. 19, 20 : 

cain popul colAlgdatk 
in rigrad imrordus. 

M. Stokes a relevé ce fait et en a donné une série d'exemples, Cal. of 
Oeng.. p. 13s., Rev. Celt., V, 554 s. ; mais il faut y ajouter une autre 
règle, inséparable de celle-ci. 

II. Dans toutes les strophes où manque cette assonance intérieure, il 
doit y avoir une assonance de la syllabe finale et atone du troisième vers 
avec les syllabes finales des deuxième et quatrième vers ; p. ex. : 

prol. 25 ss. Domrorbai domtheti 

olam triamuin Xvogsa 
iartimnaib indrigjd 
rith roraith \ns\ogsa. 

On sait que pour les finales atones c'est le timbre de la consonne 
finale qui détermine l'assonance. Ainsi -id forme une rime parfaite avec 
-aid et -uid, mais non pas avec -ad et -ed (plus tard -eadh) ; d'autre 
part ces deux derniers riment très bien entre eux. Si le mot se termine 
par une voyelle, -e rime aussi bien avec -i qu'avec -a, et -a rime avec 
-u. Les rimes vocaliques sont donc les plus faciles et ils abondent dans 
le Félire. 

Cette seconde loi est observée sans exception par tout le poème ' 

1. Il y a un vers fautif, mais facile à corriger, dans l'épilogue : 435. rosoera acurpu 
ronoema ananmain. Il faut transposer les mots : acurpu rosoera rcmoema ananmain. 



Mélanges. 89 

jusqu'au vers 455 de l'épilogue. C'est le vers où commence la longue 
prière dont chaque strophe a la forme : Romsâera, a Isu ..., amail soer- 
sai . . . '. Elle a sans doute été intercalée par un poète postérieur. Le 
mètre régulier reparaît avec les deux dernières strophes, au v. 557. 

Cette assonance du troisième vers peut s'étendre sur l'avant-dernière 
syllabe comme dans l'exemple cité par M. Atkinson (v. plus haut). C'est 
un ornement facultatif. 

III. Le premier vers de la strophe, lui aussi, peut participer à l'asso- 
nance des finales atones ; par exemple : 

janv. 28 : Lahaccobran uainn/ 29. Anepscoip roraidius 
pais ocht nuag conani ronsnadat diarnd/7/uj 

gabsat buaid condirgi hipolitus paulus 

sluag mor mesoriani. gillas constant/nu*. 

Mais ce n'est pas une règle obligatoire. 

Quelquefois même le premier et le troisième vers sont liés entre eux 
par une assonance dissyllabique, p. ex. 

août 6 : Sistân epscop ruamach 

rucc suas saithesrwmtfc/z 
la mochua cli buadach. 
ôchluain dolcain dalach. 

Je pense qu'après l'exposition de ces règles l'explication des trois 
formes du Rinnard ne fait plus aucune difficulté. Le mot ard doit dési- 
gner l'assonance de la dernière syllabe ou bien cette syllabe assonante 
elle-même. Le Rinnard dâ n-ard est notre cas I, où il n'y a assonance 
qu'entre deux mots finals ; le R. tri n-ard correspond à notre règle II, 
le R. ceihri n-ard au n° III. Voici les exemples cités dans la préface du 
F élire : 

I. Rinnard dâ n-ard. 

Diarmait maith mac cerbail 
can aige cen\aicc 
nirochluini meirlech 
aeirlech atraite. 

II. Rinnard tri n-ard : 

Fland tendalach temrach Re sîl dalach doine 

1. Rtv. Celt. v, 99. 



9 o 



Mélanges. 



tendri fotla ïerainn 
otha anall domuinim ' 
isi achland dogegainn. 

III. Rinnard cethri n-ard : 



toided inri remain 
Iuid forecht ard erail 
crist ikallainn enair. 



Lassar greine aine 
apstol erenn uaige 
patraic cumeit mile 
rop dltiu diarlruaige. 



Aed ordnigithje obaig 
for flaith banba b\[a]idig 
coich isferr imiolaid 
ina ectoir ailig. 

Reste le deuxième exemple du Rinnard dd n-ard qui ne s'accorde pas 
bien avec le premier : 

For Kl. mis marta 
nit mordai friangmWe 
senan moinenn moisi 
dauid chille muine 

Evidemment cet exemple appartient à la classe du Rinnard tri n-ard. 
Il est vrai qu'il n'est pas absolument faux comme exemple du R. dd 
n-ard, puisque une strophe à trois assonances est toujours en même 
temps une strophe à deux assonances; mais il semble mal choisi 2 . 

Toutes les trois formes du Rinnard, Mael-Isu les a réunies dans les 
trois strophes de son hymne [Goidelica 2 , p. 174] : 

Rinnard cethri n-ard : Inspirut noeb immunn 

innunn ocus ocunn 

inspirut nôeb chucu/n 

tœt achrist cohopunn. 
Rinnard tri n-ard : Inspirut nôeb daittreb 

arcuirp isamanma 

diarsnâdud cosolma 

argâbud argalra. 
Rinnard dâ n-ard : Ardemnaib arphecedaib 

ariffern conilulct 

alsu ronnôeba 

ronsdmi dospirut. 

lena, septembre 1885. 

R. Thurneysen. 



1. M. Stokes lit : co-Muinim. 

2. Dans la plupart des strophes l'assonance finale porte non seulement sur la dernière 
voyelle et sur la consonne finale, mais encore sur la consonne qui précède la voyelle. Tel 
n'est pas le cas du troisième vers de notre strophe, l'j de moisi ne pouvant rimer avec le 
d (dh) de guide et \'n de muine. Voilà peut-être la cause pourquoi cette strophe est citée 
parmi celles à deux assonances. 



Mélanges. 91 

LA PUISSANCE PATERNELLE SUR LE FILS 
EN DROIT IRLANDAIS'. 

« Fils de père vivant 2 » est une expression juridique qu'on rencontre 
plusieurs fois dans le Senchus Môr. Le fils du père vivant est au nombre 
des incapables. 

Dans l'introduction du Senchus Môr, on lit : « Le respect de chacun 
« pour les contrats avantageux et pour les contrats désavantageux em- 
« pêche le monde de tomber en démence ; cependant, il y a cinq con- 
te trats qui sont dissous chez les Fêné (c'est-à-dire en droit irlandais) 
« malgré les engagements : contrat formé par esclave sans son maître, 
« contrat par moine sans son abbé, contrat par fils de père vivant, mais 
« sans son père ; contrat soit par fou, soit par folle ; contrat par femme 
« sans son mari J. » 

Dans le texte proprement dit du Senchus Môr, nous trouvons d'abord 
le passage suivant : « Est sujet à opposition tout fuidir (sorte de serf), 
« tout bothach ^littéralement habitant d'une cabane), tout jeune homme 
« confié à un tuteur, tant que la tutelle n'est pas terminée ; tout élève, 
« pendant le temps où il est dans la dépendance de son maître; tout fils 
« de père vivant, car son contrat n'est pas libre ; toute femme sur la- 
ce quelle est tête de conseil 4. » 

On remarquera que dans ce second document, plus ancien que le pre- 
mier, il n'est pas question de moine, et la femme mariée est remplacée 
par la femme « sur laquelle est tête de conseil, » formule qui paraît se 
rapporter à une institution analogue à la tutelle perpétuelle des femmes 
en droit romain et en droit germanique. 

Plus loin le Senchus Môr s'exprime ainsi : « Sot est quiconque traite 
« comme acheteur avec fils de père vivant en l'absence du père, sans ordre 
« [du père], sans ratification [parle père]. Ratifie qui ne signifie pas oppo- 
« sition et ne repousse pas [le contrat] après connaissance, le pouvant 5. » 

1. Une édition de cet article a déjà paru dans la Nouvelle revue historique de droit fran- 
çais et étranger, t. IX, p. 466. Mais cette édition est moins complète que celle que nous 
donnons ici. 

2. Mac beo-athar. 

3. Astad caich in -a-sochar ocus in-a-dochur argair bailiuth inbetha, acht na cuic curu 
ata taithmechta la Feine cia ro-nasatar : cor moga cen a flaith, cor manaig cen apaid, 
cor meic beo-athar cen athair n-oca, cor druith no mire, cor mna sech a ceili. Ancient 
laws of Ireland, t. I, p. <o, $2. 

4. 1s urograig gach fuidir, gach bothach, gach dalta co diailtre, cach felmac in- 
aimsir daire do fithidir, gach mac beo athur nad bi-saor a-chor, nach ben for-sam-be 
cenn comuirle. Ancient laws of Ireland t. II, p. 288. 

j. Baeth cach crecas fri mac mbeo athar i n-eenaire a athar cen forngaire, cen aititin. 
Atdaim na foeige, nad inarban iar fis, focumac. Ancient laws of Ireland, t. 111, p. 8, 



92 Mélanges. 

Le droit du père est absolu, il n'y a pas à distinguer entre le contrat 
avantageux et le contrat désavantageux, l'un et l'autre est nul quand 
manque le concours du père, qui peut intervenir soit sous forme d'autori- 
sation préalable, soit par une ratification postérieure, formelle ou 
tacite ' . 

Cependant, il y a une circonstance où la capacité du fils augmente. 
Quand le fils prend son père à sa charge, il améliore sa propre situation 
au point de vue juridique, car alors les contrats qu'il conclut sont vala- 
bles s'ils sont avantageux, et le père qui ne veut pas respecter les con- 
trats formés par le fils doit prouver qu'ils sont désavantageux. 

Le fils qui a son père à sa charge s'appelle en vieil irlandais mac gor, 
celui qui ne soutient pas son père s'appelle mac ingor. En général, l'acte 
d'entretenir les personnes majeures qui ne peuvent se suffire s'appelle 
goire. On trouve cette expression dans un des plus anciens documents 
irlandais qui nous soient parvenus. Je veux parler des gloses du saint 
Paul de Wurzbourg, conservés par un ms. du ix e siècle, mais anté- 
rieures comme rédaction à cette date paléographique. Il y est question 
des veuves dont la communauté chrétienne prenait la charge; l'acte de 
charité pratiqué par la communauté chrétienne est deux fois appelé par 
le glossateur goire. Il désigne par le même mot les soins qu'une fille doit 
à ses parents 2 . Quant à l'adjectif gor, d'où goire dérive, on n'en a encore 
signalé qu'un seul exemple dans un document remontant paléographi- 
quement au ix e siècle; on l'a trouvé au comparatif goiriu, glosant le 
magis pius de Priscien dans le ms. 904 de Saint-Gall 5. 

Ces explications étant données sur le sens des mots mac gor et mac 
ingor, nous pouvons passer au texte du Senchus Môr : 

« Le mac gor fait valablement opposition à tout contrat désavantageux 
« conclu par son père ; il ne peut faire opposition au contrat avanta- 
« geux. Le père a le même droit envers le mac gor. Il s'oppose vala- 
« blement à tout contrat désavantageux, il ne peut s'opposer au contrat 
« avantageux. » 

« La règle est tout autre quand il s'agit du mac ingor. Celui-ci ne peut 
« faire opposition ni au contrat avantageux ni au contrat désavantageux 
« conclu par le père. Le père a envers le mac ingor des droits bien dif- 



1. Cette incapacité suit dans la procédure le fils de père vivant. Etant « écoir nadma » 
(Ancient laws of Ireland, t. I,p. 84, ligne 28) il ne peut saisir (t. I, p. 86, ligne 8) ; de 
même qu'il ne peut être saisi. Il y a réciprocité en cette matière : « ni tobuing nech for 
na tobungar » (t. I, p. 86, note 1 ; Supplément à O'Reilly, p. 714, col. 1 , ligne 1.) 

2. 1. Ad Timotheum, V, 1,9, 16. Zimmer, Gloss<e hibernicœ, p. 174, 175. 

3. Ascoli. Codice lrlandese dell' Ambrosiana, t. M p. 41, glose 10 de la page 40 b 
du manuscrit original. 



Mélanges. 93 

« férents ; il annule tout contrat désavantageux et tout contrat avanta- 
« geux conclu par le mac ingor, mais il faut qu'il fasse opposition de 
« telle façon que cette opposition soit connue de tout le monde. Il peut 
« reprendre les biens de son fils en quelque endroit qu'ils se trouvent ; 
« il est propriétaire du prix que son fils a reçu en cas de vente, ou de 
« l'objet donné à son fils en contre-étrange ' par qui que ce soit. Voilà 
« pourquoi on dit: Ne vends rien à incapable, n'achète rien de lui. 
« N'achète ni d'idiot, ni de femme, ni de prisonnier, ni d'esclave mâle 
« ou femelle, ni de moine, ni de fils de père vivant 2 . » 

La rédaction de la partie du Senchus Môr, qui contient ce passage *, 
a, comme l'introduction, subi dans une large mesure l'influence ecclé- 
siastique. Voilà pourquoi le moine reparaît dans la liste d'incapables que 
ce troisième passage renferme, tandis qu'il n'est pas question du moine 
dans la nomenclature plus ancienne que comprend notre seconde cita- 
tion. Mais du reste le principe énoncé dans cette troisième citation n'est 
en rien nouveau. 

Quand le fils avait-il son père à sa charge ? En principe, les vieillards 
sont à la charge de la famille. La famille, fine, se compose de tous les 
parents, non seulement en ligne directe, mais en ligne collatérale jusqu'au 
quatrième degré, qui se calcule comme en droit canonique. La parenté 
par les femmes ne joue qu'un rôle accessoire. Ordinairement on ne tient 
compte que de la parenté par les hommes, et la charge des vieillards in- 
combe à ceux qui héritent, ou qui profitent du droit lucratif analogue au 
wehrgeld germanique. Passé le quatrième degré, on sort de \z fine et on 
ne peut en général élever de prétention ni sur l'héritage ni sur le droit 
analogue au wehrgeld, et réciproquement on n'est pas responsable des 
crimes commis par les parents au delà du quatrième degré 4. De même, 
passé le quatrième degré, l'obligation de prendre soin des vieillards dïs- 

i . Un seul mot, frithfola, représente dans le texte irlandais et le prix de vente et 
l'objet donné en contre-échange. Le plus vieux droit irlandais ne connaît pas l'argent 
monnayé. 

2. Imfuich mac gorcach n-dochur im a athair, n-imfuich cach sochur... Isamlaidin t- 
athair fri-sin mac n-gor : imfuich cach n-dochur, n-imfuich cach sochur. Nimta in mac 
ingor : n-imfuich -side nach sochur no n3ch dochur di-a athair. Nimtha int-athair fri-sin 
mac n-ingor : dointa-side cach n-dochur ocus cach sochur di-a mac, mad forfoccra curu 
a meic co fiastar cach. It dilsi do seoit a meic, cip airm in-a-tair ; nach frithfola friu, 
cia rue a mac sum ar cach, it dilsi ; is de asberar : a Ni ria, ni cria fri dodamna. Ni 
cria do baeth filit la Feine, do mnai, do rimid, do mug, do cumail, do manach, do mac 
beo-athar. . ». Ancient laws of Ireland, t. 111, p. $6, s8. 

}. Elle est intitulée Corus Becsna, c'rst une sorte de supplément ; elle occupe les pages 
1-79 du tome 111 des Ancient laws of Ireland. 

4. Accepimus ab arbitris, qui dicuntur judices seculares, a quibus accepimus jure 
consuetudinario, quod omnes deberent condempnari usquead quartam generacionem non 
solum in recta linea sed eciam in collaterahbus ; sed dico me esse excusatum, cum jus 
meum non disponit de damnatione alicujus nisi saltem delinquentis. — Déclaration éma- 



94 Mélanges. 

paraît. Mais au quatrième degré et au-dessous, cette obligation n'existe 
pour les collatéraux qu'à défaut d'enfants '. 

Cette obligation pour le fils ne souffre pas d'exception, si le père est 
malade ou tombé en état d'imbécillité. Mais si le père quoique vieux est 
resté valide, l'obligation de l'entretenir n'existe pas pour le fils en cer- 
tains cas. Par exemple : un père a donné à chacun de ses enfants une 
portion de son bien, mais il a exclu un fils de cette libéralité; ce fils ne 
peut être obligé de contribuer à l'entretien du père. Le père, par sa 
faute, a perdu sa fortune : il a commis un crime, et a dû payer des dom- 
mages-intérêts qui ont absorbé sa fortune ; ses enfants ne peuvent être 
contraints de le prendre à leur charge ; il en serait autrement si le crime 
avait été commis par un parent et si la ruine du père était la conséquence 
de la responsabilité des membres de la famille. Le père a donné son fils 
en servage à un chef: le fils n'est pas obligé de prendre son père à sa 
charge 2 . Bien entendu, ces règles ne s'appliquent point quand le père 
est malade ou tombé en état d'imbécillité. 

On voit par là dans quelles circonstances le fils entretient son père, 
reçoit le titre de mac gor et, par conséquent, échappe à l'incapacité or- 
dinaire du fils de père vivant. 

Une des règles que nous venons d'énoncer nous fait connaître un des 
droits du père, c'est de donner son fils en servage à un chef. Le mot que 
j'ai rendu par servage, — esclave ne serait pas le mot propre, — est 
daire, plus anciennement dôire. Le dôer, littéralement malus homo, s'op- 
pose au sôer, littéralement bonus homo; c'est un homme de condition in- 
férieure : son état s'appelle dôire. Il a reçu un cheptel qui le met dans la 
dépendance d'un chef, et il ne peut reprendre sa liberté en restituant le 
cheptel, parce qu'outre le cheptel, le chef a payé le prix de l'honneur de 
son subordonné : ici c'est le père qui a reçu ce prix. 

Un autre droit du père est énoncé de la façon suivante : « L'associa- 
« tion qui existe entre l'élève et le maître qui a l'élève en pension chez 
« lui produit les effets que voici jugement, preuve et témoignage 

née du brehon James O'Scingin, en 1 571. Chez Gilbert, Facsimiks of national manuscripts 
0/ lreland, partie IV, fascicule 1 , planche xvi. 

1. Imfuich cach curud a-comfocuis mad earaneastur a cintu. .. eu n-iardraige gaire 
adruidleact finntiu. <• Chacun peut attaquer les contrats de son parent, quand il est res- 
e ponsable de ses crimes... et quand il doit contribuer à l'entretien des vieillards qui est 
« une charge de la propriété de la famille » (Ancient laws of lreland, t. Il, p. 282). Le 
père en piemier lieu est responsable de son fils. C'est à défaut du père que la responsa- 
bilité passe aux frères et aux cousins du coupable: a-chin for athair. ls a-suidiu i na bi 
athair, teit a-chin for a-brathair ocus a-derbfine (Ancient laws of lreland, t. IV, p. 240). 
Voilà pourquoi le frère et le cousin n'ont la charge du vieillard qu'au défaut des fils. 

2. Mac di-a tabuir aithir sain-miscuis; mac fo-n-aguib aithir çinorba ; mac fo-n-agabh 
a aithir i n-daire do flaith. Comparez la glose (Ancient laws of lreland, t. III, p. 62). 



Mélanges. 95 

« appartiennent au maître sur l'élève, comme au père sur le fils, comme 
« à l'église sur le moine '. » Ainsi le père est juge de son fils. 

Ces textes irlandais peuvent être rapprochés d'un passage bien connu 
des Institutes de Gaius, 1. I, § 55 : F ère enim nulli sunt homines qui talem 
in filios habent polestaiem qualem nos habemus... nec me prsterit Galatorum 
gentem credere in potestaîe parentum liberosesse. La puissance paternelle en 
Irlande paraît ressembler à celle qui existait chez les Galates suivant Gaius. 

Comme en droit romain, cette puissance pouvait se terminer par 
l'émancipation. Le fils émancipé s'appelle en irlandais saer-leicthe, mot 
composé dont le sens littéral est « laissé libre 2 ». 

Le droit irlandais connaît une sorte d'adoption. Quand les enfants ne 
veulent pas prendre à leur charge leur vieux père, celui-ci peut s'adresser 
à un parent ou même à un étranger qui prend alors le titre de « fils de 
protection », mac foesma. Celui-ci hérite au détriment des enfants >, 
pourvu que le reste de la famille, c'est-à-dire que l'ensemble des parents 
jusqu'au quatrième degré ait approuvé l'acte intervenu entre le vieillard 
et le mac foesma*. L'approbation des parents fait entrer le mac foesma 
dans la famille ou fine. Il y entre à titre de ce que l'on appelle fine tac- 
cuir « famille ou parenté de réception s ». 

Mais le fils adoptif n'est pas sujet à la puissance paternelle ; dans ses 
rapports avec l'adoptant, il ne peut être assimilé qu'au mac gor. Le père 
et le mac gor ont le droit réciproque d'annulation des contrats désavan- 
tageux; mais ce droit n'a rien à voir avec la puissance paternelle. Ce 
droit appartient à tous les parents jusqu'au quatrième degré (calculé 
suivant le système canonique), c'est-à-dire à tous les membres de la 
famille ou fine 6 . Il est la conséquence de la responsabilité réciproque des 

1 . Breithemnus ocus imdenam ocus fi3dnaise don oite forcetail for in dalta, ocus don 
athair for a mac, ocus don eclais for a manach (Ancient laws of Ireland, t. Il, p. 348). 
— Viri in uxores sicuti in liberos vitae necisque habent potestatem (Cassar, De bello gal- 
lico, 1. VI, c. 19, § 3). — L'usage de mettre les enfants en pension chez un maître ex- 
plique le passage de César, ibid., 1. VI, c. 18, § 3 : Suos liberos, nisi cum adoleverunt, 
ut munus militiae sustinere possint, palam se adiré non patiuntur. Les droits du maître 
ou père nourricier sont l'objet d'un livre du Senchus Môr. Ce livre est intitulé Cain iar- 
raith [Ancient laws of Ireland, t. II, p. 146 et suiv.). 

2. Ancient laws of Ireland, t. I, p. 52 : Il vaudrait mieux écrire sôer-lêicthe. 

3. Foceird a athair mac ingor a horba, ocus foceird a orba fri nech dogni a gaire, co 
raib log fir de, muna dena a mac a gaire, acht mad athair anfoltach (Ancient laws of Ire- 
land, t. III, p. 52). 

4. Ni techta nach foessam, ar na tegat ratha fine, ocus nad forngara aige fine; ar di- 
chenglaiter cach cor cen raith fine la Feine (Ancient laws of Ireland, t. IV, p. 206 ; pour 
la glose voir au bas de la page suivante). 

5. Fine-taccuir is-sede do-m-berat cuir bel a foessam ; ni cobrannaide dan finteda, 
acht ni i fuisedar cuir bel (Ancient laws of Ireland, t. IV, p. 284; voir la glose 
p. 288). 

6. Imu-s-fuich fine imanetur, imu-s-fuichet, imu-s-coitcet, imu-s-cobratar, imu-s-cum- 
taiget fine (Ancient laws of Ireland, t. II, p. 280); « Réciproquement la famille les at- 



96 Mélanges. 

membres de la famille quand un d'entre eux commet un crime ou un délit et 
qu'il y a lieu à payer des dommages-intérêts ' . H. D'A. de J. 



GLOSES IRLANDAISES DU PSAUTIER DE SAINT CAIMIN 

Un fragment du psautier dit de saint Caimin appartient aux Francis- 
cains de Dublin. On a cru autrefois que ce document datait du vue siècle, 
il est établi qu'il n'est pas antérieur au xi e . Il contient quelques gloses 
irlandaises. Grâce à l'obligeance de M. le comte Nigra, j'ai pu en donner 
cinq dans le tome xlvï (1885) de la Bibliothèque de F Ecole des Chartes, 
p. 34$. Les voici : 

F" 1 r" : .i. caintech gl. : eligiaco métro). 

F 4 r° : agulum .i. bin^tén coagulum composj/uwz a con et agulum 
rela gelo cogilatum ). — Foeside (gl. coagulatum est sicut lac cor eorum.) 

F 5 r° : bagair (gl. paulo minus]. 

F u 5 v": ciacruth gl. quomodo . 

Quatre autres gloses du même ms. me sont signalées gracieusement 
par M. Whitley Stokes et je m'empresse de les faire connaître : 

F" 1 r° stairsciïbnid libuir historiarum isintib ata fuidell scél indrechto 
(gl. Joseph[us] hautem refert in libris ao^atoXoyiaç hune psalmum). 

F° $ v° forbe (gl. consummationi). 

F" 3 r u portio .i. ainm errannais nech de phurt coitchent. 

F" 6 v° inmâr (gl. usquequaque, 2 . 

Un fac-similé de quelques lignes de ce manuscrit a été donné dans 
l'intéressante et utile publication de M. J.-T. Gilbert : Fac-similés of na- 
tional mss. of Ireland, t. iv, seconde partie, appendix, planche xxi, avec 
une notice dans le même volume, p. cxn cf. édition in-S, p. 353)'. Le 
psaume dont il s'agit est le 1 18 e delà Vulgate : Beatiimmaculati. Le texte 
latin : Josephus autem refert in libris àp/oc.oXoy.'aç, est emprunté au Brevia- 
riurn inpsalmos. attribué autrefois à saint Jérôme (M igné, Patrologialatina, 
t. xxvi, col. 1 187. C.). Le savant irlandais, qui rendait xp/atoXoyi'a par 
fuidell scél indrechto, « reste d'histoires du droit », n'avait pas lu dans 
l'original « les antiquités judaïques » de Josèphe H. d'A. de J. 

« taque ; les parents les soutiennent en qualité de conjuratores, leur viennent en aide, 
« les protègent » comparez ce qui précède, p. 278, et ce qui suit, p. 282 du t. II des 
Ancknt laws of Ireland). 

1. Ancknt laws of Ireland, t. IV, p. 240 et suivantes. Comparez la note 4 de la p. 95, 
ci-dessus. 

2. Humiliatus sum usquequaque, Domine. 

3. Comparez la notice consacrée à ce ms. par M. Gilbert : Fourth report of the 
commission on historical manuscripts. Part I, Report and appendix, p. 601, où ce ms. 
porte le n° 3 dans le catalogue dressé par ce savant des manuscrits qui appartiennent 
aux Franciscains de Dublin, 1874. 



BIBLIOGRAPHIE 



Légendes chrétiennes de la Basse-Bretagne, par F. -M. Luzel. 2 vol. 
in-12 de XI-363 et 379 p. Paris, Maisonneuve, 1881. — Prix: 15 fr. 

Nous n'avons point parlé de ce livre lors de son apparition, parce 
que nous espérions que M. Reinhold Kœhler, l'homme le plus versé dans 
la littérature des contes, consentirait à se charger de ce soin. Notre es- 
poir n'ayant pu être réalisé, nous venons tardivement, non pas aborder 
l'étude de cette belle collection,, 'mais dire simplement que c'est une des 
publications les plus importantes qui nous soient venues de la Bretague 
et une des plus originales parmi les collections du folk-lore européen de 
notre temps. Nous ne parlons pas de son intérêt littéraire et en quelque 
sorte moral : le témoignage de l'Académie Française, qui lui a décerné 
un des prix Montyon, en dit assez à cet égard. 

Avant l'apparition du recueil de M. Luzel, on avait publié peu de 
contes chrétiens : et, surtout, on n'avait pas essayé d'en réunir assez 
pour former un ensemble. On en trouvait un peu partout dans les recueils 
de contes : mais la France à cet égard était particulièrement pauvre. 
Comme contes chrétiens recueillis dans le peuple en France avant 
M. Luzel, nous ne connaissons que quelques contes alsaciens dans VAl- 
satia de M. Stceber, quelques contes basques dans le recueil de M. Cer- 
quand et quelques légendes agenaises publiées par M. Ad. Magen dans 
le Recueil des travaux de la Société d'agriculture, etc., d'Agen. 

Ce qui a permis à M. Luzel de faire une aussi riche collection, c'est 
d'abord le zèle persévérant de longues années de recherches, c'est aussi 
et surtout l'atmosphère religieuse de la Basse- Bretagne, où se sont con- 
servées, aussi fraîches qu'au premier jour, ces fleurs de légende flétries 
ailleurs au vent de l'esprit moderne. La Basse-Bretagne est un de ces 
rares pays où l'on peut encore se représenter l'état intellectuel et moral 
du moyen âge, au temps où, pour le peuple, la religion chrétienne était 
dans la légende plus que dans le dogme, et où les dieux et les héros du 
Rev.Celt.Vll. 7 



98 Bibliographie. 

christianisme, le Père Eternel, Jésus-Christ, la Vierge, le Diable et les 
Saints étaient partout présents dans des histoires familières, tragiques ou 
facétieuses, qui formaient comme un cours de religion et de morale pra- 
tique. La plupart des légendes qu'a recueillies M. Luzel se retrouvent 
semblables dans la littérature du moyen âge : mais, dans cette littérature 
du moyen âge, elles sont mortes, tandis qu'elles vivent dans le livre de 
M. Luzel. 

Nous devons nous borner à cette caractéristique'générale ; car il y au- 
rait trop à dire si nous voulions entrer dans le détail de ces légendes. 
On en trouvera le sommaire plus haut t. V, p. 303 ). Dans cet ordredu 
folk-lore, M. Luzel a ouvert la voie à nos collecteurs, et dans d'au- 
tres provinces on commence maintenant à recueillir les légendes chré- 
tiennes. Nous doutons qu'on y fasse un aussi riche butin, et du reste 
nous ne voyons pas l'utilité de publier toujours les mêmes contes quand 
on les rencontre dans une province non explorée encore. Il suffit de 
dire, comme on dit dans une flore, qu'on a rencontré tel conte et dans 
telle variété. 

Ce n'est là qu'une partie de la moisson faite par M. Luzel en Basse- 
Bretagne. Il a été un des premiers en France à recueillir les contes po- 
pulaires, et il n'a encore donné que des extraits de sa collection. Cela 
tient à ce que son étendue en rendait la publication difficile. Mais 
M. Luzel a enfin trouvé un éditeur intelligent, M. Ch. Leclerc (Maison- 
neuve) qui, dans la même collection, va publier le recueil en trois vo- 
lumes des autres contes de M. Luzel. Il n'est que temps, car les recueils 
de contes se multiplient, et M. Luzel, qui a été un des premiers à la 
peine, ne sera plus un des premiers à l'honneur. Ce nouveau recueil est 
en ce moment en cours d'impression. Nous désirons fort que M. Luzel 
le termine par ce qui manque à ses Légendes chrétiennes, un index où soient 
classés les traits, épisodes, incidents, personnages et aventures épar- 
pillés dans tous ces contes. La littérature des contes est aujourd'hui tel- 
lement considérable qu'on ne peut exiger d'un érudit qu'il lise, plume en 
main, tous les recueils de ce genre : mais un index comme celui que 
nous demandons permet de s'orienter en un instant et de trouver dans 
un recueil de contes le type, l'incident ou le trait dont on s'occupe. 
Nous savons bien qu'aucun recueil français de contes n'a encore 
paru avec un index, comme ceux qu'on trouve dans plusieurs re- 
cueils d'autres pays. Cela prouve seulement que nos collecteurs de contes 
ne se faisaient pas une idée exacte des services que la critique attendait 
d'eux. 

H. Gaidoz. 



Bibliographie . 99 

Le Bulletin de la Société archéologique du Finistère, années 1883 et 1884, 
contient deux articles de M. H. de la Villemarqué intitulés: La poésie 
bretonne sous Anne de Bretagne (t. X, p. 13-32), et Textes bretons du 
moyen âge (t. XI, p. 50-59). 

Le premier est une charmante causerie en même temps qu'un chapitre 
instructif de l'histoire littéraire de Bretagne. L'auteur tire un parti fort 
ingénieux d'un livre rarissime de la Bibliothèque Nationale, An Novellou 
ancien ha deuot, réimpression faite en 1650 de textes qui remontent à 
l'époque de la duchesse Anne. M. de la V. cite à ce sujet, p. 2 1 , un Noël 
finissant par cette strophe : 

Hoz bet,' Mary, deuotion 
Da pidiff Doue, guir Roue an Tron 
Euyt Ytron an Bretonnet, 
Nouel e quentel don guelet. 

Il traduit ces deux derniers vers « pour la Dame des Bretons qui. au 
temps de Noël, est à nous visiter »; et il ajoute: « Cette prière remonte 
donc évidemment au 25 décembre 1505 ». Mais je ne crois pas que Nouel 
e quentel puisse signifier « au temps de Noël ». Le vers Nouel e quentel 
don guelet est un refrain qui revient au bout de chaque strophe et qui ne 
se rattache pas directement à ce qui précède; il doit signifier « Noël est 
arrivé », littéralement « Noël (est venu) pour nous voir », cf. Deomp... 
en quentel ...de guelet, allons le voir. Grand Mystère de Jésus, p. 227, 
col. 2; so duet en querttell daz guelet, (je) suis venu te voir, ibid. , p. 183, 
me a ya ..en quentel da comps, je vais parler, ibid., p. 199, etc. Les 
deux premiers vers de la première pièce qui ouvre le recueil de Noëls 
cité par M. de la Villemarqué sont encore plus concluants; les voici : 

Nouel Nouel e quentel don guelet 

So diliuzret ' gant doue hon guir Roue benniguet, 

c'est-à-dire « Noël ! Noël pour nous voir est envoyé par Dieu, notre vrai 
roi béni ». Ils sont seuls et forment une sorte de refrain, le reste du can- 
tique étant par quatrains. 

L'autre article contient une des pièces des Novelou ancien ha deuot, 
avec traduction et remarques diverses. Toutes les strophes, sauf la 
dixième et la treizième, sont des distiques, quoique disposées en quatre 
lignes. La septième se lit ainsi : 

Da Jèsu, creff en pep queffer, 
1. Lisez dileuzret. 



îoo Bibliographie. 

Euel hon crouer an querchaff, 
Dan maro han beo eff eo an Roue, 
Ny die don Doue desaff stouer. 

Le poète primitif a évidemment écrit ce dernier mot stoueaff; le mot 
précédent était sans doute diuoe, et querchaff doit se lire querhaff. Mais 
l'expression en pep queffer veut dire « à tous égards, de toute façon », et 
n'a pas besoin d'être corrigée : on la retrouve dans le Grand Mystère de 
Jésus, 196 b, Sainte Nonne, v. 1425, etc., cf. le synonyme pep queffer, 
Poèmes bretons, 77, et l'expression en nep que/ver, bien rendue par « de 
quelque manière », Gr. Myst. de Jésus, 28 b ; nep queuer, sous aucun rap- 
port, Sainte N., v. i486. 

M. de la V. nous promet, p. 51, de continuer cette réédition des 
Novelou; ce sera un nouveau service qu'il rendra à la science du breton 
moyen, pour laquelle il a déjà fait plus que personne. 

Emile Ernault. 



CELTIC DECLENSION. 

Sous ce titre, M. Whitley Stokes vient de publier dans les Mémoires 
de la Philological Society un travail des plus importants qui se divise en 
quatre parties : 

La déclinaison en vieil irlandais (p. 1-34). — La déclinaison bretonne 
(p. 34-41). — Les inscriptions en vieux celtique, y compris les textes 
ogamiques (p. 42-76). — La déclinaison en vieux celtique (p. 77-105). 

Bien que l'étude de la déclinaison celtique fasse l'unité de cette œuvre 
magistrale, l'auteur a eu l'occasion d'y donner son avis sur une foule de 
points qui touchent soit à l'interprétation des plus anciens documents 
celtiques, soit à la phonétique, à la conjugaison et à l'étymologie. Il n'est 
pas besoin de faire ressortir, dans cette Revue l'intérêt qu'offre un plan 
si judicieux et si vaste, traité par un savant si autorisé ; il suffit de si- 
gnaler cette bonne nouvelle à nos lecteurs. 

Je présenterai seulement une remarque : M. Stokes admet assez sou- 
vent, avec M. Rhys, que des substantifs bretons d'un usage courant 
viennent d'un autre cas que le nominatif. Je crois, comme M. d'Arbois 
de Jubainville, que le fait a lieu uniquement dans certaines locutions où 
un cas oblique a été pétrifié, et qui sont restées à l'état d'expressions ad- 
verbiales. Voici, parmi les mots gallois auxquels M. Stokes donne cette 
origine, quelques-uns de ceux qui se retrouvent en breton de France. 

Gall. menechi « moines » — irlandais tnanchu, accusatif pluriel, latin 



Bibliographie. 101 

monachôs (p. 3$). — Le seul vrai pluriel de mynach me semble êtremy- 
neich = breton menée 1 h, du lat. monachi. Le pluriel gallois menechi est 
proprement un collectif identique au breton menec'hi, minic'hi « enclos 
de moines » (cf. D. Le Pelletier), « asile », du lat. monachia, voy. Car- 
tulaire de Landévennec, 16 et 21. Cette forme celtisée a donné lieu au 
mot haut-breton minhy [Catholicon], elle a même été relatinisée en mini- 
chya (ibid.). Une pareille adaptation n'a rien qui doive surprendre, 
puisqu'on lit, dans la petite édition du Catholicon, Bibliothèque nationale 
X 1429 -| — (- A b, après le mot cite: « Ciuy g. [fraises, latine hoc ci- 
uium uii ». L'auteur de ce latin fantaisiste concevait évidemment son 
breton ciuy « fraises » comme un collectif, en quoi il n'avait peut-être 
pas tort; ce mot et l'irlandais suibh « fraisier » (0' Reilly) se concilieraient 
au moyen d'une forme * subion, cf. Rev. celt., V, 127 et VI, 591. Quoi 
qu'il en soit, on peut mettre en regard de menec'h et minic'hi le pluriel 
vannetais meistr, mistr « maîtres », du latin magistrl, à côté de la forme 
des autres dialectes armoricains mistri, gall. meistri « maîtres », dont le 
correspondant comique meystry, mestry, avait gardé le sens abstrait 
« puissance », du lat. magisterium ; cf. comique servysy « serviteurs » 
du latin serviîium; je suppose que la désinence de mestrysy » maîtres» est 
due à l'analogie de ce mot servysy, qui exprime une idée corrélative. 

Gall. undod « unité », = irl. dintaith, cas oblique, le nominatif singu- 
lier est dintu (p. 40). — Le suffixe breton -det, -ded, en gall. -dod, est 
expliqué avec plus de vraisemblance, Rev. celt., III, 226, par la forme 
du nominatif bas-latin -tâtis, Si le vieil irlandais trindôit « trinité » est, 
comme il semble bien, venu du latin par l'intermédiaire d'une pronon- 
ciation bretonne, son passage à la déclinaison en 7 [Celtic declension, 17) 
s'explique naturellement par la ressemblance du nominatif * trindôtis avec 
le nominatif -75 des thèmes féminins en 7 (cf. ibid., 15). 

Gall. mis « mois » = irl. mis ou mls-n, datif ou accusatif singulier de 
ml (p. 41). Le rapport du bret. mis à l'irl. ml est plutôt identique à 
celui du lat. mensis au grec piv, éolien ixet'ç; le suffixe du pluriel gal- 
lois misoedd semble un indice de ce thème en i, cf. Celt. decl., 37. 

Gall. elin « coude » = irl. uilinn ou uilinn-n, dat. ou ace. sing. de 
uille (p. 40). — L'irl. uille répond au grec coXVjv; le breton Mit rappelle 
mieux le grec wAsvyj, lat. ulna. 

Gall. troed « pied » = irl. traigid, cas oblique de traig (p. 40]. — Le 
pluriel breton treit, comique treys, = * tragetl, ce qui indique un thème 
en 0; le sing. bret. troad « pied » semble représenter un mot vieux cel- 
tique * trag-etos « coureur » qui est à peu près à l'irl. traig = * trages 
comme kpnezô; est à serpens, comme le grec moderne cpépovraç est au 



102 Bibliographie. 

grec ancien cpeptov, comme le gaulois * carantos, latinisé en Curantus (cf. 
Dottin, Bulletin de la Sodété de Linguistique de Paris, n° 27, p. xini est 
à * car ans = irl. cara, bret. car « ami ». plur. nom. * carantes = irl. 
car ait. 

Gall. maes « champ » = * mag's, de * magesos, irl. maige, génitif, ou 
* ma^ed, irl. maig, datif de magos, irl. mag, gall. ma (p. 41), sanscrit 
mafias (p. 27). — Cette dérivation aurait pour analogue l'étymologie 
donnée Et. gram., 19, pour le bret. c'houes « sueur », gall. clnvys, 
= *svid's, de *svidos, gr. TSo;, lat. sudor. Mais IV de c'houes peut s'ex- 
pliquer comme celui de kreis « milieu », = * cridy-, Rev. celt., VI, 390; 
le bret. chouezan « je sue », gall. chwysaf, — sanscrit svidyâmi, cf. gr. 
ISt'to. Quant au gall. maes, bret. et corn. m&, il peut se rattacher soit à 
un nominatif gaulois * max, allié au grec [j-7/.o;, comme le latin plebs au 
grec 7rXyjOo;, soit à un dérivé commençant par * inag-s- ou * mac-s. La 
première de ces hypothèses est rendue assez vraisemblable par la pa- 
renté du v. irl. immach « foras » aujourd'hui amach, avec le gall. imaes, 
corn, yn mes, bret. c mes ; ces expressions signifieraient proprement « au 
large », cf. le gall. ymaith « en route », de maith « large », racine mac? 
Comparez à im-mach, où mach doit être à l'accusatif, l 'irl . mâcha 
« plaine », machaire « Tempe », Irische Texte, I, 675. Magies, cité par 
la Gramm. celt 2 ., p. 4, note, peut être un compromis analogique entre 
mag et mais, maes; c'est ainsi que le moyen breton doen « porter » [cor- 
nique doen, gall. d)vyn= * duc-n-) perdu, autant que j'ai pu le constater, 
dans tous les dialectes armoricains, sauf celui de Batz (Loire Inférieure) 
a été remplacé par dougen, produit du mélange de doen avec doug-, ra- 
dical courant du verbe. 

Le gall. ugain « vingt », bret. ugeht, est rapporté, p. 40, à un cas 
oblique du nom de nombre déclinable en irlandais, dont le nominatif est 
fiche Cette généralisation ayant eu lieu dans jes autres langues ario-eu- 
ropéennes, comme gr. s''xo<ji, lat. viginti, est fort admissible en breton ; 
l'explication différente, par un dérivé, proposée p 96, ne paraît ni 
exigée par la phonétique, ni appuyée par aucun mot réel. 

La forme unique du nominatif singulier n'avait pour soutien que l'ac- 
cusatif singulier dans les noms neutres, et aussi le vocatif singulier dans 
plusieurs autres circonstances ; au contraire le reste du singulier, tout le 
pluriel, tout le duel et le thème gardé par les dérivés et les composés 
lui faisaient une concurrence redoutable. La victoire du nominatif singu- 
lier breton n'en est que plus éclatante. L'excellent traité de M. Stokes 
permet de la constater, malgré des restrictions sur lesquelles je viens 
d'exprimer mes doutes. Emile Ernault. 



Bibliographie. 10} 

Essais sur l'origine du nom des communes dans la Touraine, le 
Vendomois et une partie du Dunois, par M. le comte de Chaban, an- 
cien conseiller de préfecture d'Indre-et-Loire et de la Somme, in-8, xxxiv et 263 pp. 
Paris, Vieweg, 1885 . 

M. de C. a voulu exposer la méthode étymologique applicable aux 
noms de lieu. Il donne d'assez nombreux exemples à l'appui de sa thèse. 
Mais la linguistique paraît lui être absolument étrangère. Pour l'auteur, 
les lois phoniques n'existent pas ; il n'y a que des caprices de pronon- 
ciation; les sourdes et les sonores s'échangent sans raisons. 

M. de C. cite, page 3, la Grammatica celtica. S'il avait parcouru at- 
tentivement le livre de Zeuss, il n'aurait certainement pas choisi les 
formes modernes du breton pour rendre compte d'anciens noms de lieux. 
Il est vrai qu'ainsi il lui aurait été moins facile d'expliquer Tours, Tu- 
rones, par dour « eau » (vieux-breton dubr), Cher, Carus, par kaer 
« beau » (v.-br. cadr), Loire, Liger, par leur « sol » dont Y eu repré- 
sente un a primitif, cf. l'irlandais Idr. 

Enfin, si quelques noms latins de lieux semblent avoir été traduits du 
français, comme Bonus oculus, Bonneuil, il ne s'ensuit pas que des noms 
comme Sabiniacus, Campaniacus, ne s'expliquent point par les gentilices 
latins Sabinius, Campanius. C'est en étudiant les chartes qui nous ont con- 
servé ces noms de lieu, que nous pourrons arriver à savoir si la forme 
latine est primitive ou si elle a été faite sur la forme française. 

Le travail de M. de C. montre une fois de plus que des recherches 
patientes et consciencieuses n'aboutissent guère quand elles ne sont pas 
dirigées par la méthode historique. 

G. Dottin. 

L'INSCRIPTION DU GROSEAU. 

Aeria, Recherches sur son emplacement, par l'abbé Ferdinand Saurel, 
chanoine honoraire de Montpellier. Paris, chez Alphonse Picard, 1885, gr in-8, vm- 
138 p., avec 2 cartes et 3 planches. 

Prenant pour texte cette phrase de M. Ernest Desjardins : « L'em- 
placement d'Aeria n'a pas encore été déterminé », l'auteur de ce vo- 
lume s'est donné la tâche de combler cette lacune. Il l'a prise fort à 
cœur, « fouillant avec une égale intrépidité les terrains et les livres », 
rapportant exactement tous les textes, exposant consciencieusement 
toutes les solutions contradictoires données jusqu'à ce jour ; et enfin il 
est arrivé à cette opinion, que l'ancienne Aeria était probablement « sur 
la montagne de Venteron, vulgairement appelée Clairier, entre les som- 
mets de Bel-Air et d'Arfuyen, à environ 2,500 mètres sud-ouest de 



104 Bibliographie. 

Malaucène, sur la limite qui sépare le territoire de cette commune de 
celui du Barroux » p. 79). Il ne m'appartient pas de juger les nom- 
breux arguments que l'auteur fait valoir en faveur de cette attribution. 
La seule critique que je puisse lui faire, et qu'on lui a déjà faite pp. vin, 
1 30) c'est que les étymologies celtiques sur lesquelles il s'appuie quel- 
quefois n'ont aucune valeur. Je n'insiste pas, parce que M. l'abbé Sau- 
rel m'a fait savoir, avec la plus grande loyauté, qu'il en est à présent 
aussi convaincu que moi. Ce ne sont, d'ailleurs, que quelques passages 
à sauter ipp. 48, 51,1 30-1 J2). 

C'est à M. l'abbé Saurel que le monde savant doit la connaissance de 
plus en plus approfondie de l'inscription gauloise du Groseau. Il l'a re- 
produite en phototypie et dessinée, Aeria, pp. 97, 93. La Revue archéo- 
logique, 3 e série, t. IV, juillet-décembre 1884, p. 380, en donne un fac- 
similé (cf. ibid,, p. 239Ï, et le Bulletin de la Société des Antiquaires de 
France, 3 e trimestre, 1884, p. 188, en contient un dessin. 

Elle a été déchiffrée et interprétée de diverses façons. M. H. de Ville- 
fosse l'a lue d'abord 

MIYC 
A1MIAK 
PACEAOYB 
PATOYAE 
KANTENA 
puis 

AOYC 
AIAKOG 
IACEAOY 
[BjPATOYAE 
KANTENA 

(Revue archéologique, mai-juin 1884, p. 371, 372 ; juillet-décembre 1884, 
p. 237; Bulletin épigraphique, t. IV, p. 341; Aeria, première édition, 
p. 98, 99, 136*); ensuite ce savant a lu 

AOYC 

AIAKOC 

PACEAOY 

[BJPATOYAE 

KANTENA 

[Bulletin ... des Antiquaires de France, troisième trimestre, 1884, p. 187; 
le dessin de la page suivante porte cependant, à la deuxième ligne, 
AIAKOC). 



Bibliographie. 105 

M. Mowat a proposé délire 

ENEAOYC 

AIMIAKOG ou AIAAIAKOC 

EPAGEAOY ou BPACEAOT 

BPATOYAE 

KANÏENA 

(Revue Archéol., juillet-décembre 1884, p. 238). 

M. Allmer a lu en premier lieu 

AOYC 
VAAIAKOC 
AACEAOY 
PATOYAE 
KANÏENA 
[Aeria, p. 98), puis 

ACYG 
NAAIAK[0C] 
(TJPACEAOY 
[B]PATOYAE 
KANTENA 

qu'il transcrit et traduit ainsi, d'après M. Rochetin : ... X<ruç ... vodiaxoç 
rpaffeXou Spaxo'jSs xavreva ; en latin . . . Isys . . . naliacus Graseli posuit 
ou dedicavit libens; c'est-à-dire «... lsys, de tel endroit, a-élevé ou 
dédié (cet autel) de- Graselos avec- reconnaissance. » Graselos serait 
l'ancienne forme du nom de la fontaine du Groseau [Revue èpigraphique 
du midi delà France, n" 33, avril 1885, p. 104, 10$). 
M. Rochetin avait traduit : 

« Un-tel, aux-nymphes ou aux-génies du-Groseau, solvit votum ». 

[Revue Archéologique, 3 e série, t. V, janvier-février 1885, p. 1 1 1 , 112; 
cf. Aeria, p. 1 36***, où il y a au génie au singulier). 

J'ai examiné cette inscription dans le Bulletin mensuel de la Faculté des 
Lettres de Poitiers, février 1885, p. 86-91 ; j'y proposais, p. 87, la lec- 
ture suivante, où chaque point représente une lettre qui manque : 

... AOYC. 
IAAIAKEO. 
MACEAOYB 
PATOYAE 
KANTEAA. 



io6 Bibliographie. 

Je complétais et traduisais ainsi : . . . Xouç . . iXXtouteo] ç] fWKjeAou fîparouoc 

xavx£Àa[v] ; en latin ... lus . . illiaci-fdius posuit ou erexit ex-decreto (nom 
de l'objet), p. 87, 88, 90. 

L'auteur d'un article qui a paru sans signature dans la revue anglaise 
The Academy du 21 mars 1885, p. 210, col. 1, adopte, d'après ma lec- 
ture, le texte suivant : 

: . AOÏC . 
IAAIAKEO. 
MACEAOTB 
PATOÏAE 
KANTEAA 

qu'il transcrit en lettres latines [Sa]lus[os] Illiaceo[s] maselu bratude can- 
tela, et qu'il traduit, sauf le dernier mot, pour lui un accusatif pluriel 
neutre de sens obscur: S.dusos Illiaci-filias posuit ex-judicio. . . 

Dans son savant traité intitulé Ccltic declension, M. Whitley Stokes 
adopte la même lecture, p. 55, et ajoute: « That is : ... lous.os) lllia- 
keo[s) maselu bratude cantela. «... lusos, son of Illiâcos, by order set 
(thèse) cantela. » 

Voici maintenant une nouvelle lecture, qui me semble la plus pro- 
bable : 

. . . AOVC 
. IAAIAKOC 
MACEAOÏ 
[BjPATOYAE 
KANTENA 

On ne voit que la seconde moitié du M à la troisième ligne ; le second 
N de la dernière ligne est couché, ce qui le fait ressembler à un A. Les 
lettres OC, que j'avais prise pour EO, à la fin de la deuxième ligne, sont 
plus petites que les autres. Il n'y a que la place du B de BPATOYAE 
J'avais cru que ce B se trouvait à la fin de la ligne précédente ; M. Au- 
rès, qui a une grande expérience dans tout ce qui concerne les dimen- 
sions des monuments et des documents épigraphiques gaulois, a bien 
voulu me détromper à cet égard et me dire qu'il s'était rencontré avec 
moi pour la lecture KANTEAA, que je ne maintiens pourtant pas ; la 
forme de cette lettre N est seulement une particularité à noter. 

Je traduirais . . . Aoj; . iXk'.axoç \i.<xgz1ou ppa-rouos xavtcva par ... lus 
. illiacus posuit ex-judicio (nom de l'objet). 



Bibliographie. 107 

Les lectures Xau; et XiXxoç, en elles-mêmes tout à fait invraisemblables, 
ne me paraissent pas confirmées par l'examen du moulage en plâtre que 
je dois à l'obligeance de M. l'abbé Saurel et de M. l'abbé L. Duchesne. 
Je persiste à croire que Xouç est la fin d'un nom d'homme de la décli- 
naison en us (comme le latin manus). La terminaison du mot suivant iaxoç 
semble indiquer un ethnique ; comparez la fameuse inscription nautae 
Parisiaci, et surtout le texte celtique de Nîmes, découvert en 1742, qui 
porte rAPTAR[IA]IAAAN0YIAK02 AAAE MATPEBO NAMAY2I- 
KABO BPATOTAE [Dictionnaire archéologique de la Gaule, inscriptions 
gauloises, n° 1). 

MocteXoh est évidemment un verbe, de même terminaison que ieuru, 
euopoù « fecit », et que Karnitu, traduit par « congessit » dans le texte 
bilingue de Todi. Quand même la lecture |T]PACEAOY serait possible 
(ce qui n'est pas), il ne serait pas permis de rendre ce mot par « du 
Groseau », attendu que les Gaulois n'avaient pas de génitif singulier en 
oj; celui de la deuxième déclinaison était en i, comme en latin. La 
Grammatica celtica, deuxième édition, p. 234, admet, il est vrai, que les 
thèmes celtiques en i faisaient leur génitif singulier en u : Taranis, dieu 
de la foudre (breton taran), Taranu-cnos « fils de Taranis ». Mais cette 
opinion est contredite par le génitif ogamique Toranias, etc. (Wh. 
Stokes, Celtic declension, 73, 78). De plus, M. Mowat a prouvé l'exis- 
tence d'une forme Taranus, thème en u, comme Aesus, dieu delà guerre, 
comme le nom propre qui commence notre inscription du Groseau ', etc. 
Enfin M. d'Arbois de Jubainville, Le cycle mythologique irlandais et la 
mythologie celtique, p. 379, fait remarquer avec raison que Taranucnos 
n'est pas un composé syntactique. 

Je vais plus loin; je crois que ce n'est point un composé du tout, mais 
bien un dérivé ; et je ne suis pas sûr qu'il ait un sens patronymique 
[ibid.', p. 380) : les inscriptions Deo Taranucno peuvent être à peu près 
synonymes de Jovi Taranuco, où taranuco est l'équivalent celtique du 
latin tonanti [Rev. celt., V, 385, 386). Sans doute la terminaison cnos 
forme des patronymiques, et Trutikni est traduit par Druti f(ilii) dans 
l'inscription bilingue de Todi. Mais il ne s'ensuit pas que cette syllabe enos 
doive contenir en elle-même l'idée de « fils », comme on le pense géné- 
ralement (cf. Wh. Stokes, Remarks on the celtic additions to Curtius' Greek 
Etymology, 2 e édition, Calcutta, 1875, p. 16; d'Arbois de Jubainville, 
ouvrage cité, p. 379). En effet, M. Wh. Stokes a montré, Rev. celt.,V, 



1. A moins que ce ne soit un thème consonantique, cf. Celtic declension, 47. 



108 Bibliographie. 

i 20, 121, que des adjectifs sont parfaitement aptes à jouer en gaulois le 
rôle de patronymiques. En outre, si cnos était un nom, il formerait avec 
les thèmes en o des composés en * -o-cnos, ce qui n'a pas lieu. La raison 
pour laquelle ces thèmes font -icnos est, je crois, que ces adjectifs patro- 
nymiques sont dérivés de la forme plus simple -icos, comme Taranucnos 
de Taranucos. Les Gaulois donnaient aux thèmes en o des dérivés en 
icos beaucoup plus volontiers qu'en ocos ; en cela ils étaient d'accord avec 
le grec: lô-fo;, Aoyixo;, et avec le latin: dominus, dominicus. Les suffixes 
gaulois icnos, ucnos, acnos, viennent donc de icos, ucos, acos, et devaient 
avoir souvent un sens diminutif. Celicnon a une tour », dans l'inscription 
gauloise d'Alise, n'a, à coup sûr, rien de patronymique; c'est peut-être 
un diminutif. La terminaison -icnos a donné en irlandais in et en gallois 
yn, suffixes de diminutifs ; cf. gallois et breton ic, même sens, = icos. Le 
grec avait de même des diminutifs en v/y-, u/v-, a/y-, où le y vient de 
x: 7roXt/vv), petite ville, izéxa/yo^ et 7rÉTaxvov, coupe évasée, etc. (Curtius, 
Grundziïge der griechischen Etymologie, $ e édit., p. 502; cf. Rhys, Rev. 
ait., II, 332). Un autre suffixe de diminutif fréquent en gaulois est 
-agnos = v- irl. an, gall. et bret. an [Rev. celt., VI, 32$ ; Wh. Stokes, 
Zeitschrift fur vergleichende Sprachforschung, Neue Folge, VIII, 1 , p. 80). 
Il est possible qu'il faille diviser de même -ag-nos; cf. Arvir-agus. On 
peut citer l'analogie des formations latines comme ficus, ficula, ficu-l-nus ; 
matu-rus, nocîu-r-nus . 

M. Wh. Stokes conjecture [Celtic declension, $6^ que dans maselu ma 
peut être un préfixe verbal = védique sma, et sel- la racine — vt£X)m, 
allem. stellen. Si l'on admet cette décomposition, on peut comparer les 
mots gallois seilio et sylu, fonder, établir. Quoi qu'il en soit, u-aasÀou est 
certainement le verbe. S'il ne l'était pas, il n'y en aurait point dans la 
phrase, car^patouoe n'en peut pas être un. 

C'est ce que prouvent les autres inscriptions celtiques contenant ce 
mot [îpaTO'jos: elles ont toutes un autre mot qui est incontestablement un 
verbe, Seos, et qui est remplacé dans le texte du Groseau par uassAou. 
Ces inscriptions sont : celle de Nîmes citée plus haut, qui finit par oeSs 
[/.arps^o vay-au^xa^o jiparouoe ; et deux autres qui sont encore plus inté- 
ressantes, parce qu'elles contiennent les trois mots Ssoe SpaxouSe xavxsva, 
qui reviennent à notre texte, [xa^Xoi» ppato-tSe xav-rsva. L'une vient aussi 
de Nîmes, l'autre a été trouvée à l'ermitage de Notre-Dame de Laval, 
près Colias (Gard'). Cette dernière se termine par osos ppaTOjSe xavrev... 
[Bulletin de la Société des Antiquaires de France, 4 e trimestre 1884, p. 266, 
267 ; Bulletin épigraphiaue, septembre-octobre 1884, p. 25 $ ! . L'autre 
inscription de Nîmes est ainsi conçue : 



Bibl'u 


^graphie. 


KACCI 


TAAOC 


OTEPCI 


KNOCA 


EAEBP 


ATOYA 


EKANT 


ENAAA 


MIEINO 


YI 



109 



Il y a peut-être ensuite un second I, mais ce dernier trait est moins 
marqué que les autres. M. Al. Bertrand a publié une lecture de cette 
inscription, d'après la reproduction qui est au musée de Saint-Germain 
(Bulletin de la Société des Antiquaires de France, 1876, 2 e trimestre, p. 96). 
Grâce à l'obligeante entremise de M. P. Gh. Robert, son collègue à 
l'Institut, il a bien voulu me transmettre un estampage de cette repro- 
duction. D'un autre côté, M. Aurès, qui a étudié très soigneusement 
l'original même, au musée de Nîmes, m'a communiqué des renseigne- 
ments précieux, d'où résulte pour moi la certitude de la lecture ci-dessus. 

Bpa-rouSs se décompose sans aucun doute en (3paxou-S£. Le thème 
brâtu-, qui se trouve dans le nom de ville Bratu-spantium veut dire « juge- 
ment »; il est devenu en v. irl. brâth, en gall. brawd, jugement, et en 
breton breut, plaidoyer. La racine est b[h)er, porter, qui a fait en cel- 
tique brâtus comme en grec pop a fait (îowtûç, nourriture, comme en latin 
ster[nere) a fait strâtu-m . 

Quant à -8e, c'est, je crois, un suffixe d'ablatif comme en zend dha, 
en grec 9e, Oev (7râvTo9s,TràvTo9ev « undique »), en latin inde = ëvOzv etc. 
M. Wh. Stokes préfère y voir une postposition identique à l'irl. di, 
latin de [Celtic declension, 53). Mais aucun des exemples qu'il cite de 
postpositions dans les idiomes bretons ne me semble concluant. Ce sont : 

Boeder larg, boeder lare, \. dapsilis, g. « large en viande », Catho- 
licon [Rev. celt., I, 398), qui serait boed-er larg; je crois que cela si- 
gnifie proprement « bon nourrisseur » ou « bon nourricier » . 

« Tuhen (leg. lech-en) uhel (gl. locus alt[us] in quo) » dans les gloses 
bretonnes publiées par M. Thurneysen. Celui-ci interprète tuhenuhel par 
[a] tu hen uhel a du côté d'un haut ancêtre » en faisant se rapporter la 
glose à ordinati a Deo et ah hominibus (p . 109, 1 1 0) ; hen serait le subs- 
tantif gall. hen, ancêtre. Il me semble que hen est beaucoup mieux un 
adjectif, et que tu hen uhel peut signifier « lignée ancienne et noble », et 
se rapporter à l'idée de liberté dans le passage « lib(er)tas locus alt[us] 
munit(us), in quo natus hic, p^ro) quo tenet(ur) lib(er) », p. 99. En 
tout cas, l'explication par lech-en-uhel a peu de chances d'être exacte; 
la première de ces gloses bretonnes, qui se rapporte, je crois, à homo 
juvenis, est hi-guolt uchel « in hohem Haar » et non * guoltenuchel. 

« Corn, cnes-en (in skin) Meriasek, 3144 ». Le passage est ty yv 



i io Bibliographie. 

sawys cler ha tek knesen ha fays ; je crois que M . Stokes l'a exactement 
rendu, « Thou art healed, clear and fair, skin and face » (Beunans Me- 
riasek... London, 1872, p. 183). Il est vrai que la terminaison en 
manque à ce mot dans les autres exemples cités par l'infatigable savant, 
aux Notes et aux Further Corrigenda and addenda; mais le fait n'a pas 
grande importance, ce suffixe étant des plus communs. 

Le mot xavreva est un accusatif, probablement au pluriel neutre (cf. 
Celtic declension, $6, 77). Il doit désigner l'objet construit par suite d'un 
décret, d'une décision du peuple ou des magistrats. M. Stokes compare 
le latin cantus bande d'une roue, qui pourrait être d'origine celtique et 
venir de * camb-tos, cf. Thurneysen, Keltoromanisches, $ 3 . Je ne vois, mal- 
heureusement, que des conjectures incertaines à faire sur le sens et même 
sur la division etle rôle grammatical des syllabes AAMIF,1N0VJ[I ?] qui, 
dans l'inscription de Nimes citée plus haut, suivent le même mot xavtiva, 
et pourraient aider à en préciser la signification. Emile Ernault. 
I er octobre 188 s. 

Etudes comparatives sut 1 le grec, le latin et le celtique, par 

Emile Ernault. I. La voyelle brève ou. 

La brochure dont nous avons à rendre compte est un tirage à part du Bul- 
letin mensuel de la Faculté des Lettres de Poitiers. M. Ernault s'adresse donc à 
un cercle de lecteurs plus étendu que celui des celtistes ou des linguistes 
de profession ; aussi ne faut-il pas s'étonner du caractère élémentaire 
que conserve généralement son exposition. Le nom de l'auteur nous 
dispense d'ajouter que ce travail témoigne d'une connaissance exacte des 
derniers résultats de la grammaire comparée. 

Nous souhaitons que cette tentative pour faire pénétrer les éléments 
de la linguistique, et même de la philologie proprement celtique, dans 
un public qui jusqu'ici s'en était trop désintéressé, soit couronnée de 
succès. La lecture du travail de M. E. montrera, espérons-le, à quelques- 
uns des étudiants de Poitiers, peut-être même à d'autres personnes, les 
rapports étroits qui unissent les langues celtiques aux langues clas- 
siques. C'est là le but qu'a visé M. Ernault : le grand nombre et le bon 
choix des rapprochements, la clarté de l'exposition sont bien faits pour 
porter la conviction dans l'esprit de tous ses lecteurs. 

Qu'il nous soit permis, en terminant, d'adresser à M. E. une légère 
critique. N'est-il pas téméraire d'affirmer aussi nettement qu'il le fait 
l'existence d'une « unité gréco-italico-celtique ? » De tels groupements 
sont toujours un peu arbitraires : celui-ci nous semble particulièrement 
contestable. Il serait plus juste, croyons-nous, si l'on tient à réunir en 
un seul groupe plusieurs familles linguistiques, de ne joindre aux langues 
celtiques que les langues de l'Italie. Le grec n'a ni plus ni moins de droits 
à figurer à côté de l'irlandais que le gothique ou le slavon. L. Duvau. 



CHRONIQUE 



i. 

Mon savant confrère et ami, M. d'Arbois de Jubainville, en m'invitantà tenir 
les lecteurs de la Revue celtique au courant des faits archéologiques qui peuvent 
les intéresser en ce qui touche la Gaule, m'a attribué une tâche qui n'est pas 
sans difficultés. J'espère que les chroniques qui suivront celle-ci, dans les li- 
vraisons à venir, seront moins imparfaites; aujourd'hui, je tente un essai, et les 
premiers pas se font toujours avec une certaine hésitation. Je voudrais résumer 
très succinctement ce que l'on sait, depuis un an, des découvertes relatives à 
l'archéologie gauloise, ainsi que les travaux éparpillés dans les recueils publiés 
à Paris et dans les départements, voire même à l'étranger. Cette recherche était 
bien plus facile, il y a quelques années, lorsque tout ce qui se rattachait de près 
et de loin à l'archéologie nationale était centralisé par la Commission de la To- 
pographie des Gaules; cette Commission était en rapports constants avec tous 
ceux qui consacraient leur zèle à ce genre d'études. Depuis qu'elle a été dis- 
soute, chacun travaille isolément, et l'on a grand'peine à savoir, à peu près, ce 
qui se fait et ce qui se trouve. 

Commençons par la Revue archéologique. Ce recueil, en 1885, a donné le der- 
nier article de la série publiée par M. E. Flouest sur deux stèles de laraire; 
cette étude, tirée à part, forme une brochure considérable et touche à plusieurs 
points de mythologie et d'archéologie ; le tirage à part est accompagné de nom- 
breux dessins de monuments dont plusieurs étaient jusnue-là inédits. Je ne fais 
que signaler cette brochure, parce qu'elle mérite d'être l'objet d'un compte- 
rendu spécial. Même observation en ce qui concerne le mémoire de M. H. 
Gaidoz sur le dieu gaulois du Soleil et le symbolisme de la roue. — Dans le même 
recueil, M. Gaidoz, à propos d'une situle trouvée à Bologne, dans un tombeau 
étrusque, mais qui, par son travail, ne semble être ni étrusque ni italique, ex- 
pose une idée sur l'art gaulois. Les derniers travaux de M. d'Arbois de Jubain- 
ville sur l'Empire gaulois peuvent corroborer singulièrement la conjecture de 
M. Gaidoz ' ; du reste, ces travaux sont peut-être appelés à jeter un jour ines- 

!. Voir aussi le Bulletin de la Société des Antiquaires de France, 1 88 5 , p. 182 et suiv. 



1 1 2 Chronique. 

péré sur une série encore mal déterminée de monnaies gauloises. — Le rapport 
de M. G. Bapst sur sa mission au Caucase et sur quelques bronzes du Musée de 
Tiflis lui fournit l'occasion de contester la théorie proposée sur l'origine des 
races aryennes et sur l'existence d'un art géométrique qui leur aurait été propre 
et dont le berceau est supposé dans la région du Caucase. — Le baron Joseph 
de Baye a décrit le mobilier d'une Gauloise dans une sépulture fouillée à La 
Cheppe (Marne). — Enfin M. A. Braux, traitant de la céramique des nuraghes 
et des tombes des géants en Sardaigne, conclut que l'on est en présence d'ob- 
jets antérieurs à l'arrivée des Phéniciens, à moins qu'il ne failie admettre que la 
civilisation phénicienne n'a pas pénétré dans cette île. 

Il est peu question des Gaulois dans la Gazette archéologique. Nous y avons 
décrit une tête d'homme, ornée d'un torques, conservée au Musée de Bologne, 
que nous croyons représenter un Gaulois. Elle aurait fait partie d'un monument 
rappelant le séjour des bandes gauloises dans cette partie de l'Italie. A ce sujet, 
il est à propos de citer une observation de M. Gozzadini insérée dans le t. XIII, 
3 e série des Mémoires de /' 'Académie dei Lincei (Cl. des se. mor., hist. et philoiog.). 
Ce savant y décrit deux stèles provenant de la nécropole de Felsina, sur les- 
quelles on voit un cavalier combattant un guerrier à pied ; il pense qu'il s'agit 
ici d'une lutte entre un Etrusque et un adversaire qui serait un Ombre ou un 
Gaulois ; écartant la première hypothèse, parce que le sujet de la scène se rap- 
porterait à une époque trop reculée relativement à la date qu'il est permis d'as- 
signer à la stèle, M. Gozzadini penche à reconnaître dans le guerrier à pied 
un Gaulois du nombre de ceux que l'on désignait sous le nom de gésates ; je 
dois faire remarquer que le casque et le bouclier du fantassin ne paraissent pas 
semblables aux armes gauloises que les monuments nous font connaître. 

Signalons, dans le Bulletin de la Société de Borda, les inscriptions à Mars 
Lehunnus découvertes à Lasserre, près de la ville d'Aire ; elles ont été publiées 
par M. E. Taillebois, qui pense que des fouilles feraient retrouver le temple du 
dieu, sur le plateau au pied duquel ces inscriptions gisaient. Mars Lehunnus 
appartient à cette nombreuse famille de divinités pyrénéennes dont M. Sa- 
caze s'est spécialement occupé ; dans la Revue épigraphique, il a commenté quatre 
inscriptions mentionnant la déesse Lahe, honorée dans la région de Martres 
(Haute-Garonne); mais il a rendu un vrai service en publiant dans la Revue de 
Comminges le catalogue des dieux pyrénéens dont il a pu examiner les monu- 
ments : Abelio, Aereda, Ageion, Aherbelst, Alar ou Alardoss, Ande, Arard, 
Argas, Arixon, Arpeninus, Artehs, Asto Ilunno, Averan, Baesert, Baicorrix, 
Baios, Basce, Beisiris, Belisama, Boccus Harouson, Borienn, Daho, Edelat, 
Ele, Erge, Exprcenn, Fagus, Fontes, Car ou Car, Heraus Corritseha, Horo- 
lat, Idiat, Ilixon, Ilumber, Ilun, Ilurbeirix, Iluron, Iscitt, Lahe, Larrazon, 
Leherenn, Lelhunn Montes, Sex Arbores, Sutugius, Tôle Andossus (Hercule), 
Venti, Xuban. Cet inventaire est suivi d'une liste de 26 noms de divinités apo- 
cryphes provenant surtout de textes épigraphiques mal lus. — M. Buhot de 
Kersers, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires du Centre (t. XIII), 
fait connaître deux autels, découverts à Bourges, portant l'un le nom de Mars 



Chronique. iij 

Mogetius, l'autre celui de Mars Rigisamus qui figure aussi sur une plaque en 
bronze trouvée en Angleterre. — La Revue èpigraphique contient un mémoire 
de M. C. Jullian sur des inscriptions antiques de la vallée de l'Huveaune (Var); 
nous y notons l'autel dédié Matribus Almahabus, au Plan d'Aulps, que M.Jul- 
lian assimile au nom d'un lieu appelé Aimes, en 984 et 1001 ; et l'inscription 
aux Matribus Ubelnabus, mal lue jusqu'ici, qu'il propose de considérer comme 
donnant la forme ancienne du nom de l'Huveaune, petit ruisseau prenant sa 
source dans le massif de la Sainte-Baume et se jetant dans la Méditerranée au 
aud de Marseille ; M. Jullian cite encore Mars Giarinus à Orgnon '. — Les tra- 
vaux de MM. Taillebois, Buhot de Kersers, Sacaze et Jullian prouvent combien 
il serait utile et important de faire un recueil critique et complet des divinités 
topiques de la Gaule; ce Corpus serait une source abondante de précieux rensei- 
gnements, surtout s'il était accompagné d'une carte sur laquelle on indiquerait 
exactement toutes les localités dans lesquelles on a constaté la présence de mo- 
numents relatifs à la mythologie gauloise. 

A la Société des Antiquaires de France, le marquis de Ripert-Monclar a fait 
connaître un fragment de bas-relief provenant d'Entremont, près d'Aix-en-Pro- 
vence, qui paraît avoir fait partie du monument signalé par Rouard en 185 1. 
Il y a un intérêt tout particulier attaché à ces sculptures représentant des têtes 
coupées. Les archéologues ne sont pas fixés sur leur interprétation; les uns 
pensent que c'était un trophée élevé par les Gaulois, vainqueurs des Ligures 
Salluvii ; d'autres les rapportent aux révoltes des Gaulois méridionaux contre 
les Romains, révoltes arrivées entre les victoires de Marius et l'invasion d'Ario- 
viste. — Pendant que nous parlons de sculptures, nous ne devons pas passer 
sous silence un groupe, trouvé près de Naix (Meuse), déposé aujourd'hui au 
Musée de Bar-le-Duc. M. Desjardins propose d'y voir une représentation de la 
déesse Nehalennia; une excellente photogravure de ce monument a été donnée 
dans le Bulletin du Comité des Travaux historiques et scientifiques (section d'ar- 
chéologie), avec une note dans laquelle M. Max-Werly relate toutes les cir- 
constances de la découverte. 

Disons un mot de la numismatique qui, depuis quelques années, est étudiée 
avec une critique plus sérieuse. Jadis on était convaincu que les monnaies gau- 
loises les plus barbares étaient les plus anciennes ; on voulait, dans les nombreux 
noms d'hommes gravés sur ces modestes monuments, retrouver ceux de person- 
nages historiques ; on croyait pouvoir attribuer à chacun des peuples mentionnés 
par les textes une série spéc'ale. Aujourd'hui on renonce à ces tâtonnements. A 
mesure que l'histoire de la Gaule s'éclaire progressivement, on cherche, non pas 
à ranger les monnaies gauloises suivant un système historique préconçu, mais à 
les faire servir comme des textes ou des inscriptions, si rares les uns et les au- 
tres, à la reconstitution de notre histoire nationale ; on essaye à les dater par 

1. Mentionnons aussi le dieu Pipius signalé à Vallauris par M. l'abbé Thédenat (Bul- 
letin de la Soc. des Ant. de Fr., p. 168), et dans le même recueil la discussion entre 
MM. d'Arbois de Jubainville et Gaidoz sur le dieu Lug. 

Rev. Celt. Vil 8 



H4 Chronique. 

la comparaison avec les types étrangers qui leur ont servi de modèles. La Revue 
numismatique est à la tête de ce mouvement ; nous y remarquons une étude sé- 
rieuse de M. L. Maxe-Werly sur les pièces d'argent dites « à la croix » qui pa- 
raissent appartenir aux Cadurques; dans l' Annuaire de la Société de numisma- 
tique, M. Serrure publie une monnaie en or au nom de ADRA qui est, ren- 
versé, celui d'un chef suession mentionné par Dion Cassius; M. Changarnier 
décrit plusieurs pièces rares ou inédites de sa collection. On ne saurait trop 
donner de bonnes et fidèles gravures des monnaies gauloises qui ne figurent en- 
core dans aucun recueil. Il faut constater le plus de faits possibles avant d'es- 
sayer de poser des conclusions définitives. 

Dans la prochaine livraison de la Revue celtique, un de nos confrères les plus 
autorisés s'occupera exclusivement de relever les noms gaulois qui sont révélés 
par les monuments épigraphiques. Il ne manquera pas de compléter les indica- 
tions que nous pouvons donner à cette heure. ATTAEDIO, L1TVCCVS, BOV- 
DILLVS ont été signalés aux séances de la Société des Antiquaires de France 
(Bulletin, p. '.26 et 170); on lit LITVMAROS sur une pierre funéraire de 
Saint-Maximin appartenant à M. Rostan ; CAMVLORICI sur un cippe vu par 
M. Voulot à Pont-les-Bonfays (Vosges); Adiantunnena , fille de Exvertininappius 
sur une bague en or trouvée aux environs de Thiaucourt ; Mandublus, fils de 
Dousonus et Suarica, sa femme, sur une pierre trouvée aux Poussots, près de 
Dijon. A. de B. 

II. 

Depuis le mois de septembre de l'année dernière, il a paru dans YAcademy 
un certain nombre de lettres où la collection des Ancient laws of Ireland est 
l'objet de critiques justifiées. Deux de ces lettres ont pour auteur M. Whitley 
Stokes ; elles ont paru le 26 septembre et le 5 décembre. Les autres sont 
de MM. Norman Moore, 3 octobre; Standish O'Grady, 10 octobre; Donald 
Mackinnon et Kuno Meyer, 24 octobre; John Rhys, 31 octobre; Ernst 
Windisch,2i novembre. 

M. Whitley Stokes exprime le désir que la Commission chargée de diriger la 
publication des Ancient laws of Ireland modifie le système suivi jusqu'à présent 
en adoptant les sept propositions suivantes : 

i° Faire collationner, avec les manuscrits, par un savant compétent, le texte 
des quatre volumes déjà publiés ; 

2° A l'avenir, adopter pour le texte irlandais le caractère romain, en mettant 
en italiques les lettres qui correspondent à des abréviations, et en suivant, dans 
la séparation des mots, la pratique des manuscrits; 

3 Publier le plus tôt possible les plus vieux textes de droit irlandais, c'est-à- 
dire la pièce intitulée Gu-brctha Caratniad ', fol. 62 b du manuscrit coté Raw- 

i. « Faux jugements de Caratnia », voyez Macray, Catalogi codicum manuscriptorum 
Bibliothecae Bodleianae, partis quintae fasciculus I, col. 721, n" xvi. 



Chronique. 115 

linson B 502, à la Bibliothèque Bodléienne d'Oxford, et le morceau dont le 
titre est Coic conara jugill ', placé à la suite du précédent, fol. 63 b du même 
manuscrit. Ce manuscrit remonte au xne siècle; 

4 Donner à l'avenir toutes les variantes importantes quand il y aura plu- 
sieurs manuscrits ; 

$° Mettre au jour les collections de gloses réunies parO'Donovanet O'Curry 
pour s'aider dans leur traduction ; 

6° Faire paraître des fac-similés photographiques en quantité suffisante pour 
mettre le public savant à même de bien connaître les textes imprimés dans les 
quatre premiers volumes, et les textes qui seront imprimés dans les volumes 
suivants ; 

7 Faire composer un index des mots rares et publier cet index. 

En attendant que les membres de la Commission irlandaise fassent faire la 
collation qu'il leur demande en premier lieu, M. Whitley Stokes a entrepris 
cette collation et il en donne dans VAcademy des 26 septembre et 5 décembre 
derniers un ample spécimen. Il y joint un certain nombre de critiques concer- 
nant la traduction. Il a été suivi dans cette double voie par MM. Norman 
Moore, StandishO'Grady et John Rhys. Les critiques dont le texte a été ainsi 
l'objet paraissent si graves à M. Kuno Meyer qu'au lieu d'une simple collation, 
ce savant si compétent demande une réimpression complète de toute la publi- 
cation officielle. 

Mon opinion est que c'est pousser un peu loin les scrupules grammaticaux. 
Car une partie considérable des critiques fort légitimes dont l'édition officielle 
est l'objet porte exclusivement sur des détails qui netonchent pas au fond des 
choses. Prenons comme exemple le titre du Scnchus Mûr : Do ccîir slict athga- 
bala « Des quatre espèces de saisie mobilière ». M. Whitley Stokes établit qu'il 
faut lire, au lieu de do, di ; c'est en effet la préposition la mieux appropriée au 
sens. Il montre aussi qu'il faut corriger cetir en cethar qui est la forme de ce 
nom de nombre quand il est premier terme d'un composé 2 . Le titre que 
M. Whitley Stokes restitue de cette façon est grammaticalement beaucoup meil- 
leur que le titre imprimé dans l'édition d'après la copie d'O'Donovan. Mais le 
sens n'est en rien changé. 

M. Norman Moore a signalé, dès les premières lignes de l'imprimé, l'absence 
d'un i qui se lit dans le manuscrit : Locc don laid-se Teamuir, ocus loc do Sean- 
chus hi [i] samradh ocus i fogmur 3. Cet i que nous avons restitué entre crochets 
est la préposition i, in; il est exigé par la grammaire; la traduction d'O'Do- 
novan le suppose: O'Donovan a écrit « m the summer ». L'absence de cet i, 

1. « Cinq sentiers de jugement ». Dans le Catalogne ce document est donné pour « a 
short tract on irish grammar ». C'est M. Whitley Stokes, dans sa remarquable édition du 
Saltair nà rann, préface, p. I, II, qui nous apprend que c'est un traité de droit. 

2. Crammaîica celtica' 2 , p. 503. Cf. Windisch, Irische Texte, I, p. 421, col. 2. 
Comparez le grec xetpa-, le sanscrit catur-, le latin quadru- ou quadri-. Cetir, ou 
mieux cethir = *quetvares, est la forme du nom de nombre masculin a quatre» hors des 
composés. 

3. Ancient laws of Ireland, t. I, p. 2, lignes 2,3. 



1 1 6 Chronique. 

qu'un autre i précédait, s'explique par un bourdon que sans doute le « Rev. 
Thaddeus O'Mahony, professor of irish in the university of Dublin » aurait dû 
savoir éviter, mais qui, il faut le reconnaître, n'a qu'une très médiocre impor- 
tance dans un texte juridique, destiné à être étudié par des jurisconsultes plutôt 
que par des grammieirens. 

J'en dirai autant de Va qui manque quelques lignes plus loin : ar-[a]-tesai- 
decht « à cause de sa chaleur ». O'Donovan a traduit: « on account of ils 
warmth » : vraisemblablement il avait dans sa copie Va (\\s) qui manque à l'im- 
primé, et que M. Norman Moore a trouvé dans le manuscrit. Mais, encore une 
fois, quelle importance ce détail peut-il avoir pour un jurisconsulte? Evidem- 
ment la grammaire est le commencement de la science : Initium sapientice Do- 
mini; mais elle n'en est pas la consommation. Passons à des questions plus 
graves. 

Une des parties les plus anciennes du Senchus Môr, ce sont les brocards ou 
maximes de droit, en irlandais fusach, qu'il contient. Nous ne pouvons déter- 
miner rigoureusement la date à laquelle a été composé le Senchus Môr. Mais ce 
que nous pouvons affirmer, c'est qu'à l'époque où a été rédigé le commentaire 
de VAmra Choluim Chille contenu dans le Liber hymnorum du collège de la Tri- 
nité de Dublin, c'est-à-dire au plus tard vers l'année i ioo, le Senchus Môr exis- 
tait: déjà il était pourvu de gloses grammaticales 1 rendues nécessaires, comme les 
gloses des hymnes, par la présence dans ce vieux texte de formes grammaticales 
tombées en désuétude 7 -. Ainsi, en l'année i ioo, le Senchus Môr était déjà un 
monument archaïque. Or, en plusieurs endroits, il se réfère à des maximes de 
droit antérieures à sa rédaction. Une de ces maximes a pénétré dans la Gram- 
matica celtica. C'est que, lorsqu'il s'agit de la réparation due à l'honneur ou- 
tragé, enech-lann, il n'y a pas lieu, dans la saisie mobilière, à imposer au sai- 
sissant l'observation du délai appelé anad : ni daim enech-lann anad. Chose 
étrange, cette maxime appliquée à propos dans deux passages 3 est appliquée à 
contre-sens ailleurs 4. Ces vieux principes sont donc ce qu'il y a de plus inté- 
ressant dans le Senchus Môr. Il y en a un dont M. Norman Moore s'occupe dans 
sa lettre à VAcademy du 5 octobre dernier. Cette maxime est que chacun sup- 
porte la responsabilité de son crime : cach in-a-chinaid; elle est imprimée deux 
fois dans les Ancient laws of Ireland, une fois exactement, t. I, p. 12, 1. 30; 
une autre fois inexactement, quelques lignes plus haut, même tome, p. 10, 
1. 24 : cach mac in-a-cinaid. Mac est de trop, comme le fait observer M. Norman 
Moore. Nous sommes probablemenr redevables de cette addition à la générosité 

1. Ut dicitur : Teora ferba fira [d\o-sn-acht (i. ro-s-immaig) Assal ar-Mog \mac] Nua- 
dat. Whitley Stokes, Goidelica*, p. 164, 1. 11, 12. Cf. Ancient laws of Ireland, t. I, 
p. 64, 1. 2, 3, 16, 20). Il n'y a pas de différence notable entre la leçon que donne 
M. Whitley Stokes et celle que nous trouvons dans le Lebar na h-Uidre, p. u. col. I, 
1. 2, 3. 

2. ro-s-immaig. expliquant le prétérit en t, do-sn-acht, vieil irlandais inusité en 1 100, est 
une glose grammaticale; ce n'est pas un commentaire juridique comme celui qui est donné 
dans Ancient laws of Ireland, t. 1, p. 64, 1. 20, 21. 

3. Ancient laws of Ireland, t. I, p. 228, 1. 16, 17; t. II, p. 100, 1. 7. 

4. Ibid., t. I, p. 120, 1. 18, 19 ; p. 236, I. 11. 



Chronique . 117 

du Rev. Thaddeus O'Mahony ; car la traduction d'O'Donovan « each man for 
his crime » ne rend par aucun équivalent anglais le mot mac intercalé arbitrai- 
rement et malgré le manuscrit original dans le brocard irlandais. Mais, au point 
de vue juridique, la question de savoir s'il faut dire ou non mac est sans impor- 
tance. La question intéressante pour un juriste est de savoir quel est le sens de 
cette maxime. Si l'on s'en rapporte à l'auteur du poème qui forme la partie prin- 
cipale de l'introduction du Senchus Mdr, cette maxime signifie que tout assassin 
sera condamné à mort : cach in-a-cinaid cingid ar chel, littéralement: « chacun 
dans son crime marche à la mort »', Il y a une autre interprétation qui paraît 
être que les personnes responsables du crime de quelqu'un, c'est-à-dire les pa- 
rents, à leur défaut le chef, se dégagent de la responsabilité en livrant le cou- 
pable. C'est le sens qu'O'Donovan adopte t. I, p. 13,1. 32-33 :« that every on 
should be given up for his crime ». C'est à peu près le sens de cette maxime 
juridique, avec une légère variante de rédaction : cach bidba in-a-chinta « tout 
coupable pour ses crimes >> 2 , ou : cach rob in-a-chin « que chacun soit pour son 
crime » 3 dans un article du Glossaire de Cormac. Ici, le coupable est un chien 
qui, ayant mordu la manche d'un poignard, dut en réparation être livré au 
propriétaire du poignard. Si c'est de cette façon qu'on doit traduire, dans l'in- 
troduction du Senchus Môr, la maxime dont il s'agit, il s'ensuit de là que l'as- 
sassin du cocher de saint Patrice, condamné par le juge Dubthach, a dû être 
livré au célèbre apôtre, et alors on se demandera comment cet assassin a pu 
être mis à mort, c'est-à-dire comment la légende dont il s'agit peut se concilier 
avec les principes du droit canonique sur l'obligation imposée aux clercs d'éviter 
toute coopération à une condamnation à mort. Telles sont quelques-unes des 
questions que je me poserais au sujet du principe relativement moderne cach in- 
a-chinaid. Sans doute on a eu tort d'intercaler le mot mac dans cette maxime, 
mais cette faute d'impression est de minime importance. 

On me demandera où je veux en venir. 

Soutenir que la légende racontée dans la préface du Senchus Môr est inepte, 
peut bien être dans ma pensée et n'est pas dans mon sujet. Mais ce que je veux 
dire, c'est que, dans un traité de droit irlandais, le sens des maximes fonda- 
mentales a un bien autre intérêt que les détails minutieux dans lesquels se sont 
complus les savants auteurs des critiques que l'Academy a publiées. Dans mon 

1. ceal, i. bas. Glossaire de Cormac, chez Whitley Stokes, Three irish glossaries, 
p. 13. Cf. Arthur W. K. Miller, The irish glossary of Michael O'Clery ( Revue Celtique, 
t. IV, p. 381) 

2. Whitley Stokes, Three irish glossaries, p. 30, 1. 6. 

3 lbid., p. 30, 1. 18 Rapprochez la maxime: Marbaid cachmarb a-chinta(Ancient 
laws of Ireland, t. II, p. 270, la glose à la page suivante); voyez enfin les règles expo- 
sées dans Ancient laws of Ireland, t III, p. 68; t. IV, p. 244, 246. Il y a là deux pas- 
sages parallèles. Je recommande de comparer les traductions du mot tarrustar « it is vi- 
sited (t. IV, p. 24s, ligne 19); /rbefound {ibid,, p. 30, 31); fie be, heïs apprehended 
(t. 11, p. 69, 1. 10, 14, 21, 22) ». Tarrustar veut dire: « il est resté » [au coupable 
d'un crime assez pour payer ce qui est dû en réparation de ce crime]. On voit par le 
supplément à O'Reilly, qu'O'Donovan avait fini par comprendre à peu près le sens de ce 
mot. La traduction « hebt, lie is apprehended « contient un contre-sens qui défigure com- 
plètement ce texte juridique. 



1 1 8 Chronique . 

opinion, ce qui est surtout défectueux dans l'édition officielle est la traduction ; 
et le principal défaut qu'on puisse relever dans la traduction était inévitable. Ce 
défaut est que les termes techniques de droit sont parfois rendus par des à-peu- 
près ; que le même terme technique est souvent représenté par plusieurs mots 
anglais différents, en sorte que le lecteur, lorsqu'il n'est pas en état de se re- 
porter au texte irlandais, ne peut tirer de la traduction que des idées vagues et 
dépourvues de toute précision juridique. 

En voici un exemple : 

Nous trouvons deux fois dans le livre que le Senchus Mâr consacre à la saisie 
mobilière, la maxime : cuicthe fri cond cuindegar ' ou avec une légère différence 
d'orthographe: cuicthi fri cond cuindiger 2. La première fois elle est traduite par 
« five [days] to sue the chief », la seconde par « five days for every sensible 
adut ». Quand on se borne à lire le texte anglais, on ne peut deviner que, dans 
les deux cas, il s'agit de la même règle. Cond rendu par chief dans le premier 
passage est traduit par sensible adult dans le second. Mais ce n'est pas tout. 
Cond se retrouve ailleurs avec les traductions sensible adult 3, adult 4, adult 
guardian, guardian S. Là où cond est traduit par guardian, il est question de 
la responsabilité encourue par le cond, c'est-à-dire par l'homme sui juris 1 *, 
quand l'incapable placé sous son autorité fait un acte qui donne lieu à réclama- 
tion ; alors il y a lieu d'appliquer la règle cuicthe fri cond cuindegar, c'est-à- 
dire que le saisissant sera obligé d'accorder un délai de cinq jours à l'homme 
sui ] uns responsable pour autrui. On le comprend quand on lit le texte irlan- 
dais. Mais comment deviner qu'une règle ainsi formulée : « five [days] to sue 
the chief » ait été faite pour le personnage appelé ailleurs adult ou guardian ? 

Deux expressions qui n'ont guère porté bonheur à O'Donovan sont les mots 
cenel et fine. Le premier signifie « race en général » et peut correspondre au 
latin genus qu'il glose dans le saint Paul de Wurzbourg et dans le Priscien de 
Saint-Gall. Le second sert à désigner l'ensemble des parents au degré suc- 
cessible. O'Donovan a t'raduit cenél dans le Senchus Mâr tantôt par « tribe », 
tantôt par « family », tantôt enfin par « kind » 7. La conséquence en a été que, 
lorsqu'il est arrivé au curieux traité intitulé: De fodlaib cineoil tuaithi, n'ayant 
aucune idée précise sur le sens du terme juridique cinel ou cenél, il ne pouvait 
donner de ce titre une traduction sensée. Il y a dans le Digeste, livre XXXVIII, 
un titre x: De gradibus et affinibus et nominibus eorum. Les Institules de Justinien 

1. Ancient laws, I, p. 78, 1. 14; p. 80, 1. 20, 21. 

2. Ancient laws, 1, p. 264, 1. 8; p. 286, 1. 4. 

3. Ancient laws, t. II, p. 406, 1. 21. 

4. Ancient laws, t. I, p. 102, 1. 24 ; p. 104, 1. 8. 

ç . Ancient laws, t. II, p. 46, 1. 1 ; p. 306, 1. 4. Guardian est aussi la traduction du 
dérivé codnach, t. III, p. 10, 1. 20. 

6. Traduction de M. Whitley Stokes. 

7. Les passages du texte du Senchus Môr qui contiennent le mot cenél rendu par 
« tribe » se trouvent dans les Ancient laws oflreland, t. I, p. 78, 1. 12, et t. III, p. 30, 
1. 4. Les passages du même document qui renferment le mot cenél traduit par « family» 
se trouvent au tome II, p. 102, 1. 24 ; p. 306, 1. 18 ; p. 330, 1. 6; p. 382, 1. 1. Enfin, 
ce mot se rencontre au t. III, p. 30, 1. 3, et la traduction en regard est « kind d. 



Chronique. 119 

contiennent au livre III un titre vi : De gradibus cognationis. Ces deux titres 
concernent une matière analogue à celle qui fait l'objet du traité irlandais. 
Mais O'Donovan n'avait jamais lu une ligne des Instilutcs ni du Digeste. O'Do- 
novan portait le titre de Legum doctor : l'Université de Dublin le lui avait con- 
féré pour récompenser de ^savantes publications sur l'histoire d'Irlande ; et ce 
juriste honoraire écrivait un livre de droit sans avoir jamais acquis une connais- 
sance quelconque de la science spéciale que ce livre avait pour objet. Il tra- 
duisit donc : « Of the divisions of the tribe of a territory » IV, 281. Le titre 
irlandais ainsi rendu voulait dire: « Des degrés de parenté ». On pourrait le 
calquer littéralement en latin : De generis distinctionibus > apud laicos 2 . 

Quant à fine, O'Donovan l'a rendu tantôt par « tribe », tantôt par « family ». 
La traduction par « tribe » est la plus fréquente 3 ; « family » est l'exception 4. 
De même fintiu, dérivé de fine, veut dire ordinairement, suivant la traduction, 
« propriété de tribu d 5, mais dans un endroit la traduction lui attribue le sens 
d'héritage de famille « family inheritance » 6 . O'Curry, l'émule d'O'Donovan, 
avait deviné le vrai sens du mot fine. On le voit par sa traduction du premier 
des poèmes du monastère de Saint Paul publiée pour la première fois en 1866 
par M. Whitley Stokes dans l'édition princeps desesGôidelica, page 41, ligne 7. 
Cela n'a pas empêché l'inepte traduction « tribe » de prévaloir dans les Ancient 
laws of Ireland ; et elle a fourvoyé M. Sumner Maine lorsque dans ses Lectures 
on the early history of institutions, pages 98 et suivantes, il a traité de ce qu'il 
appelle « Tribal property in Ireland ». Le sens, du mot fine « parents au degré 
successible » et de son dérivé fintiu, nom de la propriété à laquelle ces parents ont 
droit, ne pouvait se comprendre tant qu'on n'a pas connu le traité : Defodlaib 
cinèoil tùaithi ; or ce traité a paru en 1879, c'est-à-dire quatre ans après la pu- 
blication du livre de M. Sumner Maine. 

1. Aux mots : Defodlaib cineoil, comparez l'irlandais fodail cenèuil glosant le latin dis- 
tinctio generis dans le Priscien de Saint-Gall : Grammatica celtica, deuxième édition, 
p. 223 b. 

2. Le terme consacré pour désigner les laïques est aes tuaithe. La présence du génitif 
tuaithi = tuaithe dans notre titre a pour objet de montrer que dans le traité qui suit il 
ne sera pas question des biens ecclésiastiques comme dans les dernières pages du Senchus 
Môr. Ancient laws of Ireland, t. III, p. 72 et suivantes. 

3. Des passages du texte du Senchus Môr où l'on rencontre le mot fine rendu par 
€ tribe » se trouvent dans les Ancient laws of Ireland, t. I, p. 246, 1. 21; p. 260, 1. 1, 
5 ; p. 264, 1. 13, 14; t. II, p. 86, 1. 13, 30; p. 216, 1. 24; p. 278, 1. 20, 
22; p. 280, 1. 28, 29; p. 282, 1. 7, 9, 33; p. 286, 1. 7, !2; p. 288,1. 1, 2, 12, 15 ; 
p. 306, 1. 1 ; p. 308, 1 16 ; p. 400, 1. 29, 30 ; p. 406, 1. 24 ; t. III, p. 10, 1. 17 ; 
p. 16, 1. 29 ; p. 22, 1. 7; p. 26, 1. 4 ; p 44, 1. 16, 17, 21 ; p. 48, 1. 17 ; p. $0, 
1. 25, 29; p. 52, 1. 9, 10; p. 54, 1. 1, 2, 6; p. 72, Lu ; p. 74, 1. 12 ; p. 78, 1. 20. 

4. Deux passages du texte du Senchus Môr correspondant à la traduction « family • se 
trouvent au tome I, p. 182, 1. i; t. II, p. 202, 1. 4. Le mot « family » rend encore 
fine dans quelques passages du livre d'Aicill, Ancient Laws of Ireland, t. III, p. 330, 
1. 6 ; p. 480, 1. 6, 10; p. 484, 1. 8, 12, 17, 20, 22, 24, 28 ; p. 486, 1. 5, 14, :$, 
17, 18; p. 488, 1 2, 3, j, 8, 12, 18, 19. 

5. Des passages du texte du Senchus Môr où le mot fintiu signifierait a terre ou pro- 
priété de tribu » se trouvent dans les Ancient laws of Ireland, t. II, p. 282, 1. 7, 12 ; 
p. 284, 1. 22, 24; p. 330, 1. 7 ; t. III, p. 54, 1. 7. 

6. La traduction « family inheritance » correspond h fintiu dans un passage du texte 
du Senchus Môr (Ancient laws of Ireland, t. III, p. 40, 1. 24). 



120 Chronique. 

Dans un autre endroit du même ouvrage, nous lisons ce qui suit : We corne, 
in the Corus Bescna upon the following attempt at classification, which I fear 
would hâve deeply shocked Jeremy Bentham and John Austin : « How many 
kinds of contracts are there? » asks the Brehon text-writer. « Two •, is the 
answer. « A valid contract and an invalid contract ». This, no doubt, is absurd ' . 
La critique de M. Sumner Maine frappe juste si on se borne à lire la traduc- 
tion où, en effet, le passage cité se rencontre, Ancunt laws of Ireland, tome III, 
page 5, lignes 6-8. Mais cette traduction contient un non-sens qui n'est pas 
dans le texte irlandais. Le Senchus Môr ne dit pas qu'il faut distinguer deux 
sortes de contrats, le contrat valable et le contrat nul ; ou, en d'autres termes, 
deux catégories d'êtres, les êtres qui existent et ceux qui n'existent pas. Suivant 
le texte irlandais, il y a deux sortes de cor ou .contrat. Le sochor, littéralement 
« bon contrat » et le do-chor, littéralement « mauvais contrat ». Le so-chor est 
« le contrat d'égal profit », cor comlôige, c'est-à-dire celui où les avantages ob- 
tenus par l'une des deux parties sont égaux aux avantages obtenus par l'autre. Le 
do-chor est « le contrat de fraude » diubarta, c'est-à-dire celui où par l'effet des 
manœuvres frauduleuses qu'a pratiquées l'une des deux parties, l'autre partie 
subit une lésion. Mais ce contrat n'est point nul. On lit dans l'introduction du 
Senchus Môr : « le lien de droit qu'impose à chacun son bon contrat et son 
mauvais contrat empêche le monde de tomber en démence » 2 . En droit irlan- 
dais, le contrat dit « mauvais contrat », do-chor, produit son effet, sauf indem- 
nité à la partie lésée?; et le « bon contrat », so-chor, est nul comme le mauvais 
contrat, quand une des deux parties est incapable, et qu'elle a agi sans le con- 
sentement préalable ou sans la ratification de la personne dont elle dépend 4. 
O'Donovan, dans les endroits que nons citons, traduit littéralement so-chor par 
« good contract » et do-chor par « bad contract ». Il a réservé pour le passage 
dont se moque M. Sumner Maine la traduction absurde « valid contract, in- 
valid contract », contrat valable, contrat nul. La comparaison du contexte dans 
les divers passages où se rencontrent les mots do-chor et so-chor était nécessaire 
pour établir le sens précis de ces deux termes de droit. 

Ma conclusion est qu'il faut bien se garder de recommencer, en ce moment, 
l'édition si lentement exécutée du recueil des anciennes lois d'Irlande, et que cette 
publication si utile doit être terminée le plus rapidement possible. Les érudits 
qui ont l'habitude des textes de droit savent qu'il est souvent impossible de 
comprendre un passage d'un document juridique quand on ne connaît pas l'en- 
semble de la législation dont ce document fait partie. Un texte isolé présente 
fréquemment de prime abord des difficultés insurmontables qui s'évanouissent 
quand on compare ce texte à d'autres où les mêmes notions juridiques sont pré- 



i . Lectures on the early history of institutions, p si- 

2. Astad caich in a so-char ocusin a dochur argair bailiuth in betha(Ancient laws of 
Ireland, t. I, p. jo, 1. 30, 3 1 ; et p 52,1.17; cf. t. III, p. 21). 

3. Ibid., t. III, p. 6, !. 24-26. 

4. Ancient laws of Ireland, t. I, p. 50, 1. 32, 33; p. $2, 1. 1, 2; t. III, p. 8, 
1. 24 et suivantes, p. 10, 12. 



Chronique. 1 2 1 

sentées sous un aspect différent. Quelque utile que soit la science des gram- 
mairiens pour l'interprétation des textes de droit, elle est insuffisante sans le 
concours des jurisconsultes ; et les jurisconsultes perdront souvent leur peine à 
étudier des textes sur lesquels l'achèvement de la publication jettera une clarté 
qui nous manque aujourd'hui. Je me joindrai] aux savants qui approuvent les 
sept propositions de M. Whitley Stokes ; mais j'y mets une réserve. Le temps 
de leur donner suite d'une façon complète n'est pas, à mon sens, encore arrivé ; 
que l'on publie d'abord le texte et la traduction d'O'Donovan ; qu'on mette au 
jour ensuite les traités de droit irlandais dont l'existence aurait échappé à ce 
savant : quand l'ensemble de la législation irlandaise sera connue, que par con- 
séquent on pourra se rendre un compte exact du sens juridique de ces monu- 
ments divers, le moment sera venu de publier les variantes importantes et de 
composer des glossaires, travaux qu'il est impossible de bien faire quand il s'agit 
de textes dont le sens n'est pas encore fixé. En attendant, si quelque savant 
désire fai.e connaître le résultat d'une collation de l'édition des anciennes lois 
d'Irlande avec un manuscrit, le concours des commissionners de Dublin est 
inutile ; il y a des revues toutes prêtes à publier ces variantes. H. d'A. de i. 



III. 

The Book of Ballymote is approaching completion and will be published, I 
fully expect, next year. Mr. Hennessy is occupied with the Annals of Ulster of 
which a good portion of the first volume is now printed off or set up in type, 
but of course many circumstances might yet combine to delay the publication. 
We had a very interesting paper on the Stowe Missal from the Rev. Dr. 
Murphy, read before the Academy in the spring of this year and the publication 
is looked for with interest. The vernacular societies are not laying themselves out 
for much new publication but the reproduction of the children of Tuirenn will 
bring before the public another of the best irish gems in the story line. My 
own work (the Todd Lectures for this year) is now in the printer's hands, but 
I scarcely hope to get it out of his hands before the summer of this year. 

I really don't think much else is doing in ri Celtica among us. 

Robert Atkinson. 
Dublin, 17 january 1886. 

IV. 

Le tome xxvn dehZeitschrift fur vergleichende Sprach;orschung a été terminé 
en 1885. Il contient plusieurs articles d'un grand intérêt pour les celtistes. Le 
premier, par M. Windisch, traite du présent secondaire irlandais (page 1 56). i' 
a été établi par M. Whitley Stokes, que la seconde et la troisième personnes du 
singulier de ce temps sont identiques aux deuxième et troisième personnes du 
singulier de l'imparfait moyen sanscrit, dont la dernière est identique à la 



122 Chronique. 

personne correspondante de l'imparfait moyen grec. M. Windisch étudie les dési- 
nences des autres personnes, et à cette occasion traite à nouveau la question de 
Pétymologie du verbe biu « je suis » ; comparez le gallois byddaf, je serai (p. 165). 
Dans un autre article intitulé Etymologische Miscellen (p. 168) on remarque 
quelques intéressantes observations étymologiques sur des mots irlandais ; tel s 
sont : gerr « court », oser « le plus jeune », sinser « le plus âgé », (p. 169), 
smech « menton » (p. 170). 

M. Thurneysen, dans une notice sur l'impératif indo-germanique (p. 172), 
étudie quelques formes de l'impératif irlandais (pp. 174, 178, 179). 

A la page 223, M. Windisch revient sur l'étymologie du verbe irlandais biu, 
qui, suivant lui, se rattache à la racine indo-européenne bhu « être », tandis 
que, suivant MM. Stokes et Zimmer, la racine est guigv, comme pour le latin 
vivere. M. Zimmer a mis dans cette question, comme dans tant d'autres, cette 
passion vive qui étonne ou même scandalise quelques-uns, mais qui fait sourire 
et amuse le plus grand nombre des lecteurs. 

Un petit mémoire de M. C. Plummer (p. 441) est intitulé t Notes on the 
Stoive missal ». Il a pour objet l'explication d'un passage du texte irlandais con- 
tenu dans le fameux missel de la collection Ashburnam, aujourd'hui à la biblio- 
thèque de la Royal irish Academy. Les lecteurs de la Revue Celtique n'ont pas 
oublié l'édition que ce savant a donné, t. VI, p. 162, de la légende irlandaise 
sur la conversion et la mort du roi Loégairé. 

Tous les savants qui s'intéressent à la grammaire celtique et surtout à celle 
de l'irlandais liront avec un très grand intérêt aux pp. 449 et suivantes l'étude 
de M. Zimmer sur l'éclipsé en vieil irlandais. On appelle éclipse la transformation 
d'une sourde en sonore, c'est-à-dire de c en g, de t en d et de /en b, par l'action 
d'un n immédiatement précédent qui disparaît dans l'écriture comme dans la 
prononciation. M. Zimmer établit péremptoirement que ce phénomène se pro- 
duisait déjà au ix e siècle. On pourrait cependant relever dans ce mémoire 
quelques erreurs de détail qui étonnent dans l'œuvre d'un homme aussi savant! 
Ainsi Arduenna, avec un e, p. 463, est l'orthographe des manuscrits de César, 
neuvième siècle ; à l'époque classique, on écrivait Arduinna avec un i (Corpus 
inscriptionum latinorum, t. vi, n° 46. Cf. Brambach, Inscriptiones rhenanae, 
n° $89). Tout le monde ne considère pas non plus comme démontré, que pour 
expliquer le groupe vieil-irlandais et = éd avec une dentale sonore produite 
par un n précédent qui est tombé, il faille recourir à l'hypothèse d'un groupe 
plus ancien ent (p. 450), dans les circonstances où les lois de la langue indo-eu- 
ropéenne montrent que \'n tombé était primitivement une voyelle. En d'autres 
termes, je ne crois pas que pour expliquer le vieil-irlandais cet « cent » il soit 
nécessaire de supposer un irlandais préhistorique * centon en regard du gallo- 
breton *canton, d'où le breton kant. L'irlandais cet « cent » peut venir de * canton. 
Autrement, il faudrait admettre que le groupe irlandais et représente toujours 
ent même dans les cas où il n'y a point eu de nasale sonnante avant le r,- par 
conséquent le vieil irlandais ro-cét a il a été chanté » s'expliquerait par un 
thème participial cento- et non canto- comme le veut la racine du verbe camm 



Ckronigue. 123 

• je chante »; lélenach « hardi », n'aurait pas la même racine que ro-laumur 
« j'ose », ro-lamair « il a osé ». Si lètcnach tient lieu de * lamtenach, si cet se- 
conde partie du composé ro-cêt « il a été chanté » exige un primitif *canto-, 
cet « cent » peut et même doit s'expliquer aussi par un primitif *canton dont 
Va, constaté par le gaulois candetum, est le résultat de la résonance de Yn, et la 
différence vocalique entre le mot irlandais cet « cent » et le mot breton Icant, 
même sens, est de date relativement récente. De même l'irlandais ïmm- s'ex- 
plique par le gaulois ambi- dont Va a été traité comme celui de ir- = are-, de 
id-=ate-. On sait que l'a à' ambi est le produit de la nasale résonante m, com- 
parez l'allemand um. M. Zimmer n'a pas encore trouvé la loi de la nasale réso- 
nante en celtique. 

Le mémoire de M. Zimmer est suivi d'une note dans laquelle il revient, comme 
on devait s'y attendre, sur la question de Pétymologie de kiu, question qui tire 
de la contradiction son principal attrait. 

Dans la première livraison du tome xxvnr, qui a tout récemment paru, on 
trouve un savant mémoire de M. Whitley Stokes sur le verbe substantif en vieil 
irlandais (p. 55). C'est un sujet sur lequel nous reviendrons. 

Nous signalerons aussi quatre notes très intéressantes de M. Thurneysen 
réunies sous le même titre, Irisches (pp. 14$ et suivantes). Le savant auteur 
établit qu'un certain nombre de thèmes nominaux en ta- ont dû avoir en irlan- 
dais leur nominatif singulier en î. Ils ont perdu cette voyelle finale et se déclinent 
aux autres cas suivant le paradigme donné par M. Windisch, dans sa Kurz- 
gefasste irische Grammatik, p. 32, col. 2. Dans la même note, M. Th. réunit 
quelques thèmes féminins en u- qui sont passés à la déclinaison en a-. La seconde 
note est consacrée au préfixe irlandais du- (p. 150), la troisième à l'aoriste en s 
(p. 151), la quatrième (p. 1 $3) à l'étymologie du mot sid, « séjour des fées », qui 
serait, un thème en es- identique au latin sidus, sideris. 

La même livraison contient un recueil de notes de M. Wilhelm Meyer sur la 
grammaire latine. Quelques-unes concernent les études celtiques. Ainsi viverra 
est le nom du furet chez Pline (Histoire naturelle, livre vin, §218; livre xi, 
§ 261 ; livre xxx, § 47, 90). Ce nom, qui manque dans les langues romanes, 
semble être dans la langue du savant, romain un terme nouveau et un emprunt. 
On le retrouve, à une voyelle près, dans les langues du rameau slave et on le 
reconnaît dans plusieurs dialectes néo-celtiques, où il désigne un animal diffé- 
rent, mais sur bien des points analogues, l'écureuil (p. 169). Nous citerons 
comme exemple le breton gwiber et le gallois gwywer. H. d'A. de J. 



Les Comptes-Rendus de l'Académie de Saxe ' vont devenir un des recueils qu'il 
sera indispensable de consulter pour les études celtiques. M. Windisch, en 1884, 

1. Berichteder philol.-histor. Classe der Konigl. S<echs, Gesellschajt der Wissenschajtcn. 



1 24 Chronique. 

y avait publié deux récits légendaires irlandais, l'un intitulé Genemain Aeda Slane, 
« naissance d'Aed Slane » (page 191) ; l'autre Noinden Ulad; il a été rendu 
compte de ces deux publications dans la Revue celtique (t. VI, p. 40 c). En 1885, 
M. W. a inséré dans les mêmes Comptes-Rendus le résultat de deux collations du 
Priscien de Saint-Gall avec l'édition de M. Ascoli ; l'une de ces collations a pour 
auteur M. Whitley Stokes, p. 175 ; l'autre a été faite par M. Windisch lui- 
même, p. 1 89. Incontestablement l'édition que M. Ascoli a donnée du Priscien de 
Saint-Gall est excellente ; mais elle a deux défauts. M. Ascoli pèche un peu par 
excès de prudence; c'est l'excès d'une qualité. D'autre part, il a commencé son 
travail sans s'être préalablement donné la peine, comme l'a fait M. Zimmer, de 
prendre note des lectures que d'autres avaient faites des mêmes textes avant lui. 
Un exemple de ce double phénomène nous est donné par le membre de phrase 
incoissig a-jolad cètnae « exprime le même sens ' », imprimé dans la Grammatica 
celtica, p. 982 note, 1015 note, et dans laquelle M. Ascoli n'a pas osé lire la 
quatrième lettre du mot jolad. Voir dans son livre à la page 17 la reproduction 
de la page 9 a du manuscrit, glose 14. 

Citons encore la glose de per te (page 217 b 4), laquelle a été lue : torvtsu 
dans Gr. C 2 , p. 334, I. 16 ; celle de saniem (page 218 e, glose 4) lue skidm, 
Gr. O, p. 776, 1. 10. M. Ascoli n'a pas eu la hardiesse de reproduire dans 
son édition les lettres v de la première _de ces gloses, d de la seconde. On 
pourrait multiplier les exemples analogues. 

M. Ascoli n'a pas seulement négligé les lectures faites antérieurement à lui. 
Il paraît ne s'être pas enquis de savoir si dans d'autres manuscrits irlandais 
analogues à celui qu'il publiait, les mêmes gloses ne se trouvaient pas écrites 
d'une façon plus lisible. Or, on sait qu'outre le Priscien de Saint-Gall il existe 
deux autres Priscien à gloses irlandaises, celui de Karlsruhe et celui de Leyde. 
Les gloses irlandaises de celui de Leyde ont été publiées deux fois par M. Whitley 
Stokes: première édition des Gâidelica, 1866, pp. 36, 37; deuxième édition des 
Gdidelica, 1872, p. 57; bien antérieurement par conséquent à l'édition du Priscien 
de Saint-Gall par M. Ascoli, 1879. M. Whitley Stokes nous fait connaître dans 
les deux publications que nous venons de citer deux gloses irlandaises du Priscien 
de Leyde qui se retrouvent dans le Priscien de Saint-Gall, où M. Ascoli n'a pas 
osé les lire. Voici la première. Virgile, dans l'Enéide, livre XI, termine son 
vers 133 par les mots: et pace séquestra. Priscien, livre VI, chapitre 6, veut 
nous apprendre que scquesterh'it en a son féminin : séquestra, et il cite ce passage 
de Virgile. Sur séquestra, le Priscien de Saint-Gall a la glose « média, nam se- 
quester médius, rath, inter duos altercantes » (page 97 a, glose 4). La glose 
correspondante dans le Priscien de Leyde est, quant à la partie latine, rédigée 
à peu près de même ; la portion irlandaise est identique : rdth 2. M. Ascoli a 

1. La traduction de M. Ascoli est : ci sigmfica il valor primiero », p. 144. Il faudrait 
medesimo » suivant la doctrine de la Gr. C -, p. 308, lignes 30 et suivante. «Valor» 
rend mieux que « sens » la signification générale defolad, dont « sens » est la signifi- 
cation spéciale à ce passage, en latin iutelkctus. 

2. Cf. Zimmer, Clossae hibernicae, p. 226. 



Chronique. 12$ 

laissé vide la place occupée par IV initial de ce mot. Ce mot est cependant un 
terme de droit irlandais bien connu. O'Donovan, dans son supplément à O'Reilly, 
1877, le rend par « a guarantee, surety; any person who goes security forano- 
ther ». Ce sens se rencontre plusieurs fois dans le Senchus M6r : Voye2 par 
exemple Ancient laws oj Ireland, t. I, p. 84, I. 27 ; p. 214, 1. 23 ; p. 266, 1. 7, 
9; t. Il, p. 282, I. 1 1. 

Plus loin, livre VI, chapitre 10, Priscien donne des exemples de noms latins 
dont le nominatif est en -es et le génitif en -itis. Il cite termes, termitis; merges, 
mergitis ; là-dessus, dans le manuscrit de Leyde, la glose : « fervor » i. lindtee 
comme la donne M. Zimmer ', ou lind tce (fervor) comme on la trouve chez 
M. Whitley Stokes. Dans le manuscrit de Saint-Gall (p. 102 a, glose 2), c'est 
lindte dont M. Ascoli, p. 74, a cru sage de ne lire ni 17 ni le t. 

De ce que nous avons dit jusqu'ici, on aurait tort de conclure que toutes les 
corrections de M. Whitley Stokes ont été suggérées à ce savant par des lec- 
tures antérieures du manuscrit de Saint-Gall, ou des manuscrits parallèles. Le 
contraire est la vérité. Dans un grand nombre de cas, les gloses du Priscien de 
Saint-Gall manquent dans les manuscrits de Leyde et de Karlsruhe ; et la Gram- 
matïca celtlca les a passées sous silence. Cela n'a pas empêché M. Whitley Stokes 
de les lire. 

La collation de M. Whitley Stokes a été l'objet d'une vérification postérieure 
par M. Windisch -. Le savant celtiste conclu comme nous que, eu égard à la 
longueur de la publication, le nombre des fautes est très petit; que les correc- 
tions faites ne dépassent point la quantité de celles que produit toute revision 
subséquente et qu'en définitive on ne peut guère reprocher, comme nous l'avons 
dit, qu'un excès de prudence au savant italien. Nous n'avons pas besoin de 
dire avec quelle impatience nous attendons l'achèvement de la publication de 
M. Ascoli qui comprend comme on sait le ms. de Milan dont il a paru trois li- 
vraisons. H. d'A. de J. 

VI. 

L'A cademy du 17 octobre 1885 a publié, page 257, col. 1, une note de 
M. Whitley Stokes qui doit tout particulièrement intéresser les archéologues. 
Le savant auteur y a réuni un certain nombre de textes, relatifs à l'usage des 
tombelles funéraires, formées à l'aide d'amas de pierres, dans les régions cel- 
tiques. Le plus connu de ces textes est un distique de Virgile. Ce distique est 
une épitaphe proposée pour la tombe d'un brigand nommé Ballista. 

Monte sub hoc lapidum tegitur Ballista sepultus ; 
Nocte die tutum carpe, viator, iter 3 . 

Virgile était de Mantoue, ville étrusque, mais immédiatement voisine des ré- 

1. Glossae hibernicae, ip. 226. 

2. Berichîe der philol.-histor. Classe der Kœnigl. Sœchs. Gesellschaft der Wissenscha ten, 
1885, p. 189. 

3. Servius, édition Thilo, t. I, p. 1. 



1 26 Chronique. 

gions celtiques de la haute Italie. Le nom du mort offre le même suffixe de dé- 
rivation que Tolisto, premier terme du nom des Tolisto-bogi, peuple gaulois 
d'Asie-Mineure. BJIista était probablement gaulois. 
On doit considérer comme plus ancienne que son épitaphe l'inscription de Todi : 

Ategnati Dructini carnitu artvass Coisis Druticnos. 
Ategnati Druticni carnitu logan Coisis Druticnos. 
c'est-à-dire : 

Ategnati, Druti filii, congessit lapides sepulchrales Coisis, Druti filius. 
Ategnati, Druti filii, congessit tumulum Coisis, Druti filius '. 

Bien que trouvée dane l'Italie centrale, sur les bords du Tibre, dans l'ancienne 
Ombrie, cette inscription est gauloise et a été gravée sur la tombe d'un 
Gaulois. 

L'épitaphe suivante nous transporte dans le pays de Galles, au comté de 
Caernavon, à Penmachno, et vers la fin du v c siècle de notre ère : 

Carausius hic jacit in hoc congeries lapidum - . 

A la même région appartient le passage suivant de Nennius, § 73 : Arthur 
postea congregavit congestum lapidum sub lapide quo erat vestigium canis sui et vo- 
catur Carn Cabal. 

La plus vieille littérature irlandaise nous fournit deux textes analogues ; l'un 
appartient à la vie de saint Columba mort vers 598 ; cette vie fut composée par 
Adamnân, mort en 704. Elle rapporte que saint Columba, s'étant rendu dans 
l'île de Skye, une des Hébrides, amena au christianisme un personnage qui 
portait le nom irlandais d'Artbranân. A peine baptisé, dit Adamnân, le converti 
meurt et on l'enterre: ibidemque socii congesto lapidum acervo sepeliunt 3. L'autre 
texte irlandais que nous avons annoncé nous conduit des Hébrides en Irlande ; 
il est emprunté au livre d'Armagh, manuscrit bien connu du ix e siècle : et se- 
pilivit illum aurigam Totum Calvum, id est Totmael, et congregavit lapides erga 
sepulcrum't. H. d'A. de J. 

VII. 

L'Acadcmy du 2 janvier contient à sa page 8 la note suivante: Nous sommes 
autorisés à annoncer que la Commission chargée de la publication des lois an- 
ciennes de l'Irlande n'a pas le projet de publier une seconde édition des quatre 
volumes déjà imprimés sous sa direction. Elle a choisi M. Atkinson, professeur 

1. Whitley Stokes, Celtic declension, pp. 43-45. Beitraege de Kuhn, t. III, pp. 65, 
69, 73, 170. Fabretti, Glossarium italicum, n° 86, planche XXI. Mommsen, Corpus ins- 
criptionum latinarum, t. I, n° 1408 ; Cari Pauli, Die Inschriften nordetruskischen Alpha- 
bets, p. 84, et n" 26 des planches I et II. 

2. Rhys, Lectures on welsh philology, deuxième édition, p. 369. Hûbner, Inscriptiones 
Britanniae christianae, n° 136. Westwood, Lapidarium Galliae, planche LXXIX, n° 2. 

3. Reeves, The life of saint Columba, p. 63. 

4. Livre d'Armagh, f° 13 b 2; cf. Analecta Bollandiana,t. II, p. j8. 



Chronique. 1 27 

au collège de la Trinité de Dublin, pour éditer le reste de l'ouvrage, auquel 
seront joints un recueil de variantes des manuscrits et un glossaire. 

VIII. 

Il va paraître à Oxford, sous la direction de notre savant collaborateur 
M. Rhys, une collection très importante des textes gallois. Elle comprendra: 

i" Une reproduction photographique du Livre noir de Carmarthen ; 

2° Le texte complet, typographiquement reproduit, du même manuscrit, du 
Livre d'Aneurin, du Livre de Taliesin et du Livre rouge d'Hergest (celui-ci fera 
quatre volumes) ; 

3 Un choix des principales Triades, texte, traduction et notes; 

4 Une édition critique des Mabinogion, texte, traduction et notes. 

De cette collection, le volume qui paraîtra le premier contiendra le commen- 
cement du Livre rouge. La souscription est ouverte, pour l'Angleterre, chez 
J.-G. Evans, 7, Clarendon Villas, Oxford; pour la France, chez Vieweg, 67, 
rue de Richelieu. Prix du volume in-8°, relié, doré sur tranches : 26 francs. 

IX. 

La bibliothèque publique de Munich (Hof-und Staatsbibliothek) possède, sous 
le n° 14846 des manuscrits latins, un manuscrit du xi° siècle provenant de Saint- 
Emmeran de Ratisbonne. C'est un commentaire sur la grammaire de Donat. A 
la fin, f os 106-121, on trouve un recueil intitulé : Sortilegia per literas et sacros 
libros quorum meminit divus Gregorius Turonensis. Le Docteur Wilhelm Meyer a 
découvert dans cette partie du manuscrit un certain nombre de mots celtiques, 
et M. Thurneysen, ayant obtenu communication du même manuscrit à Iéna, a 
composé à ce sujet un fort intéressant mémoire qui a été lu à l'Académie de 
Munich, classe de philosophie et de philologie, le 7 février 1885, et publié dans 
la première livraison des Comptes-rendus de cette compagnie savante pour 
l'année 1885, p. 90-112. Ce qu'il y a d'étrange, c'est que les mots celtiques 
sont, les uns gallois, les autres irlandais. 

Par exemple, sont gallois les mots : 

hi-guolt-uchel « en chevelure haute » . 

hi-dehint « en voyage ». 

hi-tig « à la maison ». 

g[a]lanasoc « meurtrier », dérivé de galanas « meurtre », glose : vir sangui- 
nosus. 

barb-melin « à la barbe jaune », glose: albi s[unt] capilli capitisejus. On peut 
lire aussi albis[tri] capilli capitis ejus. 

Sont irlandais : 

glas no ban « de couleur terne, ou blanc ». 

glas liad « de couleur terne et grise », glose : albistcr. 



1 28 Chronique. 

tene folt « chevelure de feu », glose: ru/us. 
dub-donn : « brun foncé », glose : discolor. 
cornus « puissance », glose: potentia. 
anfine « étranger à la famille ». 

hulath 2 no forloscuth) « monument funèbre ou crémation », glose : sepul- 
chrum novum auditioni. 
no chnuc no idnaA « ou ulcère ou douleurs », glose: dolorcm sub ventre. 
no eton S no idna 6 « ou au front, ou douleurs », glose : vulnus in capite ». 
dorochoir i-fiacli « est tombé sur les dents » . 
dub-glas « noir terne » . 
donn « brun », glose : niger. 

folt tiug sirfair « chevelure épaisse et longue, sur lui ». 
fina-buidei « blanc jaune » ou « blond clair », glose : albister. 
ro-tectsat% « ils eurent ». 
[os « domestique, garçon », glose: vir. 
cobrac « rencontre, combat ». L'orthographe reçue est comrac. 
promath inna celle « épreuve ou examen du sens » . 

H. d'A. de J. 

X. 

Dans YAcademy du 19 décembre, M. Whitley Stokes a publié une édition 
nouvelle de l'hymne en l'honneur des abbés de Bangor qu'on trouve à la page 944 
de la Grammatica celtica. Le savant celtiste donne les cinq premiers et les quatre 
derniers vers qui manquent dans la Grammatica celtica, et nous offre pour les 
autres des corrections qui portent notamment sur les noms de plusieurs abbés. 

Au lieu de Fintenapum, lisez Fintenanum ; 

Au lieu de Beracnus, lisez Berachus ; 

Au lieu de Adianus, lisez Aidanus ; 

Au lieu de Crotanus, lisez Critanus . 



XI. 

Le n° de YAcademy du 5 décembre précédent annonçait que la Société gaé- 
lique d'Inverness avait fait paraître le onzième volume de ses Transactions. La 
revue anglaise nous apprend que ce volume contient des légendes et des chants 
gaéliques. 

1. Dans le manuscrit, tonn. 5. Dans le manuscrit, etoa. 

2. Dans le manuscrit, hulach 6. Dans le manuscrit, iduu. 

3. Dans le manuscrit, forloscuth. 7. Dans le manuscrit, finobuide. 

4. Dans le manuscrit, iduu. 8. Dans le manuscrit, roteetsat. 



Le propriétaire-gérant : F. WIEWEG. 



Chartres. — imprimerie Durand. 



LA LÉGENDE ET LES FEMMES 



LA PLUS ANCIENNE HISTOIRE DES CELTES ET DE LA GAULE. 



La fiction a toujours été un des éléments fondamentaux de l'histoire, 
un de ceux où Fauteur se complaît, qui séduisent le lecteur et qui, sur- 
tout, assurent le succès d'un livre. Une loi de notre intelligence le veut 
ainsi ; elle a régné jadis ; elle nous domine encore, et les générations 
futures subiront comme nous son empire. 

Il semblerait qu'aujourd'hui, quand nous voulons raconter des événe- 
ments peu éloignés de nous, nous ayons, pour secouer le joug de la fiction 
historique, une force qui manquait aux écrivains du moyen âge et de 
l'antiquité, lorsqu'ils voulaient écrire l'histoire de leur époque ou de temps 
plus anciens. Depuis deux ou trois siècles, les moyens de contrôle se 
multiplient ; les documents sont tellement nombreux que souvent le 
principal embarras de l'écrivain provient de la nécessité de se borner et 
de choisir dans une foule de pièces celles que de préférence il doit mettre 
en relief et placer sous les yeux du lecteur. 

Si donc il y a un temps dont l'historien puisse espérer atteindre la vé- 
rité, ce but unique, semble-t-il, de ses recherches et de ses médita- 
tions, ce devrait être notre temps, et cependant ce but fuit toujours 
devant nous. Malgré la multitude des moyens de vérification que nous 
offrent des documents de toutes sortes, actes authentiques, pièces offi- 
cielles, mémoires et souvenirs privés, la légende naît au milieu d'eux; 
l'historien l'accueille avec plaisir, soit qu'il la reçoive d'autrui, soit qu'il 
la crée lui-même à son insu, et elle trouve près des foules la même 
faveur qu'autrefois. Ce n'est pas trop d'une armée d'érudits pour la 
combattre et l'extirper. Elle ressemble aux herbes que la nature sème et 
fait germer dans le jardin le mieux soigné et qui sans un travail opiniâtre y 
Rev.Celt.VU. 9 



1 30 H. d'Arbois de Jubainville. 

deviendraient maîtresses en transformant les allées en prairies et en étouf- 
fant dans les carreaux tous les produits de la culture. 

Aux époques où les monuments écrits sont rares et les érudits peu 
nombreux, la légende naît et grandit sans obstacle. Nous citerons comme 
exemple l'histoire des premiers Mérovingiens, récemment étudiée à ce 
point de vue dans un savant ouvrage de M. Rajna '. Quand Grégoire de 
Tours, l'auteur de la Chronique de Frédégaire, et celui des Gesta regum 
Francorum entreprirent de la composer, ils n'eurent souvent à leur dis- 
position que deux sortes de documents : d'abord de sèches annales - au- 
jourd'hui perdues, mais dont la Chronique de l'évêque Marius et celle du 
comte Marcellin nous offrent des exemples \ ce n'est pas de l'histoire ; 
ce n'en est pas même le cadavre; ce n'en est que le squelette; puis des 
récits épiques avec tout Paîtrait de la vie, du mouvement, de la couleur, 
ce qu'il faut à un écrivain pour plaire, trouver des lecteurs, se survivre 
à lui-même à travers les âges, et c'est là que Grégoire de Tours, les 
auteurs de la Chronique de Frédégaire et des Gesta regum Francorum ont 
recueilli la plupart des matériaux avec lesquels ils ont fondé l'histoire de 
France, non celle que les érudits mettent dans leurs livres, mais celle 
que tout le monde sait et se rappelle avec plaisir. 

Le plus ancien de ces récits épiques qui ont pénétré dans le domaine 
de l'histoire et qui s'y sont établis, est la légende du roi Childéric exilé 
qui conquiert l'amour de la reine Basine et devient par elle père du 
grand Clovis. Créer avec succès le roman sans y faire apparaître une 
femme est une entreprise difficile. Aussi trouvons-nous un rôle de femme 
dans la fiction épique par laquelle commence l'histoire du royaume des 
Francs 5. A cette fiction épique en succède une autre où un rôle de 
femme tient encore une grande place, que dis-je? tient peut-être la pre- 
mière place ; c'est le récit détaillé du mariage de Clovis avec ses inci- 
dents dramatiques, les difficultés, les obstacles de toute sorte dont 
triomphe l'adresse de l'envoyé du roi franc et l'habileté de Clotilde in- 
nocente, injustement persécutée d'abord, puis épouse du plus grand roi 
de son temps. Le mariage, voilà la vérité historique; sèche et nue, elle 



1. Le oiigini dell' epopea francese, un volume in-8, Florence, 1884. Un excellent 
compte rendu de cet ouvrage a été publié par M. Gaston Paris, dans la Romania, 
treizième année, p. 598-627. 

2. G. Monod, Etudes critiques sur les sources de l'histoire mérovingienne, première par- 
tie, p. 84-86. Sur les autres documents dont Grégoire a fait usage pour l'histoire des 
Francs, voir Monod, ibid., p. 79 et suiv. 

3. Rajna, Le origini dell' epopea francese, pp. 52 et suivantes. Cf. Monod, Etudes cri- 
tiques sur les sources de l'histoire mérovingienne, première partie, pages 91-92. Cf. Paris, 
Romania, t. XIII, p. 603. M. Monod renvoie à Junghans : Die Geschichte Childerichs 
und Chlodovechs. • 



La légende et les femmes dans l'histoire des Celtes et de la Gaule. i 3 1 

n'avait pas d'intérêt ; les détails qui l'ornent et qui en font l'attrait sont 
le produit de la fiction. Le récit du baptême de Clovis est la suite du 
récit du mariage; il a été composé de la même façon. Là encore un rôle 
de femme apparaît sur le premier plan ; cette femme est toujours Clotilde. 

L'antiquité classique a fait usage des mêmes procédés. Quand, par 
exemple, Tite-Live et Trogue Pompée ont eu à raconter l'histoire des 
époques reculées où quelques mots conservés par de brèves annales re- 
présentaient plusieurs années, quelquefois un siècle ou deux, ils ont 
comblé les vides et coloré leur narration en y intercalant des récits lé- 
gendaires inventés avant eux par des écrivains dont le seul souci était de 
plaire. L'épopée romaine n'existait pas; celle des Gaulois n'était pas 
écrite et s'est perdue; mais des écrivains grecs, doués de plus d'imagi- 
nation et d'habileté que de scrupules scientifiques, avaient mis en circu- 
lation des recueils de compositions romanesques, les unes créées par eux 
pour l'amusement des gens oisifs, les autres inventées ou arrangées par 
eux pour flatter l'amour-propre de certaines familles puissantes en leur 
donnant des ancêtres illustres dans les temps fabuleux. Ces deux sortes 
de récits, quoique d'origine différente, se présentaient audacieusement 
les uns comme les autres avec l'impudente prétention d'être l'expression 
véridique ou même, comme on l'a dit de nos jours, la résurrection du passé. 

Quand vint le siècle d'Auguste et que, pour satisfaire un besoin de l'es- 
prit des Romains, il fallut écrire à leur usage, dans la belle langue de 
cette grande époque, l'histoire des périodes précédentes, il se trouva, 
pour remplir cette tâche, des hommes plus experts que ne devaient l'être 
plus tard Grégoire de Tours et Frédégaire dans l'art de composer un 
livre et d'en agencer les phrases. Mais pour recueillir les matériaux, les 
écrivains classiques de Rome furent, malgré leur talent, réduits à recourir 
aux procédés qui devaient ultérieurement être employés par les écrivains 
de l'époque mérovingienne : comme eux, ils admirent dans leurs récits 
les légendes qui s'offraient comme d'elles-mêmes pour combler les vides 
des époques dont l'histoire n'est que fragmentaire, ou ne consiste qu'en 
noms propres et en dates plus ou moins certaines. 

Des compilateurs grecs qui les avaient précédemment recueillies, un 
des plus connus est Aristide de Milet. Il paraît avoir écrit vers la fin du 
second siècle avant notre ère; il est surtout célèbre comme auteur du 
recueil perdu d'aventures obscènes que traduisit 1 Sisenna, l'annaliste 



Vertit Aristidem Sisenna : nec obfuit illi 
Historiae turpes inseruisse jocos. 

Ovide, Tristes, livre 11, vers 443, 444. 



1 3 2 H. d'Arbois de Jubainville. 

romain, un des prédécesseurs de Tite-Live, et qui est connu sous le nom 
de Fables milésiennes '. Le succès de ce livre d'Aristide n'est pas attesté 
seulement par cette traduction. Le romain Rustius, un des compagnons 
de Crassus, avait emporté avec lui l'original grec dans l'expédition contre 
les Parthes, l'an 53 avant notre ère. On sait que Crassus y fut vaincu et 
qu'il y trouva la mort avec la plus grande partie de ses soldats ; mais le 
manuscrit fut découvert dans les bagages, le vainqueur l'apporta au 
sénat de Séleucie et s'y moqua des Romains qui, à la guerre, perdaient 
leur temps et préparaient leurs défaites par des lectures si peu utiles et 
en même temps si honteuses 2 . 

Outre les Fables milésiennes, Aristide de Milet avait composé d'autres 
récits romanesques où sous une forme moins contraire aux lois de la mo- 
rale il n'avait pas montré plus de respect pour la vérité. Un de ces recueils 
portait le titre d'Italiques 5. C'est une des sources où Tite-Live a certai- 
nement puisé un des récits par lesquels il a su le mieux orner les arides 
annales des premiers temps de la république romaine. Tout le monde 
connaît d'après le grand écrivain romain l'histoire du jeune C. Mucius. 
Aucune femme n'y intervient, et si nous en parlons ici, c'est à cause de 
la netteté avec laquelle l'étude de cette légende nous fait connaître une 
des voies par lesquelles la fable a pénétré dans les grandes compositions 
historiques de l'antiquité. 

On se rappelle C. Mucius sortant des murs de Rome assiégée et 
affamée par le roi étrusque Porsenna ; un poignard caché sous sa robe, il 
pénètre dans le camp ennemi, et s'approche du tribunal où le roi, accom- 
pagné d'un scribe, distribuait la paie à ses soldats. Il n'avait jamais vu 
le prince étrusque : il tue le scribe en croyant frapper le roi. Arrêté aus- 
sitôt, il brûle sa main droite au feu préparé sur l'autel pour un sacrifice, 
et après avoir donné à Porsenna cette preuve d'indomptable courage, il 
déclare que trois cents jeunes Romains ont avec lui juré de tuer l'en- 
nemi de leur patrie ; il a été, lui Mucius, désigné le premier par le sort 
et les autres sont prêts à suivre un à un son exemple en s'exposant 
à tous les dangers pour exécuter leur serment. Effrayé, Porsenna de- 
manda la paix 4. 

Mucius, ayant perdu l'usage de sa main droite, s'appela dès lors « le 
gaucher », Scaevola; telle est la légende. Or, il y avait à Rome, au se- 



1. MiXr]<Jia/.ot Xdyo'.,chez Lucien, Amores, c. 1, édition Didot, p, 385. Cf. Charles 
Mùller, Fragmenta historkorum gracorum, t. IV, p. 326. 

2. Plutarque, Crassus, c. 32, § 4, édition Didot, p. 673. 

3. Charles Mùller, Fragmenta historkorum grœcorum, t. IV, pp. 320-324. 

4. Tite-Live, livre II, c. 12, 13. 



La légende et les femmes dans l'histoire des Celtes et de la Gaule. 1 3 3 

cond et au premier siècle avant notre ère une famille consulaire, celle 
des Mucius, surnommée Scaevola, c'est-à-dire « gaucher ». Ce cognomen 
pouvait sembler ridicule; grâce à ce conte, on devait être fier de le 
porter. 

Tite-Live n'a pas inventé cette fable. L'assassin patriote, qui pour 
sauver son pays pénètre dans le camp ennemi, se trompe de victime et 
arrêté se brûle la main droite, ne s'est pas appelé d'abord Mucius Scae- 
vola. Quand il a fait sa première apparition dans la littérature, il s'appe- 
lait Agésilas; il était frère de Thémistocle et fils de Néocle. La patrie 
qu'il voulait sauver était Athènes ; le prince qu'il prétendait poignarder 
était Xerxès, roi des Perses. L'auteur qui nous raconte le courage mer- 
veilleux de l'Athénien Agésilas est Agatharchide de Samos dans son livre 
dont le titre est « Les Persiques » '. Aristide de Milet, qui écrivait dans 
la seconde moitié du second siècle avant notre ère, n'eut qu'à changer 
les noms propres pour donner un ancêtre illustre aux Mucius Scaevola, 
ses contemporains, fournissant ainsi un thème nouveau à ces généalogies 
menteuses dont Tite-Live se plaint, et qui lui ont cependant fourni une 
partie de ses matériaux 2 . Si elles l'embarrassaient quand elles se contre- 
disaient entre elles, sa méthode critique ne lui suggérait aucune raison 
pour les rejeter, quand elles s'accordaient les unes avec les autres et 
quand elles pouvaient se concilier avec le reste des documents qu'il 
mettait en œuvre. 

La leçon nouvelle, qui de l'Athénien Agésilas fait un ancêtre des Mu- 
cius Scaevola, a été insérée par Aristide de Milet au livre III de ses Ita- 
liques! . Quand Tite-Live lui donna place dans son histoire un siècle plus 
tard, il n'y fit guère d'autre modification que d'y insérer quatre petits 
discours qui doublent à peu près la longueur du morceau primitif. L'éru- 
dition moderne rejette avec raison ce récit comme fabuleux 4. Mais sous 
la forme littéraire et oratoire dont le génie de Tite-Live l'a revêtu, il n'a 
pas cessé de faire la joie des humanistes. Sa rédaction grecque la plus 
ancienne avait fourni un chapitre au livre « Du courage » dans le Flori- 
legium de Stobée au quatrième siècle de notre ère. La rédaction de Tite- 



1. Plutarque, Suvayorp] [ttooiwv 7capaXXrjXa)v, c. 2: Moralia, édition Didot, 
PP- 3 7 S > 37^; Stobée, Florilegium, livre VII, c. 63, édition Teubner-Meineke, t. I, 
pp. 172, 173. Cf. Charles Mûller, Fragmenta historicorum gr<ecorum, t. III, p. 197. 

2. Tite-Live, livre VIII, c. 40. Cf A. Chassang, Histoire du roman et de ses rapports 
avec l'histoire dans l'antiquité grecque et latine, p. 94. 

3. Plutarque, Suvaytoy^ îairopiàSv 7:apaXXr]'Xwv, c. 3 : Scripta moralia, édition Didot, 
p. 376. Cf. Charles Mûller, Fragmenta historicorum grtecorum, t. IV, pp. 320, 321. 

4. Niebuhr, Roemische Geschichte (1828), t. I, p. 604-606. Mommsen, Roemische 
Geschichte, livre II, c. 4, sixième édition (1874), t. I , p. 320. Duruy, Histoire des 
Romains, nouvelle édition, t. I (1879), p. 172. 



134 H. d'Arbois de Jubainville. 

Live est un des plus beaux ornements du livre « Du courage » dans le 
Selectae e profanis scriptoribus historiae qui, depuis un siècle et demi, est 
chez nous une des bases de l'enseignement du latin. Nos professeurs de 
cinquième, avec le même entrain que leurs devanciers du siècle dernier, 
font admirer à leurs élèves étonnés l'héroïsme de Mucius Scaevola, con- 
damnant sa main droite au bûcher pour la punir d'avoir manqué le roi 
Porsenna. J'ignore si beaucoup de ces maîtres parlent des sources où 
puisa Tite-Live, c'est-à-dire d'Aristide de Milet et surtout d'Agathar- 
chide de Samos, chez qui Mucius s'appelle Agésilas; Porsenna, Xerxès; 
Rome, Athènes; et si l'on dit aux élèves de nos lycées que les Etrusques 
de la rédaction de Tite-Live sont des Perses dans une rédaction plus 
ancienne. 

Aristide, dans ses Italiques, rapportait un autre conte qui ne serait 
pas à sa place dans le Selectae et qui a eu moins de succès, même ail- 
leurs. Atepomaros, roi des Gaulois, dit Aristide, faisait un jour la guerre 
aux Romains. Il déclara qu'il ne se retirerait pas si les Romains ne com- 
mençaient par lui livrer leurs femmes. Les Romains, sur le conseil de 
leurs servantes, envoyèrent celles-ci à la place des maîtresses ; puis, 
quand les barbares se furent endormis, une d'elles sortit du camp et étant 
parvenue à escalader le mur de Rome, vint prévenir les consuls : les 
Romains firent une sortie et remportèrent une victoire complète. Ce fut 
l'origine de la fête annuelle des servantes '. L'authenticité de cette lé- 
gende a pour elle la même autorité que celle de Mucius Scaevola, et si 
les Romains ne l'ont pas introduite dans leur histoire nationale, c'est par 
la raison qu'elle flattait moins leur amour-propre. Evidemment Tite-Live 
ne l'a trouvée dans aucune di ces généalogies dont il s'est souvent ins- 
piré. C'est un des contes qui ont dicté les jugements des humanistes mo- 
dernes sur Aristide de Milet que, suivant Wyttenbach, on devrait rayer 
de la liste des historiens; qui, dit Gaspard Valckenaer, est un menteur 
et un polisson; Wesseling, plus indulgent, pense qu'on peut considérer 
comme non écrits les récits d'Aristide, mais que condamner l'auteur à 
mort et le faire manger par les corbeaux, serait bien dur 2 . 

Voici un autre récit légendaire dont aucun texte n'établit formellement 
l'origine, mais qui vient probablement de la même source ou d'une source 
analogue. 

Un certain Lucumon, de Clusium, chef étrusque, étant sur le point de 



i. Plutarque, S'jvaywyr] [«rropiûv roxpaXXïJXwv, § 30; Scripta moralia, édition 
Didot, p. 384-38 j . Cf. Charles Mùller, Fragmenta historicorum gr<ecorum,x. IV, p. 320. 

2. voiries citations réunies par Charles Mùller, Fragmenta historicorum gr&corum, t. IV, 
p. 320. 



La légende et les femmes dans l'histoire des Celtes et de la Gaule. 1 3 5 

mourir, chargea de l'éducation de son fils et du soin de sa fortune un 
honnête homme qui s'appelait Arruns et qui habitait la même ville. 
Arruns se montra digne de la confiance du père; il éleva l'enfant le 
mieux qu'il put ; et, à sa majorité, il lui rendit un compte exact des biens 
dont il avait eu l'administration ; c'était la fortune la plus considérable 
qu'il y eût à Clusium. Le jeune homme témoigna à son tuteur une vive 
reconnaissance. Il ne quittait pas sa maison et semblait ne se trouver 
agréablement qu'en sa compagnie. 

La vérité était qu'Arruns le tuteur avait une femme, jeune et belle, qui 
avait été sage jusque-là, que le pupille aimait cette femme et qu'il avait 
su se faire aimer d'elle. Ce fut quelque temps un secret ; mais enfin la 
honte du mari devint publique et les deux amants perdirent toute réserve. 
Arruns entama un procès contre son rival ; mais celui-ci, qui avait plus 
d'amis et d'argent, obtint contre toute justice les suffrages des juges. Ar- 
runs ne put supporter cette humiliation. Prétextant un voyage de com- 
merce, il sortit de Clusium et de l'Italie ; il passa les Alpes et se rendit 
dans le pays des Celtes, emmenant avec lui sur des chariots un grand 
nombre d'outrés de vin et d'huile, et beaucoup de paniers de figues. 

Aucun Celte jusque-là n'avait mangé de figues; personne chez eux ne 
connaissait ni le vin, ni l'huile. Ils remplaçaient le vin par une liqueur 
fermentée, de mauvaise odeur, qu'ils fabriquaient en faisant pourrir de 
l'orge dans de l'eau ; chez eux, ce qui tenait lieu d'huile, c'était de la 
graisse de cochon vieillie et aussi désagréable pour le goût que pour 
l'odorat. Tels sont les termes dans lesquels l'auteur grec qui nous sert 
de guide apprécie la valeur gastronomique delà bière et du saindoux des 
Gaulois. 

Quand, pour la première fois, ils goûtèrent de toutes les bonnes choses 
qu'Arruns apportait d'Italie, le plaisir qu'ils en éprouvèrent fut égal à 
leur étonnement. Ils demandèrent à leur hôte comment et chez qui se 
produisaient un breuvage et des aliments si doux, ce La terre sur laquelle 
on les récolte, répondit Arruns, est vaste et riche; mais les hommes qui 
l'habitent sont peu nombreux, et, à la guerre, ils ne valent pas mieux 
que des femmes. Vous avez bien fait de m'acheter ces marchandises, 
mais si j'ai un conseil à vous donner, c'est de ne pas recommencer. 
Chassez d'Italie ceux qui en sont aujourd'hui les maîtres et, devenus 
propriétaires du sol, vous récolterez vous-mêmes et vous ne paierez 
plus à personne les fruits qu'il produit ». Persuadés par ce discours, les 
Celtes entrèrent en Italie et vinrent attaquer les habitants de Clusium ; 
Arruns leur servit de guide. 

Ce récit invraisemblable est raconté par Denys d'Halicarnasse, Tite- 



1 j6 H. d'Arbois de Jubainville. 

Live et Plutarque 1 , mais leur prédécesseur, le grand historien Polybe, 
ne le connaît point 2 . 

Le conte qui, chez l'abréviateur de Trogue Pompée, vient orner l'his- 
toire de la fondation de Marseille est digne de la même confiance. Une 
flotte phocéenne, conduite par Simos et Protis, vint aborder à l'embou- 
chure du Rhône, dans le pays des Segobrigii, où régnait alors Nannus. 
Les deux Grecs allèrent trouver ce roi pour lui demander son amitié. Le 
hasard voulut que Nannus fût alors occupé de préparer les noces de Gyptis, 
sa fille. Il allait, suivant rusage de ce peuple, livrer sa fille à un gendre 
choisi par elle au milieu même du festin. Tous les grands seigneurs du 
pays devaient se trouver à la noce ; les deux chefs grecs, hôtes du roi, 
furent, comme eux, invités au repas. Quand la réunion fut complète, la 
jeune fille fut introduite, et le père lui ordonna d'offrir de l'eau à celui 
des assistants qu'elle choisirait pour époux. Gyptis se tourna vers les 
Grecs et présenta l'eau à Protis qui, d'hôte du roi, devint ainsi son 
gendre. Aussi obtint-il sans difficulté le terrain nécessaire pour la cons- 
truction d'une ville 3. 

Ainsi Marseille dut sa fondation à l'amour subit qu'un jeune Grec ins- 
pira un jour à une fille de roi au milieu d'un festin. Bientôt après, la 
ville nouvelle échappa à un danger inévitable, grâce à l'amour d'une 
autre femme barbare pour un autre Grec. Nannus, roi des Segobrigii, 
beau-père du fondateur de Marseille, était mort. Comanus, son fils, lui 
avait succédé. Un prince de rang moins élevé lui donna le conseil de 
détruire la nouvelle colonie grecque : faible encore, elle pourrait devenir 
puissante un jour et opprimer ses voisins. « Une fois, ajouta-t— il, une 
chienne pleine pria un berger de la laisser pendant quelque temps s'éta- 
blir dans un coin pour y mettre bas sa portée. Elle l'obtint ; puis de- 
manda d'y rester jusqu'à ce que ses petits fussent élevés. Quand ils 
furent grands, elle et ses enfants se prétendirent propriétaires de leur 
abri et refusèrent de s'en aller. Ainsi, dit-il, les Marseillais, humbles au- 



i. Denys d'Halicarnasse, livre XIII, c. 10 et n ; édition Teubner-Kiessling, t. IV, 
pp. 195-197. Cf. Plutarque, Camille, c. 15, § 2-5, édition Didot, p. 162; Tite-Live, 
livre V, c. 53, § 2-4. Le plus développé de ces récits est celui de Denys d'Halicarnasse ; 
le plus court, celui de Tite-Live. Cependant Plutarque et Tite-Live offrent quelques traits 
qui manquent chez Denys ; on peut supposer qu'il y a eu deux rédactions différentes. 

2. On peut même dire que le récit de Polybe l'exclut. Polybe distingue dans l'invasion 
celtique en Italie deux périodes. L'une est celle où les Gaulois firent la conquête du 
bassin du Pô et des régions voisines (livre II, chap. 17, et § 1 du chap. 18). L'autre, 
un peu postérieure (;j.r:à o( x'.va -/oo'vov), est celle où ils prirent Rome (§ 2 du chap. 18). 
Le siège de Clusium et la prise de Rome eurent lieu, comme on sait, dans la même ex- 
pédition. On n'ignore pas du reste qu'à la date du siège de Clusium, les Gaulois étaient 
en Italie depuis au moins six ans. 

3. Justin, livre XLIII, c. 3, 8-1 1 . 



La légende et les femmes dans l'histoire des Celtes et de la Gaule. 1 37 

jourd'hui, et qui ne semblent que nos locataires, prétendront un jour 
être les maîtres du pays. » Ce discours persuada le roi, qui voulut s'em- 
parer de Marseille par surprise. Il profita de la fête de Flore ; à l'occa- 
sion de cette fête, un grand nombre d'hommes courageux et braves en- 
voyés par lui se rendirent ostensiblement dans la ville où ils s'établirent 
en qualité d'hôtes chez les habitants. Il en fit introduire en secret beau- 
coup d'autres cachés dans des paniers que portaient des voitures cou- 
vertes de feuillage. Lui-même alla se mettre en embuscade avec une 
armée dans les montagnes les plus proches. Il comptait profiter de la 
nuit ; les hommes qu'il avait envoyés à Marseille devaient lui ouvrir les 
portes de la ville au moment où tous les habitants auraient été plongés 
dans le sommeil et bon nombre appesantis par l'ivresse. Mais une pa- 
rente du roi était la maîtresse d'un jeune Grec; elle eut pitié de son 
amant, lui découvrit le danger qui le menaçait, et lui conseilla de fuir. 
Il alla prévenir les magistrats. Les barbares, qui avaient été accueillis 
comme hôtes, furent immédiatement arrêtés ; ceux qui se cachaient dans 
des paniers en furent tirés ; on les mit tous à mort. Le roi, qui comptait 
surprendre Marseille, fut lui-même attaqué au moment où il s'y attendait 
le moins et périt avec sept mille de ses soldats. Depuis ce temps-là, les 
habitants de Marseille prennent, les jours de fêtes, les plus grandes pré- 
cautions; ils tiennent les portes fermées, montent la garde quand il fait 
nuit, mettent des factionnaires sur les murailles, ne laissent entrer aucun 
inconnu, agissent, en un mot, de tout point comme en temps de guerre. 
On a déjà remarqué que, dans ce récit, il y a pour ainsi dire deux 
actes : le premier se rapporte au règne du roi Nannus; c'est le plus an- 
cien des deux; le second est une suite ajoutée au premier pour le ra- 
jeunir en quelque sorte et en exploiter le succès. La légende du roi 
Nannus et de sa fille se fiançant dans un festin par l'offrande d'une 
coupe au chef de la flotte phocéenne existait déjà dans la seconde moitié 
du iv e siècle avant notre ère. Aristote l'avait insérée dans son traité « De 
la république de Marseille ». Le fonds de son récit est identique à celui 
que nous a conservé l'abréviateur de Trogue Pompée. Il y a toutefois 
quelques différences : ainsi chez Aristote, la jeune fille s'appelle Petta ', 
et non Gyptis ; son heureux mari, Euxène, et non Protis ; mais leur fils 
porte le nom de Prôtos 2 , et de lui descend une famille marseillaise qui 



1 . Après son mariage, suivant Aristote, elle reçut le nom d'Aristoxène. D'après le même 
auteur, son père s'appelle Nnnos par une seule «, au lieu de Nannus par deux. Mais ce 
sont des détails accessoires. 

2. La plus ancienne forme de la légende fait donc descendre les Prôtiades de Prôtos, 
fils du fondateur de Marseille. Dans la rédaction la plus récente, le fondateur de Mar- 



1 38 H. d'Arbois de Jubainvilk. 

existait encore au temps d'Aristote, les Prôtiades. Ce nom nous fait 
toucher du doigt l'origine de la légende. Nous sommes ici en présence 
d'une de ces fables généalogiques dont le conte de Mucius Scaevola est 
un autre exemple. 

D'autre part, le récit d'Aristote échappe à un ridicule que nous offre 
celui de Justin. Le lecteur a dû remarquer que chez ce dernier c'est de 
l'eau pure que la jeune fille offre à son futur époux ; chez Aristote la 
coupe contient un mélange ' où entre une liqueur moins vulgaire, peut- 
être du vin, comme le suppose un traducteur qui a senti l'élégance de 
la fiction primitive. Enfin Aristote ne dit pas de quel peuple Nannus était 
roi. C'est par un développement postérieur de la légende que s'est in- 
troduit ici le nom des Segobrigïi, peuple inconnu d'ailleurs, nom fabriqué 
à l'aide de celui de Segobriga, capitale des Celtibères, en Espagne, ville 
dont les habitants s'appelaient Segobrigenses et non Segobrigïi 2 . Dans la 
suite donnée au premier récit et qui ne se trouve que chez Justin, Co- 
manus, fils et successeur de Nannus, est roi des Ligures, qui se trouvent 
par conséquent identifiés aux Segobrigii et transformés en Celtibères ; 
ce sont des Ligures que le roi Comanus fait entrer à Marseille cachés 
dans des paniers?, à peu près comme dans un conte célèbre les qua- 
rante voleurs d'Ali-Baba, ou comme les guerriers qui, dans une chan- 
son de geste française, sont introduits par Guillaume au Court-Nez dans 
la ville de Nîmes, alors au pouvoir des Sarrasins 4. Il y a là pour l'his- 
toire la plus ancienne des Segobrigenses et des Ligures une base bien 
fragile : empruntée au roman, elle se brise sous les pieds de l'historien. 
Elle est pourtant donnée pour certaine par deux de nos écrivains les plus 
justement populaires, tels sont Amédée Thierry s et Henri Martin 6 . 

Voici un autre roman qui n'a pas eu le même succès près des histo- 



seille est Prôtis, ancêtre des Prôtiades. Cette dernière doctrine ne se trouve pas seule- 
ment chez Justin; on la rencontre dans Plutarque, Solon, c. 2, § 4, édition Didot, p. 95. 

1. $iâXrjv •/£7.spaauivï;v. Aristote, édition Didot. t. IV, deuxième partie, p. 276, 
col. 1. Athénée, livre XIII, c. 36; édition Teubner-Meineke, t. III, p. 38. 

2. Strabon, livre III, c. 4, g 13, édition Didot, p. 13?, 1. 10. Pline, Histoire natu- 
relle, livre III, § 25. Ptolémée, livre II, c. 6, g 57, édition Didot-Mùller, t. I, p. 179. 
On remarquera que Strabon écrit Sîyooprfa par un s ; Ptolémée, 2r,yQ6 ( o''ya par un r t 
et Pline, Segobrigenses. Le même nom de peuple se trouve chez Frontin, livre III, c. io, 
g 6. Cf. Corpus inscriptionum latinarum, t. II, n° 4191 : Segobriga; n" s 4191 : Segobri- 
genses ; 4220: Segobrigensi ; 4222 : Segobri[g]ensi. 

3. Plures scirpeis latentes frondibusque supertectos induci vehiculis jubet Atque 

ita, patefactis insidiis, cuncti Ligures comprehendantur latentesque de scirpeis protrahun- 
tur. Justin, livre XLIII, c. 4, g 7, 9. 

4. Le charroi de Nîmes, voyez L. Gautier, Les épopées françaises, première édition, 
t. III, p. 359-362. 

5. Histoire des Gaulois, nouvelle édition (1863), t. I, p. 136-141. 

6. Histoire de France, quatrième édition (18 j 5), t. I. p. 11-12. 



La légende et les femmes dans l'histoire des Celtes et de la Gaule. 1 39 

riens français. Transportons-nous en Asie-Mineure, sur les côtes de la 
mer Egée, vers l'an 278 avant notre ère. Les Gaulois ont été l'année 
précédente saccager et piller le sanctuaire vénéré d'Apollon Delphien. 
C'est en Asie-Mineure qu'ils vont continuer leurs dévastations. Le sen- 
timent qu'ils inspirent aux Grecs est celui de l'indignation, de l'horreur 
et de l'effroi. Quelques années après, un poète alexandrin chantait les 
souvenirs sinistres de cette époque désastreuse où : « levant sur les 
« Grecs leur épée barbare, les derniers des Titans, » dit-il, « conduits 
« par le dieu celtique de la guerre et arrivant de l'Occident extrême, se 
« précipitèrent sur le monde hellénique, tels que des flocons de neige, 
« et aussi nombreux que les étoiles » '. 

Un des faits les plus connus de la première campagne des Gaulois en 
Asie-Mineure fut leur expédition contre la ville de Milet. Ils arrivèrent 
sous les murs de Milet au moment de la fête des Thesmophories. 
Cette solennité avait été instituée en l'honneur de la déesse Dêmêtêr que, 
plus tard, dans la mythologie gréco-romaine, on a identifiée à Cérès. A 
Milet, le temple de Dêmêtêr était situé hors de la ville. Les femmes 
mariées 2 y étaient réunies et célébraient les mystères de la déesse, 
quand les Gaulois, arrivant à l'improviste, les firent prisonnières. Dans 
le voisinage du temple, ils rencontrèrent trois jeunes filles dont le sort 
tragique a été chanté par Anytas de Mitylène : « elles préférèrent, dit 
ce poète, la mort à la honte dont les menaçait l'impudique barbarie du 
Galate sans loi ; la violence du dieu celtique de la guerre leur ôta la vie, 
mais elles périrent vierges ; et Aïdês, le dieu des morts, se chargea de 
leur hyménée ? ». 

Quant aux femmes de Milet, elles eurent une destinée moins funèbre. 
Plusieurs furent rachetées par leurs maris, qui, paraît-il, durent les 
payer fort cher ; « on en délivra ainsi un certain nombre » dit un auteur 
grec, « mais d'autres s'unirent aux barbares, qui les emmenèrent avec 
« eux. Parmi ces dernières était Hêrippe, femme de Xanthos, homme 
« très considéré à Milet et de bonne naissance ; elle laissait un enfant 
« de deux ans. Xanthos la regretta beaucoup. Aussi, réalisant une partie 
« de sa fortune, il réunit deux mille pièces d'or, se rendit en Italie et de 
« là, transporté à Marseille par quelques-uns de ses hôtes, il arriva dans 
« la Celtique. Parvenu à la maison que sa femme occupait avec un des 



1. Callimaque, E!ç Afj'Xov, vers 172-176, édition Schneider, t. I,p. 40. 

2. Preller, Griechische Mythologie, première édition, t. I, p. 480. Decharme, Mytho- 
logie de la Grèce antique, seconde édition, p. 377. 

3. Anthologie grecque, édition Didot, livre IV, épigramme 492, t. I, p. 368. 



140 H. d'Arbois de Jubainville. 

« plus illustres d'entre les Celtes, il demande l'hospitalité. On l'accueille 
« avec empressement, car les Celtes reçoivent très bien les étrangers; 
« il entre et aperçoit sa femme ; celle-ci l'attire à elle avec de grandes 
« marques d'amitié, et l'embrasse. Tout à coup le Celte survient, Hê- 
« rippe lui raconte le voyage de son mari, et comment il est venu pour 
« la racheter. Le Celte, saisi d'admiration pour Xanthos, réunit ses plus 
« proches parents et offre au nouveau venu un grand repas. Vers la fin 
« du festin, il fait placer la femme à côté du mari, et demande par inter- 
« prête à ce dernier quelle fortune il possède en ce moment. Xanthos 
« répondit que le chiffre se montait à mille pièces d'or. Vous parta- 
« gérez, lui dit le barbare, cette somme en quatre parts égales, vous en 
« garderez trois pour vous, votre femme et votre enfant, vous m'en 
« donnerez la quatrième comme rançon de votre femme. Puis Xanthos 
« et Hêrippe se retirèrent dans leur chambre ; alors la femme reprocha 
« à son mari d'avoir promis tant d'argent au barbare: Tu ne possèdes 
« pas cette somme, lui dit-elle, et tu cours grand danger si tu ne tiens 
« pas ta parole. Xanthos répondit que cette somme n'était qu'une partie 
« de sa fortune, qu'il avait caché dans les chaussures des domestiques 
« qui l'accompagnaient mille pièces d'or en sus de celles qu'il avait dé- 
ce clarées. En effet, il n'espérait pas que le barbare se contenterait d'une 
« rançon aussi modique, et ses prévisions étaient beaucoup moins heu- 
« reuses que la réalité. Le lendemain la femme raconta au Celte quelle 
« quantité d'or son mari avait apportée ; elle lui conseilla de tuer Xan- 
te thos. Je préfère de beaucoup ton amour, disait-elle, au plaisir de revoir 
« ma patrie, même mon enfant. Quant à Xanthos, je le déteste. Le Celte 
« ne prit aucun plaisir à ce discours et résolut d'infliger à celle qui 
a l'avait tenu le châtiment qu'elle méritait. 

« Lorsque Xanthos, après avoir payé la rançon de sa femme, désira 
ce partir, son hôte le reconduisit, emmenant avec lui Hêrippe. A leur 
ce arrivée sur la frontière du pays des Celtes, le barbare dit qu'il voulait 
ce offrir un sacrifice aux dieux avant leur séparation. Il fit approcher 
« une victime et pria Hêrippe de tenir cet animal. Tandis que la femme 
ce s'acquittait de ce soin comme elle en avait d'ailleurs l'habitude, le Celte 
ce leva son épée et frappa, mais au lieu de trancher la tête de la victime, 
« ce fut à Hêrippe qu'il coupa la tête. » 

L'auteur grec que nous traduisons n'a pas cru pouvoir peindre le dé- 
sespoir du mari ni reproduire les cris de douloureuse indignation que lui 
fit pousser une si cruelle violation de la parole donnée. Mais le barbare 
ne le laissa pas longtemps donner cours à ses regrets. Il lui raconta la 
perfidie d'Hêrippe et, généreux jusqu'au bout, ne prit pas congé de son 



La légende et les femmes dans l'nisioire des Celtes et de la Gaule. 141 

hôte sans lui avoir restitué la rançon qu'il avait reçue pour elle. Ce Gau- 
lois, au caractère si noble, s'appelait, dit-on, Cavara. 

On est généralement d'accord pour considérer ce récit comme une 
fiction. On ne sait rien de précis sur Aristodème de Nysa, le plus ancien 
auteur qui l'ait rapporté. Mais dès l'antiquité, l'histoire d'Hêrippe a été 
comprise dans le recueil de petits romans grecs que nous devons à Par- 
thénios, et c'est dans la collection des romans grecs qu'on l'imprime en- 
core aujourd'hui '. Cela ne nous empêchera pas de nous demander 
pourquoi Amédée Thierry n'en dit rien dans la partie de son histoire 
des Gaulois qui est consacrée à leur établissement en Asie-Mineure. Les 
légendes relatives à la fondation de Marseille ne sont pas moins fabu- 
leuses, et il n'en a point privé ses lecteurs. Mais ici, il a craint que le 
génie chevaleresque de la nation française ne repoussât un épisode où 
le caractère de la femme est présenté sous un jour si défavorable. Peut- 
être aussi a-t-il redouté, pour l'avenir de son ouvrage, la vengeance des 
lectrices qu'une telle peinture aurait mécontentées. 

Il a cru plus sage de donner place dans son livre à un autre petit ro- 
man grec dont les acteurs sont des Gaulois d'Asie-Mineure et où une 
femme montre une grandeur d'âme qu'on admirerait partout, mais qui 
offre ici un contraste frappant avec la bassesse d'Hêrippe. 

Tous ceux qui, chez nous, ont étudié l'histoire des Gaulois, connais- 
sent les malheurs et l'héroïsme de la jeune et belle Camma, prêtresse 
d'Artémis et femme de Sinatos, tétrarque de Galatie, c'est-à-dire un des 
quatre rois qui gouvernaient les Gaulois d'Asie-Mineure. Elle n'avait pas 
eu d'autre époux que lui. Elle l'aimait passionnément. Il éprouvait pour 
elle le même sentiment. Elle inspirait à tous ses inférieurs l'affection par 
sa douceur et sa bonté, aux autres, l'admiration par l'éclat de sa beauté 
que relevait la splendeur de son costume dens les cérémonies du culte 
d'Artémis. Un parent de son mari, Sinorix, devint amoureux d'elle. Si- 
norix était tétrarque ou roi, comme Sinatos, mais plus puissant et plus 
riche. Cependant il reconnut que toute tentative, soit pour séduire 
Camma par la persuasion, soit pour s'emparer d'elle par la violence, 
serait inutile. L'amour de Camma pour Sinatos et sa fidélité conjugale 
étaient un obstacle insurmontable. Emporté par l'ardeur de sa passion, il 
résolut la mort de ce mari trop heureux ; mais il n'avait ni motifs plau- 
sibles, ni assez de courage pour l'attaquer ouvertement ; il recourut à la 
ruse et le tua par trahison. 



1. Parthenios, EUpl èpwtr/.wv 7:aGr)(xaTwv, c. 8, édition Teubner-Hercher, p. 10-12; 
édition Didot, p. 8-9. Cf. Ch. Mùller, Fragmenta historicorum grœcorum, t. III, p. 307. 



142 H. d'Arbois de Jubainville. 

Camma, dans sa douleur, eût recours aux consolations que la religion 
lui offrait. Elle se consacra à peu près exclusivement au culte d'Artémis. 
Elle passait dans le temple presque tout son temps. Bientôt les préten- 
dants à sa main affluèrent ; parmi eux des grands seigneurs et même des 
rois; elle refusa de les recevoir. Enfin Sinorix se présenta; il eut 
l'adresse de pénétrer jusqu'à elle pour lui parler de son amour, de ses 
richesses, de sa puissance, qui lui donnait sur Sinatos la supériorité ; et 
il eut l'audace d'avouer à Camma qu'il était l'assassin de l'époux tant 
regretté. « Mais, si je l'ai tué », ajouta-t-il, « c'est par amour pour toi; 
« ma seule méchanceté est de t'avoir trop aimée ». Camma le repoussa; 
il revint à la charge à plusieurs reprises, chaque fois en vain. Mais les 
refus qui lui étaient opposés n'avaient pas la forme dure à laquelle on 
aurait pu s'attendre. Camma, qui d'abord avait semblé ne songer qu'à 
venger son mari, paraissait s'adoucir; car ses parents et ses amis, cher- 
chant à plaire au tout-puissant Sinorix, employaient tous les moyens de 
persuasion et même presque de contrainte pour la décider à consentir à 
cette union. Elle finit même par leur dire qu'elle cédait et elle donna 
rendez-vous à Sinorix dans le temple pour faire en présence de la 
déesse la célébration solennelle de leur mariage. Sinorix arriva à l'heure 
dite; toute la noblesse de Galatie, hommes et femmes, l'accompagnait. 
Camma alla au-devant de lui d'un air gracieux, lui tendit la main droite 
et le conduisit à l'autel de la déesse. Alors, accomplissant le rite tradi- 
tionnel, elle saisit une coupe d'or pleine d'hydromel : après en avoir 
versé quelques gouttes par terre en l'honneur de la déesse, elle en but 
une partie et invita Sinorix à boire le reste. Celui-ci, arrivé au comble 
de ses vœux, acheva la coupe tout ravi. Pendant qu'il buvait, Camma 
le regardait faire. Avant l'arrivée des invités, elle avait, dans la coupe, 
mélangé à l'hydromel un poison mortel. Quand Sinorix eut fini, elle jeta 
un grand cri où les assistants distinguèrent le nom de son défunt époux; 
puis elle se prosterna au pied de l'autel. « Je prends à témoin la véné- 
« rable déesse », dit-elle, « que si j'ai pu te survivre, cher Sinatos, c'est 
« grâce à l'espérance que j'avais de voir arriver cette belle journée. Ma 
« seule jouissance dans la vie était de penser que je te vengerais. Main- 
« tenant que je l'ai fait, je vais descendre pour te rejoindre dans le 
« séjour des morts. Quant à toi, Sinorix, le plus scélérat de tous les 
« hommes, au lieu de fête nuptiale, que tes amis et tes serviteurs te pré- 
« parent un tombeau. » 

En entendant ces paroles, Sinorix sentait déjà le poison agir et im- 
primer à tout son corps les premières convulsions. Il sauta dans son 
char, croyant que le mouvement et les secousses le soulageraient. Mais 



La légende et les femmes dans l'histoire des Celtes et de la Gaule. 143 

il ne put les supporter, se fit mettre dans une litière et cessa de vivre le 
soir même. La nouvelle de sa mort arriva au temple d'Artémis vers la 
fin de la nuit. Camma était à l'agonie. On lui annonça que le meurtrier 
de son mari n'existait plus. Elle eut encore la force d'en exprimer sa 
joie, puis la satisfaction empreinte sur ses traits, elle expira. 

Plutarque fut séduit par la beauté de ce joli roman. Il l'inséra deux 
fois dans ses œuvres morales, l'une dans son traité Des vertus des 
femmes ', l'autre dans son petit livre De l'amour; ce dernier ouvrage 
donne Camma pour le modèle de la veuve de bonne naissance qui aime- 
rait mieux, dit Plutarque, lesembrassements d'un ours et les enlacements 
d'un serpent que la couche d'un nouveau mari 2 . Polyen a aussi compris 
l'histoire de Camma dans le recueil d'anecdotes qu'il a intitulé Strata- 
gèmes. Ce récit dramatique présente tous les caractères d'une composition 
fabuleuse, et nous ignorons s'il a dans la réalité historique un fondement 
quelconque. Nous ne savons même pas si Camma, Sinatos et Sinorix ont 
jamais existé. 

De toutes les légendes féminines auxquelles on a donné place dans la 
plus ancienne histoire des Gaulois, la seule qui paraisse avoir pour base 
un fait réel est celle de Chiomara. Polybe racontait qu'il avait rencontré 
cette femme à Sardes, et qu'il lui avait parlé. Ici donc les plus sceptiques 
sont obligés de croire ; mais ce qu'on raconte de Chiomara est beaucoup 
moins merveilleux que l'héroïsme de Camma. Chiomara était une Gau- 
loise, femme d'Ortiagon, roi des Tolistobogii. Elle fut faite prisonnière 
dans une guerre contre les Romains, en l'an 189 avant notre ère; 
avec les autres captifs auxquels on avait conservé la vie, elle fut conduite 
dans le camp romain, près d'Ancyre, et elle y resta quelque temps sous 
la garde de soldats commandés par un centurion. Ce chef militaire, que 
Tite-Live donne pour un modèle d'avarice et de mauvaises mœurs, 
chercha d'abord à séduire Chiomara, et n'ayant pu y parvenir, il la 
viola. Ensuite il voulut, par un second manquement à ses devoirs de 
soldat, la vendre à son mari. Ortiagon accepta le marché, et une nuit, le 
centurion accompagné de Chiomara se rendit secrètement en un endroit 
convenu pour recevoir des envoyés d'Ortiagon la somme promise, et leur 
remettre la prisonnière dont le chef de l'armée romaine lui avait confié 
la garde. Quand il arriva au but, il trouva les envoyés d'Ortiagon avec 
un talent attique d'or, ce qui était le prix réglé d'avance, et il se mit à 
le peser avec une balance pour s'assurer qu'on ne le trompait point. 



1. C. îo, édition Didot, pp. 318, 319. 

2. C. 21, 22, édition Didot, p. 939. 



144 H. d'Arbois de Jubainville. 

Pendant qu'il était ainsi occupé, Chiomara donna en sa langue un ordre 
aux Gaulois qui venaient la chercher. Ceux-ci, obéissant, tirèrent du 
fourreau leur glaive, et l'un d'eux trancha la tête du centurion. Chiomara 
ramassa cette tête sanglante, l'enveloppa dans un pli de sa robe et, ar- 
rivant auprès de son mari, la fit rouler à ses pieds. « ma femme », 
s'écria Ortiagon, « quelle belle chose que la fidélité ! » « C'est vrai, » 
répondit-elle, « mais il y a quelque chose de plus beau encore; des 
« hommes qui vivent, un seul peut se vanter que je lui aie appartenu. » 
La vengeance avait effacé sa honte, et ses contemporains lui témoi- 
gnèrent une admiration respectueuse que la pureté de ses mœurs et la 
dignité de sa vie lui conservèrent jusqu'à sa mort 1 . 

Ici nous sommes sortis du domaine de la fable pour entrer dans celui 
de l'histoire. En lisant ce récit, dont quelques détails seulement sont 
œuvre de rhétorique, on sent qu'il s'agit d'une femme qui a vécu. Polybe 
ne nous trompe point quand il raconte qu'il a vu Chiomara et qu'il lui a 
parlé. Mais c'était au second siècle avant notre ère, c'est-à-dire à une 
époque où commencent à se multiplier dans l'histoire de la Gaule et des 
Gaulois les faits attestés par des témoignages contemporains. Au con- 
traire, les anecdotes féminines dont cette histoire est ornée à des âges 
plus anciens nous semblent toutes les produits exclusifs de l'imagination: 
les littérateurs grecs ne les ont pas seulement embellies, ils les ont créées 
de fond en comble pour flatter l'amour-propre des uns et pour amuser 
les autres. 

H. d'Arbois de Jubainville. 



i. Plutarque, De mulierum virtutibus, 22, édition Didot, p. 319. Cf. Tite-Live, 
livre XXXVIII, c. 19, 24. 



ÉTUDES BRETONNES 



m. 



UN CAS DE RENFORCEMENT DES CONSONNES. 

Les consonnes douces (autrement dites moyennes ou sonores) b,g, d, 
se prononçaient souvent avec une énergie particulière après une autre 
consonne, en vieil irlandais ; on les trouve alors fréquemment redoublées, 
bb, gg, dd, ou remplacées par les fortes (ténues ou sourdes) correspon- 
dantes, p, c, t ; ce dernier phénomène s'observe aussi en gaulois ou vieux 
celtique. M. Thurneysen, Keltoromanisches, p. 8, 9, regarde ces faits 
comme étrangers aux idiomes néo-celtiques de la branche bretonne. Je 
vais exposer les raisons qui me font penser le contraire. 

/. — Renforcement des consonnes douces après une nasale. 

1. Après m, un b celtique peut, en breton, devenir m, comme en 
gallois, ou rester intact, ou se changer en p. Exemples : 

Kampi, m., intérêt de l'argent ; du celtique latinisé cambium, change, 
cf. irl. lucht gaimbin, usuriers; bret. kemm, f., changement, différence. 

Kempenet, m., xm e siècle, Cartulaire de Landévennec, 31 ; Kemenet, 
Cartul. de Redon, 242, 338, aujourd'hui Guémené,m. M. de Courson tra- 
duit kemenet par « commendatio, beneficium, feodum ». Le sens primitif 
semble « fraction, portion », de la préposition corn et de benaff, couper, 
au xv* siècle [Catholicon] ; cf. gallois cymmynu, couper, bret. kemener, 
tailleur. 

Kemper, dans le nom de Quimper et dans Kemperele, Quimperlé, Cartul. 
de Redon, 261 ; gall. cymmer, confluent, de * com-ber-, latin con-fer-ri, 
cf. l'emploi de au^cpopÉovTat. Apollonius de Rhodes, I, 38. 

Quempret et compret, prendre (bret. moyen) = irl. moy. coimpert, 
Rev. Celt., VU 10 



146 E. Ernault. 

conception, de * combretis et* combërtis, même racine que dans kemper ; 
bret. kemercuî, je prends, bret. moy. quemeraff, gall. cymmeraf. 

Compot, territoire, commune (vieux bret.) ; gall. cwmmwt, probable- 
ment de * combuîis, équivalent celtique du grec <ni|xçuffcç; cf. v. bret. 
dicombit et dicomit « sans association, sans partage », et bret. ketnbot, 
kombot « étage, terrasse », Le Gonidec ? 

Tumpa, faire tomber dans un piège, du v. fr. tumber, tomber; tumpo- 
rell, du fr. tombereau. 

2. Après «, un g celtique peut subsister en gallois, en se fondant 
dans la prononciation avec cet n : il peut aussi, en gallois et en breton, 
disparaître ou se changer en c. Exemples : 

Enca, serrer, enc, étroit, Dom Le Pelletier, cf. gall. cyf-yng, étroit, 
v. irl. cum-ang, même rac. que le latin ango, gr. ày^w. Le bret. ec'hon, 
large, = gall. ehang, de * ex-ang, et le moy. bret. dianc « égarer », au- 
jourd'hui au participe dianket, = gall. diengu, échapper, doivent avoir 
la même origine. 

Guyncqal, ruer, P. Grégoire de Rostrenen, trécorois gwinkal, d'où le 
haut breton ouinquer ; cf. bret. gwingal, remuer, Pell., gwingal an lagad, 
cligner de l'œil, Davies, d'où le h. bret. guinguer elginger, Revue celtique, 
V, 222 = fr. guigner, anglais to wink. 

Lencquernenn (Catholicon), ver intestinal, auj. lenk-ernenn, cf. gall. 
llyng-yren, id. ; yslyw-en, llysyw-en, anguille, bret. sili-enn, Cath., auj. 
id. ; bret. stlaon-enn, petite anguille, gall. slow-en, anguille [Rev. celt., II, 
193) ; même racine que l'allemand schlange, serpent. 

Lonka, avaler, v. bret. ro-luncas, il avala ; gall. llyncu, comique lenky, 
v. irl. slucim = * sluncâmi, cf. gr. XuÇw, Xuyyavoaat, allem. schlucken, 
racine slu{n)g. 

Sanka, serrer, enfoncer, cf. gall. sengu, fouler, angl. to sink. 

Tonquaff, Cath., prédestiner, cf. gall. tynged, destin, tyngu, jurer, 
irl. tongim, bret. moy. toeaff, auj. toui. 

Le rapport de tonquaff à toeaff se retrouve dans les mots bret. mouenk, 
crinière, spouenk, éponge, à côté de moue — gall. mwng, irl. muing, et 
de spoue, gall. ysbwng, du lat. spongia; cf. aussi le rapport de enc à 
ec'hon. 

Le bret. renkout » falloir, devoir » (angl. / must et / owe), vannetais 
rikein, expliqué autrement, Mémoires delà Société de Linguistique de Paris, 
V, 257, peut correspondre au gall. rhyngu, intervenir, de rhwng, entre 
[rhyngu bodd, plaire). 

3. Après /î, un ancien d peut, en breton, subsister ou s'assimiler en 
n, ou se renforcer en t. Exemples : 



Etudes bretonnes. r 47 

Alamandes, Cath., auj. alamandes et damantes, amandes; banta, 
bander; confuntaff, Cath., confondre ; guintaff, Cath., guinder; lander, 
« landier », lantiguenn, Cath. « landie », etc., du français. 

Antell, P. Grég., rt/rte//, Le Gon., tendre (un piège), gall. annelu, id., 
annel, f. « action de tendre, piège » ; comique antell, antel, ruse, ten- 
tation ; = irl. indell « tendre, préparer, attelage », Windisch, Irische 
Texte, I, 637, 639; « état de quelqu'un qui est ensorcelé », cf. Win- 
disch, Berichte der K. saechs. Gesellsch. der Wissenschaften, Philol.-hist. 
Classe, 1884, p. 339; indel, lien, F élire ; innil, piège, O'Reilly ; intleda 
« insidias », manuscrit de Milan, etc. ; de la prép. gauloise ande? 

Kantol, chandelle, Cath. cantoell, vocabulaire comique cantuil, du lat. 
candila, d'où aussi le vieux corn, cannuill, gall. canwyll. 

Naontec, dix-neuf, Cath. nauntec, expliqué autrement, Gelticdeclension, 
96, semble venir de * nau[n)-dec, tandis que unnec, onze, = * un-dec. 

4. Après n, le son j peut devenir en bret. ch (franc.). Exemples : 

Chanchaff, changer, chancher, changeur, Cath., du fr. ; finchaff, 
feindre, Cath., du lat. fingere. 

Le mot blinchen, brinchin, cime, Pell., expliqué autrement, Keltoroma- 
nisches, 49, vient, je crois, de * blinjen pour *bleinyen,d. bleynenn, cime, 
Cath., blein, sommet de la tête, Grand Mystère de Jésus, 105, 190, 
gall. blaen, extrémité, v. gall. bréni, proue, irl. braineach, id., O'R. ; 
cf. l'expression gall. pen blaen Hong, id. 

De peur d'abuser du raisonnement post hoc, er go pr opter hoc, rappe- 
lons qu'en breton et en comique une sonore se change facilement en 
sourde toutes les fois qu'elle est finale ou suivie seulement d'une liquide, 
(sauf qu'en breton le z doux se confond très rarement avec le z dur). 
Mais l'état naturel de la consonne reparaît quand le mot s'augmente d'un 
suffixe, excepté ceux des degrés de comparaison, bret. -a, -et, -oc'h, des 
verbes en -{a)at, et des verbes en a qui veulent dire « recueillir, ramasser ». 
$. Les consonnes celtiques p, c, t, placées originairement entre deux 
voyelles, deviennent en breton b, g, d ; mais si la consonne qui précé- 
dait la première voyelle est une nasale, elle peut empêcher l'effet de 
cette règle, ou plutôt le réparer, par l'application des principes que nous 
venons d'étudier. Exemples: 

Amparfaret, tout effaré, Poèmes bret. du moyen âge, strophe 1 12, par- 
ticipe d'un verbe = gall. ymbatfalu, aller à tâtons, de ym = ambi et de 
palfalu, palfu,\à., cf. bret. moyen palf, paume de la main. On dit encore 
auj. amparfal, lourdaud, cf. ampafalek (mains) engourdies, Feiz ha Breiz 
du 2 3 août 1 87 3 ; du simple pafala, aller à tâtons, Pell. ; laouën parfaleca, 
paffalecq, morpion, P. Grég. 



148 E. Ernault. 

Amprevan, insecte, et ambrèan, Pell., de am(bi) ou, selon M. Stokes, 
de an = gr. àvâ, et de prenv, ver. 

Enkelc'her, lutin, Cath. enquelezr, géant, voc. corn, enchinethel, géant, 
de en = ande et de kinethel, génération, voc. corn. 

Hanter, demi, v. bret. hanter, de * hander = gall. hanner, pour 

* liant' ter, gaul. * samiteros. 

Intanv, veuf, Cath. eintaff=v. irl. ointam, célibataire, littéralement 
« tout seul », de * oinotamos (d'Arbois de Jubainville, Etudes grammati- 
cales sur les langues celtiques, p. 65). * Oinotamos devait donner en gall. 

* undaj, cf. Condaf de Cunotamos « le plus haut » . 

//. — Phénomènes semblables après une liquide. 

6. La provection de b en p après une liquide se montre déjà en 
vieux celtique : le nom des Alpes est transcrit en grec Albia et Alpia, cf. 
Keltoroman. 9. 

De même le mot carbanton, char, d'où KapSavro-ptyov, alternait avec 
carpenton, d'où le lat. carpentum et le nom géographique Carpentoracte, 
Carpentras, « lieu où l'on fait des chars » ^cf. Etudes grammat., 108 *), 
= irl. moy. cairpteoracht « art de conduire les chars », Irische Texte, 
I, 412. 

Les langues bretonnes ont, comme les langues gaéliques, des repré- 
sentants de ces deux prononciations : 

A carpenton, irl. carpat, comparez le v. bret. cerpit, chars ;à carbanton, 
irl. carbad, le gall. cerbyd, char (pour le maintien de rb intact, cf. tréc. 
korbonenn, grain charbonné, Rev. celt., I, 128, du lat. carbo). Ajoutons 
comme se rattachant au celtique carb- : bret. kalvez, charpentier = *car- 
bi(y)[ârios], fém. caluezeres, Cath. (cf. le v. irl. Coirbbre) ; bret. kilvi- 
zerez, charpenterie, = * carbi[y)âractâ ; bret. karvan, mâchoire, irl. 
carbad (cf. pour le sens le gall. car yr en); bret. karvan, ensouple de 
tisserand, gall. carfan. 

En effet, le passage de rb à rv en bret. est certain, par exemple dans 
barv, v. bret. barb, du lat. barba; et celui de rp à rv ne me semble pas 
prouvé, en dehors des finales, comme korv « corps », variante de korf. 
On trouve, pour justifier l'explication du bret. kalvez par * carpios, Et. 
gramm., 35, une comparaison du bret. darevi avec le gall. moy. darparu, 
préparer. Mais darevi vient de dareu, dare, prêt, mûr, et darparu pour 
* darbaru (cf. § 5), = do ou to -f- are -f- lat. parare. Le correspondant 
bret. de darparu est darbari « faire le métier d'aide-maçon», tréc. darbar 
et tarbar masonerien ou touerien (aider les couvreurs en chaume) et aussi 



Etudes bretonnes. 149 

if, aider à ramasser le blé ; cf. vann. darbarein « servir un maçon... ou 
des batteurs de blé, etc. », Dict. de l'A.; de zarbar forj... a hleu (le châ- 
taignier est bon) pour fournir de charbon la forge, Livr et labourer, 76. 
On trouve en moyen breton darbaret, travaillez (à servir les maçonsl , 
darbareur, plur. darbareryen, aide-maçon (Mystère de Sainte-Barbe, 
str. 77, 74 et 75 de mon édition). C'est ce mot breton, encore très usité, 
que M. Godefroy a trouvé francisé en darbareur, plur. dalbareulx, dans 
des documents écrits en Bretagne au xvi'' siècle, et bareus, cité égale- 
ment sans traduction par l'auteur du Dict. de l'ancienne langue française 
(« journées de bareus et de manouvriers ») est une corruption du même 
mot ; D. Le Pelletier cite, au mot tavarer, le haut breton dalbareur. Cf. 
comique darber, prépare, Beunans Meriasek, 2645 ; re tharbara, qu'il 
procure, ibid., 1681. 

Pour le changement de g en c après une liquide, voir §15. 

7. Exemples bretons et gallois de la provection de d après l: 
Cauter, Cath., chaudière, du bas-latin caldaria ; scautaff, Cath., 

échauder, de excaldare. 

Gall. melltith, malédiction, du lat. maledictum, dont le d s'est assi- 
milé à 17 dans le comique molleth et le breton mallo:. 

Comparez les différents traitements que subit en irlandais le vieux 
celtique meldos « agréable », identique au nom des Meldi, peuple de 
Meaux : v. irl. meld, agréable, v. irl. melddach, mclltach, irl. moy. 
mell,ià. 

8. D'autres renforcements, comme celui de v en /et de / en cli fran- 
çais), ont lieu de même en bret., après r et l: 

Amparfaret, amparfal, etc., § $, pour * ambarval-, gall. ymbalfalu ; on 
sait que 1'/ gallois se prononce v. 

Erfad « bien », en trécorois, de ervad = en mat. 

Melchonenn, Cath., trèfle, auj. id., de * meljonenn pour * melionen, 
gall. meillionen, trèfle, millynen, violette, v. gall. mellhionou, violettes, 
comique melhyonen, violette, même rac. que le corn, m/7/, pavot, et le 
v. bret. mel-gabr, glosant « ligustra » qui est lui-même expliqué par 
« flores papauerum » (Stokes). Meillionen semble dérivé comme les mots 
trécorois et \anne\a\s kel-ionen, mouches, mer-ionen, fourmi, et son rap- 
port avec millynen rappelle celui du tréc. trinchonen, oseille, = *trenk- 
yonen, au léonais trinchinen. L'/i du v. gall. mellhionou peut être amenée 
par l'accent d'une forme plus simple * mellhion = le collectif breton 
proprement pluriel melchon « du trèfle », de * melliônes ; cf. la notation 
du v. gall. centhiliat, chanteur, de * centhcl, chant (comme v. gall. 
hanther, demi). Cf. l'explication de blinchen donnée § 4. 



1 50 E. Ernault. 

9. Nous avons vu que rb peut rester ou devenir rv en breton. Vm 
après une liquide peut de même subsister ou être changée en v. 

Exemples de rm, Im intacts : 

Gall. gwrm, brun, v. irl. gorm, =z sanscrit gharmas, chaud, gr. 
Osoaôç, lat. formus. Des deux explications données, Rev. celt., III, 414, 
de l'ancien nom breton Gormaelon , qui subsiste encore aujourd'hui 
sous la forme Gourmelon, la meilleure me paraît être celle par gorm-aelon, 
a aux sourcils bruns ». Les formes du ix' ! siècle, Wormhaelon, etc., 
ont pour cause, ce me semble, non pas une variante celtique analogue à 
Pallem. warm, mais une altération bretonne semblable à celle que le mot 
gaou, gou, mensonge, v. irl. gô, qu'on a comparé avec raison au grec 
yauffdcSoç « menteur » Hésychius), éprouve dans les noms Hebguoeu 
(XII e siècle , plus anciennement Hepuuou itous deux dans le Cartul. de 
Landévennea, au ix e siècle Hebgoeu, Cartul. de Redon, p. 74. Ce nom 
est identique à l'expression bretonne heb gaou « sans mensonge », au 
xv e siècle hep gou, en comique hep gow et hep wow. 

Bret. et gall. garni, cri; br. koulrn, nœud, gall. cwlm; bret. talm, 
fronde, coup, gall. talm, espace, etc., formés de racines terminées en r, 
/, et d'un suffixe -me = lat. -men, gr. u.a. 

Vann. armerhein, épargner, ménager, = gall. armerthu, pourvoir, 
préparer. 

Exemples de rv, Iv, pour rm, Im : 

Coruo, profit, Sainte-Nonne, vers 219, mal écrit cozuo, v. 1902; 
coruo, Noueliou, str. 552, = v. bret. cormo « emulamenti », cormo tar 
<( prouectibus » : cf. coruoder, coruoader, profit, Cath. ; corvoi, avaler, 
P. Maunoir. 

Palv, paume, gall. palf, du lat. palma. 

Le latin arma a donné au v. gall. arm, bret. moy. et mod. armou; 
gall. mod. arjau. 

Le lat. terminus est devenu en bret. moy. et mod. termcn, m., terme, 
et en gall. terfyn; le vannetais terenein, « remettre au lendemain, ater- 
moyer » est pour * tervenein = gall. terfynu, terminer. 

Un doublet phonétique tout particulier se trouve dans les deux formes 
bretonnes du nom de l'Armorique, Armor et Arvor. M. Loth, De vocis 
Aremoricœ... forma atque significatione, p. 1 5, regarde la première de ces 
formes comme d'origine savante, mais c'est en partant de ce principe 
très contestable qu'une m après r doit nécessairement devenir v en breton. 
Armor et Arvor pourraient parfaitement provenir de la forme ar-mon- i 
que M. Loth nous montre, p. 13, usitée dès le iv e siècle. Mais il me 
semble plus probable que Armor seul en vient, et que Arvor se rattache 



Etudes bretonnes. i s ' 

à la forme antérieure are-mori-. Car il ne faut pas s'exagérer l'importance 
du changement sporadique de m en v après r : Morvan de Morman — *mori- 
man- ou* mâro-man- et pedervet « (la) quatrième » = * peteor-matos n'en 
sont pas des exemples certains, ce dernier mot a pu subir l'influence 
des formes comme seïzved = £?oot*<rro;, etc., etc., où Vm était originai- 
rement entre voyelles. 

M. Zimmer pense que la forme 'Açoo'puyoi, chez Procope, témoigne 
déjà d'une prononciation arvor-. En ce cas l'adoucissement n'en pourrait 
pas moins être l'effet de l'c ancien qui précédait m; cf. gaul. xo3pu.i et 
xo'paa, bière, = * cùr-me, à côté de cere-v-isia et cer-v-isia ? 

III. — Aspiration des consonnes fortes. 

10. Les consonnes ténues p, c, t, se redoublaient parfois après une 
autre consonne; en vieil irlandais, de même que les moyennes. Les 
langues bretonnes témoignent de la même prononciation. En effet elles 
changent régulièrement, par exemple, rp, rc et rt en rph, rch, rth; or, 
dans ces idiomes, les aspirées ph, ch, th (/, h, z) proviennent de pp, ce, tt. 

Ainsi le bret. kef, cep, vient du lat. cippus, et le bret. korf, corps, 
de corpp, qu'on trouve écrit ainsi en v. irl., en même temps que corp. 

Le bret. sec h, sec, vient du lat. siccus, et le v. bret. erderh « évi- 
dent », de * are-derec-, v. irl. airdirec, irdirec « conspicuus » pour 
* [p)are-derc, irl. aurdairc, cf. gr. Trspt8spxou.ai, regarder tout autour; 
bret. moy. derch, brillant. 

Le bret. saez « flèche », saézen « rayon », par z dur (comme le mon- 
trent le vann. seah, foudre, et le gall. saeth, flèche), vient du lat. sa- 
gitta, et le bret. nerz, force, vann. nerh, gall. nerth, de * nertt, cf. v. irl. 
nert, gaul. nerto-. 

En irlandais, au contraire, l'aspiration d'une ténue est un affaiblis- 
sement qui montre qu'elle se trouvait primitivement entre voyelles. 

Ainsi le gai!, gorphen, le bret. moy. gourffenn et le comique gorfen 
« une fin », = *ver-ppenn-, de *ver-penn-, sont parfaitement d'accord 
avec l'irl. forcenn = * ver-qenn-. Il en est de même du bret. moy. igue- 
riff, ouvrir, gall. agori, id., agorud, clef, en regard de l'irl. eochair 
« clef», d'une préposition finissant par une voyelle, et d'une racine qu'on 
retrouve dans l'irl. er-chor, coup, = gall. er-gyr, v. bret. ercor =: *are- 
cor-; gall. gwerchyr, couvercle, bret. goulc'her, Cath. gourcher = * ver- 
cor-; gall. ad-gori, rendre, bret. d-as-kori, d-a-corein, etc. 

Il y a, au contraire, désaccord réel entre les formes d'apparence si 
semblable, bret. luc'hed, gall. lluched, éclairs, voc. corn, luhet, « fulgur» 



r 5 2 E. Ernault. 

= * luccet-, et le v. irl. lôchet « fulminis » qui suppose un primitif par 
un seul c, comme le lat. lùcens ; l'antinomie apparaîtra plus clairement 
encore si l'on remarque que le terme gaul. qui correspondait au lat. lu- 
cerna a donné, d'un côté, le v. irl. lûacharnn, de l'autre le gall. llygorn, 
corn, lugarn, bret. lugern. M. d'Arbois de Jubainville a signalé en cel- 
tique des alternances semblables à celles du lat. cïïpa — h. cuve avec 
ciïppa = {r. coupe (Etudes gram., 72*); c'est là l'explication de cette 
dualité de formes primitives que supposent le v. irl. lôchet et le bret. luc'hed. 
1 1 . Après un / ancien le t ne semble pas s'aspirer en breton. 
Il y a une foule d'exemples de son maintien ; en voici quelques-uns : 
Aotenn, rasoir, v. bret. altin, irl. altan, v. corn, elinn, gall. moy. et 
mod. ellyn, cf. irl. art, pierre, et le nom gall. Arthur, bret. Arzur. 
Aoter, autel, gall. allor, du lat. ait are. 

leot,geot, herbe, gall. gwellt, corn, gwels, v. bret. gueltwcion herbeux, 
cf. v. bret. guolt, chevelure, corn, gols, gall. gwallt, v. irl. jolt, d'où le 
v. bret. guoliat « chevelue ». 

Kaot, colle, bouillie, même rac. que le grec xoÀÀa et que le bret. 
koulm, nœud. 

Maout, mouton, corn, mois, gall. molli, moll-wyn, v. irl. molt, bas 
lat. multo. 

Lorsque 17 ancien ne se vocalise pas en breton, ou ne fait pas s'assi- 
miler le t suivant, alors ce t devient non pas z = th ni àh, mais bien s, 
comme en comique : 

l'ois, voûte, Cath., et vannet. id., du bas lat. volta, comme le doublet 
baot. 

Kals, beaucoup, vann. id., Cath. cals, comique calge (rimant à falge 
« falsus »), cals dans cals meyn «tas de pierres » = * calt, cf. jtaota ? 

Il faut distinguer deux racines différentes dans les mots comiques guit 
et guill, gwyls, sauvage. Guill et gwyls répondent au gall. gwyllt et à 
l'angl. wild ; guit-fd « bête sauvage » — gall. gwydd-fil, plur. irl. fiad- 
mila. Le correspondant de guit en moy. bret. est guez par z doux, d'où 
d'un côté le léon. guez, vann. et tréc. goue, et de l'autre le vannet. guif, 
guihue = * guev, cf. Rev. celt , V, 1 28. 

Je suppose que le mot als « rivage » donné comme cornouaillais par 
M. de La Villemarqué, dans le dictionnaire breton-français de Le Go- 
nidec, est là par suite d'une mauvaise lecture, dans ses notes, de l'abré- 
viation corn, pour comique '. Le mot als est, en effet, dans le Vocabulaire 



1. Il en est de même sans doute de acdlen « sapin », Corn, (ibid.) ; le Vocabul. cor- 
nique porte aidkn abies » dont le correspondant breton est ezlcnn « tremble », Cath. 



Etudes bretonnes. 1 c. 5 

comique; il répond au bret. aod, au xnr' siècle <iu*, rivage, Cartul. de 
Landévennec, v. gall. ait, allt, ail « colline », auj. « écueil », irl. ait, 
ail, écueil, rocher; peut-être de la même racine que aotenn, cité plus 
haut. 

Le moy. bret. freals « franc », lat. emanceps, Cath.. frealsaff « déli- 
vrer, guérir, consoler », est emprunté au germanique : anglo-saxon 
fr'eôls, libre, fête ; vieux norrois friâls, libre, gothique frei-hals « liberté », 
proprement liberum collum. 

12. L'aspiration du c initial en breton après l'article masculin, par 
exemple dans ar c'hoat, le bois, n'est sans doute pas produite par l'r 
final : les Trécorois disent hon c'hoat « notre bois », quoiqu'ils n'aient pas 
changé \'n de cet adjectif possessif en r comme les Léonais, qui pro- 
noncent hor c'hoad ; on dit de même en Tréguier lion venn, notre tête 
(— honjenn, de penn), hon zat, notre père (de tat), cas où l'influence de 
la nasale est évidente, tandis qu'en Léon on prononce hor penn, hon tad. 
Du reste le manuscrit du Catholicon porte déjà azr an hoat, litt. « ser- 
pent du bois », et celui de Sainte Nonne an tro voar tron choat, le pour- 
tour du bois, v. 274. On peut attribuer à l'influence de l'article l'incertitude 
de l'initiale de certains mots comme moy. bret. dizyou camblit et ham- 
blit ~ comique deyow hablys « jeudi saint », irl. caplat, de capitilavium 
(Stokesl, où l'article est sous-entendu. Il en est de même des noms géo- 
graphiques tels que Penlwat, Talhouet= « bout du bois, front du bois». 
M. Luzel admet, Gwerziou Breiz Izel, II, 167, que Jaketa ar Penhoad 
peut signifier « Jacquette à la tête de bois », c'est-à-dire « l'entêtée » ; 
ce ne serait, en tout cas, qu'un calembour par à peu près, pour penn 
koat'. Comparez les formes géographiques actuelles qui suivent, ex- 
traites du Dictionnaire topographique du Morbihan, de Rosenzweig : 

Penhoat-Chef-du-Bois, où la seconde partie du mot est la traduction 
de la première ; 

Pen-er-ho'ét ; 

Talhouet-Penhélen = front du bois-bout du houx », cf. Penderf 
= « bout (du) chêne », Penfao ~ « bout (du) hêtre », Penbezu = « bout 
(du) bouleau » (p. 506) ; 

Talco'ét- Noyai, en 1 274 Talenquait. 

Pour le vrai sens de coït, cf. les deux mots Talco'ét et Talforêt; ce 
dernier est hybride et offre la traduction de la seconde partie de l'autre. 



1. A propos de toponomastique bretonne, j'ai eu tort d'expliquer Tollcflam comme un 
nom d'homme, Rev. celt., VI, ?8s ; M. de la Borderie m'a appris que c'est proprement 
un nom de localité des Côtes- du-Nord. et qui signifie littéralement « trou d'Efflam ». 



1 54 £• Ernault. 

Pour la suppression de l'article, cf. Talverne, en 1505 Talanguern; 
les deux mots Penvern et Penanvern, ibid., etc. 

13. Une gutturale produit assez souvent en vieil irlandais le redou- 
blement d'un t suivant : rectto « legis » génitif du thème qui se montre 
dans le gaul. Rectu-genos . Une prononciation analogue a donné lieu aux 
formes bretonnes comme raz, le droit, par z dur, tréc. id., vann. reih, 
gall. rhaith =rectt- ; comparez de même le v. irl. cumactte « puissances », 
au gall. cyfoeth, et le v. irl. tecttaire « un envoyé », au gall. taith, voyage, 
bret. tiz, hâte. 

L'effet de la gutturale sur la dentale se montre par le changement de 
ci en / dans le bret. moy. et mod. matez, servante, de mayteth pour 
maghteth, formes gardées en comique ; cette langue avait plus ancien- 
nement mahtheid « vierge », prononcé probablement maghteith = v. irl. 
-macdacht. 

14. En comique, Vs de calys « dur », a produit l'aspiration de l'ini- 
tiale du mot suivant peyn « peine » : calys feyn « peine dure ». 
M. Stokes a expliqué l'aspiration des ténues dans les langues bretonnes 
après certains mots par un effet analogue d'un s final qui terminait an- 
ciennement ces mots. Cette théorie me paraît plus satisfaisante que celle 
qui est exposée, Etudes gramm., 72 *. Par exemple, le v. irl. trî, trois, 
n'affectant pas la ténue initiale du mot suivant, prouve que la forme du 
vieux celtique était *trls = gr. xpEtç, lat. très. 

De plus, Vs final primitif paraît, sous la forme d'une aspiration, devant 
une voyelle, dans l'adjectif possessif féminin : irl. moy. et mod. a h-anam, 
son âme à elle, gall. ei henaid, trécorois hec , h ine ; v. gall. hi hataned, 
ses ailes à elle, cf. hic' h arched, sa châsse à elle, Gwerziou Breiz Izel, II, 
528. M. Hingant remarque, dans sa Grammaire bretonne, p. 219, que 
les nasales et les liquides se redoublent dans la prononciation, en Tré- 
guier, après ce mot he « son à elle » '. Il paraît qu'il en est de même en 
irlandais 2 . En v. irl. a « son à elle » n'affecte pas l'initiale suivante, 
tandis que a « son à lui » aspire, c'est-à-dire affaiblit les ténues. Bopp a 
donné la vraie raison de ces faits en regardant l'adjectif possessif dans 
les langues néoceltiques comme venant d'un ancien pronom au génitif; 
au masculin, ce pronom était terminé par une voyelle, et au féminin 
par un s, les deux suffixes étant respectivement identiques à ceux du 
sanscrit asya,oiÙTo~j, et asyâs, aùr/j;. On peut comparer Vh de l'irl. a-h 



1. M. G. Milin m'a appris que cette prononciation existe dans le haut Léon. 

2. Cf. Ihaddaeus Connellan. The King's letter, translated into irish with a grammatical 
introduction to the irish language.... 2nd éd., London, 1825, p. 21. 



Etudes bretonnes. 1 5 5 

anam « son âme à elle », à celle de a hùil « son œil à lui », qu'on écrit 
a shûil. Le pronom personnel féminin du breton, qui produit aussi l'as- 
piration des ténues, peut tout aussi bien avoir été influencé par l'adjectif 
possessif correspondant que l'avoir influencé lui-même ; cf. les locutions 
comme evit he c'haret « pour l'aimer », primitivement « pour son amour », 
littéralement « pour l'amour d'elle ». 

Mais la cause de ces aspirations initiales du breton une fois admise, 
reste à savoir de quelle façon elle a agi. Tri fenn, « trois têtes », est-il 
pour * trls-ppenn-, comme le corn, calys feyn est pour * calys ppeyn; ou 
bien faut-il supposer une assimilation de Ys primitif au p suivant, * trlp- 
penn-1 De même le moy. bret. daffar « matériaux », Sainte-Barbe, 58, 
mal écrit saffar, ibid. 354, = gall. daphar, daffar, préparer (Owen 
Pugh), cf. bret. tavarer, aide-maçon, Pell., vient de do ou to, -j- ate 
— (— lat. parare; mais représente-t-il * dappar de * dath-ppar, ou de * dap- 
par pour *d'aïpar ? Je ne discuterai pas cette question, non plus que 
d'autres faits relatifs aux mutations dont il est fait mention Rev. celt., 
III, 237,238, et V, 269, et où le phénomène phonétique qui est le 
sujet du présent article peut se trouver intéressé en même temps que 
d'autres d'une nature différente, comme l'assimilation progressive. 

IV. — Aspiration des consonnes douces. 

15. Un g celtique précédé d'une liquide peut, dans les langues bre- 
tonnes, suivre deux voies différentes : soit devenir g, y, a, s'assimiler à 
la liquide précédente ou disparaître, soit devenir c, ch. Exemples : 

Argant, v. bret., v. gall. et v. corn. [Rev. celt., I, 338), resté en 
bret. moyen ; argant, vann. et cornouaillais ; ariant, arlan, gall., r= irl. 
argat, cf. gaul. Argento-magus, lat. argentum ; bret. moy. archant, léon. 
et tréc. archant, corniq. archans, arhans, =■ * arccant-, cf. irl. moy. 
arcat. 

Bara, pain, bret., corn., gall., ci. v. irl. bairgen = * barg-lna ; voy. 
plus bas cola. 

Bargaigna, barguigner; barkaigna, id., Pell.; du fr. 

Bera, monceau, gall., cf allem. berg, montagne. 

Boly, bola, bol, ventre, bul, cosse, gall. — v. irl. bolg, sac, gaul. 
bulga ; bret. bolc'h, belc'h, cosse du lin, polc'h, P. Grég.; cf. v. irl. 
bolc « outre ». L'allem. balg a de même les deux sens de « peau » et 
de « cosse, gousse ». En petit Tréguier, bolc'li veut dire « l'enveloppe 
contenant encore la graine de lin », et tolcVi cette même enveloppe, 
quand la graine en a été ôtée. Ces deux formes sont des doublets, de 



156 E. Ernault. 

sorte que le vann. tolgenn « bogue de châtaigne », Troude, peut se 
comparer au v. irl. bolg. Le passage de b à t par l'intermédiaire de à 
(cf. Rev. celt., III, 54 ; V, 219) se retrouve dans trézen et drézen f., 
« langes », Le Gon., trezenn, Cath., = v. gall. bretliinn-ou, id., cf. irl. 
brat, manteau. 

Boulc'h, bret., bwlch, gall., entaille; irl. balg, fente (Thurneysen). 

Bourg, P. Grég , bourk, tréc, « bourg », = lat. burgus ; bret. moy. 
bourchis, auj. écrit bourc'his, bourgeois, de bourc'h, bourg, = v. irl. 
borcc. 

Caly, gall., « veretrum », = irl. calg, épée (Stokesl ; bret. kalkcn, f., 
nerf de bœuf, de * calg-inâ ; une composition avec kenn « peau » eût 
donné un mot masculin ; bret. moy. cakh « veretrum ». Voy. lesuiv. 

Cola, col, barbe d'épi, gall., = irl. colg, v. gall. colg-inn, id., auj. 
colyn, pointe. Ce mot est une variante du précédent. Le rapport de cola 
à colginn (et probablement kalken ) est le même que celui de bara à 
bairgen (et peut-être de bola à tolgenn). 

Daly, dala, dal, tenir, gall., cf. irl. delg, attache, broche, racine sans- 
crite darh, tenir; bret. moy. dalch, auj. dalcli, attache; cf. delc « mo- 
nile », Vocabul. corniq. 

Derien, nom propre breton actuel, au ix e siècle Dergen, Cartul. de 
Redon, p. 46, peut venir de Dorgen, Durgen, ibid., * Dubrgen, cf. Dubr- 
ien, ibid., * Dubrogenos, cf. Dobrogen , ibid., et signifier « fils de 
l'eau » ; expliqué autrement, Rev. celt., III, 408. Cette terminaison -ïen, 
-gen, fréquente dans les noms du vieux breton et du v. gall., était ori- 
ginairement précédée d'une voyelle ; il semble pourtant que le chan- 
gement du g en y ait pour cause le contact de la consonne, qui d'ailleurs 
peut n'être pas une liquide ou une nasale. De même le changement de 
guelt (v. bret J , geot « herbe »,en ieot, a dû se faire d'abord après Vn de 
l'article. Un doublet semblable de gwerch, adj. « vierge », en trécorois, 
est le subst. y'êlc'h « fiancée » [ë du français le). 

Eiry, eira, neige, gall., de * airg = * argi-, cf. gaul. Argiotalus, « au 
front blanc » ; bret. moy. erch, auj. erc'h, vocab. corn. ireh. 

Felch, Cath., auj. felc'h, rate; irl. selg, gr. <7rcÀâyy_-vov. 

Guerg, v. br. « efficace », = gaul. vergo-\bretus), César, cf. gr. 
£v-(/")Epyo'ç « efficace »; v. bret. guirhter, énergie = * guerc-ter, cf. la 
monnaie gauloise qui porte VERCOBRÈTO. 

Cùiriéss, gàérhiéss, vann. « vierge », L'A., etc. ; du lat. virgo et du 
suffixe -es, qui n'a la forme -les que dans des sous-dialectes comme celui 
de Sarzeau, cf. gall. gwyra, pur, = virg[6] ; moy. bret. guerch, adj., 
guerches, subst.; léon, guerch, guerc'hez; corniq. gwyrches. 



Etudes bretonnes. 1 57 

Heul, suite (heulia, heuill, suivre), bret. ; v. bret. ol, suite, gall. ol, 
plur. v. bret. olguo, cf. allem. folge. 

Merch, fille, gall., corn., moy. bret.; bret. merc'h; lith. merga. Le 
ch est expliqué différemment, Rev. celt., I, 574. 

Mergidhaam, v. br. « hebesco », Cath. merglaff rouiller, auj. mergla, 
id., irl. meirg, rouille, cf. gr. [xàpyoç, sot; Cath. merclet, merclus, rouillé, 
auj. merkla, rouillé, v. irl. meïrc, rouille (accusatif). 

Myrierid, gall., perles, du lat. margarita; bret. Marc'hant, Margue- 
rite. 

Orgidt « qui tue », v. br., cf. irl. org-un, action de tuer, et Orge- 
torix, César; irl. orcun, action de tuer; cf. ORCIITIRIX sur une mon- 
naie gauloise. 

Orgued eloryadez, amourette, P. Grég. , cf. opyiita. 
Perguen, moy. bret. « proprement, nettement », corniq. poren (Beu- 
nans Meriasek, v. 1810) et poran « exactement ». 

Serch, concubinaire, Cath. ; gall. serch, amour = v. irl. sera, cf. v. 
irl. serc, auj. searc; gr. c-Topy^. Cf. Eusorgit, Eusurgit, Eusorchit, 
ix e siècle, Cartul. de Redon, = * avi-sorg- et *avi-sorc-? 

Le ch peut tomber ou être assimilé après une liquide, en breton et en 
comique : v. bret. -marroc, chevalier, auj. [Ker-)marec,= v. br. -mar- 
hoc, Marcoc, = * marcâcos ; corniq. marrec, chevalier, marogeth, che- 
vaucher, Cath. marheguez, id., gall. marchogaeth, id. et « action de che- 
vaucher ». Le P. Grégoire remarque que dans le mot breton marheguez 
« chevaucher », 1'/; ne s'aspire point. A cause de ce trait commun de la 
phonétique de g et de ch, on peut discuter la valeur de certaines formes 
comme le bret. dal, dalit, tenez, et le corn, en, er, neige. 

Je n'examine pas quel son peut représenter dans différents cas la no- 
tation gh, par exemple dans le v. gall. helgha « chasse » (impératif), cf. 
irl. selg, chasse, gall. hel, hely, hela, chasser, à côté du v. gall. helcha, 
chasser, bret. moy. hem-olch = selc. Le comique helhia, chasser (voc.) 
se rattache probablement au premier groupe [=*helya, cf. vann. gue- 
ryes, écrit ordinairement guerhies). Du reste il a dû se produire, entre ces 
séries parallèles, des faits de contamination analogique, dans la pronon- 
ciation comme aussi dans l'écriture (cf. la notation gch pour le son ch 
dans le v. gall. iurgchell, chevreuil). M. Loth regarde Va de helgha et 
de helcha comme appartenant au suffixe qui correspond au breton -{a)at; 
je suppose plutôt que cet a est le même que celui de la forme actuelle 
hela. 

16. Le passage de rg à rch, en breton, a pour analogues, du moins 
quant au résultat, le changement de rd en rth et celui de rb en rph. 



158 E. Ernault. 

L'écriture ne distingue pas, en moyen breton, z doux de z dur, et ils 
riment ensemble, comme toutes les consonnes douces riment avec les 
fortes correspondantes. Mais le trécorois et le vannetais traitent toujours 
z après une liquide comme un z dur: le tréc. urz, ordre, et le vann. 
urh, du lat. ordo, par exemple, peuvent représenter une forme * urth, et 
le moy. bret. urz a pu se prononcer ainsi. De même le tréc. barz et 
le vann. barh, barde (Cath. barz) du gaul. bardos, sont d'accord avec le 
comique barth et non avec le gall . barda. 

Le gallois même n'est pas toujours étranger à ces faits. Ainsi en re- 
gard du v. gall. guardam, je ris, auj. chwarddaf, racine svard, on a les 
formes suivantes: gall. chwerthin, rire, Vocab. corn, huerthin, tréc. c'hoer- 
zin, vann. hoarhein ; il est probable que le moy. bret. huerzin a un z 
dur. 

Rf, If, de rb, Ib, ne se trouvent en breton que dans des cas où les 
formes intermédiaires rv, Iv, sont certaines: ainsi kalfichat, travailler le 
bois, Rev. celi., IV, 157, dekalvizia, Le Gonidec, dekalvez = *carbid-, 
cf. §6; elfezen « zizannia », Cath., elwezen ravenelle, Pell., vann. al- 
venn, alouenn « raifort », Troude, cf. le bret. irvin, navets, gall. erfin 
= * erb-in- , auxquels M. d'Arbois de Jubainville a comparé le gr. 
pa<f.àvY). 

Pour ces deux classes de consonnes faibles le renforcement a eu lieu 
sans doute seulement après une première mutation en sens inverse (adou- 
cissement de b, d en v, dh) . Pour g, au contraire, il y a eu souvent deux 
mutations successives dans le même sens: renforcement de g en c; ren- 
forcement de c en ch ; et l'irlandais nous offre des traces de toutes ces 
étapes : g, gg, c, ce. 

Comme analogie à cette histoire de la gutturale douce en breton après 
une liquide, on peut observer que la dentale forte devant les liquides 
avait subi en moyen breton deux affaiblissements successifs. C'est, du 
moins, l'explication qui me semble la plus probable, de faits exposés 
sous un jour tout différent, Etudes gramm., 81 *. 

La question est de savoir si, en moyen breton, zr venant de tr con- 
tient un z dur ou un z doux. Je crois que c'est un z doux, et que l'inter- 
médiaire entre le / vieux breton et le z moy. bret. a été d. 

Par exemple, le bret. moy. go-zro, traire, ne vient pas directement 
du v. bret. guo-tro-, mais de la forme go-dro conservée en gallois. Le 
moy. bret. go-zronauet, baigner, vient de même d'une forme correspon- 
dant au v. irl. fo-thrucad, qui serait en gall. * godrochi, cf. ymdrochi, etc. 

Ces formes intermédiaires ne sont pas, du reste, sans exemple en 
breton : ainsi le v. bret. hoetl « âge », a une variante hoedl dans Hoedl- 



Etudes bretonnes. 1 59 

monoc, Cartul. de Redon, 158, = gall. hoedl; c'est ce à qui est devenu 
z dans le moy. bret. hoazl, par un second affaiblissement semblable à 
celui qu'a éprouvé le v. bret. cadr « beau » = gaul. -cadros, gr. xe-xa8- 
[/ivoç, en moy. bret. cazr. M. Stokes a comparé avec raison à hoetl le 
latin s£culum ; ces deux formes viennent de * së-tlom. 

On peut voir des exemples, en breton moderne, de z venant de t par 
l'intermédiaire de d, Rev. celt., V, 126. 

Je crois donc que tr devient en breton moyen dhr, tandis que rt, au 
contraire, donne rth. 

V. — Quelques rapprochements phonétiques. 

17. Malgré des différences notables entre l'action phonétique qu'un 
son exerce sur celui qui précède et sur celui qui suit, différences dont je 
viens de donner un exemple, on ne peut s'empêcher de remarquer des 
analogies entre ce qui se passe des deux côtés de cette mince frontière 
que représente une lettre. En voici quelques-unes : 

En vieil irlandais, l'affaiblissement du t est empêché par la présence 
de /, n ou 5 avant cette lettre. M. Stokes a montré que le même fait se 
produit lorsque Vs vient après le t [Zeitschrift fur vergleichende Sprach- 
forschung, N. F., VIII, 1, p. 72). 

Les liquides et les nasales semblent quelquefois renforcer une con- 
sonne douce qui les précède comme nous avons vu qu'elles le font pour 
une consonne douce qui les suit. Exemples : 

Bret. klouar, tiède, gall. clauar,=z* cliaros, de* e,liaros = gr. /Àiàpo'ç. 
M. Rhys, pour ces mots, suprose un primitif * scliaros ; mais leur rap- 
port peut être analogue à celui de sTopyr, au vieux celtique * sorcâ, 
* serca. 

V. irl. trên « fort », cf. Macutreni, Trenegussi (ogamique Trenagusu, 
maq'i Treni), Hùbner, Inscr. Britanniae christianae, n° 108, Trenacatus, 
ibid., n° 114; Trenalugos, inscr. ogamique, Stokes, Celtic declension, 75. 
Le comparatif du v. irl. trên est tresa, tressa, = bret. trec'h, gall. trech; 
trên est donc pour * trësnos, et tressa pour * trësyas. Il est difficile de sé- 
parer * trësnos du sanscrit dhrsh-nûs « hardi », et de ne pas voir dans 
*trësyâs le comparatif d'une forme répondant au grec Opasûç. Le t initial, 
au lieu de d, est l'objection la plus sérieuse ; la persistance de \'s dans 
tressa peut s'expliquer par l'analogie de la variante légitime * dersyas, 
comme le 5 de Opasu; est dû à la forme parallèle *ôap^ûç d'où Qapffuvw. 
C'est ainsi que l'ancien r voyelle produit sur le c suivant l'effet d'une 
consonne, dans les langues bretonnes: le gall. drych, aspect, et le v. 



i6o E. Ernault. 

bret. drih-, dreh- (dans des noms du Cartul. de Redon) diffèrent de Spotx 
dans ISpoxov et du v. irl. drech, aspect, =a * drëc-, en ce que le ch gall. 
et bret. = ce a été amené par la variante * dire, * dire, analogue à oapx 
dans eoapxov ; cf. le rapport de l'irl. coimpert au moy. bret. compret. 
M. Rhys a signalé, Rev.celt., I, 363, des changements de ^r initial 
en tr, dans le gallois moderne. 

L'accent est sans doute une des causes du renforcement des consonnes 
douces, à la fin des mots, en breton et en comique ; mais il faut remar- 
quer que ces consonnes sont, la plupart du temps, en contact avec une 
autre consonne commençant le mot qui suit. Ce contact fait parfois 
changer la dentale ténue en aspirée ou en sifflante. 

Ainsi de même que le d du fr. remède s'est renforcé en î dans le bret. 
moy. remhet, le t du bret. moy. bel « monde » est parfois suivi d'une h, 
beth, pour représenter probablement une prononciation bett, qui va jus- 
qu'à l'aspiration, bez, quand le contact du mot suivant est trop intime : 
bezcoaz « jamais », cf. corniq. bythqwath whath « jamais encore » 
(Gwreans an bys, v. 1454). De même on a le moy. bret. et eleth, blé, et 
le composé guiniz, froment, vann. guneh, gall. gwenith, =z* vind-itî- ; les 
formes bretonnes Binniguet, Binnigueth et Bïnniguez « béni », au com- 
mencement du xm e siècle [Rev. celt., III, 401), etc. Le comique a com- 
mencé le changement de î final en s par les cas où ce / venait après n 
ou / ; nous avons vu que le breton, pour éviter le son Ith, en a fait éga- 
lement Is. 

Sauf dans ce cas particulier, le breton conserve fidèlement la distinc- 
tion de th et s, après une consonne ; mais devant une consonne, surtout 
une gutturale, le z breton = th devient très souvent 5; tréc. biskoaz, 
vann. biskoah, = moy. bret. bezcoaz. Voici un autre exemple d'aspira- 
tion de t devant une gutturale (cf. §13): 

Quezquen bras, tellement grand, Gr. Myst. de Jésus, 90; quesquen 
dispar, tout particulièrement. Sainte-Barbe, $$0, var. quez quen ; hep 
quezquen, sans rien de plus, ib. 81, var. heb quel quen (rime en et) ; 
quezqu'en tenn... ne mennas si durement qu'il ne resta... Noueliou, 1 36; 
quezqu'en net, très pur, 141 , quezquen dyfflat (lis. diffuat) très cruellement, 
13$. L'expression hep quet quen revient souvent dans Sainte-Barbe. 

Quezquement penn so enn hy, toutes les personnes qui y sont, Sainte- 
Barbe, 320, var. qnez quement; quezquement den so en grâce, toute per- 
sonne qui est en état de grâce, ib. 557; de quet -f- quement, cf. quet 
queffret, en même temps, Sainte-Nonne, v. 1 1 27, quet gueffret, Myst. de 
Jés., p. 206, = corniq. kekejrys, Meriasek, 316, cf. kescolen « with one 
heart », Meriasek, 1769, etc. 



Etudes bretonnes. 161 

C'est évidemment ce mot quezquement qui se trouve dans le vers de 
Y Avocat Pathelin, 

Quel queuient ob are douch ama, 

Rev. celt., IV, 451, cf. 454; il faut lire, comme l'indique la rime, quel 
quement ol dre douch aman, et traduire probablement « vous tous qui êtes 
ici ». 

Emile Ernault. 



Rev. Celt. Vil 



FLORA CELTICA. 



L'étude des noms de plante est utile à plus d'un point de vue : elle 
fournit des identifications précises à l'explication des textes ; elle donne 
aux linguistes des documents d'origine vraiment populaire; par ses rap- 
ports ou ses différences, elle permet à l'ethnologue de grouper ou de 
séparer plusieurs branches de la même race, et elle éclaire sur les em- 
prunts d'une race à une autre. Enfin, les légendes des plantes et les 
usages superstitieux dans lesquels figurent les plantes fournissent à la 
mythologie des renseignements et des points de comparaison. La mytho- 
logie des plantes est un des étages inférieurs de la mythologie générale 
qu'il importe le plus de connaître. 

Les peuples celtiques sont malheureusement en retard sur les autres 
peuples européens pour tout ce qui peut éclairer leur histoire morale et 
légendaire. Un grand nombre d'études ont été faites chez les peuples 
latins, germaniques et slaves, qui n'ont pas leur parallèle chez les peuples 
celtiques ; on ne semble même pas se douter souvent de la tâche qui 
reste à accomplir. Ce qui touche à la linguistique proprement dite et à la 
grammaire comparée est mis en œuvre avec ardeur : œuvre utile, mais 
qui serait plus utile si elle ne faisait pas négliger ou dédaigner les 
autres branches de la philologie, et si les celtistes prenaient pour modèle 
de grands philologues comme Jacques Grimm qui comprenaient dans une 
même étude et faisaient marcher du même pas la grammaire comparée, 
la linguistique, l'histoire littéraire, la mythologie et le classement des 
légendes. 

L'étude de la Flore populaire est une de celles dont on se doute le 
moins dans les pays celtiques ; une de celles, pourtant, où il se serait le 
plus facile à des hommes de bonne volonté de faire un travail utile : en 
effet, un peu de bonne volonté et de l'esprit d'exactitude suffiraient. Re- 
cueillir les noms populaires d'une plante et les enregistrer sans les cor- 
riger ou les modifier: rassembler les dictons, les légendes, les usages qui 



Flora Celîica. 162 

se rapportent à cette plante, faire de ces documents accumulés un dic- 
tionnaire ou les éléments d'un futur dictionnaire, voilà un travail qui de- 
vrait tenter quelqu'un des rares amis restés encore aux langues celtiques ' . 
Mais un travail de ce genre est d'apparence trop modeste pour attirer 
les amateurs qui prétendent maintenir le culte de leur vieille langue; ils 
préfèrent faire œuvre de dilettantes, et, s'imaginent-ils, d'écrivains ori- 
ginaux i!), en rédigeant des vers ou des articles sans intérêt dans des 
feuilles qui ont une « colonne celtique ». Comme nous donnerions 
volontiers ce qui remplit les trois quarts du Ga.dk Journal de Dublin 
et des publications similaires, pour quelques colonnes de documents de 
folk-lore! Et quand il s'agit de langues qui, comme l'irlandais, sont à la 
veille de périr, si on n'essaye pas aujourd'hui de recueillir ces documents 
linguistiques et folk-loriques de la bouche des vieilles gens, demain il sera 
trop tard ! Mais les Celtes sont, paraît-il, trop en retard sur leur époque 
pour comprendre les desiderata de la science. 

Il y a quelques années, j'avais eu l'idée de compiler une Flore popu- 
laire des peuples celtiques 2 . J'aurais réuni les documents déjà publiés, 
j'aurais fait appel à des correspondants pour me fournir la variété des 
noms populaires et surtout les légendes; chaque plante aurait eu ainsi sa 
monographie embrassant l'ensemble des peuples celtiques : ce dictionnaire 
eût été, je pense, aussi utile au linguiste qu'au mythologue. J'ai dû re- 
noncer à ce projet, en partie faute de temps et surtout parce que les ma- 
tériaux rassemblés étaient insuffisants, et parce que je n'aurais pu me 
renseigner d'une façon assez complète dans les pays celtiques. Ce sont des 
travaux qui doivent avoir un caractère local, être faits pour un pays 
particulier par un homme du pays : la synthèse est possible plus tard par 
la coordination des travaux locaux. Nous voudrions que les savants des 
pays celtiques se missent courageusement à cette œuvre, surtout en Ir- 
lande; ils trouveraient un modèle dans la Flore populaire de la France 
que va faire paraître M. Eugène Rolland. En attendant, il ne nous paraît 
pas inutile de publier les indications bibliographiques que nous avions 
réunies en vue de notre travail abandonné ; nous y mentionnons plusieurs 
ouvrages spéciaux, peu ou point connus en dehors des pays où ils ont 
paru, et ces indications peuvent être utiles — au moins aux celtistes du 
continent. 



i. Ce que nous disons ici de la flore peut s'appliquer aussi à la faune; voir par 
exemple le curieux et utile ouvrage que M. Eugène Rolland a écrit sur la Faune popu- 
laire de la France, 6 vol. in-8. Paris, Maisonneuve, 1877 -1883. 

2. Comme supplément à la Flore que prépare M. Eug. Rolland. 



164 Gaidoz. 



ANCIEN CELTIQUE. 

Noms de plantes cités dans : 

1) Dioscoride (i er ou 11 e siècle après J.-Ch.) passim. — Sur les noms 
barbares de plantes cités par le grec Dioscoride, voir E, Meyer, Ges- 
chichte der Botanik, t. I. 

2) Pausanias (11 e siècle ap. J.-Ch.), Liv. X, ch. xxxvi, § 1. — Il 
s'agit d'un mot galate uç qui paraît désigner le chêne à kermès [quercus 
coccifera); voir G. Perrot, Mémoires d'archéologie, etc. Paris, 1875, 
p. 2 56 et suiv. 

$) Marcellus de Bordeaux (fin du iv e ou commencement du v e siècle 
ap. J.-Ch.). Les noms gaulois de plante sont cités dans le mémoire que 
J. Grimm a consacré à cet écrivain [Mém. de l'Acad. de Berlin, 1847, 
p. 4?$ et suiv. 

Sur plusieurs de ces noms, voir M. d'Arbois de Jubainville dans les 
Mémoires de la Société de Linguistique, t. II, p. 69, et M. Whitley Stokes, 
Celtic Declension,p. 77 (Extrait des Transactions of the Philological So- 
ciety for 1885). 

4) La plupart de ces noms, et d'autres encore épars dans les écrivains 
de l'antiquité ' sont réunis, mais à leur ordre alphabétique, dans lelexique 
qui termine les Origines Europœa de Diefenbach, Francfort-sur-le-Main, 
1861. 



IRLANDAIS. 

A) IRLANDAIS ANCIEN ET MOYEN. 

La riche collection de manuscrits que nous a laissée l'Irlande celtique 
contient un certain nombre de traités de botanique. Ils sont jusqu'ici 
restés inédits: il serait pourtant intéressant d'en publier les principaux, 
parce qu'ils fourniraient des noms anciens des plantes, et aussi parce que 
ces traités — traduits la plupart du latin — font suivre d'ordinaire le 
nom irlandais du nom latin. On a ainsi une identification, et quand on 
rencontre dans un texte un nom obscur de plante, ces traités permettront 
d'en connaître le sens . 



1. Par exemple le mot amella « thym » conservé par Servius et étudié par M. Wh. 
Stokes dans les Beitraege de M. Bezzenberger, t. IX, dans un article intitulé Celtic Ely- 
mologies. 



Flora Celtica. 16$ 

Je donne ci-dessous les textes dont je trouve la mention dans mes 
notes : cette liste sera facilement augmentée par les Irlandistes. 

Manuscrits du Collège de la Trinité, à Dublin. 

5) H. 2, 17; p. 279-317. Catalogue de plantes, minéraux, etc., em- 
ployés en médecine. 

6) H 3. 4; p, 61 et suiv. Idem. 

7) H. 3. 7; p. 133. Fragment d'une liste analogue. 

8) H. 3. 1 5 ; p. 21. Liste alphabétique des plantes, herbes, miné- 
raux, etc., formant la mater ia medica. 

îbid.; p. 47, col. 2. Liste de noms déplante, en latin et en irlandais. 

Manuscrits de l'Académie royale d'Irlande à Dublin ' . 

2 3 
91 ^-^;p. 19-31. Fragment d'une liste analogue, commençant au 

mot Sambucus; — p. 34. Liste alphabétique de plantes et d'herbes. 

2 3 
10) r — — . Contient un traité sur les plantes. 
I, 21 r 

Manuscrits de la Faculté des Avocats, à Edimbourg. 
m) Le n° III traite de botanique. 

Manuscrits du Musée Britannique, à Londres. 

12) Add. 1$, 403. Herbier médical où les noms des plantes sont 
donnés en latin et en irlandais. 

13) Egerton 119. Ms. en papier, écrit par James Scurry en 1820. 
Liste des noms de plante en irlandais, anglais et latin. 

Tous ces mss. — à l'exception du dernier — sont sur parchemin et 
des xiv e ou xv e siècles. 

Il faut aussi remarquer que les mss., si nombreux, qui traitent de mé- 
decine, contiennent souvent des noms de plantes qu'il serait utile de 
relever 2 . 

Sur notre demande, et par l'obligeante entremise de M. Wh. Stokes, 
M. Standish H. O'Grady, un Irlandais irlandiste dont nous avions tou- 

1 . Je saisis cette occasion de signaler aux romanistes l'existence dans la Bibliothèque 

de l'Académie d'Irlande d'un beau manuscrit français (coté— -^) formant un traité des 

G, o 

plantes, et orné de dessins fort bien exécutés (de 2 a 10 cent, de hauteur) représentant 

des plantes ou des instruments de médecine. 

2. L'observation est du D r Todd dans son analyse du ms. de Fermoy, Proc. of the 
Irish Acad. — Irish Ms. séries, vol. I, p. s 3. 



1 66 Gaidoz. 

jours regretté de ne pas voir le nom dans notre recueil, avait bien voulu 
nous promettre d'éditer dans la Revue Celtique le traité botanique du ms. 
de Londres, Add. 15, 403. Il nous écrivit même en date du 8 juillet 1884 
que son travail était très avancé et serait bientôt prêt pour l'impression. 
Ses occupations ne lui ont pourtant pas, depuis, permis de l'achever. 
Nous espérons qu'il en trouvera un jour le loisir, et que la Revue Celtique 
aura l'honneur et le profit de ce travail. 

La plupart de ces mss. de botanique — comme aussi de médecine — 
dérivent sans doute de sources communes, qui sont la Maîeria Medica 
latine du moyen âge: et c'est dans les écoles des Asclépiades irlandais 
qu'ils se multipliaient, probablement sous la dictée d'un maître : c'est 
par l'hypothèse de la dictée que M. Standish H. O'Grady expliquait Tin- 
correction de son ms. de Londres ' . 

B) IRLANDAIS MODERNE. 

14] THRELKELD, Synopsis Stirpium Hibernicarum ; or a Short 
Treatise of Native Plants, especially such as grow spontaneously in the 
Vicinity of Dublin, with their Latin, English, and Irish Names ; and an 
Abridgement of their Virtues, etc., in-12. Dublin, 1727. 

15) KEOGH (John). Botanalogia Universalis Hibernica ; or, a Ge- 
neral Irish Herbal calculated for this Kingdom. Giving an Account of the 
Herbs, Shrubs, and Trees, Naturally produced therein, in English, 
Irish, and Latin; with a true description of them and their Médicinal 
Virtues, etc.; petit in-4. Corke, 1735- 

16] WADE, M. D. (G.] — Catalogus Systematicus Plantarum Indi- 
genarum in Comitatu Dublinensi Inventarum. In-8, Dublin, 1794. 
Gives the Latin, Irish, and English names (dit un catalogue de librairie). 

17) WHITE. Irish Botany : an Essay on the Indigenous Grasses of 
Ireland. By John White. With 2 large plates, carefully coloured, and 3 In- 
dexes — Latin, Irish and a General English Index, in-8. Dublin, 1803. 

On nous a assuré que la Flora Hiberrnica de J.-T. MACK.EY publié 
en 1 836 ne contient aucun nom irlandais de plante ; et il en est de même 
du répertoire botanique du même auteur publié dans les Transactions of 
the R. Irish Acad,, t. XIV I1825). 

Ne connaissant que par un catalogue l'ouvrage de Miss Cusack sur le 

5. The ms. Add. ij, 403 seems to me to hâve been written with a certain amount of 
inattention, which is quite compatible with good penmanship. Indeed it is possible that 
the care bestowed upon the latter sometimes interfered with the regard due to the subject 
matter itself. Again, one must never forget that mss. of the kind were often written from 
dictation. — Lettre de M. Standish H. O'Grady, du 20 janvier 1S84. 



Flora Celtica. 167 

comté de Kerry, nous ignorons s'il y a des noms irlandais dans ses listes 
d'histoire naturelle '. 

Le ms. Egerton 1 19, signalé plus haut, devrait figurer ici, s'il n'est 
pas copié sur un ms. ancien. 

GAÉLIQUE ECOSSAIS. 

18) Flora Scotica; or. Systematic Arrangement in the Linnaean Me- 
thod of the Native Plants of Scotland and the Hébrides; illustrated by 
numerous fine full-page plates by John Lightfoot, 2 vol. in-8. 1792. 

19) Gaelic Names of Plants (Scottish and Irish), collected and ar- 
ranged in scientific order, with notes on their etymology, their uses, 
plant superstitions, etc. , among the Celts, with copious Gaelic, English 
and scientific indices, by John CAMERON (Sunderland). Edinburgh and 
London, Blackwood and Sons, 1883, ix-130 p. in-8. 

Sur ce livre, qui laisse beaucoup à désirer, voir notre article plus 
haut, t. V, p. 496. 



GAELIQUE MANNOIS. 

A notre connaissance, il n'a été rien publié de spécial sur les noms de 
plante de l'île de Man. 



GALLOIS. 

20) Meddygon Myddfai, or the médical practice of the celebrated 
Rhiwallon and his sons of Myddvai (13. cent.}. From ancient Mss. with 
an English translation, by J. Pughe and J. Williams ab Ithel. Llando- 
very, Welsh Mss. Society, 1861 ; xxx-470 p. in-8. 

21) L'édition que JOHNSON a donnée de YHerbal de GERARD, ou- 
vrage anglais de la fin du xvi e siècle, contient un Catalogue of the British 
Names of plants, communiqué à lui, Johnson, par « Master Robert 
DAVYES of Guisaney, Flintshire ». Ce catalogue contient environ 
240 noms. 

22) John DAVIES, dans son Antiquœ lingii£ britannica dictionarium 
duplex, Londres, 1632, a donné un Botanologium gallois-latin à la suite 

1. Cusack's (M. F.) History of the Kingdom of Kerry, with coloured geological map, 
and numerous woodcuts, List of Mammalia, Birds and Botany, with copious index, in-8, 
1871. 



1 68 Gaidoz. 

de sa première partie, qui contient environ mille noms. Ce Botanologium 
est, dit Hugh Davies (cité infra), reproduit dans les Origines Gallktz de 
BOXHORN (1654). 

2]) Nous avons lu que le t. II de JOHNSONI Mercurius Britannicus 
contient une notice sur les plantes de North Wales, avec les aventures 
de l'auteur sur le Snowdon en 1659; mais nous ignorons s'il y a des 
noms indigènes de plantes. 

24) Hugh DAVIES, Welsh Botanology. London , 181 3, 2 parties en 
un vol. in-8 de xiv-i 5 1 et xv-25 5 p. 

C'est l'ouvrage le plus important sur la matière et l'ouvrage d'un bo- 
taniste de profession. Il donne la flore de l'île d'Anglesey. Dans sa pré- 
face, H. Davies passe en revue les travaux qui ont été faits précédem- 
ment sur le même sujet, à la fois au point de vue botanique et au point 
de vue linguistique, et il adresse quelques critiques de détail (pour l'iden- 
tification des plantes) aux écrivains cités plus haut et aussi au dictionnaire 
d'Edward Lhuyd. 

La première partie, rédigée en anglais, donne dans l'ordre des familles 
botaniques, et sous le nom latin, les noms anglais et gallois et les obser- 
vations de botanique propre (habitat, saison, etc.). 

La seconde partie rédigée en gallois donne sous le titre de Llysieuiaith 
Gymreig le catalogue des noms gallois des plantes, avec des observations 
sur leurs qualités médicinales et autres. 

25) Le dictionnaire gallois-anglais de Thomas RICHARDS, qui est 
encore un des meilleurs que nous possédions, donne — au moins dans sa 
troisième édition, Dolgelley, 181 5 — une Botanology, or ilie names of 
herbs, plants and fruits, in Welsh and English (p. 429-444), qui repose 
sur le Botanologium gallois-latin de John Davies. 

26) John WILLIAMS, Faunula Grustensis, Llanrwst, 1850, 148 p. 
in-18. 

Ce livre peu connu et fort rare contient un catalogue en trois langues 
(latin, anglais et gallois) des animaux et des plantes qui existent dans la 
paroisse de Llanrwst. 

27) Un article intitulé Botany et signé du pseudonyme RHIWALLON 
dans le Cambrian Journal de 1854, p. 150-155, avait pour but d'inté- 
resser les Gallois à la collection de leurs noms indigènes de plantes. A 
ce propos, l'auteur passe en revue ce qui a été fait jusqu'alors dans cet 
ordre d'études, et conteste quelques identifications de noms de plantes 
données soit dans les travaux spéciaux, soit dans les dictionnaires gallois. 

28) Welsh names of apples, article anonyme dans The Cambrian Jour- 
nal de 1858, p. 145-151. Cet article donne les noms gallois des diffé- 



Flora Celtica. 169 

rentes variétés de pommes employés principalement dans le comté de 
Glamorgan. 

29) PRICE (R.) et E. GRIFFITH, Y Llysieu-lyfr Teuluaidd, yn 
ddwy rann I.-12, Abertawy, 1858. 

Cet ouvrage est simplement un traité de botanique en gallois. 

30) Llandudno, its history, Natural History and Antiquities, by R. 
PARRY. In-8, 1861. 

D'après un catalogue auquel nous empruntons ce titre, l'ouvrage con- 
tiendrait un glossaire de mots gallois; nous ignorons si ce sont des noms 
de plantes. 

3 1 \ Les Bye-Gones d'Os vestry dans le volume de 1 882 contiennent 
plusieurs notes relatives aux noms et aux légendes des plantes en Galles 
(p. 89, 135 et 149). 

On y reproduit une liste de noms gallois tirés « from a scarce little 
book by Lady WILK.INSON called Weeds and wild flowers, their uses, 
legends and literature ». Une question que j'ai faite dans le même volume 
(p. 190), pour avoir la date et le lieu de publication de ce livre, est 
restée sans réponse. 

Dans une de ces notes, on assure qu'un dictionnaire gallois qui se 
trouve aujourd'hui à la Bibliothèque du Musée Britannique de Londres 
contient, comme additions manuscrites, un grand nombre de noms de 
plantes. 

32) Dans son article The treatment of English borrowed words in collo- 
quial Welsh (publié dans les Trans. of the Philological Society pour 1881), 
M. Th. POWELa cité, en terminant, quelques exemples de noms de 
plantes empruntés à l'anglais et déformés par fausse analogie. Les mots 
de l'usage vraiment populaire sont en effet ceux qui sont le plus souvent 
transformés par la Volksetytnologie, et les noms de plantes sont, entre 
tous, de cet ordre. 

BRETON ARMORICAIN. 

33) LE GALL, Flore du Morbihan. Vannes, 1832, in-12. 

34) P. L. CROUAN, Florule du Finistère. Paris, Klinksieck, 1867, 
in-8. 

3$) Aug. LIÉGEARD, Bleuniou-Breiz, flore de Bretagne. Paris, Savy, 
1879, iri- 1 2 . 

Il y a enfin une classe de documents où l'on peut retrouver les noms 
de plantes, ce sont les noms de lieu. C'est ce qu'a fait M. P. W.JOYCE 



170 Gaidoz. 

dans la seconde série de son livre sur les noms de lieu irlandais '. Mais 
ce sont là des recherches délicates et qu'un philologue seul peut aborder. 
Tout au moins est-il aisé de recueillir les dénominations locales de ter- 
rain, ce qu'en français on appelle les lieux dits [en anglais field-names . 
où entrent les noms de plante. 

Ce serait une erreur de croire que l'œuvre de la philologie se fait 
tout entière dans les cabinets des érudits: les chercheurs locaux, avec le 
seul mérite du zèle et surtout de l'exactitude et encore sans prétentions 
ambitieuses, peuvent rendre des services inappréciables, malgré leur ap- 
parence modeste : mais ces chercheurs locaux, combien sont-ils dans les 
pays celtiques ? 

H. Gaidoz. 
7. T. II, ch. xix. Sur cet ouvrage voir notre article plus haut, t. II, p. joo. 



REMARQUES 

SUR 

LE BAS-VANNETAIS. 



CHANSONS EN BAS-VANNETAIS. 



De même qu'on appelle basse Bretagne la partie la plus occidentale de 
la Bretagne armoricaine, on a dû appeler bas-vannetais le pays le plus 
à l'ouest de la région vannetaise. Grégoire de Rostrenen s'était déjà 
servi de ce terme dans la même acception que nous. Le bas-vannetais 
est borné rigoureusement à l'ouest par l'Ellé qui formait, avant la Révo- 
lution, la ligne de démarcation entre l'évêché de Cornouaillesetl'évêché 
de Vannes. Dans la région nord du Morbihan, la moitié du canton de 
Faouët et tout le canton de Gourin, moins la commune de [Plouray 
située sur la rive gauche de l'Ellé, continuent si bien à parler le dialecte 
de Cornouailles qu'on a dû y conserver le catéchisme de Quimper et n'y 
envoyer que des prêtres cornouaillais. A l'est, le Scorff ne forme qu'une 
limite approximative. Dans la région nord, la seule que nous ayons bien 
étudiée, sur la rive gauche du Scorff, 'on parle bas-vannetais dans les 
communes d'Inguiniel, Persquen, Locmalo, Séglien, Silfiac, Perret, Les- 
couet, Mellionec, Plélauff et Sainte-Brigitte, au moins en partie, 
croyons-nous. Le Blavet forme la limite au nord. 

Le bas-vannetais n'est qu'une variété du dialecte de Vannes. Les 
gens du bas-vannetais comprennent assez facilement les gens du haut- 
vannetais et en sont compris, quoique les différences soient très sensibles. 
Le bas-vannetais a, avec le haut-vannetais, deux traits caractéristiques 
communs et qui les séparent nettement des autres dialectes : le traitement 
de la dentale spirante sourde [th gallois), et le fait que l'accent n'est pas 
régulièrement, comme dans les autres dialectes, sur la pénultième. 



172 J. Loth. 

On a dit d'une façon trop générale que le dialecte de Vannes se dis- 
tinguait des autres dialectes dans le traitement des dentales. En réalité 
il ne traite d'une façon particulière que la spirante dentale sourde. Elle 
est devenue, en vannetais, une gutturale sourde, ce qui, en soi, n'a rien 
de bien surprenant et ne saurait étonner quiconque a entendu prononcer 
le ^gallois (gall. llaeih, lait, arm. moyen laez, léonard leaz, haut-van- 
nutais liah [a irrationnel, euphonique), bas-vannetais lèh = lacté . Nous 
adoptons pour les voyelles les signes français : é a le son de Ve dans le 
français été ; è le son de Ve français dans mère, père; e a le son de Ve 
muet du français mener, melon, et par conséquent de l'y gallois non ac- 
centué. Le d précédé de r est assimilé à un / '. Cette évolution de la 
dentale sourde en gutturale sourde n'est pas antérieure au xvie siècle ; 
aussi bien pour le bas-vannetais que pour le haut-vannetais, avant cette 
époque et même postérieurement dans l'écriture, la spirante dentale 
sourde est écrite, comme ailleurs z. Le premier exemple cité par 
M. d'Arbois de Jubainville [Etudes grammaticales, p. 44*) est de 1 5 72 . 
Le z pour th et d spirant date du xn c siècle. Plusieurs noms de lieu du 
bas-vannetais le conservent encore. Ex/: 

Cozlen, vieil étang en Locmalo, canton de Guéméné-sur-Scorff', pro- 
noncé cohlen ou colen. La spirante dentale douce [dd gallois, pour la pro- 
nonciation th doux anglais s'est conservée, dans l'écriture et par zones, 
dans la prononciation vannetaise jusqu'au xvnr siècle. On trouve bien 
dès 1387 [Rossenweig, Dict. topog. du dép. du Morbihan) des exemples 
comme Moustoer Guehennou pour moustoir Guezennou, mais ces exemples, 
jusqu'au xvi e siècle, sont infiniment rares. L'écriture Guehennou est sans 
doute le fait d'un scribe non bretonnant , d'autant plus que le lieu dont 
il s'agit est sur la frontière franco-bretonne. Il aura écrit Guehennou 
comme on l'écrivait dans son pays. Nous ne saurions trop, en passant, 
engager les celtisants qui étudient les chartes armoricaines, à ne se servir 
à partir du xi e siècle que de noms de zone bretonnante actuelle. Le 
breton a perdu au xi-xn e siècle, plus ou moins complètement, une zone 
considérable, à l'ouest de la Vilaine, et on s'expose, si on n'use pas 
d'une très grande prudence, à prendre des faits de phonétique française 
pour des faits de phonétique bretonne : par exemple la disparition de la 
dentale à l'intérieur du mot dès le xi-xu e siècle. Actuellement et sans 
doute dès le xvi-xvn e siècle, dans bon nombre d'endroits, la spirante 



1. Il y a en gallois un phénomène analogue dans le verbe dont l'infinitif est cerddet, 
marcher, léonard kerzet, vann. kirhet, et l'impératif cerhcd, qu'il marche, cerhwch, marchez, 
allez. Il est probable que la différence de traitement du d tient à une différence d'accent. 



Remarques sur le bas-vannetais. 173 

dentale douce a disparu, soit dans l'intérieur du mot, soit à la fin . 
L'hiatus est évité à l'intérieur, au moins en bas-vannetais, par le déve- 
loppement d'une sorte de spirante sourde h analogue à celle qui s'est 
dégagée en gallois avant l'accent dans des formes comme glanhdu, pu- 
rifier, encore n'apparaît-elle pas toujours : ex. : bwar sourd = léonard 
bouzar, gallois byddar ; mèv, ivre, == léonard mezo, gall. meddw. Lez 
final disparaît sans laisser de trace : di, dé, jour, haut-vannetais, dé bas- 
vannetais, gall. dydd. Ce z a évidemment disparu à l'époque où c'était 
une pure spirante dentale '. S'il est conservé en Léonard c'est qu'il est 
descendu à la sifflante douce z français. Z ou s actuel entre deux 
voyelles se conserve parfaitement en vannetais comme ailleurs 2 . 

Il semble qu'il y ait une exception à la disparition de la spirante den- 
tale douce et qu'elle ait été changée comme la spirante dentale dure en 
gutturale sourde dans des formes comme les troisièmes personnes du 
présent de l'indicatif de verbes dont le thème était terminé par un d, 
comme lac' h ou lah, il tue, euh, eue' h, il cache, léonard laza, gallois 
ladd, léonard cuzet, gall. cuddio. La vérité, c'est que la troisième per- 
sonne a ici un h final par analogie avec les autres personnes dans les- 
quelles, régulièrement, le z spirant intervocalique a disparu et où s'est 
développée, après sa disparition, une sorte d'h marquant l'effort de la 
prononciation pour passer d'une voyelle à l'autre: le thème verbal van- 
netais n'est plus ladd, ni cudd, mais lah, euh. A la fin des mots, naturel- 
lement, cet h a un son plus fort. La très grande différence, en vanne- 
tais, entre l'évolution du z (== îh — et, rt, rd, tt, zd) et du z[—d), c'est 
que dans le premier cas, il y a passage d'un organe à un autre, tandis 
que dans le second il y a disparition, puis naissance d'une sorte de spi- 
ration entre deux voyelles. Ce qui le montre bien, c'est la disparition 
totale du z = d à la fin du mot, ce qui n'arrive jamais pour le z == th. 
De là aussi le fait que dans la plus grande partie de la Cornouailles et 
dans le pays de Tréguier la spirante dentale douce a disparu, tandis que 
le z ou s sorti de th reste : ex. : dé, mais les ou léz lait. Dans le pays de 
Tréguier où on aime les affriquées, le h sourd du vannetais est devenu 
une véritable spirante gutturale, ch : lachan, tuer. Le développement 



1 . La prononciation du dd gallois à la fin des mots est quelquefois si faible qu'il nous 
est arrivé tout d'abord de ne pas l'entendre et que nous nous sommes demandé d'abord 
s'il n'avait pas disparu : c'était une erreur, en faisant toutefois cette réserve que le dd 
final disparaît dans certaines constructions : di-mawrth = dydd mawrth, mardi, di- 
mercher = dydd mercher, etc. (à remarquer l'écriture dydd-iau, jeudi, et la prononciation 
diviau). 

2. Z se change en r dans quelques cas assez rares pour des raisons qui ne nous pa- 
raissent pas fort claires et qui sont, à notre avis, diverses. 



174 '■ Lot h. 

de c'/î en passant par h à la suite de la disparition d'un z se manifeste 
même en léonard dans des formes comme p'ec'heuz puisque vous avez 
= arm. moyen poz eut pour pa oz eus. La marche est po(z)euz, pe euz, 
pe heuz, pec'heuz '. 

Pour l'accent, le bas-vannetais n'a pas une prédilection aussi marquée 
pour la dernière syllabe actuelle que le haut-vannetais; il n'a pas non 
plus de préférence pour la pénultième comme les autres dialectes. Il est 
plus mobile et moins intense que partout ailleurs. Nous sommes d'ailleurs 
convaincus qu'il y a moins d'uniformité dans l'accent qu'on ne le croit. 
Quant à voir dans la place de l'accent en vannetais une influence fran- 
çaise, nous n'hésitons pas à affirmer que c'est une erreur. L'étude des 
dégradations vocaliques en gallois et en armoricain nous montre claire- 
ment que bon nombre de finales actuelles ont été accentuées. Les syllabes 
finales disparues, les anciennes pénultièmes devenues finales lorsqu'elles 
étaient longues ou diphthonguées ont assez longtemps retenu l'accent, 
sans parler de celles qui, en vieux celtique, l'avaient déjà. L'accent 
dans les composés gallois et armoricains est de bonne heure sur le second 
terme. Dès le moyen breton, l'accent a une tendance manifeste à aban- 
donner la dernière et à se rejeter sur la pénultième : c'est visible en ar- 
moricain dès le xiv-xv e siècle: la victoire est à la pénultième auxv-xvi e . 
En haut vannetais, c'est l'analogie de la dernière qui l'emporte: l'accent 
est plus souvent sur la dernière. Ce qui montre qu'il ne saurait, en tout 
cela, être question d'influence française, c'est que la partie de la Cor- 
nouailles et du Trégorrois qui touchent la zone française ont de préfé- 
rence l'accent sur la pénultième et que la partie du bas-vannetais qui est 
la plus rapprochée de la frontière française a peut-être moins de pen- 
chant pour Pultième que la partie qui en est la plus éloignée. 

Comme le gallois et tous les dialectes bretons-armoricains, le bas-van- 
netais allonge, dans la prononciation, la voyelle de tous les monosyllabes 
terminés par g d b [■■= c t p ancien) ; z {= d); v [= m ; b) ; ch [= ce, 
rc) ; z (= tt) ; f [— pp) ; s (= st) ; et n, l, quand ils n'étaient pas redou- 
blés ou suivis d'une autre consonne 2 : à la différence du gallois, les dia- 
lectes armoricains, dans les polysyllabes, allongent la voyelle accentuée: 
gall. tâd, plur. tâdau, pères; arm. fâd, plur. tadou. Le haut-vannetais 
échappe en partie à cette loi, parce qu'il a souvent l'accent sur la der- 



i . La son de la dentale spirante douce existe encore en haut-vannetais, sporadique- 
ment dans les composés syntactiques comme me zad, mon père. Nous l'avons nettement 
constaté dernièrement à Guern (arrondissement de Pontivy). 

2. Rhys, Lectures on welsh phonology, deuxième édition. Voir le chapitre si remar- 
quable et si neuf des voyelles. 



Remarques sur le bas-vannerais . 175 

nière. Le bas-vannetais y est moins soumis encore que le haut-vanne- 
tais, à cause du peu d'intensité de son accent (il y a une exception à 
faire pour les a accentués: ils sont prononcés longs, soit en monosyllabe, 
soit en polysyllabe). Ex. : pôd (paotr) garçon, jeune homme, gars, plur. 
pôtred. Dans pôtred, les deux voyelles sont brèves ; l'ô est devenu ouvert 
comme dans le français parole, Ye de pôtred se prononce comme Ye muet 
français. Il est assez difficile de donner des lois pour la place de l'accent 
en bas-vannetais. En général, il est sur la dernière quand la dernière est 
une diphthongue ou une longue, ou contient toute autre voyelle qu'un e 
actuellement sourd. De là comme en haut-vannetais la conservation du 
pluriel des thèmes en a comme diphthongue : tadow ( à peu près aou) en 
bas-vannetais, tadéu en haut-vannetais, île de Croix et bourg de Batz 
eo. Plusieurs autres diphthongues dans les autres dialectes réduites à des 
sons simples s'y maintiennent: nadoué, aiguille = léon. nadoz, gall. 
nodwydd; annewer, génisse, = léon. ounner (Catholicon annoer, onnoer, 
ounner); bennoèh ou bennoah, bénédiction, = léon. bennoz \(= bennoeth) 
L'e final pour cause d'atonie est muet dans bon nombre de termi- 
naisons en bas-vannetais, par exemple dans les terminaisons en en: 
pedenn, prière, azen, âne ; en el : avel, vent ; es : guirhiess, vierge ; et plu- 
riel : pôtred, garçon; ted: trindet; ec (oc) : madek. Dans les mots de plus 
de deux syllabes, lorsque l'accent est sur la dernière, la pénultième s'af- 
faiblit et il semble qu'il y ait sur la première une sorte de demi-accent. 
Ex. : awâl, une pomme, awelow, des pommes, Ye est bref et sourd. Il est 
d'ailleurs en réalité sur l'antépénultième dans quelques cas: par exemple 
si de trois syllabes la première seule a un son sonore et si les autres sont 
muettes : bèleyen et bèlien, des prêtres, dans une partie du bas-vannstais ' ; 
cf. le nom de lieu Guern-perennes au xvi e siècle, prononcé aujourd'hui 
Guér-bèrness 2 . En bas-vannetais l'accent dépend de la longueur et du 
timbre des voyelles. Il est plus souvent sur la dernière que sur la pénul- 
tième, mais il n'a aucune répugnance pour la pénultième. Enfin, fait 
digne de remarque, on le trouve quelquefois sur l'antépénultième; or, 
en gallois moderne dans les polysyllabes, c'est la syllabe initiale proto- 
nique qui est la plus frappée; l'écriture traditionnelle du gallois littéraire 
nous voile ce phénomène; on ne le trouve exprimé qu'assez rarement 
dans les livres; ex.: glnlniu, purifier, nettoyer, pour glanhau; ndolig 
= nadolig; pgéthwr = pregethwr (dans un roman gallois reproduisant 

1 . La forme en bas-vannetais est ian : bèlian. 

2. Dans kerbeterien (xvi e siècle, kaer an peleterien) , l'accent est sur kèr plutôt que sur 
aucune autre voyelle. Ces questions demanderaient de longs développements qui trouve- 
ront leur place ailleurs. 



176 J- Loth. 

par endroits le langage populaire, fort intéressant d'ailleurs, nous avons 
même rencontré la forme gethwr. Y Dreflan gan Daniel owen Treffynnon 
1881, p. 20); caled dur, cletach, plus dur, etc. '. 

En armoricain également, l'accent a une aversion marquée pour l'an- 
tépénultième. 

Cette différence assez fréquente d'accent entre le bas-vannetais et le 
haut-vannetais dans la place et l'intensité de l'accent a amené une assez 
grande divergence dans le timbre des voyelles. Le haut-vannetais pro- 
nonce volontiers sourd [e muet français) e atone venant de 0, û, ï, ë, 
mais il n'a guère d'e muet final, parce qu'il accentue assez fortement la 
dernière. Le bas-vannetais qui souvent ne l'accentue pas, ou l'accentue 
peu, en a un grand nombre. De là entre le haut-vannetais d'une part et 
les autres dialectes une énorme différence : et entre le haut-vannetais et le 
bas-vannetais une divergence notable. La pénultième étant accentuée for- 
tement et intense en Cornouailles est sonore, la dernière, non accentuée, 
souvent sourde ; la pénultième étant non accentuée en haut-vannetais, 
est sourde (s'il s'agit d'e), tandis que la dernière est sonore. Le bas- 
vannetais accentuant très peu, a souvent sourdes la pénultième et l'ul- 
tième; ex. : haut-vannet. mechér, métier, corn, mécher ou micher, bas- 
vann. mechet ; haut-vann. mevél, corn, mével ou mèol, Léon, mévèl, bas- 
vann. mevel; h.-v. brezél, corn, brèzel, bas-v. brezel; Guenèd ou Gunètt, 
Vannes, en h.-v.; corn, et bas-vann. Guéned; léonard brezônek ou bre- 
zounek, haut-vann. berhonnèc ou brhonnèc. Le haut-vann. et le léonard 
sont ici d'accord pour la première syllabe, parce qu'elle n'était pas ac- 
centuée 2 . 

Le bas-vannetais se sépare encore du haut-vannetais dans le traite- 
ment de l'ancien a long accentué. Il descend en haut-vannetais jusqu'à 
é; en bas-vannetais comme ailleurs, on a eu (0) : brér, frère, bas-vann. 
breur et breu . 

En résumé, le bas-vannetais prononce comme les autres dialectes, à 
peu de choses près, les sons suivants 5 : a comme a français ; tantôt 
comme l'o fermé français dans mot, audace, tantôt comme Yo ouvert 
français dans parole, aurore: Yo fermé ou vient à'ao [toi, table = taol) 
ou est un ancien frappé d'accent et allongé : môr, mer, dôr, porte, 



1. Cette aversion décidée pour l'antépénultième, la dégradation de l'initiale dans les 
mots de plus de deux syllabes, le fait que l'accent dès le vu-viii c siècle dans les com- 
posés se porte sur le second terme, ne permettent guère de supposer que jamais, comme 
en irlandais, l'accent même aigu ait été régulièrement sur l'initiale dans les noms. 

2. Le corn, a brèonek et le bas-v. brohonek ou brontk à la suite de la chute du z. 

3! Il y aurait un volume à écrire sur ces questions: nous ne donnons ici que quelques 
aperçus généraux. 



Remarques sur le bas-vanneiais. ty-j 

marlwl, marteau, etc. ; o ouvert, quelle que soit sa provenance, qu'il 
vienne de u ou de o, est bref: pôd (paotr), plur. pôtred ; môr, mer; mô- 
rôch marsouin. 

ou (français ou, gallois w) ne représente pas, en bas-vannetais, en gé- 
néral, une voyelle simple primitive : il égale v -f- voyelle o, u, e, gour- 
hiemen, commandement, gall. gorchymmyn (en revanche bas-vannet. 
golow = goleu; bas-vann. bran-golow, nom de lieu = gall. bryn-goleu). 
Quelquefois cependant, en monosyllabe long, ou en position, accentué 
il représente un ancien u : droug = gall . drwg, mauvais ; boule 1 h en- 
taille = gall. bwlch, brèche [boule' h en bas-vannetais indique le bout 
coupé d'un pain, le croûton). Le son u (u français) remonte, comme ail- 
leurs, à ou, ô, uv ou au latin U. Il est arrivé à i dans inon, un, à ô 
fermé dans on un article indéfini, à ue dans uének, onze. ï remonte à 7 
long ou à û celtique et se prononce comme i français. 

Le bas-vannetais, comme les autres dialectes, a les sons è, è, eu (o) 
et e sourd (rare en léonard ou inconnu ?), mais, comme nous venons de 
le voir, ces sons y sont distribués différemment, suivant la place de 
l'accent. 

E muet représente i, ë, ô, û, qqf. a. non accentué, et même â infecté, 
quand ces voyelles sont atones : nevé — novid, nouveau, kemenèr, tailleur, 
cf. gall. cymmynwr, tailleur de bois ; di-sedorn, samedi, etc. 

E sourd représente encore un a. long ancien qui, accentué, a donné 
eu (o) vers le xn e siècle et ensuite devenu atone, est descendu à e. Ex. : 
toutes les terminaisons en âco- devenues uc, eue et, par le recul de l'ac- 
cent, te. Enfin un e sourd peut, par son voisinage, assourdir la voyelle 
voisine si c'est un e ; sevel, se lever, mevel, serviteur, gueleî, voir, selei, 
examiner, etc. 

Ë (comme le français été) représente ï, ë ou e sorti d'o ou u infectés, 
quand ces voyelles sont accentuées: ténnein, tirer, neaé, nouveau, guelé 
lit (cf. gallois tynnu, newydd, gwely), etc. 

È [è français dans palais, décès) représente e suivi de deux //: chudell 
pour scudell = scutella (dans des mots empruntés) ; 

ou e suivi de re'h quelle que soit la provenance de Ye (ï, o, u infecté, 
ou e) accentué, mèrc'h, kèrc'h, avoine, guérc'h, vierge; 

ou e sorti de ae: bèlek, ou par assimilation du second e: bèlèk, arm. 
moyen baelec = gall. baglog ; 

ou ë accentué et suivi autrefois de deux consonnes : bèred, cimetière, 
= bedrod; Pèret, nom de lieu, au xv e siècle Penret ; 

ou a infecté : dillèd, des habits, petrè, quoi, quelle chose; quelquefois 
sans cause apparente : kèr = français car. 

Rev. Ctlt. VII 12 



178 J. Loth. 

Eu (0, son eu français dans heureux) représente un â long ancien ac- 
centué : breur ou breu, frère ; cleu, talus avec fossé zz gall. clawdd, etc. 

Le oe du vieux breton n'est jamais devenu oa pas plus qu'en haut- 
vannetais ' . 

Parmi les semi-voyelles, v a une prononciation toute particulière dans 
l'intérieur et à la fin du mot (v sortant de v ou de b ou même de m) : 
c'est un son qui est à û (u français) comme la spirante w à u voyelle (ou 
français), ex. : tnaru. Les Vannetais représentent cette spirante assourdie 
et amincie par -hue : marhue : prononcez en une syllabe, la voix portant 
sur â zz gall. marw, léon., corn., Trég. maro. Initial v est devenu en 
vannetais ainsi d'ailleurs qu'en Cornouaillais gu (français aiguille, arguer) et 
gw. On a le son gu si la voyelle qui suit est ë ou I bref ou un 7 long . guin, 
vin, guelet, voir, gué, des arbres, guénn, blanc. On a gw si la voyelle 
suivante est a ou e long: gwann, faible, gwé sauvage (zz irl. fiad) -, gwèd, 
sang (zz gall. gwaed) ; gwél, fête, cf. irl. f élire. 

Pour les consonnes, outre le traitement des dentales, on peut signaler 
le son de k devant une autre voyelle que a, 0, ou et e muet final. C'est 
un k iotacisé analogue par la prononciation au c français dans cœur : ke- 
meret, prenez; pron. kjemeret. La spirante gutturale est sourde si elle 
n'est précédée de r, ou si elle n'est pas à la fin du mot. Il y a à noter une 
prononciation du c'h analogue à celle du ch allemand dans ich, mich, ex. : ' 
merhietî, des filles, guirhiess, une vierge, er hiemenér, le tailleur zz le 
léonard ar c'héménèr. Ces sons appartiennent à tout le vannetais. La spi- 
rante dentale douce qui existe encore sporadiquement en haut-vannetais 
dans les composés syntactiques a disparu complètement du bas-vanne- 
tais. Nous avions cru autrefois l'entendre dans une commune de dialecte 
bas-vannetais, mais nous avons reconnu depuis que c'est une erreur. 

L'$ comme en haut-vannetais a le son du français ch (cheval) devant t. 

Les formes sont à peu près les mêmes qu'en haut-vannetais. Le haut- 
vannetais a conservé devant les voyelles la forme hous, votre, vous 
Ipron. régime), ex.: hous auier, votre autel, écrit ainsi dans un recueil 
de cantiques : hou ç'auter. Le bas-vannetais n'a plus, comme les autres 
dialectes, que la forme ho. 

Le pluriel du haut-vannetais ion est dans une partie du bas-vannetais 
-ian avec un son nasal (on en trouve un exemple dès 1432: ker an pele- 
terLin> ; dans la partie la plus rapprochée de la Cornouailles et même à 



1. Oe. En réalité o joue le rôle de spirante: coér, cire, se prononce kwir. Oe se pro- 
nonce oi et oè sans que nous ayons pu jusqu'ici en voir la raison. 



Remarques sur le bas-vanneiais. ijy 

peu près sur toute la rive droite du Scorff, au nord, on a ien comme 
dans le reste de la Bretagne. 

Dans les chansons que nous donnons plus bas, nous adoptons l'ortho- 
graphe bretonne habituelle, c'est-à-dire l'orthographe française, avec 
ces particularités que c est remplacé par k, que c'h représente une spi- 
rante gutturale identique au ch gallois, qui a à peu près le son du ch alle- 
mand dans nacht. Nous avons adopté pour bien marquer le timbre des 
voyelles les signes français : e est un e sourd, identique à Ye muet fran- 
çais dans mener et à l'y gallois non accentué, é, è ont le son de l'<?, è 
français (été, mère). Nous représentons le son ch français par s, la spi- 
rante u (hue) est représenté par u ', le c'h adouci par hi; ow a à peu près 
le son aou; an le son aon, ô le son de Yo fermé français dans audace, 
mot; le son français nasal on est indiqué par un trait sur no: on. Nous 
représentons par une apostrophe les consonnes supprimées accidentel- 
lement dans la prononciation. La longueur des voyelles est indiquée 
par un trait : â. 

II. 

CHANSONS. 

t 

EN ÈSTÉK. 
I. 

Disul vintin, pe zâuèn 
Pe wè dijune' t'ein 2 , 
Ha mé monet t'em jardin 
En èsper de bourmen 

2. 

Ha mé klawet on inék 
Ar er bod e kano : 
En inék sen e lârè 
Facilmant tré i zôn 



1. Nous aurions désiré représenter ce v (hue) spirant par un v surmonté d'un point. 
En nous retournant la deuxième épreuve, M. Vieweg nous informe qu'il ne peut repro- 
duire cette transcription. 

2. à suivi d'un autre à et uni par la prononciation revient à t. Cf. dans l'intérieur du 
mot Fretu = Frwddu (Dict. topogr. du Morb.). D'ailleurs c'est un fait ancien pour les 
moyennes doubles qu'elles valent une ténue: aper (abber == adber). Cf. Rhys, Lectures 
on welsh phonology . 



i8o J. Loth 



h 

En inék sen e lârè 
Facilmant tré i zôn : 
Na ' keu epo 2 d'en amzer 
E golet, me mignon 

4- 

Gow e lârè 'n èsték se, 
Mem es 5 on amprowet : 
Me'm mwè 4 kâred ôr vèstres, 
Hag en i hâr berpet. 
(Chanté par L.-M. Guennic, de Ploerdut). 

Traduction . 



Dimanche matin, lorsque je me levai, 

Après avoir déjeuné (m. à m. lorsqu'il était déjeuné à moii 

Et moi d'aller à mon jardin, 

Dans l'attente de me promener 



Et moi d'entendre un petit oiseau 
Sur le buisson en train de chanter: 
Ce petit oiseau-là me disait 
Clairement par son chant 



Ce petit oiseau-là disait 
Clairement par son chant 
Regret tu auras au temps 
Que tu perds, mon ami 



i . Na est ici intraduisible ; il a d'ailleurs souvent le sens de et. 

2. E po = arm. moy. oz bo ou mieux au futur oz bezo, m. à m. à vous sera = vous 
aurez. Le s final est tombé, \'o de la proclitique s'est affaibli en e. Le b a été, suivant la 
règle, assimilé à l'j précédent. 

3. Mem = mi a' m es ou mé a'm bes, moi qui ai. L'a relatif s'est assourdi en e. 

4. Me'm mwè = me a'm bwè. On prononce memwè. 



Remarques sur le bas-vanneîais. 181 

4- 
Mensonge disait ce petit rossignol là, 
Je l'ai bien éprouvé : 

J'aimais m. à m. j'avais aimé) une maîtresse ' 
Et je l'aime toujours ! 

KLOÈREK TREMELOW 2 . 
I. 

Na selawed oll a selawet 

Or gannen a neué zâuet 

De gloèrek Tremelow 'ma zâuet 



Mar e pè hui kloèrek Tremelow 
bis Hui e po hon malewac'h hon dow 

h 

Malewac'h on tâd e zo kalet, 
Meid kani> ôr vamm n'é ke' nebed 

4- 
Wè ked er hloèrek tri mis ag er gér, 
Pe wè re' scriuein dehon ôr lihér 4 

$■ 

Pe wè re' scriuein dehon ôr lihér, 
Kloèrek Tremelow de zon' t'er gér 



i . Maîtresse, au sens honnête du mot. 

2. Cette chanson a été imitée en vers français par Coppée dans le charmant recueil 
publié par M. Bourgault-Ducoudray : Trente mélodies de basse Bretagne. Paris, Heugel, 
1 88 s - Le texte breton manque. On y trouve plusieurs chansons en bas-vannetais dont 
nous avons fourni le texte à l'auteur. Les chansons qui sont dans un autre dialecte ont 
une orthographe très variée, ayant été écrites pour l'auteur par des personnes de condition 
et d'instruction fort diverses. Il aurait fallu un remaniement complet pour en faire des 
matériaux d'étude. 

3. Kani pour hani ou hini. Hani est devenu kani par analogie aux mots commençant 
par k et dont l'initiale devient h, par exemple si le poss. féminin hi précède : on a eu / 
hani, le sien, m. à m. celui d'elle en parlant d'une femme, et hi gani, le sien, en par- 
lant d'un homme, comme .on avait i horf, son corps, et hi gorf (forme radicale korf). 

4. On prononce liher (e sourd), lihér est une forme du haut-vannetais amenée ici par 
l'assonance. 



1 82 J. Loth. 



6. 

Na tri marc'h e gôb ' en nwè kreuet 
Ged en irrac'h en nwè d'i guelet. 

7- 

Na petè 2 zo er gèr > man a neue, 
Na pe zôn er hlihier man arré ? 



Er vrauékân plac'h zo er barres man 
Ho intèred iriu er vèred man 

9- 

Na ne dole' ket dwar ar i bé, 
Meid er pé e dolei er hiuré. 

!0. 

Meid er pé e dolei er hiuré, 
Kèr ke'4 barh tri dé me yei eue 

1 1. 

Kèr ke' barh tri dé me yei eue, 
Kèr ni zo priedow herué Dwé 

12. 

Kèr ni zo priedow herué Dwé 
Ha rêvé s er béd e hôm eue 

«?• 

Ha ni yei on dow en ôr béyad 

Pe n'ôm ke' weit on dow n'ôr gueléyad. 



1. Gob pour gobr. 

2. Petè eu petrè = petra. 

3. Seul, ger est long et e a le son é; composé avec man, il est bref et a le son i. 

4. Ke' = ken, kent. 

j. Herué ou rêvé. On remarquera qu'on prononce rêvé et non reué (lehuè), cf. léon. 
hervez, gall. herwydd. 



Remarques sur le b as-vann étais . 18} 



LE CLERC DE TREMELOW. 



(Le son diphthongué de cette terminaison ainsi que l'eu et l'au du haut- 
vannetais est exprimé dans l'orthographe officielle par 0: Tremelo). 



1. 



Ecoutez tous et écoutez 

Une chanson nouvellement levée 

Au clerc de Tremelow, elle a été levée. 



« Si vous avez vous le clerc de Tremelow, 
Vous aurez notre malédiction à nous deux 

h 
La malédiction d'un père est (chose) dure, 
Celle d'une mère n'est pas moins. » 

4- 
N'était pas le clerc plus de trois mois hors de la maison 
Qu'il était nécessaire de lui écrire une lettre, 

5- 
Qu'il était nécessaire de lui écrire une lettre, 
Clerc de Tremelow, pour venir à la maison 

6. 

Et trois chevaux de louage il a crevés 
Avec la hâte qu'il avait de la voir 

7- 
« Qu'y a-t-il de nouveau dans ce village, 
Que sonnent ainsi les cloches encore ? » 



— « La plus jolie petite fille de cette paroisse-ci 
Sera enterrée aujourd'hui dans ce cimetière-ci. » 

9- 
Ne jetez pas de terre sur sa tombe, 
Sinon ce que jettera le vicaire 



184 J- Lotli. 

10. 

Sinon ce que jettera le vicaire, 

Car avant dans trois jours (dans ces trois jours-ci), moi j'irai aussi 

1 1 . 

Car avant trois jours terminés j'irai aussi, 
Car nous sommes époux selon Dieu 

12. 

Car nous sommes époux selon Dieu, 

Et selon le monde nous (le) sommes aussi. 

«?■ 

Et nous irons tous deux dans une seule tombée 
Puisque nous ne sommes pas allé dans un seul lit. 

(Chanté par ma mère . 



ME HOER MARI. 



te 



bis 



( Lâret-u d'ein, me hoér mari, 
! Na piu en nés 'kâret-ui 

— O 1èr ', mem breurék 2 powr, kèr ne ouyoc'h ket 
Or hloèregék yawang, e toned a wéned. 

2. 

^ Lâret-u d'ein, me hoér mari, 
/ Na pèrèk ne rédèc'h hui ! 

— O 1èr, mem breurék powr, kèr ne ouyoc'h ket, 
Or jô e wè get on, ha yon 'nwè me zapet. 

?■ 

\ Lâret-u d'ein, me hoér mari, 
/ Na pèrèk ne grièc'h hui ? 

— Olèr, mem breurék powr, kèr ne ouyoc'h ket, 
Or mouched wè get on, yon 'nwè stanket mem bék. 

1 . Lèr n'a pas de signification précise. 

2. On dit aussi breu-ék (de breu pour breur, frère;. 



bis 



Remarques sur le bas-vannetais. 185 

4- 

Laret-u, d'ein, me hoér mari, 

J ' men e hues 2 on lakeit-ui 

— 1èr, mem breurék powr, kèr ne ouyoc'h ket, 

I korn, liorh, me zad, didan ôr bod loré. 

(Chanté par Courtet au bois de Cravial, en Lignol). 

Traduction. 



Dites-moi, ma sœur Marie, 

Qui vous a aimée ? 

— mon cher petit frère, car vous ne savez pas 

Un jeune clerc venant de Vannes. 



Dites-moi, ma sœur Marie, 

Mais pourquoi ne courriez-vous pas ? 

— mon cher petit frère, car vous ne savez pas, 
Un cheval était avec lui et il m'a attrapée. 

3- 

Dites-moi, ma sœur Marie, 

Mais pourquoi ne criiez-vous pas ? 

— Il avait un mouchoir et il a bouché ma bouche. 

4- 

— Dites-moi, ma sœur Marie 
Où l'avez-vous mis ? 

— oui, mon cher petit frère, car vous ne savez pas 
Dans le coin du jardin de mon père, 

Sous une touffe de laurier?. 

1 . La forme ordinaire est e. 

2. Haut-vann. e hoes ou e hués. E représente o{z); mais hues est assez énigmatique. 
Oz beus a donné en bas-vannetais e pes. Oz eus n'eût donné que e hes. 

3. Il n'est pas difficile de voir qu'il s'agit d'un viol et d'un infanticide. Les vraies chan- 
sons bretonnes, celles qui n'ont pas subi l'influence du genre français populaire, en gé- 
néral ami de la prolixité, procèdent par bonds. Le chanteur supprime les transitions. Il 
arrive souvent ainsi à produire des effets surprenants, surtout, si comme cela arrive sou- 
vent, la mélodie est belle. Il est fort probable que ce genre a dû être particulièrement 
florissant à l'époque où le chanteur s'accompagnait d'un instrument de musique, et où la 
harpe, par exemple, non seulement aidait le chanteur, mais chantait seule, où tantôt elle 
accompagnait, tantôt alternait, 



186 J. Loth. 



LE GARÇON DÉGUISÉ EN FILLE. 



Guisket on abit damezel, 

Na kèhe ' t'oulen lojein e kér, ho 

Na kèhe' t'oulen lojein e kér. 



Bonjour doc'h hui, tud en ti man, 
N'eche' 2 moyan te lojein eman, ho, 
N'eche' moyan te lojein eman. 

»■ 

Ha lonjet ewalh e z/ehèt, 

Meid laret-u a beban e tet, ho... 



4- 
Nen dan a fwér nag a varhad, 
Meid on tamék ehon devehat, ho... 

S- 

Tosteit ag ajet tal en tan, 

Ha me ya mén (pron. mégn) d'ober doc'h o koan », ho 

6. 

Mé ne'm es mé nan na zihiet. 

Meid on tamék e hon chagrinet, ho... 

7- 
Meid on tamék e on chagrinet : 
Me henon e n'ellan ke' kousket, ho... 



1. Kèhet, pour kerhet, léon. kerzet, gall. cerddet. 

2. N'echet (en français) = n'es ket, léon. n'enz ket, n'est pas, il n'y a pas. 

3. Sa forme habituelle est kwén. Koan appartient à la Cornouailles, Tréguier, Léon; 
il est ici pour les besoins de l'assonance. 

4. Kenon pour henon; henon a eu le sort de hani devenu kani. On dit de même ho 
kani, le vôtre. 



Remarques sur le bas-vannetais . 187 



Ho kenon : ne gouskehèt ket ; 

Kèr m'o kassei d'à' 2 me mèrc'h Janet, ho... 

9- 
Kèr m'o kassei d'ha' me mèrc'h Janet, 
'Barh en ôr gampék aluéhet, ho,... 

10. 

Wè ke' weit mad en i uelé, 
Pe gomzas tehi a zimizi î, ho... 

1 1. 

« Na pesort intron e hoc'h hui, 
Pe gomzet-u d'ein a zimizi, ho... 

12. 

« Arhwac'h hui zâvo mintin mad, 

Vi' mon' t'em goulen ge' mamm ha tâd, ho... 

— « Bonjour doc'h hui, otro baron, 

Ha hui e rei d'ein hô mèrc'h Chanton, ho... » 

14. 

« Me mèrc'h Chanton, hui ne po ket, 
Kèr on tamék e hoc'h dibordet, ho... — » 

— « Na' mehè 4 ket mèrc'h Janet, 
Nag on nos ket i em'es kousket, ho... 



1 . D'ad pour dahad. Ex. : daha' ton, vers lui, auprès de lui, \dahad om, auprès de 
nous, daha' 'ton == l'arm. moy. davttaff, vers lui (cf. Zeuss. p. 690). Pour v disparu et 
h entre deux voyelles, cf bas-vann. e ho = haut-vannet. e vo (sera). 

2. Dimizi est une forme léonarde; la forme bas-vannet. est dimein. 

3. Régulièrement il faudrait na ne mehè = na na'm behè. 

4. Ket pour get à cause du t précédent. Le vannetais a au lieudegwzr, haut corn, gat; 
gen et ge : genein (= geniff) avec moi, genim, avec nous, geton, avec lui, etc. Geton est- 
il pour gent don — gantaff ou faut-il le comparer au gallois gyt dans gydac, avec. 



J. Lotli. 

16. 

Mar pes kouske' keti on nôz, 

Hui e gouskei hinwah a bamnôz, ho... 

(Chanté par Courtet, de Cravial en Lignol 
Traduction. 



Revêtez un habit de demoiselle 
Et allez demander à loger en ville. 



« Bonjour à vous, gens de cette maison, 
N'y a-t-il pas moyen de loger ici ? » 

h 

— « Logé assez vous serez 

Mais dites-nous d'où vous venez ? » 

4- 

— « Je ne viens de foire ni de marché, 
Mais je suis un peu attardé. » 

5- 

— « Approchez et asseyez-vous près du feu, 
Et moi je vais vous faire votre souper » . 

6. 

— « Moi, je n'ai ni faim ni soif, 
Mais je suis un peu chagriné ; 

7- 
Mais je suis un peu chagriné : 
Seul je ne puis dormir. » 

8. 
Seule, vous ne dormirez point, 
Car je vous enverrai auprès de ma fille Jeanne. 



Remarques sur le bas-vannetais. 189 

9- 
Car je vous enverrai près de ma fille Jeanne 
Dans une petite chambre fermée à clef. 

10. 

Il n'était pas bien allé (■= il était à peine allé) dans son lit, 
Qu'il lui parla de mariage ? 

1 1. 
« Quel genre de femme êtes-vous donc, 
Que vous me parlez de mariage ? 

12. 
« Demain vous vous lèverez de bon matin 
Pour aller me demander à mon père et à ma mère. » 

«?■ 

— « Bonjour à vous, Monsieur le Baron, 
Me donnerez-vous votre fille .leanneton ? » 

14. 

— « Ma fille Jeanneton vous n'aurez pas : 
Car vous êtes un peu débauché. » 

■S- 

« Quand je n'aurais pas votre fille Jeanne, 
Eh bien, une nuit avec elle j'ai couché ! » 

16. 

— « Si vous avez couché avec elle une nuit, 

Vous coucherez (avec elle) ce soir et toutes les nuits. » 



LES NAUFRAGÉS. 



Or batimant a bémp kant tonèl, ho 
bis Or batimant a bémp kant tonèl 
E zo chomet e riviér Bourdèl . 



Pémp kant martelod e wè barh, ho 
Tou' rac'h mant beuet meid pwar 



190 



J. Lot h. 



h 



Hui ' ya d'er gér, me nen nàn ket, ho, 
Meng gourhiemenow e gassehèt. 



Meng 2 gourhiemenow e gassehèt 
D'em dous mari a d'em hwér Janet. 

5- 

Lâre' tehi, mar kemer par, ho 
Kemer ôr labourer douar 



Kemer ôr labourer douar, ho : 
Or martelod e zo en arvar. 



Lare' tehi kass i map t'er skoul, ho, 
En desko de hout 3 marhadour. 



8. 



En desko d'out marhadour mad, ho 
Ha n'en ei ke' te vecheri dad. 



Ha nen ei ke : te vecher i dad : 
Or martelod e uè 4 mark a mad. 



1. Par une inspiration fort hardie et dramatique, le chanteur fait parler les morts. 

2. La prononciation est la même que dans le gallois fyngorchymmyn, 

3. De hout = de voud. Bout, verbe subst.; signalons une forme inconnue en haut-cor- 
nouaillais : but [u français). 

4. Vi ou vè = ez bez, léon. vez. C'est un présent habituel qui n'est jamais confondu 
avec le présent ordinaire dans le verbe substantif. Bez = le gallois bydd employé dans 
le même sens. Les Gallois distinguent même le présent habituel dans d'autres verbes, du 
moins à la troisième personne du sg. mi ddywediff. Ce présent habituel est une troisième 
personne du futur. Dans le nord (Carnavon) la forme est en -th et non en /. C'est pro- 
bablement un changement d'organe (cf. cependant istlinnit profatur, dans les gloses en 
vieux-breton). 



Remarques sur le bas-vannetais. 191 

10. 

Or martelod e uè mark a mad, 
Gueh ar er môr, gueh ar en dwar. 

(Chanté par Guennic). 

EN DEVEHAT. 

Quelques mots sont nécessaires pour l'intelligence de cette chanson. 
Le Morbihan et surtout le haut-vannetais a compté après 1830 un grand 
nombre de réfractaires ou de jeunes gens qui, appelés parle sort à servir 
sousles drapeaux français, refusaient de se soumettre à la loi et de quitter 
leur pays. Un certain nombre se donnaient comme légitimistes. Mais on 
peut affirmer, sans crainte de se tromper, que le motif déterminant était 
l'amour du sol natal, la répugnance à se trouver au milieu de gens de 
langue différente, et la crainte de vexations dont les anciens soldats leur 
faisaient un tableau, quelquefois, hélas! trop fidèle. On nous affirme que 
dans une garnison que nous ne nommerons pas, on punit les soldats 
bretons qui, dans les rues, parlent leur langue maternelle. Nous aurions 
peine à croire à d'aussi niaises persécutions, si dans le rapport d'un ins- 
pecteur-général de l'enseignement primaire, il y a peu d'années, nous 
n'avions trouvé cette incroyable assertion : « Jusqu'à l'âge de sept ou 
huit ans, par suite de son ignorance du français, le petit bas-breton ne 
donne aucun signe d'intelligence ! » Ce qui est très caractéristique, c'est 
qu'il n'y a pas eu, à notre connaissance, de réfractaire dans l'armée de 
mer : là, le Breton était sûr de se trouver au milieu de compatriotes. 
Grâce à la complicité des habitants du pays, beaucoup de réfractaires 
ont pu défier les poursuites des gendarmes et même des régiments lancés 
à leur poursuite. On en cite un qui s'est rendu en personne à l'empereur 
Napoléon III lors de son voyage en Bretagne. Le plus célèbre est le 
héros de notre chanson, Le Devehat, fils d'un bedeau deMelrand, arron- 
dissement de Pontivy. D'une intelligence remarquable, d'une agilité et 
d'une force prodigieuses, il fut pendant de longues années le cauchemar 
des autorités de tout degré du Morbihan. Il finit par être pris par 
trahison et interné, comme prisonnier politique, dans nous ne savons 
quelle partie de la Bretagne. On nous a affirmé qu'il était mort à Jersey. 
Sans être cruel, Le Devehat était vindicatif. On lui a attribué plusieurs 
meurtres, notamment celui d'un colonel de gendarmerie. Il eut un jour la 
patience de suivre toute une journée un brigadier de gendarmerie à qui il 
en voulait mortellement : il aurait pu le tuer cent fois, mais il voulait qu'il 



192 J. Loth. 

sût que c'était bien de sa main et jouir un peu de sa vengeance. Il attendit 
que le brigadier fût allé se coucher dans une ferme. Aussitôt le mal- 
heureux au lit, Le Devehat entra, alluma la chandelle, puis le pistolet à 
la main réveilla d'un soufflet le dormeur, lui laissa le temps de le recon- 
naître et lui tira un coup de pistolet à bout portant. Un mouvement sauva 
le brigadier ; il en fut quitte pour une grave blessure. 

La chanson qui suit est tronquée. Il en court, m'a-t-on dit, dans le 
pays de Guern et de Melrand, bon nombre encore sur son compte. 



Mâb er hloher a vouc'h Melran, lârér ezo on niowl a bôt. 
Yon e larè d'en ostizes : » Téne' jist ar en dôl. 



« Téne' tregon chopina' jist, ne uehèm ke' kouyonet, 
« Kompahonah e zô arlèrh, ag en es forh zihiet. » 

5- 

Me y ont korden e wè en ti, komans t'en im zelet: 
« Nag achapam ni, mar karam : arriu er Chouanet. » 

4- 

Ag a énon e hè nezen, a de Bondi e haz, 
Hag er Brigadié Janndarmet enon e rankontaz. 

« Ha bonjour doc'h hui, brigadié, bonjour doc'h e larân; 
Pell zô e klawân mé laret, oc'h klac'h kloher Melran. 

6. 

« Meid mar doc'h klac'h kloher Melran, èl ' m'i 2 klawân laret, 
Ma karet-ui, Brigadié, me rei doc'h in 3 hawet. » 

7- 
— « Pe wiyehèn mén, eme yon, larehèc'h ket ôr gow, 
Me rehè doc'h jist teévet, ha guin lan o polow. » 



i . El pour evèl. 

2. M'i est pour m' in. In ou en est un pronom neutre ou masculin régime. 

3. Le bas-vannetais ne change jamais \'n du pronom en, ni celui de non, notre, en r. 

4. Ne hehèt pour ne yehèt ; de même e haz et e yaz, il alla. 



Remarques sur le bas-y annexais. 193 



Hag e pad e wè barh en ti, wè èl ôr hâc'h fwètet, 
A pe wè deit ar er paué, wè èl on arrajet. 

9- 
A pe wè deit ar en paué, yon 'n im gauè pô' fier. 
« Deit ar me lèrh, me yont karden, boutet ô fri em rèr. » 

10. 

Ag a énon e hè nezen de gosté kwè' Keluen, 
Ayon rankontaz hwac'h énon Joannow Kabosen. 

1 1. 

« Mar doc'h hui Joannow Kabosen, èl m'i klawân laret, 
Ne hehèt ' ke' kén de Bondi, de zisprij Chouanet 2 ». 

12. 

Ag a énon e haz nezen, d'er Gèrvèr Guern e haz, 
Etre uéneg ? eur a greis-noz, ôr révolt e zauaz. 

Er gardnasion a Bondi, brigadié janndarmet, 
Ha tout e tant d'er Gervér, de dapeïn chouanet. 

»4- 

Pe wènt arriu barh er Paner, ha bandet ô armaj, 

Mont er Pitroï, mab er hlohér zay4 dré'r lucarn d'en niaz s 

«5- 

Pen nwè 6 zayet barh er Paner, skoein on tôl ar i rèr: 
« Deid ar me lèrh, me yont korden, lakeit ô fri em rèr. » 



1. Ne hehet pour ne yehèt ; de même e haz et eyaz, il alla. 

2. Chouans, noms donnés dans la Bretagne et le Maine aux paysans soulevés contre 
la première République. 

3. Uéntg pour unnek est une forme bien singulière qui existe dans tout le vannetais. 
Une forme moins énigmatique et fort intéressante, c'est celle du sujet vingt uigent = ugent, 
léon. , et vgain, gallois. 

4. Say, léon. salla (pron. saya), sauter, 
j. Par assimilation pour diaz. 

6. Pour p'en dwl. Dwè = en devoè. 

Rev. Celt. VU 13 



i c>4 '■ Loth. 

16. 

Pe wè arriu er vonalek, ha yon lizer ' dow dénn, 
Ag evit o ammerdein tout ha me yontow korden. 

H- 
Ag a énon e haz nezen, de gosté Zam-Briek: 
'Gollaz er pow' kèh 2 lzidor : énon e wè tapet. 

(Chanté par Fr. Didu, tailleur à Guémené-sur-Scorff). 

Traduction . 



Le fils du bedeau de Melrand, on dit que c'est un diable de garçon. 
Il disait à l'hôtelière : « Tirez du cidre sur la table. 



« Tirez trente chopes de cidre sur la table, que nous ne soyons pas 

[couillonnés (moqués, joués) 
Compagnie ià moi) est après qui a grand' soif. » 

h 
Mes oncles la Corde les gendarmes) 5 qui étaient dans la maison, com- 

|mencent à s'entre-regarder : 
« Echappons-nous d'ici, si nous voulons, arrivés (sont) les chouans. » 

4- 
Et de là il s'en allait alors, et à Pontivy il alla 
Et le brigadier de gendarmerie là il rencontra. 

S- 

« Et bonjour à vous, brigadier, bonjour à vous je dis : [Melrand. 

Longtemps est que j'entends dire que vous êtes à chercher le bedeau de 

6. 
« Mais si vous êtes à chercher le bedeau de Melrand comme je l'entends 
Si vous voulez, brigadier, je vous ferai le trouver. [dire, 

i . Ordinairement lezel, laisser, lâcher. 

2. Pour powr-kèh. Kèh = léon. keaz, arm. moy. caez, gall. caeth. 

3. Cinq ou six gendarmes buvaient dans une auberge. Le Devehat qui ne dédaignait 
pas la plaisanterie entra et frappant sur la table demanda d'une voix impérieuse trente 
chopes de cidre pour ses amis. Les gendarmes effrayés s'enfuirent. Le Devehat avait bon 
nombre d'imitateurs et quelques compagnons aussi dangereux que lui. 



Remarques sur le bas-vannetais. 195 

7- 
— « Si je savais, dit-il, que vous ne me disiez pas un mensonge, 
Je vous donnerais du cidre à boire et du vin plein votre ventre. » 



Et tant qu'il était dans la maison, il était comme un chat fouetté, 
Lorsqu'il fut venu sur le pavé (de la rue), il était comme un enragé. 

«■). 
Et lorsqu'il fut venu sur le pavé, il se trouvait fier gaillard : [cul. » 
« Venez après moi, mon oncle la Corde, fourrez votre nez dans mon 

10. 

Et de là il allait alors du côté de Queluen, 
Et il rencontra encore là Jouanno Cabosen. 

1 1 . 

« Si c'est vous, Jouanno Cabosen, comme je l'entends dire, 
Vous n'irez plus à Pontivy déprécier les Chouans ' ». 

12. 

Et de là il allait alors ; au Kerver Guern il alla; 
Entre onze heures et minuit une révolte il souleva. 

La garde nationale de Pontivy, le brigadier de gendarmerie, 
Et tous, ils viennent au Kerver pour attaquer les chouans. 

14. 

Lorsqu'ils furent arrivés dans le Paner, et leurs armes bandées, 
D'aller le Pitroï 2 , le fils du bedeau, sautera travers la lucarne, en bas. 



1 . Jouanno Cabosen, alléché par la prime promise à qui livrerait Le Devehat avait, 
avec quelques amis, réussi à le surprendre et à le lier. Le Devehatse laissa sans résistance 
mettre sur un cheval, mais tout d'un coup il rompit ses liens et saisissant un pistolet le 
mit sous le nez du traître. Il se contenta de lui faire peur: Cabosen, assure-t-on, en de- 
vint fou pour quelque temps. Nous ne savons à quel autre incident auquel aurait été 
mêlé Cabosen fait allusion la chanson. 

2. Pitroï, m'a dit le chanteur, est un surnom commun aux habitants de Melrand. Il 
n'a pu m'en donner le sens. Cerné par une compagnie de voltigeurs dans une maison 
isolée, Le Devehat s'élança à travers la lucarne, fermée ordinairement par un volet en 
bois, qui se trouve à l'arrière des maisons bretonnes, bondit pardessus les baïonnettes, 



196 J. Loîh. 

'S- 
Lorsqu'il eut sauté dans Paner, lui de frapper un coup sur son derrière: 
« Venez après moi, mes oncles la Corde, fourrez votre nez dans mon 

[cul. » 

16. 

Lorsqu'il fut arrivé dans le champ de genêts, il tira deux coups de fusil 
Pour les enmerder tous ainsi que mes oncles la Corde. 

17. 

Et de là il s'en alla alors du côté de Saint-Brieuc : 

Là perdit le pauvre Isidore 1 prénom de Devehat) : c'est là qu'il fut pris. 



LES TROIS TAILLEURS 1 DE PONTIVY. 



Tri hiemenér a Bondivy [ter] 
Zo deit te houriat d'ôn ti ni 

2. 

Wènt ke' weit mad ar en trezow, 
P'o dwè goulenet leihow 2 . 

?• 

Leih er bilig a you' silet 
En nwè débet en tri hrevet. 

4- 
Tri hosté kik ag ôr mel-kein 
Ag ôr pénék lé ar er lein 



culbuta du choc un soldat qui observait !a lucarne de dessus une meule de paille et se 
précipita dans les champs. Les voltigeurs tirèrent et il fut blessé à l'épaule. Il se sauva 
néanmoins. Un prêtre le recueillit et le guérit. 

1 . Les tailleurs sont l'objet d'un mépris traditionnel. Comme dans certaines parties du 
pays de Galles, il en faut neuf pour faire un homme. Un trait curieux, c'est qu'ils sont 
considérés comme doués d'un appétit fabuleux. 

1. Lein, premier repas (arm. moy. leiff), méren, repas du milieu du jour, meren anderu, 
repas vers quatre heures, koén, souper. 



Remarques sur le bas-van netais. 197 

5- 
A hwac'h larè en ani bian. 
D'i gamerad ne wè ke' lan. 

6. 
« Lakeit en dibr ar en âzen, 
Mon' te glac'h boed d'er hiemenerien 

7- 
P'wè arriu en âzen er porh 
Yon e gwehas a héd i gorf. 

8- 
« Kemeramb ol beb a blouzen 
De huéhein ba' ' rèu en âzen. 

9- 

« A huéham tout ag ol d'ôr vwéh, 
Me tei 2 en azen bowr d'i léh. » 

10. 
Pe wè zelet ô labouriow, 
N'ô dwè ke' greit meid ôr bragow. 

1 1. 

Pe wè zelet a zèle' mat 
Wènt komanse' te zizouriat 

12. 
Pe wè zelet bragow er pôd 
E wè en tu adrâu 5 arôg. 
(Chanté par veuve Le Gal, à Guémené-sur-ScorrT). 

Traduction . 

1. 
Trois tailleurs de Pontivy 
Sont venus coudre à notre maison. 



1. Bar est pour e barh. Parh = gall. parth. Il a le sens de dans; en gallois moyen 
parth ac avait le sens de vers. 

2. me tei = mat deui. , , , .,,. . . 

3. arm. moy. adreff, cf. gall. adref, à la maison (mynd adre\ retourner a la maison). 



,ç)8 J- L <>th. 



Ils n'étaient pas bien venus sur le seuil 
Qu'ils avaient demandé leurs déjeuners. 

h 

Plein le bassin de bouillie passée ' 

Avaient mangé (mangèrent) les trois crevés. 

4- 
Trois quartiers de viande et une échine 
Et une petite tête de veau par-dessus. 

S- 
Et encore disait le plus petit 
A son camarade qu'il n'était pas plein. 

6. 
Mettez la selle sur l'âne 
(Pour) aller chercher des vivres aux tailleurs. 

7- 
Lorsque fut arrivé l'âne dans la cour, 
Il tomba tout de son long. 

8. 

Prenons tous chacun une paille 

Pour souffler dans le derrière de l'âne. 

9- 
Et soufflons tous et tous d'une voix (souffle) 
Que vienne le pauvre âne à sa place (qu'il revienne â lui). 

10. 
Lorsque furent examinés leurs travaux 
Ils n'avaient fait qu'une paire de braies (culottes). 

1. Silet, mot à mot passée ; arm. moy. (sizl situla, sitla, coulouer (passoire). Cathol. 
Silein se dit aussi pour l'action de mêler la bouillie avec un bâton approprié à cet effet, 
pendant qu'elle est sur le feu. Comme dans le pays de Galles et en Irlande, U bouillie, 
surtout la bouillie d'avoine (bas-vann. youd kerc'h, gall. iwd ou uwd cerch) joue nn rôle 
considérable dans l'alimentation des paysans. En Armorique, la bouillie de blé noir fait 
à la bouillie, d'avoine une concurrence redoutable. 



Remarques sur le bas-vannetais. 199 

i i . 
Lorsqu'il fut examiné et bien examiné, 
Elles avaient commencé à découdre. 

12. 

Lorsque furent examinées les braies du garçon, 
L'envers était devant. 

PROVERBES BAS-VANNETAIS. 
I . 

Er hirran a gornow 
Diuenét hi volow. 
Que le plus long de cornes 
Défende son ventre. 



Or vwés a pe uè mèu 
'Golla en alizé ag i rèu. 
Une femme quand elle est ivre 
Perd la clef de son c... 

3- 
N'es koh votes 
A ne gau i vares ' 
Il n'y a mauvais sabot 
Qui ne trouve son pareil. 

4- 
Koh ki n'om veul 
Mauvais chien se loue lui-même. 

J. Loth. 



i. 



i . Vares pour fares = pares. Après i féminin en bas-vannetais, comme en maint en- 
droit de la Bretagne, le p au lieu de devenir/ est devenu actuellement v par analogie. 
Cf. er-vantan = er feunteun, la fontaine (haut-vann. er-fetan). 



MOTS BRETONS 

DANS LES CHARTES DE BEAUPORT 

(troisième article '). 



Moysan, dans Ker-moysan, 1298, p. 215. Ce mot se rencontre dans 
le Cartulaire de Redon et semble dérivé de Moyse, Moyses. 

Neber, dans Lan-neber, 1255, pp. 100, 101; 1245, p. 119; 1263, 
p. 167 ; 1268, p, 181 ; 1270, p. 186; 1271, p. 192. Voyez Niber. 

Nedelec, surnom de Trehanus, 1266, p. 172, « noèl » du latin nata- 
licius, en gallois nadolig. 

Neez, dans Lan-neez, 1 184-1 189, p. 8. Voyez Nevez. 

Neli, dans Kaer-neli, 1298, p. 216. Comparez le nom d'homme Noli, 
du Cartulaire de Redon. 

Net, dans Ploe-net, 1266, p. 171 . 

Nevenitre, dans Ple-nevenitre, 1202, p. 51. 

Nevez « nouveau » dans Lan-nevez, 1248, p. 129; 1267, p. 178. 
La forme ancienne conservée par le Cartulaire de Redon est nowid. Voyez 
Neez. 

Nez, dans Plo-nez, 1240, p. 109, écrit Pie-nez, 1244, p. 116; 
1256, p. 145 ; Ploe-nez, 1257, p. 149 ; 1261, p. 161 . Voyez Niz. 

Niber, dans Lan-niber, 1232, p. 93. Voyez Neber et le suivant. 

Nibert, dans Lan-nibert, 1233, p. 98. Voyez Neber et le précédent. 

Nidic, dans Lan- nidic, 1198, p. 12. Voyez les suivants. On trouve 
dans le Cartulaire de Redon le nom d'homme Nethic. 

Nitic, dans Lan-nitic, 1266, p. 173. Voyez le précédent et le suivant. 

Nitich, dans Lan-nitich, 1233, p. 97. Voyez les précédents. 



1. Voyez les deux premières parties de ce travail t. III, p. 395-418, et t. VII, p. 52-65. 



Mots bretons dans les chartes de Beauport. 201 

Niz, dans Ple-niz, 1237, p. 104; 1266, p. 174; 1269, p. 183; 
1271, p. 188. Voyez Nez. 

Nourri [villa], 1229, p. 87. 

Nues, dans Lan-nues, 1202, p. 4$. Voyez Nevez. 

Nynec, dans Lan-nynec, 1271, p. 193. Comparez le nom d'homme 
Ninoc du Cartulaire de Redon. 

Oarn, dans Loes-oarn, 1245, p. 117. Comparez le nom d'homme du 
Cartulaire de Redon, Hoiarn « fer ». 

Oc, dans Plou-oc, 1202, p. 50; écrit aussi Plo-oc, 1206 [vidimus de 
1225I pp. 60, 61, 62; 1227, p. 85 ; 1231, p. 91 ; 1237, 'p. 103; 
1238, p. 106; 1 245, pp. 119, 120, 121 ; 1247, pp. 126, 1 27 ; 1252, 
pp. 135, 136; 126$, p. 170; 1273, p. 197; 1280, pp. 204, 205. 
Voyez Ohc, Hoc, Hohc et le suivant. 

Och, dans Plo-och, 1247, p. 125 . Voyez le précédent et Ozoc. 

Odec, dans Plo-odec, 1252, pp. 13$, 136. Voyez Ozec où le d pri- 
mitif a été changé en 2. 

Odel, dans Roc-odel, 1271, p. 189. Voyez Othel, Hodel, Hedel. 

Ohc, dans Plo-ohc, 1242, p. 112; 1244, p. 116. Voyez Oc, Hoc, 
Hohc. 

Oreal, nom de femme, 1229, p. 87. 

Oregon (domus), 1268, p. 180. Voyez le suivant. Le Cartulaire de 
Redon nous donne les formes Oregon et Oreguen. 

Oreguen, de Mazeriis, 1 1 84-1 189, p. 8. Voyez le précédent, Orguen 
et Ouregen. 

Oret, dans Cad-oret, 1298, p. 216; écrit woret, dans Cat-woret, 
ix e siècle, Cartulaire de Redon, suppose un nominatif * Voreto-s, dont le 
datif Voreto est conservé par une inscription Kuhn's Beitraege, t. III, 
p. 167. 

Orguen de Maceriis, 1202, p. 46; 1207, p. 64; nom de femme, 
1271, p. 188; xin e siècle, p. 220. Voyez Oreguen. 

Orhan, dans Plo-orhan, 1260, p. 1 58. Dans le Cartulaire de Redon ce 
mot est écrit Orhant. 

Orquiou (villa), 1284, p. 206. 

Orram, dans Pont-orram, 1247, p. 128. 

Orvou, nom d'homme, 1288, p. 211. 

Osan, dans Quaer-osan, 1260, p. 157. 

Osmondus, nom d'homme, 1232, p. 92, paraît être un mot germa- 
nique. La forme la plus ancienne estAnsemundas. C'est un composé pos- 
sessif signifiant « qui a la protection des dieux » . 

Othel, dans Roc-othel, 1292, p. 211. Voyez Odel, Hodel. 



202 G. Dottin. 

Oualain, dans Cad-oualain, 1233, p. 98; ce mot est écrit wallon dans 
Cat-wallon, Cartulaire de Redon. Il paraît signifier « puissant » . Com- 
parez le gaulois vellaunus. 

Ouregen uiomus), 1267, p. 179. Comparez Aourken, nom de femme 
dans le Cartulaire de Redort, p. 108. 

Outrée {stagnum), 1280, p. 205. 

Ozauc, dans Plo-ozauc, 1208, p. 66. Voyez les suivants. 

Ozech, dans Plo-ozech, 1241, p. m. Voyez le suivant. 

Ozec, dans Plo-ozec, 125 1, p. 133 ; 1253, p. 1 39 ; 1266, p. 173 ; 
1271, pp. 188, 189. Voyez Odec, Hozec, Ozauc, Ozech, Ezoc, Ezec et 
les suivants. 

[0]zec, dans Plozec, 1256, p. 145; 1257, p. 148; 1263, p. 167; 
dans Ploizec, 1260, p. 1 58. Voyez les précédents et les suivants. 

Ozech, dans Plo-ozech, 1253, p. 138. Voyez les précédents et les 
suivants. 

Ozoc, dans Ploe-ozoc, 1298, p. 215 ; Plo-ozoc, 1202, pp. 47, 48; 
1206, pp. 59, 60; 1212, p. 69; 1219, p. 73; 1258, p. 151 ; 1261, 
p. 163 ; 1263, p. 167; 1266, pp. 173, 175; 1268, pp. 181, 182; 
1269, p. 185; 1270, pp. 18$, 186; 1271, pp. 187, 189, 192; 1273, 
P. 197; 1274, P- 199; I28 4, P- 207; 1298, p. 21$ ; 1301, p. 217. 
Voyez Hozoc, les précédents et les suivants, et Ezoc, Ezec. 

[O]zoc, dans Plozoc, 1260, p. 158; 1292, p. 211 ; 1298, p. 215. 
Voyez les précédents et le suivant. 

Ozouc, dans Plo-ozouc, 1263, p. 167. Voyez les précédents. 

Paublat {Le), surnom de Gegou, 1252, p. 13$ ; surnom de Merianus, 
1271, p. 190. 

Pautoate, nom de femme, 1244, p. 116. 

Pebliau {sanctus) , 124$, p. 121. 

Peliou, dans Peliou-bras, 1231, p. 90. 

Peliou-bras, 1 2 3 1 , p . 90. 

Pelvet, dans En-Pelvet, 1287, p. 209. 

Pem, pour Pen, dans Petn-pol, 1257, p. 146; 1266, p. 172; 1279, 
p. 204. 

Pem-pol, nom de lieu, 1257, p. 146; 1266, p. 172-, 1279, p. 204. 
Voyez Pen-pol, Pen-poul. 

Pen « tête, extrémité », dans Pen-pol, 1 184-1 189, p. 8; 1 202, p. 48; 
1233, p. 96; 1244, p. 115; 1256, p. 145; 1257, p. 147; 1261, 
p. 161 ; 1271 pp. 187, 188; 1292, p. 21 1 ; 1295, p. 212 , dans p en- 
poll, 1 305, p. 218; dans Pen-poul, 1263, p. 16$ ; 1267, p. 179; 1271, 
pp. 188, 191, 193. Pen est écrit Pem- dans Pem-pol, 1257, p. 146; 



Mots bretons dans les chartes de Beauport. 203 

1266, p. 172; 1279, P- 20 4- 0° trouve encore Pen comme premier 
terme dans les composés Pen-ros, 12}$, p. 101 ; 1237, p. 102; 1242, 
p. 114; 1245, p. 121 ; 1248, p. 129; 1250, p. 132; 1253, p. 139; 

1260, p. 156; Pen-tavre, 12 14, p. 70; Pen-thevria, 1228, p. 85, écrit 
Pen-tevria, 1256, p. 143. Voyez Pem. 

Pennoc [Le], surnom de Guillou, 1237, p. 103 ; dérivé de pen ; ce mot 
subsiste encore aujourd'hui sous la forme pennek à la fois comme nom 
de famille et comme adjectif signifiant « têtu » . 

Pen-pol « bout du fossé », nom de lieu, 1184-1189, p. 8; 1202, 
p. 48; 1233, p. 96; 1244, p. 115; 1256, p. 145; 1257, p. 147; 

1261, p. 161 ; 1 271, pp. 187, 188 ; 1 292, p. 2ii; 129$, p. 212. 
Voyez les suivants. 

Pen-poll, nom de lieu, 1 305, p. 218. Voyez le précédent et le suivant. 

Pen-poul, 1263, p. 165; 1267, p. 179; 1271, pp. 188, 191, 193. 
Voyez les précédents. 

Pen-ros « bout du tertre », nom de lieu, 123$, p. 101 ; 1237, p. 
102; 1242, p. 114; 1245, p. i5i; 1248, p. 129; 1250, p. 132; 
1253, p. 139; 1260, p. 156. 

Pen-tavre, 1214, p. 70. 

Pen-tevria, nom de lieu, 1256, p. 143. Voyez le suivant. 

Pen-thevria, 1228, p. 85. Voyez le précédent. 

Pias, nom d'homme, 1202, p. 51 ; 1203, p. 59; surnom à'Eudo, 
1266, p. 176. 

Pietel, nom d'homme, 1271, p. 192. 

Pie « paroisse », dans Ple-banalec, 1274, p. 199; Ple-bara, 1202, 
p. 46; Ple-dran, 1307, p. 219; Ple-guian, 1255, p. 142; Ple-lo, 
r2ii, p. 68; Ple-lou, 1202 (vidimus de 1274 ou 12751, P- 4^; 
1206 {vidimus de 1225), p. 62; 121 1, p. 68; 1224, p. 80; 1229, 
p. 87; 1233, pp. 94, 98; 1235, p. 100; 1238, p. 10$; 1240, 
p. 110; 1242, p. 112; 1247, pp. 124, 126; 1251, p. 134; 1255, 
P- 143; 12 $6, p. 143; 1258, p. 149; 1259, P- '52; 1261, p. 163; 
1264, p. 169; 1269, pp. 182, 184; 1300, p. 217; Ple-mic, 1233, 
p. 95; Ple-nevenitre , 1202, p. 51; Pie-nez, 1244, p. 116; 1256, 
p. 145 ; Ple-niz, 1237, p. 104; 1266, p. 174; 1269, p. 1 83 ; 1271 _, 
p. 188; Ple-rin, 1254, p. 141; Ple-rivou, 1235 (charte inédite) ; 1253, 
p. 137; 1260, p. 157, 1 s 9 ; 1287, p. 207; Ple-stan, 1198, p. 12; 
Ple-vara, 1 184-1 189, p. 8; 1202, p. 48 ; 126 1, p. 1 <3 3 ; 1 264, p. 169. 
Voyez Ploe, Ploi, Plo, Plou, Plu. 

Ple-banalec, nom de lieu, 1274, p. 199. Voyez Plo-banalec, Ploe-ba- 
nalec, Ploi-banazlec, Plou-banelec. 



204 " G- Dottin. 

Ple-bara, nom de lieu, i 202, p. 46. Voyez Pk-vara, Plo-vara. 

Ple-dran, 1 307, p. 219. 

Ple-guian, nom de lieu, 1 25 5, p. 142. Voyez Plu-gulan. 

Ple-lo, nom de lieu, 121 1, p. 68. Voyez le suivant. 

Ple-lou (ecclesia de, parrochia de), 1202 (vidimus de 1274 ou 1275), 
p. 48; 1206 [vidimus de 1225), p. 62; 121 1, p. 68; 1224, p. 80 
1229, p. 87; 1233, pp. 94, 95, 98; 1235, p. 100; 1238, p. 105 
1240, p. 110; 1242, p. 112; 1247, pp. 124, 126; 1251, p. 134 
1 -2 5 5 1 P- '43; 1256, p. 143; 1258, p. 149; 1259, p. 152; 1261, 
p. 163; 1264, p. 169; 1269, pp. 182, 184; 1 300, p. 217. Voyez le 
précédent et Ploe-lou, Ploi-lou. 

Ple-mic, nom de lieu, 1233, p. 95. 

Plenalta (parrochia de), 1254, p. 141. 

Ple-nevenitre, nom de lieu, 1202, p. 5 1. 

Pie-nez, nom de lieu, 1244, P- "6; 1256, p. 14$. Voyez Ploe-nez, 
Plo-nez et le suivant . 

Ple-niz, nom de lieu, 1237, p. 104; 1266, p. 174; 1269, p. 183; 
1271, p. 188. Voyez le précédent. 

Ple-rin (parrochia de), 1254, p. 141. 

Ple-rivou, nom de lieu, 1235 (charte inédite) ; 1253, p. 137; 1260, 
pp. 157, 159; 1287, p. 207. Voyez Ploe-rivou, Ploi-rivou, Plo-rivou, 
Plou-rivou, Plu-rivou. 

Plesou, nom de personne, 1241, p. m; nom de femme, 1245, 
p. 118. 

Ple-stan, nom de lieu, 1 1 98, p. 12. 

Ple-vara, nom de lieu, 1 184-1 189, p. 8; 1 202. p. 48; 1261, p. 163; 
1264, p. 169. Voyez Ple-bara, Plo-vara. 

Plo « paroisse » dans Plo-adgat, 1198, p. 12; 1240, p. 110; 1255, 
p. 142; 1258, p. i(i ; Plo-agat, 1207, p. 63; 1232, p. 93; 1237, 
p. 104; 1241, p. m ; 1255, p. 143; 1258, p. 151 ; 1261, p. 159; 
1264, p. 169; 1269, p. 184; Plo-aha, 1202, p. 46,48; 1206, p. 60; 
1207, p. 64; 121 1, p. 68; 1230, p. 87; 1231, p. 90; 1232, p. 92; 
1233, p. 96; 1235, p. 99; 1237, pp. ioi, 102; 1245, p. 118; 1253, 
p. 140; 1255, p. 143 ; 1257, p. 147; 1261, p. 163; 1263, pp. 166, 
167; 1264, pp. 168, 170; 1267, pp. 177, 178; 1271, p. 193 ; 1287, 
p. 209; 1288, pp. 210, 21 1 ; 1 307, p. 219; Plo-aza, 1259, pp. 152, 
153 ; 1263, p. 165; 1267, pp. 178, 179, 180; 1271, pp. 187, 191 ; 
Plo-azha, 1264, p. 168 ; Plo-banalec, 1239, p. 109; 1240, p. 109; 
1242, p. 113; 1250, p. 132; 12(5, p. 142; Plo-banalech, 1252, 
p. 134; Plo-bihan, 1202, p. 57 ; Plo-ezec, 1220, p. 73 ; 1261, p. 162; 



Mots bretons dans les chartes de Beauport. 205 

1271, pp. 188, 192, 193, 194; 1278, pp. 202,203; Plo-ezoc, 1274, 
p. 199; 1278, p. 103; Plo-guencit, 1230, p. 88; Plo-harnoc, 1233, p. 95 
Plo-hedel, 1294, p. 212; Plo-hoc, 1232, p. 91 ; 1233, p. 95; 1246 
p. 123 ; 1252, p. 13$; Plo-hodel, 1245, p. 120; Plo-hohc, 1241, p. ni 
Plo-hozec, 11 84-1 189, p. 8; 1 251, p. 134; Plo-hozoc, 1247, p. 127 
125 1, pp. 133, 134; 125 3, p- M 8 ; '2 54» P. 140; Plonez, 1240, p. 109 
Plo-oc, 1206 [vidimus de 1225), p. 60; 1206, p. 61 ; 1227, p. 85 
1231, p. 91; 1231, p. 91; 1237, p. 103 ; 1238, pp. 106, 107; 1239 
p. 109 ; 1241, p. m ; 1242, p. 112; 1245, pp. 117, 119, 120, 121 
1247, pp. 126, 127; 1252, pp. 135, 136; 1265, p. 170; 1273 
p. 197; 1280, pp. 204, 205; Plo-och, 1247, p. 125; Plo-odec, 1252 
pp. 13$, 1 36,; Plo-ohc, 1242, p. 112; 1244, p. 116; Plo-orhan, 1260 
p. 1 58; Plo-ozauc, 1208, p. 66; Plo-ozec, 125 1, p. 1 33 ; 125 3, p. 1 39 
1266, p. 173 ; 1271, pp. 188, 189; Plo-ozech, 1241, p. 1 1 1 ; 1253 
p. 138; Plo-ozoc, 1202, pp. 47, 48; 1206, pp. 59, 60; 121 2, p. 69 
1219, p. 73; 1258, p. 151; 1261, p. 163; 1263, p. 167; 1266 
pp. 172, 173, 175; 1268, pp. 181, 182; 1269, p. 18$; 1270 
pp. 185, 186; 1271, pp. 187, 189, 192; 1273, p. 197; 1274, p. 199 
1284, p. 207; 1298, p. 215; 1 301, p. 217; Plo-ozouc, 1263, p. 167 
Plo-rivo, 1257, p. 146; Plo-rivou, 1220, pp. 74, 75; 1254, p. 141 
1263, p. 165; 1266, p. 174; 1284, p. 206; 129J, p. 212; Plo-vara 
121 1, p. 68; 1230, p. 87 note ; Plo-zec, 1256, p. 145 ; 1257, p. 148 
1263, p. 167; Plo-zoc, 1 260, p. 158; 1292, p. 211; 1298, p. 215. 
Voyez Ploe, Ploi, Plo, Pie, Plou, Plu. 

Plo-adgat, nom de lieu, 1 198, p. 12 ; 1240, p. 1 10; 1 25 5, p. 142 ; 
1 258, p. 151. Voyez Ploe-adgat, Ploi-agat et le suivant. 

Plo-agat, 1207, p. 63; 1232, p. 93; 1237, p. 104; 1 241, p. m ; 
1255, p. 143 ; 1258, p. 151 ; 126 1, p. 159; 1264, p. 169; 1269, 
p. 184. Voyez le précédent. 

Plo-aha (ecclesia de), 1202, pp. 46, 48; 1206, p. 60; 1207, p. 64; 
1 211, p. 68; 1230, p. 87; 1231, p. 90; 1232, p. 92; 1233, p. 96; 
1235, p. 99; 1237, p. ioi, 102; 1245, p. 118; 1253, p. 140; 1255, 
p. 143 ; 1257, p. 147; 1261, p. 163 ; 1263, pp. 166, 167; 1264, 
pp. 168, 170; 1267, pp. 177, 178; 1271, p. 193 ; 1287, p. 209 ; 
1288, pp. 210,211; 1 307, p. 219. Voyez les suivants. 

Plo-aza (parrochia de), 1259, pp. 152, 153; 1263, p. 165; 1267, 
pp. 178, 179, 180 ; 127 1 , pp. 187, 191 . Voyez Ploe-aza, le précédent 
et le suivant. 

Plo-azha, 1264, p. 168. Voyez les précédents. 

Plo-balanec (parrochia de), 1268, p. 180. Voyez le suivant. 



206 G. Dottin. 

Plo-banalec (parrochia de), 1259, p. 109; 1240, p. 109; 1242, p. 113; 
1250, p. 1 $2 ; 1255, p. 142. Voyez Ple-banalec, Ploi-banazlec, Ploe- 
banalec, Plou-banelec, le précédent et le suivant. 

Plo-banalech, 1252, p. 134. Voyez le précédent. 

Plo-bihan « petite paroisse », nom de lieu, 1202, p. 37. 

Ploe, dans Ploe-adgat, 1198, p. 12; Ploe-aza, 1453, p. 220; Ploe- 
banalec, 1257, p. 149; 1267, p. 179; 1 27 1 , p . 1 94 ; Ploe-guiel, 1 2 5 3 , 
p. 140; Ploe-lou, 1260, p. i$8; 1271, p. 186; Ploe-net, 1266, 
p. 171; Ploe-nez, 1257, p. 149; 1261, p. 161; Ploe-ozoc, 1298, 
p. 215; Ploe-rivou, 1253, p. 138; 1258, p. 149; 1271, p. 187; 
1306, p. 219; Ploe-ryvou, 1305, p. 218. Ploe que l'on trouve sous la 
forme latine pleb-s et la forme bretonne Ploi dans le Cartulaire de Redon 
est la transcription bretonne du latin plêb-s. Voyez Ploi, Plo, Pie, Plou, 
Plu. 

Ploe-adgat, 1198, p. 12. Voyez Plo-adgat, Ploi-agat. 

Ploe-aza, 1453, p. 220. Voyez Plo-aza, Plo-aha. 

Ploe-balanec (parrochia de), 1267, p. 179; 1271, p. 194. Voyez le 
suivant. 

Ploe-banalec (parrochia de), 1257, p. 149. Voyez Ploi-banazlec, Plo- 
banalec, Ple-banalec, Plou-banelec et les formes plus modernes avec meta- 
thèse, Ploe-balanec, Plo-balanec. 

Ploe-guiel, 1253, p. 140. 

Ploe-lou (parrochia de), 1260, p. 1 58; 1271, p. 186. Voyez Ploi-lou. 
Ple-lou. 

Ploe-net (parrochia de), 1266, p. 171. 

Ploe-nez (parrochia de), 1257, p. 149; 1261, p. 161. Voyez Pie-nez, 
Plo-nez. 

Ploe-ozoc (parrochia de) , 1298, p. 215. Voyez Plo-ozauc, Plo-hozoc, 
Plo-ozoc, Plo-odec, Plo-hozec, Plo-ozec, Plo-ozouc, Plo-ezoc, Plo-ezec, 
Ploi-zoc, Plo-zoc, Plo-zec. 

Ploe-rivou (parrochia de), 1253, p. 138; 1258, p. 149; 1271, 
p. 187; 1306, p. 219. Voyez le suivant et Ploi-rivou, Plo-rivou, Ple- 
rivou, Plou-rivou, Plu-rivou. 

Ploe-ryvou (paroesse de), 1305, p. 218. Voyez le précédent. 

Plo-ezec, nom de lieu, 1220, p. 73; 1261, p. 162; 1271, pp. 188, 
192, 193, 194; 1278, pp. 202, 203. Voyez Ploe-ozoc, Plo-ozoc, Plo- 
ozec. 

Plo-ezoc (parrochia de), 1274, p. '99; 12 7^» P- 20 3- Voyez Ploe- 
ozoc. 

Plo-guenoit, 1230, p. 88. 



Mots bretons dans les chartes de Beauport. 207 

Plo-harnoc « paroisse où il y a du fer », nom de lieu, 1233, p. 95. 

Plo-hedel (ecclesia de), 1294, p. 212. Voyez Plo-hodel. 

Plo-hoc [parrochia de), 1232, p. 91; 1233, p. 95 ; 1246, p. 123; 
1252, p. 135, Voyez Plo-hohc, Plo-oc, Plou-oc, Plou-ec. 

Plo-hodel, 1245, p. 120. Voyez Plo-hedel. 

Plo-hohc (parrochia de), 1241, p. m. Voyez Plo-hoc, Plo-oc. 

Plo-hozec Goilou, 1184-1189, p. 8; Plo-hozec, 1251, p. 134. Voyez 
Plo-ozec et Ploe-ozoc. 

Plo-hozoc (parrochia de), 1247, p. 127; 1251, pp. 133, 134; 1253, 
p. 138; 1254, p. 140. Voyez Plo-ozoc, Ploe-ozoc. 

Ploi, dans Ploi-agat ; 1207, p. 65 ; Ploi-banazlec, 1230, p. 88; Ploi- 
banazlech, 1224, p. 80 ; Ploi-gaznou, 1257, p. 146; Ploi-lou, 1202, 
p. 46 ; Ploi-rivou, 1230, p. 88 ; Ploi-zec, 1260, p. 1 58. Ploi est une 
variante de Ploe = plëb-s. Voyez Plo, Pie, Plou, Plu. 

Ploi-agat (beati Pétri de), 1207, p. 65. Voyez Ploe-adgaî, Plo-adgat, 
Plo-agat. 

Ploi-banazlec « paroisse plantée de genêt », 1230, p. 88. Voyez 
Ploe-banalec, Plo-banalec, 'Ple-banalec, Plou-banelec, Ploe-balanec, Plo- 
balanec et le suivant. 

Ploi-banazlech, 1224, p. 80. Voyez le précédent. 

Ploi-gaznou, 1257, p. 146. 

Ploi-lou (ecclesia de), 1202, p. 46. Voyez Ploe-lou, Ple-lou. 

Ploi-rivou, 1230, p. 88. Voyez Ploe-rivou, Plo-rivou,Ple-rivou, Plou- 
rivou, Plu-rivou. 

Ploi-zoc, 1260, p. 158. Voyez Ploe-ozoc, Plo-ezoc. 

Plo-nez, 1240, p. 109. Voyez Ploe-nez, Pie-nez, 

Plo-oc (ecclesiam Sancti Pétri de), 1206 (vidimus de 1225), p. 60; (ec- 
clesie de), 1206, p. 61 ; 1227, p. 85 ; 1231, p. 91 ; 1231, p. 91; 
1237, p. 103 ; 1238, pp. 106, 107 ; 1239, p. 109; 1241, p. ni ; 
1242, p. 1 12 ; 1245, pp. 117, 119, 120, 121 ; 1247, pp. 126, 127 ; 
1252, pp. 135, 136 ; 1265, p. 170; 1273, p. 197 ; 1280, pp. 204, 
205. Voyez le suivant et Plo-hoc, Plo-hohc, Plou-oc, Plou-ec, variantes 
de Plo-ozoc. 

Plo-och (ecclesie de), 1247, p. 125. Voyez le précédent. 

Plo odec (parrochia de) , 1252, pp. 135, 136. Voyez Plo-ozec, Ploe- 
ozoc. 

Plo-ohc Goilou, nom de lieu, 1242, p. 112; 1244, p. 116. Voyez 
Plo-oc. Comparez Plo-ozoc. 

Plo-orhan, nom de lieu, 1260, p. 158. 

Plo-ozauc (capellaniam Sancti Pétri de), 1208, p. 66. Voyez Ploe-ozoc. 



208 G. Dottin. 

Plo-ozec {parrochia de), 1251, p. 133; 1 25 5, p. 1 59; 1266, p. 17$; 
1271, pp. 188, 189. Voyez le suivant et Plo-odec, Ploe-ozoc, Plo-hozec. 
Plo-ozech (parrochia de), 1 241 , p. 1 1 1 ; 1255, p. 138. Voyez le pré- 
cédent. 

Plo-ozoc (parrochia de), 1202, pp. 47, 48 ; 1206, pp. $9, 60 ; 1212, 
p. 69 ; 1219, p. 73 ; 1258, p. 151 ; 1261, p. 163; 1263, 167; 1266, 
pp. 172, 173, 175 ; 1268, pp. 181, 182 ; 1269, p. 185 ; 1270, pp. 
185, 186; 1271, pp. 187, 189, 192 ; 1273, p. 197; 1274, P- '99; 
1284, p. 207; 1298, p. 215; 1301, p. 217. Voyez Ploe-ozoc et le 
suivant. 

Plo-ozouc (parrochia de), 1263, p. 167. Voyez le précédent. 

Plo-rivo (nemus de), 1257, p. 146. Voyez le suivant. 

Plo-rivou, nom de lieu, 1220, pp. 74, 75 ; 1254, p. 141 ; 1263, 
p. 165 ; 1266, p, 174; 1 184, p. 206; 1295, p. 212. Voyez Ploe-rivou, 
Ploi-rivou, Ple-rivou, Plu-rivou, Plou-rivou. 

Plou, dans Plou-agat, 1202, p. 46; Plou-banelec, 1232, p. 93; Plou- 
ec, 1202, p. 45; Plou-ezec, 1202, p. 45; Plou-fragan, 1230, p. 87 
note ; Plou-oc, 1202, p. 50; Plou-rivou, 1253, p. 140. Voyez Ploe, Ploi, 
Plo, Pie, Plu. 

Plou-Agat [ecclesia de), 1202, p. 46. Voyez Ploe-adgat, Ploi-agat, Plo- 
adgaî, Plo-agat. 

Plou-banelec (parrochia de), 1232, p. 93. Voyez Ploi-banazlec, Ploe- 
banalec, Plo-banalec, Ple-banalec. 

Plou-ec, nom de lieu, 1202, p. 45. Voyez Plou-oc, 

Plou-ezec [parrochie de) , 1262, p. 45. Voyez Ploe-ozoc. 

Plou-fragan, 1230, p. 87 note. 

Plou-oc Goilou, 1202, p. 50. Voyez Plo-oc, Plou-ec. 

Plou-rivou [parrochia de), 1253, p. 140. Voyez Ploe-rivou, Ploi-rivou, 
Plo-rivou, Ple-rivou, Plu-rivou. 

Plo-vara (ecclesia de), 1 2 1 1 , p . 68 ; 1 2 30, p. 87 note. Voyez Ple-vara, 
Ple-bara. 

Plo-zec [parrochia de), 1256, p. 14$; 1257, p. 148; 1263, p. 167. 
Voyez Plo-ozec et le suivant. 

Plo-zoc, nom de lieu, 1260, p. 1 58; 1292, p. 21 1 ; 1 29$, p. 215. 
Voyez Plo-ozoc et le précédent. 

Plu, dans Plu-guian, 1224, p. 81; 1225, p. 83; Plu-rivou, 123$, 
pp. 100, ioi; 1238, p. 107; 1242, p. 114; 1244, p. 115; 1247, 
p. 127; 1250, p. 132. Voyez Ploe, Ploi, Pie, Plo, Plou. 

Plu-guian, nom de lieu, 1224, p 81 ; 1225, p. 83. Voyez Ple-guian. 

Plu-rivou (parrochia de), 1235, pp. 100, 101 ; 1238, p. 107; 1242, 



Mots bretons àatxs les chartes de Beauport. 209 

p. 114; 1244, p. 1 1 $ ; 1247, p. 127 ; 1250, p. 1 32. Voyez Ploe-rivou, 
Ploi-rivou, Plo-rivou, Ple-rivou, Plou-rivou. 

Pol, dans Pol-bleiz, 1242, p. 1 14; Pem-pol, 1257, p. 146; 1266, 
p. 172; 1279, p. 204; Pen-pol, 1 1 84-1 189, p. 8; 1202, p. 48; 1233, 
p. 96; 1243, p. 115; 1256, p. 145; 12 $7, p. 147; > 2 6i, P- 161; 
1271, pp. 187-188; 1292, p. 21 1 ; 1295, p. 212. Le sens de ce mot 
est « trou, mare ». Voyez Poil, Poul. 

Pol-bleiz « trou de loup », 1242, p. 1 14. 

Pol-casec, nom de lieu, 1260, p. 1 57; « fosse, étang de la jument ». 

Poil, dans Pen-poll, 1305, p. 218. Voyez Pol. 

Polos (le), nom d'homme, 1284, p. 206. 

Pomorit, nom de lieu, variante de Pomoroit, 1273, p. 198. 

Pomoroit, nom de lieu, 1273, p. 198. Voyez le précédent. 

Pont, dans Pont-orram, 1 247, p. 1 28. 

Pont-orram (abbacia de), 1247, p. 128. 

Pontou (Alanus de), 1 27 1 , p . 189. 

Por[i] dans Por[t]dic. Voyez Port. 

Pordic (ecclesia de), 1202, pp. 46,48; 1211, p. 68 ; 1 229, p. 87 ; 
1230, p. 88; 1243, p. 114; 1247, p. 128; 1253, p. 137; 1255, 
p. 142; 1259, p. 152; 126 1, p. 163; 1273, p. '9 8 ; I28 4> P- 2 °6; 
1295, p. 213. Ce mot doit venir de Port-Dic. Voyez le suivant et Port- 
Dic. 

Pordich (parrochia de), 1 2 5 5 , p . 142. 

G. Dottin. 
( La fin au prochain Numéro . ) 



kev. Celt. VU. 14 



TWO IR1SH I^TH CENT. VERSIONS 
OF 

SIR JOHN MANDEVILLE'STRAVELS 



M. Stokes, introduction to Tog. Troi. p. viii lias noted that ia-stems in the 
pi. were declined as if consonantal and liai a N. ace. pi. -eda. Before the 
end of the i $th cent, thèse nouns had a doubleN. pi. -edha, -idhi. For the 
latter cf. N. pi. of conson.- stem, milidi T. Tr. 227, 618, 854. In the 
modem language the latter form alone is used for N. ace. pi. to the exclusion 
of the former. Between the middle of the 1 ithand 1 5 th cent, somewords hâve 
changed îheir gender and new plurals in -na make their appearance. 

a-stem, creitem F. is now M. with a double gen. sg. N. sg. conid é 
credim Eg. cidh é creidim [-dem] R. Eg. (3). G. sg. docum creidim 
L creidme] 2] — fundamint an creidim R. dochum creidmhe R. Eg. 

Drong M. \Wind. Worterb.) is now F. G. sg. do reir droingi R. Eg. 
dat. sg. ic droir/g R. Eg. so in the Bible- chum na druinge. Gai. 4. 5. 

ia-stem. N. sg. tigerna R. Eg. G. tigerna R. (2) Eg. (2) tigernad R. 
(1). N. pi. tigernadha R. (2] Eg. (3), na tigeoiuidhi, tigernuidhidh [tiger- 
nedha ligernadhaj. G. pi. tigernadh R. Eg. na tigerna [tigernadh], tiger- 
nedh Eg. 

D. pi. tigernadaib R. Eg. 21 tigernuib R. 

N. sg. tairnge, tarrnge R. Eg. (5) N. pi. larrngedha R. (1) Eg. (2). 
ace. pi. na cethre tairrngi [-ge], tairngedha Eg. dat. pi. tarrnged/iaib 
R. Eg. 

N. sg. du. Bogha R. Eg. N. pi. tri bogha R. Eg. boghada [bodha]. 
D. pi. boghadhaib [bodhaibhj. 

N. pi. barda (1) [bardadha] (2) guards, wardens. 

1 . Voir le commencement de cet article au même volume, pp. 66 et suivantes. 



Versions of Sir John Mandeville's Travels. 2( r 

Gen. pi. seomradha Eg. D. pi. séomradhuib [semraibh, seomradaib] 
N. sg. lampa, N. pi. lampaidhe R. Eg. 

N. sg. Festa [festadh] (4) G. sg. fésta [féstaîdh], ace. pi. fésta [fés- 
taidh, féstadh] dat. pi. féstadaib R. 

N. sg. seilche « snail » Eg. N. pi. seïïchedhe [-edha]. 

N. sg. oighre [heir) dat. pi. o'ighredh aibh [oigribh]. N. sg. Rideri[-e]. 

N. pi. rideri [nderedha]. N. pi. Fuirmidhi [fuirnW/za] « frame of his 
bed ». 

i-stem — muir N. is now F. is i in mhuir. 59.3. Eg. 135.4. 

N. sg. Fâidh— G. pi. fâidhed R. Eg. [— edh.] Eg. D. pi. fâidhib R. 
Eg. [hidhedhibh] N. sg. tir. — N. ace. pi. tirtha R. (4) Eg. (6). G. 
pi. na tirthadh R. Eg. D. pi. tirthaib R. Eg. (6). 

N. sg. cuid R. Eg. G. sg. coda (2) cotta [codach] Eg. (3). cudaisgi- 
ven in Molioy's gr. p. 30 as the Conn. form,butthe Highlandword is codach. 

conson-stems — G. sg. tengadh (2) [tengtha] (1). dat. tengaidh 
[tengtha] hn a tenga. Eg. ace. sg. ? labraid tengtha [tenga] na tiri. — 
G. pi. do reira tengtha R. Eg. N. pi. tengtha R. Eg. D. pi. tengthuib 

R- Eg. . 

G. sg. tened (2) [nnedh, teiniudh] . ace. sg. tene R. (2) Eg. (1) [tei- 
nîdh] (1) ace. pi. tinnti Eg. 

N. sg. Trôigh R. Eg. dat. fan troigh [troighidh] N. pi. .u. troighthi 
(2) Eg. (1) [troighte]. G. pi. troighthi [troighthedh]. D. pi. troigibh Eg. 
ace. pi.; troighti R. Eg. 

N. pi. abadha « abbots » Eg. N. pi. caraid [ca'irde] friends . 

u-stem passing into gutt. stem. — N . sg. du. cinedh R. Eg. (3) D. 
sg. aran ànedh R. Eg. dia cmedaigh [cined], for inciniudh. Eg. N. pi. 
na. ufi cmedhaigh [cinedhaigh], na.uii. c'medha [cineadhaigh], uii. c'medh 
[cinedaigh], cmedhaigh, R. Eg. G. pi. na cmedhdech R. Eg. D. pi. ci- 
nedhmb R. (2) [cinedachaibh] Eg. (2). In Connazzght the pi. is now cin- 
nidhe. Moll. gr. p. 34. High. Gael. cinnean. L. Br. 149a has N. pi ci- 
nedu do chinedaib- Bible, N. pi. cinidheacha G. pi. cinidheach, cinea- 
dhach,acc. pi. cineadhacha. N. sg. obair. ace. pi. oibrecha [oibrighthij 
— N. sg. tobar. D. pi. toibrechdz'Wz [tobraibh]. 

N. sg. Rî R. [righ] , N. pi. na tri rig [righdha], ufirigti[riga], righthi, 
Eg. G. pi. righthi (2] righthidh (i)rig (i) [righ] Eg. (2). 

N. sg. Teg [tech], dat. tigh R. Eg. tech R. ace. tegh R. Eg. N. pi. 
tighi R. (2) Eg. (1) [tighe, tighthi], Dat. tighibh (2), ace. pi. tighi, ti- 
ghithi, Eg. 

The following are miscellaneous différences — Gen. sg. Dia [Dé] (2) 
hûaman [huama], an[na] \a\man, talaimh R., antsrotha [na srothann], 



2i 2 John Abercromby. 

bainne lâra [capaill] (2] for lârach a mare, perhaps a slip of the pen. 
— Dat. sg. don dée [dfa] god, as an uaim [uamaidh]. do mhar- 
mair [marmaire] (4), N. pi. anmanna, ceimenna, R. Eg. ûamhanna R. 
Gen. pi. na n-uasal aitrech [-cha], timchill na cathrach [-cha], na n-uile 
chumac/if [-achtaigh]. 

The new plurals are nearly confinedto Eg. — àWgedha [dlightena], gotha 
[gothanna], dathannaib R. Eg. creasanna Eg. muin/zteracha Eg. * âer- 
nanna Eg. 

The conjugation of the verb has abready reached a very modem stage. The 
2 sg. pr. fut., pr. sbj. now ends in -ir. Eg. an fuil/r at choàladh ? R. Eg. 
2 sg. fut. dogebair R. Eg. 2 sg. pr. sbj. muna îédair R. Eg., etc. Fur- 
ther examples lower down. This form is found in L. Br. 31b tecair [comest 
thon) 3 Ir. Hom. p. 106. and must hâve sprung upin the 14//7 cent. Prof. 
Winâ. Ir. gr. p. 92 attributes this transition to the influence of the déponent 
verb. Certainly its forms were assumed by the T-perf. but that took place be- 
fore the historié period, when déponent verbs flourished. But now they were 
almost extinct, fiter [he knows) is the sole survival in R. Eg. There is also 
the différence of vowel -ir for -er, -ther to account for. I think il is pos- 
sible -r was aîtached to the 2 pr. ind. -i in the same way as -t to 1 sg. fut., 
1 pi. pr., fut., and to the verbal noun of many modem forms ending once in 
-in, as faicsint, tuicsint, and as -nn to 3 sg. hab. près, ail within the his- 
torié period of the language. It is note worthy thèse suffixes did not affectlhe 
meaning of the forms they were attached to, as thèse very forms had been 
current for an indefinite period before hand and underwent no change in 
that respect. If thèse suffixes may now be considered signs of the persons in 
the tenses they belong to, it is from usage and prescription, not from any 
thing inhérent in themselves. As the verbs « berim, cuirim » with their com- 
pounds are among the most indispensible for intercourse, the most fréquent on 
the lips and so constantly employed in the 2 sg. imperat. the earwas quite ac- 
customed to connect a slender r with the idea of the 2 sg. When once thefee- 
ling became prévalent that tu -i of the 2 sg. pr. should be reinforced or the 
syllable closed, as had formerly taken place with respect to 1 sg. fut. 1 pi. 
pr. fut. a sound that would instinctively suggest itself would be a slender r. 
The 2 sg. fut. pr. sbj. followed in the wake. 

3 sg. pr. I. abeir, adeir, benaidh, beraidh, dobir, dogeib, mairid 
[mairigh]. II. lasaidh, sechnaidh. III. baîdhidh, cuiridh, déin R. (2) [de- 
nann], doci, doni, etc. 

3 sg. hab. I. berenn. II. crinann, labrann. III. caithenn R. Eg. [-inn] 
R. Eg. cuirenn [-inn], tuitinn Eg. dénann. fuilighenn [fuilîgheann] roi- 
thenn [roic/jeann], etc., occurs in 21 verbs. 



Versions of Sir John Mandeville's Travels. 213 

3 sg. rel. beres [berius], imlhighes [-fus], caithes [-thiiw], tuiles 
[tuilfs], roinnes [roinnius], traighes [traighius], imurcuires [imurcurius], 
eirghiusEg. ithiiw and ithis Eg. in uair gluaisis R. Eg. innisis [innfsiiw], 
soills/g/zis [-us\. 

3 pl. pr. -id, always in Eg. but a few older forms are alternately given 
in R. I. aderat R. [3] -aid R. -id Eg. Dogebatt R. (3) f-bfd] Eg. 
fâgbadaid R. Tabratt R. (1) -aid R. (1) Eg. (2). II. ail in -aitt -aid R. 
III. Doniat, donfad R. (7) dognitt R. (2), donîtt R. (4) -id Eg. (always) 
ni dénat R. (2) olherwise dénaitt -aid [denaid] Eg. (always), diultaitt, 
folchuid, the rest ail in -itt -it R. -id R. Eg. 

Prêt, redup. i sg. Dochûala R. (2] Eg. (1) [-aliwa], ranacc-sa R. 
Eg. tânacc R. ni fhaca R. (1) Eg. (2) ni fhacus Eg. (2). Doconnarc -sa 
R. [do connac], do connairc-sa R. Eg. 

S. prêt. 1 sg. do fhiarfaidhesa R. (2) [-iiwa], do fhiarfuighis-sa R. 
(1). nâr crochus R. dolabras R. Eg. do chûartaigesa [-tiwa] dochûa- 
àusâ R. fûarus R. Xucus Eg. benus Eg. 

2 sg. do ibhis, tanccais, facais. R. 

3 sg. T perf. aàubairt, atbm. now losî in far érigh \when lie rose) R. 
do fhiarfaidh, do adnaic, do aircc ifrinn — « he despoiled hell », This 
tense and person, found in at least 83 différent verbs agrées with modem 
forms, that only thefollowing need be noted. dochoid R. (6) dochûaidh R. 
(4) Eg. (always), Dérna R. (2) Eg. (3I dernaidh R. dernai'd Eg. Dorinne 
R. Eg. dorindi R. doroine R. Eg. tesda R. tarla R. 

1 pl. -mar, in 6 or 7 instances, but do gluaisimair-ne Eg. 

2 pl. -bar, R. Eg. -bhair Eg. co cualabhair-si Eg. tinnlaiceabair Eg. 
-bair is found in B. L. 333a, rogabsabair, dodechabair. 

3 pl. -adar -edar R. Eg. -idar Eg. dernatar R. dochûad^r Eg. d'akgedar 
[airgidcir, d'airgedar], ar àithnedar [aithnidar] dogabadar [do gab siad], 
doguidedar [guididar] , do cruindighedar [cruinnighdar , cruinnidar]. 
brisidar Eg. do scrisatdr R._, gor scrisidar R. Found in 40 différent verbs. 

Fut. redup. i sg. atbér R. It infects once, dober dhuitsi R. rachat -sa 
R. Eg. New for m on this model. laiberatt R. indeosatt [innéosad-sa]. 

2 sg. Redup. dogebuir [-bair] (3), fogebuir. B. iairfair. 

3 sg. Redup. dobéra (41, dogéba, dogéna (2), ni lémha [leama], do 
Mchaidh Eg. co fhuidhbe [fuighe] R. Eg. (2). B. fut. ticfaidh ( 5) tiuc- 
faidh (2) S. fut. nôcoti R. Eg. (2). New form dochengeolaidh , rigeo- 
chaidh R. éreocha [eireôcha] R. Eg. (4). This last used to possess an 
S. fut. indeosaidh R. 

3 sg. rel. Redup. radius, B. thicfus, tiucfus, thuillfes. 'New, choid- 
éo\us (shall sleep). 



2 14 John Abercromby. 

2 pi. uair dogéntaig/n [do dhe/itai], trâth dogentaidhisi [dodentai si], 
congébthaighi [coflgebtai], anfuidhi anfaidhtai'l, da cuirfuidhi [cuirfidh 
sibh], con impôdha sibsi R. comuWUidhe [comaillfidhe]. 

3 pi. Redup. congébuitt R. tiubraid R. dogebatt [-bi'd], dogenaid, 
Eg. B. sennfitt R. cuirfid R. Eg., etc. New- indeosaid R. 

Condit. j sg. Redup. dogébadh, àorachadh. Newform. éirébadh [e/reo- 
chadh R. do imeochadh R. do slainéoch^d/i R. B. cond. as in modem 
language, except mniobadh Eg. would iurn . 

i pi. -mis R 5 -mais Eg. 3 . 

3 pi. -dais, -dis. con impddhbaidis R. fnneosdais Eg. 

Près. subj. 2 sg. da tucair-si, muna fédair, mona àechair R. but, 
ma dochi tû R. Eg. 

3 sg. muna derna R. Eg. muna dena Eg. cidbé dodéna R. Eg. 
muna baca \hinder), da n-abra, nach fuidbe [faîghej, no co fagha Eg. 
muna ithe, da teithe Eg. 

1 sg. hab. né co n-eirghenn an ri R. innus nâch rokhenn duine. Eg. 
pi. no go roichenn [roichid]. 

2 pi. do dentai si Eg. 

3 pi. mirta beiritt [beiridj, ce deraid, ge aderaid, in uair thigid, ima 
faicett [facaid], da facai'd Eg. 

Impf. subj. 1 sg. co fuidhind R 

3 sg. nach dignedh, condingenad [con à'wgncdlf, da fhiarfuidh^/z da 
cuiredh, da tucadh, no con-eirghcti/;, elc. 

3 pi. dan derndais, da faghdais, con dignidis, mar do ghendais 
R., etc. 

Passive. The older form of the I. conj. is till occasionally preserved, es- 
pecially in R. Though a distinction, lost in the modem language, is still 
made between the sing. and pi. the t is often left undotted from the sign of 
abbreviation being placed over it, and even without that. 

3 sg. pr. ind. abarar [abartar],adfrar[adertar], doberar [dobertlw], 
tiaghar, but also berthar tegther, tiaghthar Eg. dognither 14), doniter 
(3), etc. 

3 pi. dobertar, dogeibter, \é\cc\er, etc. 

imperf. This tense is now the same as the modem, R. alone lias a sur- 
vival- da mberthea [dambe/thai], indus co n-aibertai R. Eg. adertha 1 
Eg. dfan gorthi [dan goirtai], dangairthi Eg. ni rachtai Eg. go faghtai 
Eg. do cuirthi [cuirthai] , is minic do trascarthafdh Eg. no combennaighti 
é 7 co crothtaighi uirtdiment. R. do marbhthai Eg. 

prêt. Ofrare occurrence. Ends in -adh, -edh, -idh (1). dohadhnaicidh 
[hadhlu/ced/;] Eg. (2) rucedh Eg. nach hcus R. from « adchess ». Still 



Versions of Sir John Mandevillës Travels. 2 1 $ 

used in Connaught, Molloy gr. p. 114, and in parts of the Highlands with 
the négative, as, cha n-fhacas i . 

fut. Redup gébtar, fogelw, New form. ni habéortar Eg. B. fut. cuir- 
fiàhler [-fidhthear], rigfidhîer Eg. [but rigeochaidh, R. in correspond, 
passage) oilfidhter, etc. 

Cond. con-mbérlaidhe [co n-abarthi], co ceinneochaidhe [-chaighi], 
ina cuirfidhthi Eg. ccéinfidhe R. Eg. co \ékdidhe, R. 

Déponent. This class of verb lias disappeared, except in 3 sg. pr. ind. 
ni fider [filer] duine ar doman . 65.2, 69.3. 

3 pi. nach Mer [beasts that know not) 61.4. 

The verb « to be ». 

3 sg. pr. emph. hab. bi, bidh, bith. 3 pi. bid fréquent in R. Eg. 1s 
used with the négative and in cotnbination with the rel. or with a prep. in 
the same way as « fuil » , but differs from this by implying habit or state of 
permanence. The modem form isused once in Eg. cathair ambi [anambinn] 
se do ghnath . 69.4. Eg 145. 3 . 3 sq . rel . bis R. Eg. ( common ) . . . 
3 sg. [older form\ fil is now always fuil and has the same forms as the mo- 
dem verb. 2 sg. fuih'r, 3 sg. fuil, ni fhuil, ina fhuil, co fuil, nach fuil, 
mara fuil [marabhfuil], etc. 1 pi. co fuilmid R. Eg. 3 pi. fuilitt R. 
fuilet R. (3) fuilid R. Eg. 

Pr. 3 sg. atâ R. Eg. 3 sg. rel. oldas R. (1) ['na]. 6s R. (2). 2 pi. 
atathai Eg. 3 pi. atâtt, ataitt R. ataid Eg. rel. oldatt. R. (2) ['na]. 

Imperf. 3 sg. abs. ancein dobi 'na beathaigh. 53.3. incein do beth 
se \enmain a chéile. 53.2. Eg. 129.3. Ad ub.nVt sin nâï beth. 5^.3. 

Mar nach beth acht s\bal lai co leith. 56.2. Eg. 132. innus combeth 
an t-adnacul is tig. 58. 1 . an iedh do beth aglabhairt ris R. Eg. 

Ascopula. comadh, damadh ; dobudtrûagh R. Eg. do bud ingnad 
le duine R. Eg. ni budh ludhaidhi [any smaller). Mar budh amadân é. 
R. mar budh finema/V?. R. Eg. 

3 pi. abs. da mbeddh [bedh], mar do betais R. innus comba/is slân. 
R. amail do bedis Eg. 

Prêt, i sg. emph. do bààhus [\\ do bâdhusa R. Eg. (4), ni rabhusa 
[rabhus] 3 sg. doboi R. dobi R. Eg. mara roibi R. dia roibi R. a 
roibi R. ina raibhe Eg. mara roibhe Eg. 

1 pi. dobadhnw-ne, Eg. 

3 pi. dobâdar, ina rabhadar, co rabhaddr R. Eg. 

as copula. 3 sg. do bu, do budh, do bod [ba] môr, do budh [ba mô 
fa] mile mô, dob [ba] ferr, ar bo hé, do bo dôighleis R. Eg. cor [gurop] 
ben, corab, nirb R, Eg. corb [gur] ferr. 



2 1 6 John Abercromby. 

Future, 2 sg. emph. Adubairl sisi, ni beirat lenrcân acam-sanocom- 
beir [combia tu] at rideri . 55. 3. Eg. 131.2. 

3 sg. abs. only found once ôir biaidh bar Cr ist féin inarfharrad. 
62. 1 . 

3 sg. conj. ni bia, combia (2) munabi'a (2), dambia (5) R. Eg. 

3 sg. rel. bias Eg. (i). 

3 pi. emph. aderuid combe</ [combia an] cristaighl fa Idhalfl/b/i an 
uair sin. 69.1. Eg. 144.2 acht muna-beit [béid] dceine galar no eslana 
acu. 61 . 3. Perhaps this last is 3 pi. subj. abs. Cf. act munabé [bhia] 
duine acu. 57.1. 

Conditional. / hâve not been able always to distinguish this from the 
impf. subj. which was being gradually replaced by the former. 

3 sg. conj. emph. and cop. Do beth duine re huidhi tri la 6 Priuis. 

61.1. aderitt . . . muna labud [i.e. God) combeth balb 7 co fuil spirat 
ann 7 muna beth nach beth betha. 61.4. is do tha\main caithid a cuid 
docum cunwd innfhuaire doibh é 'na beth ar bordaib. ^6.1. budh doigh 
leo-san combe//? sid acu fein . $3.3. Eg. 129.4. 

1 pi. bi'd sin (i. e. the Pigmies\ ag denum fanamâid futhu amail do 
bedhmaisne fa aihachaibh .Eg. 141.2. 

3 pi. ni budh Iughaitti do beiîis [-tis] ina maighdenuib é. 61.2. Eg. 
1 37.2. mar do bààar eus aniugh fa dœire 7 fa es-anôirimpgred/2 7 righ- 
thidh, combeddis an muinter cédua fa-d dœirsi-si. 67. 1 . 

Imperative. 3 sg. bidh R. Eg. [fréquent' — na bi Eg. na [ni] bidh. 

Près. subj. 3 sg. cidhbé R. Eg. (fréquent) — act muna bé [bhia] 
duine acu. 57 . 1 . 

Cop. corab, cor, gor, gur. The pronoun is sometimes postfixed and might 
be written separately. Masc. corabé an feWsamh. 54.4. corabé an Dia sin. 

61.2. Fem. gorabi an comairle is ferr. 54.3. 

3 sg. rel. emph. bes R. (1). cidhbé ainn bes [bhisj aran impire 68.1. 
As cop. an uair bus [is] âil leis. 58.1. in cach inadh bus [\n budh] ail leo. 
66.1. This for m is classed in O'Don. Gr.p. 160 as fut. Through it implies 
futurity it is the continuation of the older 3 sg. abs. conjuncûve pr. bas. 3 
pi. act muna beit [béid] ? quoted above. 

Infinitive. Do beith R. (2) do beth Eg (1). Elsewhere never written in 
fait. 

Prépositions. 

It is not easy to characterise thèse parts of speech from the fluctuations in 
spelling in both Mss. Both use the dat. wliere an ace. was once necessary — 
tre mirbuf/ib/2 R. Eg. tri [tre] grasaib — maille re grassaib. R. tar 



Versions of Sir John Mandeville's Travels. 2 1 7 

[sech] mnaib — ima [uma] cennaib R . Eg. (6). Both occasionally use the 
3 sg. M . for the uncombined form, especially with fô, tri. 

The f in « for » is only foiind twice in R. ar [for] (3), ara [fora] (2) air 
[fairj (3), uirre [fuirre] (3) fuirrî Eg. (1), orra [forra] (4)furtho Eg. (1). 
Both use « ar » instead of « for » — ar neim (in heaven), ar crannaib, 
ar an leic, ar fairgci (2) ar muir, ar bordaib R. Eg., etc. 

On the other hand the f in « fri » is oftener retained in R. than in Eg. 
fris [n's] in — frim [rium] — fn'u [n'uj 16), friutt [riut] — maille rib 
[fribh]. 

Both drop the i of « iar-n » in participial constructions, though some- 
times retained in Eg. ar n denam R. Eg. [4) iar n-denum Eg. arna faic- 
sin R. Eg (2) ar [iar] faicsin — ar xnbeth [iarna beth]. Otherwise it is re- 
tained — iarna breith a mie. R. iarna [tareis a] breith. But in this sensé 
another prep. as « tareis » is more commonly used in R . Eg. 

0, ûa — 3 sg. M . ûaidh 19) [uadha] (13)4 Mas. A. D. 1476. 3 pi. 
ûatha R. (2) Eg. (1) fuathaibh] (1). 

Fô, fdn R. (12) Eg. (5}. fâ, fôn R. (5) Eg. (23). 3 sg. M. foi, fâi 
R. Eg. used apparently indiscriminately, as the stress lay on the « i » — 
Irreg. use of this form — fai an [fan] tumba sin — fân [fai an] carpat. 

le, icca R. (17). Eg. (i) ac, aca, ag, aga R. (6) Eg. (22). 

The irreg. use of « trit » for « tri, tré » is commoner in Eg. 

tri [trit] machaire — tre [trit] fhâsach — tri na [trit a] chéile tri [trit] 
Cammayn. trit an |in] X'Amain. 3 sg. F. trithe [trit a Iar]. trit tir R. Eg. 
trit co'iWlibh Eg. trit broinn Eg. trit na fâidhibh R. Eg. 

im, ima R. (14). Eg. (1). um, uma R (1) Eg. (9). 1 sg. umamm 
R. Eg. 3 pi. impu R. Il) umpa, umpu R. (1) Eg. (3). 

Re-n, Rem. 3 sg. M. reime ($) [roime] ('5). 3 sg. F. reimpi R. (1). 
roimpi, roimpe R. (1) Eg. (2] — Rém [roim| R. (2) Eg. (4]. ria-n 
|roitf?l ge'memain — n'a n-a [roim a] réic. 

Sometimes différent prep. are used. 

coiméd [ro] ger ac na [ona] Serristinachuib — can chett on [don] t 
Sabhdân — an aimser far [inar] cmredh — céd rôs tainicc ar [isin] do- 
man — iar mbreith a m/c [an diaidh a mie do breith] — don [arin] tâob 
tes. (4) — do ben min/za da shiâir fa [ima] marbadh uile — an crann 
anar [rer]-croch Jûdâs é fein — inar [marar] badhmkedh a taisi — (2) 
tar [sech] a chele — tar [sech] mnaib — do marbh jhe tre |don] meisci 
— fa cenn, imachenn are used in R. Eg. apparently without distinction. 

Comparison. 
In 3 instances R. préserves older forms — is ferr. , . oldâtt ['na] — is 



2 1 8 John Abercromby. 

mô ihàobus se na fisicci... oldâtt ['na] — nach mô cumachtaan Papai... 
oldas ['na] — In both the modem Munster ni'sa is used, though not inva- 
riable — da céd bWadhna 7 nisa mô. Eg. Nisa mô ina ['na] céd mile. R. 
Eg. (2} — Ni is lugha [nisa lugha] 'na sin — ni is ferr ina ['na] — nis 
airdi 'na in t-œr. R. The old 3 pi. rel. found in — is soiriu indate idail. 
Ml. 34'. seems transmitted in « inaid » — Ni lamhaid Idhailanaid [inaid" 
Cristaidhi tadhall indti. 58.3. « But the Saracens will not suffer any 
Christians or Jews to corne therein » — is imdha lo//ga, nâch gile snechta 
ircâid, isin calha'ir sin. 66. 2. « Another city . . . in which is a strong navy 
of ships, ail white as snow » — 7 is mô anaid. û. mile a fhadd. 63.$. 
[7 is mô 'na .u. mile oilén atâ annsan Innia] Eg. 1 39.2. 

7 is ferr iatt inaid [nâid] no leomâin. 56.1. and they) i.e. the pam- 
piones are bctter than they are i.e. than dogs , or than lions . 

is si'a R. 5 Eg. (ii [faide] Eg. 2 . In Moll. gr. p. 55 nios fuide is 
gixen as the comp. o/fada in Connaught, while a sia » is treated as a posi- 
tive, but in Kerry it is still a comparative. 

The comparative of equality is sometimes turned by a négative. An example 
has been given above. Another one is — Atait cairidh annsa àilen-sa nach 
mô dam 'na gach cœra dibh. Eg. 146.2. « Among those giants are sheep 
as great as oxen hère. » The comparative is also used to translate « before ». 
nî is lûaithi na rucadh Josyas. 60.4 « Before Isaac was born » This may 
be compared with — cor \abair... Isa Crist mar is luaithe co rogadh é. 
Eg. 1 57.2. « They also say thaï J. C. spake so soon as he was born. » 

Now follows a list in which the 2 MSS. vary in vocabulary. Though tri- 
fling enough in some instances, forbidding one to lay too much stress upon the 
différences when they occur but once, they ought I think to be registered. They 
are arrangea alphabetically . 

1 . Adhlacadh. as a subs. or in a verbal form is found 1 8 times in R. but 
30 in Eg. Adhnacul, as a verbor subs. R. 23 Eg. (14). In the 4 M. the 
latter is the usual form between 1400-1 500. The former only occurs 4 times 
in thaï interval. 

2. da aimdeoin [ da a\nnâeoïn] [\ . The former is the only form in the 
4 M. between A. D. 1 400-1 500. The latter is the High. Gœl. form in Mac 
Leod's and Mac Alp. Dict. — dia handeoin L. L. 379 b . 

3. Aire [* sbéis] (1 . Eg. uses a modem word, not cjuite synonjmous. 

4. aird espuig [suibespuigh] (1 . The subject is the archbishops of the 
greekchurch. //suib = sâib [false] it is the expression of feeling the Eg. 
scribe enterlained towards the Eastern church. But cf. the forms smbsceïuih, 
sybiscdidh R. Evangehst . 

$ . ar R. «4 [bhar] Eg. 6 R. (2] . Perhaps misreadings on the part of 



Versions of Sir John Mandeville's Travels. 219 

the R. scribe, but in the tnod. language îhe bh in « bhur » \your) is no 
longer heard 

6. aoileach (2] [*bualtach] (3) R. (1). The former is the mod. High. 
gael. word. 

7. as-umla [a/ï-umla] (1). Former is îhe mod. High. form; the latter oc- 
curs in the \M. A. D. 1497. 

8. œguridhedh [buachaille] (1). The word œgaire (shepherd) seems to be 
falling out of use in the north. 

9. do bhlid [do chrudh) (2). The former is the mod. Connaught word : 
the latter is used in Munster. 

10. in a coéimthec/; [do lanamnus] (1). Saine remark applies as with 8. 

11. .un. coindléor^d [coinnelbra] 6ir. Latter agrées with the caindelbra 
ofCorm. O'Dav.gl. the former with caindlôir. Wb. 24 b , 5 1 a . 

12. coinger dhatnh [cuig daimh] (1). Probably amisreadingby the Eg. 
copyist as « coinger » is still current. 

13. documall (2) Eg. (1) [coimlinadh] (1) — 3 pi. coimlitt (4) [com- 
linait] (1) [coimlid] (£. The mod. form is introducing itself in the north. 

14. fa dceire (2) dœirsi (2) [fo dairsi] (4). Same remark applies as with 
13. but the new form lias also invaded the south. 

i $. 'sa doman [ar tûinn \d\man\ (1). Duille (3) Eg. (2) [duillebur] (1). 

16. * Essgamhain [easganna] [eels]. 

17. na fochair [fans] — for numerous examples v. * Far. 

18. *forgnem [tighthi]. Former found yor 6 times in 4 M. between A. 
D. 1 400-1 500. 

19.* graibhél (gravel) (6) [gainimj (5) [gabriel] 11). A word borrowed 
from the english in the south and not y et current in the north, though it isnow. 

20. impiri [imptr]. Both the M. and F. fonns (v. Index Tog. Troi) are 
used in R. but only the former in Eg. 

21. lemhlachta [lemnachta] (1). Former used by Cormac, the latter by 
Keating. v. Wind. wôrterb. 

22. lûdacân [mer bec] (1). The old word still retained in the South. 

23. * mainer [cinel] (1). Saine remark as at 19. 

24. ar môrgtïd [ar mbrenadh]. 

25. nama [amain] (1). Same remark as for 22. 

17. ina n-oilter [ina bethaidhid] coin [where they rear dogs). 

27. prelâidhi (4^ Eg. (i| [plerâide] (3). 

28. smûainedh [smuaintiug/W/2] (1). The latter seems new. 

29. ni *soghaing [hurusa] read dh for gh. Not a common word and 
liable to be misunderstood in the north. 

30. Stiamna [Sdefain]. Old form retained in the South. 



220 John Abercromby. 

}i. *tagra [agraj (i). Both found in Wb. as, tacre Wb. 25". N. pi. 
tacrae Tr. 81. acre Wb. 9 e . 

32. do thaisselbh [thaissben] (1) . The lutter still entrent, so the former 
was falling out of use, except in the south. 

33. Tigernus [*tigerntus] (2). Latter occurs Ann. L. Ce A. D. 1493 
but not in 4 M. between A. W. 1 400-1 500, Seems a new formation. 

34. ina tesda sî fina tursi] « where she died ». Jursi cf tairisidh 
ends, closes, finishes, tairisim, Istop at, end. O'R. Dict. supp. 

Such then is the material afforded by two contempory documents, co- 
pied probably between 1477 and 1484, for forming an idea of the con- 
dition of the language in the north and south of Ireland. Compared with 
the contemporaneous portions of the 4 Mast. The Ann. of L. Ce and the 
B. of Fenagh the most striking points are the total absence of S, as a 
sign of the prêt, except in the 1,2 sg. the absence of the verbal par- 
ticle « ro » in R. its extrême rarity (5 or 6 times) in Eg. the absence of 
« no » in Eg. with its single occurrence in R. In every page of the 
above works forms are met, like dernsat, tuesat, 4 M. A. D. 1490, ro 
eirighset, ro innsaighset Ann. of L. Ce A. D. 1497, ro boi, ro gabh. 
B. Fen. p. 284 totsat p. 324. nô caithedh, 4 M 1472. down to the 
time of Keating, who wrote about 1 50 years later. 

It is easy to suppose that Fingin O'Mahony, devoting his time to the 
study of Latin and English, had comparatively little leisure togive to his 
own native literature. His style therefore would be more colloquial, less 
tinged with archaisms, less influenced by the traditional phraseology of 
the professional ollamh . 

It is rather remarkable how the great characteristic différence between 
the modem northern and southern dialect, the substitution of -idh by -ig 
in the 3 sg. fut and prêt, as well as in other words with like termina- 
tion, the substitution of -igh by -ig in G. sg. N. pi. of nouns in -ach, is 
not apparent in R. though an undoubied southern copy of a Munster ori- 
ginal. Yet there is reason to believe this pronunciation or something 
nearit was heard in speaking, if seldom written. The exact modem 
Munster sounds are found in Tog. Troi in the 3 sg. prêt, rachualaig 
781, atchualaig 1016, 1027, cofaccaig 1026. It is improbable this sound 
should develope out of a silent -dh. The intermediate sound would be 
the slender sonant guttural -igh. An example of an aspirated guttural 
reverting to its simple state is found in N. pi. sualchi, G. pi. sualche 
Wb. 2 9 a 2 2 a , now subhailce. To judge [from the ch in do fholchatar R. 
dochennehadar R. from folaigim, cennaigim, the -igh of the 3 sg. was a 
sonant guttural; in the Highlands it is -ich. Though dh, gh, are cons- 



Versions of Sir John Mandeville's Travels. 221 

tantly misused in R . Èg. this is of the rarest occurence in verb termi- 
nations which shews a correct tradition was still strong in that parti- 
cular, what ever the pronunciation might be. 

In the useful grammar of M r . J. Molloy (1878) will be found inte- 
resting lists of différences between the northern and southern provinces. 
But I must confess that what is now characteristic of the north is to be 
found in R. and what ought to distinguish the south finds place in Eg. 
though there are also instances ot correct correspondence. Yet it should 
not be left out of mind that a Breifny scribe might copy, what he 
would not write at first hand, though it cannot be denied that by repro- 
ducing a particular form he gives it a certain measure of approval and 
sanction. 

Abhlan. a wafer. ace. sg. mar doberur accaiwze an abhian [in abha- 
lanrt] re hagaidh an bais. $$.1. Eg. 130.4. Occurs in the Bible. Ex. 
16.31. Lev. 3.26, ace. pi. abhlanna Lev. 7.12. 

ae, the liver, gen. pi. ? in spongia inarcuired/2 in domblds ce 7 in aigét 
docum in tigerna Eg. 129.3. « the sponge and the reedwith which the 
Jews gave our Lord vinegar and gall. » M r . Stokes, Rev. celt., V. p. 248 
notes « ôa jecur » as a very doubtful word. In a rather différent form it is 
found several times as a pi. noun in Bedel's Bible (Ed. 1685). gen. pi. 
= sg. ds cionn na nâe scairt na nâe. Ex. 29. 13.22. dat. pi. tre na 
âeibh through hisliver Prov. 7.23. annsa hâeghibh Ez. 21.21. An example 
of the meaning of « caebb » in the gloss caebb. 00. (gl. sicut ïacur) Sg. 
6 b . is found I think in — Mo cride! is coep crô a haithle in inair truaig 
on diu coti brath. L. Br. 141. 1. a dot, lump, mass. So the words may 
mean « a dot [or lump) of [i.e. like) 2 O's », from the divided condition of 
the liver. The représentative of « jecur » is perhaps to be found in « iuchair » 
fish spawn. Serv. and Alb. ikra Miklos. For change of meaning cf. gœl. 
grûan, the liver and W. grawn, berries, fisht roe. 

acfuindech, adj. able, expert, potent. Gœl. die. having tools. O. R. N, 
Sg. is saidbir aefui/zdech [acfâinach] ri in tîrï sin. 65.1. Eg. 140.2. cf. 
acemaing. T. Troi index. 

AGRA, V. * TAGRA. 

AiTHÎMRâ'DH, mutinous language. G. Sg. nac/2 eistfidis sin cen ihocal 
gotha [na aithimraidh] aran impire co brath. 67.3. Eg. 143.1. « that 
none of them shall hear any thing spoken contradictory to the emperor without 
telling it anon » . 

-ana. Dolabras do righdhecht Maghnais Cànus anuasana 63.3. Cf. Si- 
sana below. Index T. Troi. 

AN-MâiNEACH, adj. poor, barren. N. sg. As an maineach gainmidhe in 



222 John Abercromby. 

tire [read t-ire ?) sin. Eg. 137.1. « Tartary is a barren couniry ana 
sandy ». 

annaladh, s. « a date ». Gen. sg. doreir an annala/d/z dobf annsa 
clâr féin. $4. 4. « the date when it was laid in the earth... the plate is still 
preserved ». 

anosa, adv. now. Ant-slig/;e [anosa] 6 Troposonda co cathair Artirôn. 
62.4. Eg. 1 584. « Whoever will go the direct way must proceed from Tre- 
bizond... toacity called Artyroun ». Exurgit nunc ordo. gl. atraig innossa 
in t -ord. L. Br. 277 a = indo[r]sa. Asc. Sg. cod. p. 147. 

asnach, s. the ribs? N. sg. ata asnach daine 'san baili sin a [ina" 
fuilit da fichet troigh ar iaà [in gac/2 easna dibh]. 56.2. Eg. 132.1. 
« a rib of whose side » etc. gen. pi. bid boghadha acu dian esnach 
[d'asndc/2] marance'dna. 69.2. Eg. 145-1. « of their ribs men makebows ». 
Perhaps a collective like ramach (a set of oars), seisreach (set of 6), 
teinntach, toirnnech (flashes, peals of îhunder and lighbning) ellach (cattle 
cf. elta). 

Âtaim / swell. 3 pi. prœt. Do gab idhroipis adhuthmhar an t- Irhûath 
sin, cor atadar 7 cor loghadar a boill uile. 58.4. An addition to the ori- 
ginal. From Josephus or Eusebius Ecc. Hist. B. I. C. Vil. 

auresbadh, s. missing, deficiency. Dat. sg. ni fuil ni 'sa doman i/za 
zuresbadh acht fin Eg. 140 2. «for of ail things ihere is plénty, except 
wine ». 

bacaim, I hinder, prevent. cf. baclam gl. mancus. Sg. 23''. 3 sg. pr. 
sbj. is nwsin dognither ris in fer 6 xéid a bean, muna baca an bean é. 
64. 1. 3 pi. prœt. no go bacadar daine glicca din é. Eg. 146. 4. 

badhun, s. a walled enclosure. Ata \élhed badhun ard daingen fairsing 
ina timchell fa cuairt 7 gardha ro d\ainn ara taibh astigh don badhun. 
Eg. 145.4. « He had caused the mountain to be ail walled abouî with a 
strong and fair wall, within which walls he had the fairest garden that might 
be imagined ». O'Cl. lias « bâbhun » to explain « sonnach » a wall, en- 
closure. O'Don. Supl. Literally « cow fort », M r . Hennessy's note Ann. L. 
Ce A. D. 1494. Dat. sg. isin mbadhbdun. 4M. A. D. 1434. 

becc, s. « a river », a beck. Dat. pi. Eitil . 1 . an abhann is mô do 
beccaib [becaibh] ar \z\main 68.2. Eg. 143. 4. « The river Ethille, 
which is one of the greatest rivers in the world ». 

berrach, s. « reed » cane. Fâssaigh berrach uirre 7 dogebther fo 
premhuib na berruidhe sin clocha buadha. 61 . 1 . « there are other reeds... 
and hâve roots. . . aï the knots of which roots precious stones arefound » . Gen. 
sg. ? do bith deoch maith eile acu doniter do premaibh na berruighi dan 
dentdr in siucra. 62.3. cf. beura (gl. sudes) Sg. 6~j h berach no birde 



Versions of Sir John Mandeville's Travels. 223 

[g\. verutus) Sg. 6o a 0. R. has biorraide, twig, osier- biorrach-lachan 
common reed grass. 

bîter, 3 pi. pr. pass. of benim ? biim ? (v. index Sait, na R.). do- 
geibter cuitt ele dib an a massée an uair biter ac dealughadh an ôir 7 an 
miânaigh. 63.2. « they often find hard diamonds in a mass which cornes 
out of gold, when they break the mass in small pièces to purify and refîne it 
out of the mine » cf. ciabetir (gl. pulsentur) Ml. $4 a 17. 

biter 3 sg. pr. pass. of biu ? — Da n-abradh indeesincon-éreocha, 
biter \bethiher R.) co mai'th ris. Eg. 141. 1. R. 53. 4. « If the devil. . . 
ansiver that he shalllive, they keephim well ». Thispass. use is foundin the 
Bible — gan a fhios aige, gur chum a bhàis a bhithear. Prov. 7. 23. 
« and knoweth not that it is for his life » . The pass. is used with « ta » in 
the Highlands — thatar ag ràdh [it is said) — deanar do thoil airtalamh, 
mar thatar a deanamh air neamh. 

? bhobhtib ' read Lob\\\adha\b ? — ata palais sciamach... 7 inad arna 
dhemim ar bhobhtib fa fuilitt peileir mharmair. 54. 3. Eg. has palas 
sciamach... ina denaid giustail 7 bothadha arda acu ann. Eg. 130. 3. 
«... the palace of the Emperor, very handsome and well built ; and 
therein is a place for jousting... and made about with stages and hath 
steps about... Under thèse stages are stables well vaulted... and ail the 
pillars are of marble ». The word intended is variously written Lofta. 
Ezec. 41. 16. Lobhta [pron. Iota). M c . Alp. Dict. Lota Gen. 6. 16 : 
1 King 17, 19, Lochta [the munster pronunciation, Moll. gr. p. 163). It 
is borrowed from the Eng. and means a loft, gallery, stage, upper room, 
story. 

buaine. s. goodness? cf. buan .1. maith O'Dav. p. 57. see quot. s. 

* MiNE. 

buaiball, adj. belonging to a cow. ace pi. mar bidd na cuirn/z buai- 
baill aguinne. Eg. 145. 1 . 

bualtach, s. « cow dung ». N. Sg. bis ceilech [bualtach] nambô nw 
tene do dith co/muid nô màrxad. 68. 2. Eg. 143. 4. ace. sg. le bualtac/î 
a mbô, arna ihlvmughadh re grein, deisigit gach uile biadh bis acu. 61 . 
1 . « they warm and boil îheir méat with horse dung and cow dung... dried 
by the sun » . 

buidhe, F. thanks, obsequiousness. gen. sg. ni fuil tuille buidhi acu 
risin Sobdan. Eg. 133. 3. « they fear not the Sultan » cf. ni rothuillisem 
buidi do neuch. Wb. 24 d gl. neque fuimus in sermone adulationis. 



I . In the Ms. there is a Une over the T. 



224 J° nn Abercromby. 

caidrebh. intercourse, acquaintance, 0. R. Dat. sg. Do bod môr a 
thuaruscbâil acuircd n'a siu ranccanw hé 7 do budh mile mô arna caid- 
rebh duinn. 66. 4. 

caithfid. — Sîd maille rib R. 59. 2. [caithfid maille fribh] Eg. 1 $$. 
5 (Pax vobis) John XX. 21. The Eg. reading shculd probably be caithfidh 
sid maille fribh [there must be peace among you) an early example of the 
modem word caithfidh. 

CENN-Lâ, s. Maundy Thursday — Cendla din (.1. coena lœ)... lathi 
fhledi Crist 7 a aspolu uimme. Corm. v. *MANNDâiL. 

céd-muinter, s. » the common people ». Is îatt .c. muinnter léid isna 
tâibernaib fat 7 ni furâil les beith ac 61 7 ic caithem iedh an lœi. 61 . 4. 
« For the commons, upon festival days, when they should go to church to 
serve God, go to taverns and are there in gluttony ail day and night. » This 
meaning quite bears out Herr Zimmer's dérivation, Kelt. Stud. p. 115, 
thaï céd is the same as in cétbuid = O. W. cant. Gr. xa-râ. Michol 
chaem a chétmuinter. Sal. na R. 6 568. 

cir-dub, adj. « right black ». N. pi. is m6r in tir sin 7 dœinecfrduba 
aitrebus indti. . 63. 1 . 

claSach, s. « a ditch ». Dat. sg. bith gâoth môr annsa chlasaigh 
[clâis] sin dognâth. 56. 2. « there is always a great wind in that foss ». 

cleirech, s. « clerc » secretary. N. pi. Bid cethrav clein'c, fo an inadh 
a caithinn an t-imp/ri a cuid, ac scribadh cach oen fhocuil da n-abair se, 
iter maith 7 tsaith. 66. 3. « under the Emperor's table sit 4 clerks, who 
write ail that the Emperor says, be it good or evil ». 

John Abercromby. 
[La suite au prochain numéro) 



MÉLANGES. 



LES GUERRIERS D'ULSTER EN MAL D'ENFANT 
OU LA NEUVAINE DES ULATES. 

M. Windisch a publié en 1884, dans les comptes rendus de la classe 
de philosophie et d'histoire de l'Académie royale des sciences de Saxe, 
deux rédactions de la curieuse légende irlandaise dont nous venons de 
donner le titre. L'une est empruntée à un manuscrit du milieu du 
xn e siècle : nous voulons parler du fameux livre de Leinster (p. 125 v°). 
L'autre est tirée d'un manuscrit du xv e siècle, celui qui porte le nu- 
méro 5 280 du fonds Harléien au Musée Britannique (fol. 5 3 v°, autrefois 
42 v n ). M. Windisch a joint une traduction à chacun des deux textes 
irlandais. Nous n'avons à faire sur ce travail que deux légères critiques. 
Pour les rendre plus claires, nous allons commencer par le récit de la 
légende où nous combinerons les deux rédactions. 

«Il y avait en Ulster un riche paysan qui s'appelait Crunniuc, les autres 
disent Cronncu, c'est-à-dire « chien rond ».Il vivait dans un endroit dé- 
sert et montagneux, et il avait beaucoup de fils. Sa femme, leur mère, 
vint à mourir. Il resta longtemps sans se remarier. Un jour il était dans 
sa grande maison tout seul, quand il vit entrer une femme, jeune, jolie, 
dont les vêtements, la tenue et toute la personne respiraient la distinction. 
Elle s'assit près du foyer, alluma le feu ; sans dire mot, elle prit un pé- 
trin et un crible et commença les préparatifs du repas du soir. Quand 
Ja fin du jour approcha, elle prit des pots et alla traire les vaches, sans 
adresser la parole à personne. Lorsque les gens rentrèrent, elle fit un tour 
à droite, suivant l'usage superstitieux des Irlandais, puis passa dans sa 
cuisine, donna ses ordres aux enfants et aux serviteurs, sans avoir besoin 
de demander à personne aucun renseignement. Après le repas, chacun 
alla se coucher, elle resta sur pied la dernière, éteignit le feu, fit un tour 
à droite pour la seconde fois, puis vint se coucher à côté du maître de 
Rev. Celt. VU. ij 



226 Mélanges. 

la maison. Elle resta longtemps avec lui. Elle gouvernait le ménage avec 
une grande libéralité, donnant aux enfants et aux domestiques en abon- 
dance la nourriture, les vêtements et tout ce dont ils pouvaient avoir 
besoin, et cependant elle augmentait par son épargne la fortune de 
Crunniuc. Elle devint grosse. 

« Le moment de sa délivrance approchait quand eut lieu chez les Ulates 
ou habitants d'Ulster une de ces grandes assemblées ou fêtes pério- 
diques que les Irlandais appelaient Ôenach. Tous les Ulates y allaient, 
hommes, femmes, garçons et filles, à l'exception de ceux qui avaient un 
empêchement, comme la femme de Crunniuc. Crunniuc fit ses prépa- 
ratifs pour y aller aussi. Il mit de beaux habits ; il avait fort bonne mine. 
« Songe aux convenances, lui dit sa femme, et ne t'avise pas de dire une 
parole imprudente'. » — « C'est impossible », répondit-il. Il part. La 
fête a lieu. Elle fut très brillante ; les costumes, les chevaux étaient fort 
beaux. Il y eut les divertissements les plus variés : courses de chevaux, 
courses d'hommes à pied, combats, jeux où on lançait des projectiles, 
marches solennelles. Le dernier jour, un peu après midi, le char du roi, 
attelé de deux chevaux, arriva sur le champ de course. Les autres chars 
entrèrent en lutte avec lui. Les chevaux du roi remportèrent la victoire. 
« Il n'y a rien de plus rapide que ces chevaux-ci », s'écrièrent les assis- 
tants. — « Ma femme court plus vite, dit Crunniuc. » — « Arrêtez cet 
homme », cria le roi irrité; « que sa femme vienne courir avec mes 
chevaux. » 

« Cet ordre est exécuté, et de la part du roi, des envoyés vont préve- 
nir la femme de Crunniuc. Celle-ci leur souhaite la bienvenue et leur de- 
mande quelle raison les amène. Ils le lui racontent. « Mon mari a eu 
tort, répond-elle, et il a dit une parole déplacée. Mais moi, j'ai le droit 
d'obtenir un délai avant de venir le délivrer, car je suis enceinte et je 
sens déjà les douleurs. » — « Un délai! Pourquoi ? s'écrièrent les envoyés, 
on le tuera si vous ne venez pas avec nous. » Elle vint donc à la fête. A 
son arrivée, tout le monde accourut pour la voir. « Il n'est pas conve- 
nable de me regarder ainsi, dit-elle. Pourquoi m'a -t-on amenée ? » — 
« Pour courir avec les deux chevaux du roi », répondirent toutes les 
voix. « et on verra qui arrivera le premier au but. » — « J'ai droit à un 
délai, répondit-elle, car je suis grosse, et déjà les douleurs ont com- 
mencé. » _ « Tirez l'épée, s'écria le roi, et coupez la tête de Crunniuc. » 
— « Attendez-moi un peu de temps, demanda la femme, et laissez-moi 



i. C'est la leçon du livre de Leinster; suivant la rédaction harléienne, la femme dit à 
son mari que s'il parle d'elle à la fête leur séparation s'ensuivra. 



Mélanges. 227 

accoucher. » — « Non certes », répliqua le roi. — La pauvre femme 
s'adressa aux assistants. « Venez-moi en aide », leur demanda-t-elle. 
« Il n'est personne parmi vous que n'ait porté le sein d'une mère. » On 
ne lui répondit pas. « Honte à vous, continua-t-elle, qui avez si peu 
d'égards pour moi. Qu'il en soit comme vous le voulez ; mais à cause du 
mal que vous faites, vous en subirez un plus grand. » — « Comment 
t'appelles-tu? » lui dit le roi. — « Je m'appelle Mâcha, répondit-elle, je 
suis fille d'Etrange ' , fils d'Océan 2 . L'emplacement où vous donnez cette 
fête prendra et gardera toujours mon nom et le nom de ce que je porte 
dans mon sein. Faites partir les chevaux. » Aussitôt la course com- 
mença. Quand le char du roi atteignit l'extrémité du champ de course, 
Mâcha y était déjà arrivée. Elle accoucha devant la tête des che- 
vaux, elle mit au monde deux jumeaux, un fils et une fille, et cet en- 
droit s'est appelé depuis « les jumeaux de Mâcha », en irlandais Emain 
Mâcha. Là fut longtemps la capitale de l'Ulster; et quoique cette ville 
soit détruite depuis plus de quinze siècles, on en admire encore aujour- 
d'hui les majestueux terrassements. — que le rédacteur de ces lignes a 
eu le plaisir de visiter en 1881. 

« Au moment de son accouchement, Mâcha poussa un grand cri. Tous 
les hommes qui entendirent ce cri furent frappés d'une sorte d'ensorcel- 
lement. Ils étaient condamnés à subir une fois dans leur vie les douleurs 
de l'accouchement, pendant cinq jours et quatre nuits ou cinq nuits et 
quatre jours. Ce fut la neuvaine des Ulates. Pendant cette neuvaine, ils 
n'avaient pas plus de force qu'une femme en couches, et cette singulière 
maladie se transmit de père en fils pendant neuf générations. A ce fléau 
il y eut trois exceptions ; les petits garçons nés avant la malédiction de 
Mâcha, les femmes et le héros Cûchulainn y échappèrent. Quand la reine 
épique Medb envahit le royaume des Ulates, aujourd'hui l'Ulster, et com- 
mença, pour s'emparer du taureau de Cûailgne, une guerre qui est le 
sujet de la principale des épopées irlandaises, la neuvaine des Ulates sé- 
vissait sur tous les guerriers d Ulster; sauf le héros Cûchulainn qui fut 
seul en état de tenir tête à l'ennemi. » 

Dans le récit que je viens de faire, il y a deux points sur lesquels je 
me suis avec intention éloigné de la traduction de M. Windisch. J'ai 
rendu par « ensorcellement » indell, qui, dans la traduction de M. Win- 
disch, est représenté par l'allemand Zustand « état, situation ». Indell, 
qui a plusieurs sens, signifie entre autres choses « charme, incantation, 

1. Sainred. 

2. Imbath. 



228 Mélanges. 

ensorcellement » . C'est, suivant moi, la traduction appropriée ici, et 
M. Windisch a, par contre, eu tort de l'employer quand il a publié, 
dans le second volume de ses Irische Texte, le conte si curieux et du 
reste si bien traduit de l'« Exil des fils de Doel Dermait » '. 

Un autre mot sur le sens duquel je m'écarte de M. Windisch est tur- 
baid, que j'ai traduit d'abord par « droit à un délai », ensuite, plus briè- 
vement, par « délai ». Turbaid est un terme de droit dont le sens propre 
est « exception dilatoire », expression empruntée par la langue du droit 
français à la langue du droit romain 2 . J'ai relevé sept exemples du mot 
turbaid dans le texte du Senchus Môr ï. Il y avait turbaid toutes les fois 
qu'un obstacle insurmontable ou, plus exactement, admis comme tel par 
la coutume, mettait quelqu'un dans l'impossibilité de faire un acte dans 
le délai ordinaire que la loi prescrivait. La formule générale de l'excep- 
tion dilatoire irlandaise est ainsi donnée dans le texte du Senchus Môr : 
« toute exception dilatoire avec nécessité selon Dieu et selon homme » : 

Cach turbaid co n-detbire 
iar n-dia ocus duine 4. 

Une des causes les plus fréquentes de l'exception dilatoire paraît avoir 
été la maladie. Le mot galar « maladie » glose trois fois tutbaid dans le 
Senchus Môrî. L'effet de l'exception dilatoire était d'étendre à dix jours 
la durée de chacun des trois délais de la saisie, délais qui, autrement, 
n'auraient duré que un, trois ou cinq jours suivant les cas; en sorte que, 
si l'exception dilatoire frappait les trois délais, le total de ces délais s'éle- 
vait à trente jours au lieu de trois, neuf ou quinze 6 . Par un hasard sin- 
gulier, un des passages les plus importants du Senchus Môr sur les règles 
de l'exception dilatoire ne nous offre pas le mot turbaid ; c'est la glose 
qui supplée à cette lacune. Ce passage consiste dans les premières lignes 
de la section consacrée à l'étude des cas où l'objet saisi doit rester pen- 



1. MuU)r-indell, Irische Texte, t. II, p. 178, 1. 136-537. est traduit, p. 196, par 
« Seezauber » d'ap es O'Curry qui l'avait rendu par « sea charm » 

2. Il est question de l'exception dilatoire dans les Institutes de Gaius, livre IV, 
§ 120, 122 et suivants, dans les Institutes de Justinien, livre IV, titre xm, § 11 ; com- 
parez Digeste, livre XLIV titre 1, loi 2, § .1; loi 5: Dilatoria est exceptio qtiae differt 
actionem, disait Ulpien. Ad edictjm, livre LXXI / (Digeste, livre XLIV. titre 1, loi 2, § 4). 

3. Ancient laws of lreland: 1 , t. 1, p. 262, 1. 6; g'ose p. 282, 1. 20. — i , t. I, 
p. 262, 1. 1 5 ; glosep. 282, 1. 46. — 3", t. I, p. 262, 1. 21 ; glose p. 284, 1. 1 1 . — 
4", t I, p. 266. 1. 20; glose p 298, 1 12. — 5", t. I , p. 268, 1. 8; glose p. 300, 
1. 27. — 6, t II, p. 100, 1. 17; glose p. 102, 1. 2. — 7', t. II, p. 310, 1. 24 ; glose 

p. 3' 2 . •• h 

4. Ancient laws of lreland, t. I, p. 268, 1. 8-9. 

5. T. I, p. 282, 1. 26; p. 284, I. 11 ; t. II, p. 102, l. 2. 

6. T. I, p. 198, 1. 22-2 $. 



Mélanges. 22c) 

dant dix jours entre les mains du défendeur 1 . Le bénéfice de ce délai de 
faveur est accordé par exemple au malade alité 2 ; au débiteur qui a en 
même temps un autre procès et qui, dans ce procès, est obligé de se 
justifier par I épreuve de l'eau bouillante ou du chaudron 3 ; au mari don^ 
la femme est en couches 4. 

Le Senchus Môr contient du reste un texte plus explicite et où l'on 
donne formellement une liste de cas où le défendeur peut opposer une 
exception dilatoire, turbuids. Voici quelques exemples: sa maison est at- 
taquée par des ennemis 6 ; il est en quête d'un médecin pour quelqu'un 
qui est en danger de mort 7, ou d'une sage-femme pour un accouchement 8 . 
Dans ces textes, il n'est pas dit en termes exprès que la femme en 
couches eût droit à une exception dilatoire, mais cela va de soi ; il eût 
été par trop fort d'accorder à celui qui lui cherchait une sage-femme une 
faveur qu'on aurait refusée à celle qui allait accoucher. Toutefois le privi- 
lège de la femme en couches n'est pas inscrit dans la loi ; ce silence 
pourrait, dans une certaine mesure, expliquer la question par laquelle les 
envoyés du roi répondent à la demande de délai que leur oppose Mâcha. 
« Un délai! Pourquoi ? » répondent-ils, cid turbaid? Pourtant ce délai 
le mari pouvait le réclamer en s'appuyant sur un texte formel : c'est le 
texte qui accorde un délai de dix jours à l'homme dont la femme est en 
couches : bis ben fri huaitnev. 

Mais à cette règle humaine et bienveillante le droit irlandais oppo- 
sait une autre maxime qui est impitoyable : il n'y a pas de délai quand 
il s'agit de la réparation due à l'honneur outragé : ni daim enech- 
landanad t0 . Crunniuc avait insulté le roi en prétendant que sa femme 
courrait mieux que les chevaux du roi. Il lui devait donc le montant in- 
tégral du prix de l'honneur, c'est-à-dire de Venechland ou du lôgenech des 
rois de provinces, mire ; le montant de ce prix de l'honneur s'élevait 
en monnaie de compte à vingt et une femmes esclaves ' ' ; il était immé- 



1. T. I, p. 192-207. 

2. Athgabail lobuir dia m-be fri gaimniu, t. 1, p. 192, 1. 1 2 -1 } ; p. 194, 1. 2-3. 

3. Athgabail fir for a nascar fir caire, t. I, p. 194, 1. 23. Cf. p. 198,1. 18-21. 

4. Athgabail fir bis ben fri huaithne, t. I, p. 194, 1. 23, 24 ; p. 198, l 21-25. 

5. T. 1, p 266, 1. 20, 23; p. 268, 1. 1, 5 ; gloses p. 298, 1. 12 et suivantes; p. 300, 
1. 1, 16. 

6. Tubad sloig fo mendad,t. I, p. 266, 1. 20, 21. 

7. Coingi... lega do neoch biss fri bas, t. I, p. 206, 1. 22, 23. 

8. Cuing e\ mna do mnai bis fri uaithne, t. 1, p. 268, 1. 2. 

9. T. I, p 194, 1. 24; cf. p. 198, 1. 21. 

10. Le sens de ce brocard résulte d'une façon évidente du contexte qui l'accompagne, 
t. I. p. 228, 1. 15-19- La glose, 1. 28-30, constate déjà un changement de jurisprudence 
en faveur du défendeur. 

m. T. II, p. 224, 1. 7, 8. Il s'agit dans ce passage des seoit turchluide; mais à la 



2 ^o Mélanges. 

diatement exigible, et Crunniuc, ne pouvant le payer, était à la merci 
du roi. Celui-ci pouvait donc justifier sa cruauté en alléguant un droit 
formel; mais l'équité protestait; il était inique de refuser à Mâcha l'ex- 
ception dilatoire dont elle réclamait le bénéfice par son éloquent et inu- 
tile appel à la sympathie d'une foule chez qui la curiosité étouffait tout 
sentiment de pitié. « Il n'est personne parmi vous que le sein d'une mère 
n'ait porté! » H. d'A. de J. 



UNE LÉGENDE IRLANDAISE EN BRETAGNE. 

O'Curry a raconté dans un de ses ouvrages comment Lug, personnage 
mythologique irlandais, fut reçu par les Tûatha Dé Danann à Tara peu 
avant la seconde bataille de Moytura. Quand il se présenta au portier, 
celui-ci lui demanda s'il était maître dans quelque art ou dans quelque 
métier. « Je suis charpentier », répondit Lug. — « Nous n'avons que 
faire de vous, répliqua le portier; il y a ici un très bon charpentier. » 
— « Je suis forgeron », reprit Lug. — « Inutile; nous en avons un ex- 
cellent. » — « Je suis guerrier de profession. » — « Vous ne pouvez 
nous servir à rien, puisque nous avons parmi nous Ogma '. » — « Je 
suis harpiste. » — « Nous n'avons pas besoin de vous ; le meilleur des 
harpistes est dans notre camp. » — « Je suis poète. » — « Nous ne sau- 
rions que faire de vous ; il y a chez nous un excellent poète. » — « Je suis 
médecin. » — « Vous ne pourriez nous rendre aucun service, nous en 
avons un très bon. » — « Je suis échanson. » — « C'est encore plus 
inutile. Neuf femmes remplissent chez nous cette fonction, à la satisfaction 
générale. » — « Je suis ouvrier en bronze. » — « Nous n'avons en au- 
cune façon besoin de vous. Nous en possédons un parfait. » — « Eh 
bien, répliqua Lug, allez trouver votre roi et demandez-lui s'il a chez lui 
un homme capable de faire tous ces métiers ; s'il l'a, je m'en retourne. » 
Il fut immédiatement accueilli et créé chef de tous les gens de métier 2 . 

Le triomphe du christianisme transforma en démon le dieu irlandais ; 
c'est après cette métamorphose que nous le retrouvons dans un document 
breton ; il y est parfaitement reconnaissable, quoiqu'il ait changé de 



page 226, 1. 13, nous apprenons que les seoit turchluide sont identiques au prix de 
l'honneur. 

1. VOgmios de Lucien. 

2. O'Curry, On the manners and customs of the ancknt Irish, t. III, pp. 42-45. Ce 
récit est emprunté au manuscrit Harleian 5280 du British Muséum. 



Mélanges . 231 

nom. Ce document est la Vie de saint Hervé ; la voici, telle que nous la 
raconte Albert le Grand : 

« Retournant de Cornoùaille, il (Saint Hervé) passa par la cour 
d'vn Comte nommé Helenus qui le reçeut à grande ioye, et luy fit le 
meilleur raccueil dont il se peut adviser : S. Hervé luy dit en l'oreille 
Seigneur Comte, ie vous suis venu voir pour vous délivrer vous et les 
vostres d'vn très-grand danger auquel vous estes; car Dieu m'a révélé 
qu'en vostre maison il y a vn Diable en forme humaine qui vous sert 
comme domestique : le Comte resta bien estonné de cela, mais n'en 
fit point de semblant : on couvre les tables, la compaignie se sied : 
S. Hervé demande à boire, le Diable (en forme de page) luy en apporte: 
le Sainct eslevant la main fait le signe de la Croix sur la couppe qui se 
brize en pièces et gaste le vin. Le Comte bien estonné commande qu'on 
redouble, le mesme advint à la seconde et troisiesme fois, lors S. Hervé 
empoignant le compaignon, le conjure de déclarer qui il estoit et ce qu'il 
cherchoit en cette maison : le suis (fait-il) vn Diable d'enfer qui excite 
aux crapules et gourmandises et provocque aux noises, discords et que- 
relles, et puis qu'à mon grand regret la vertu de Dieu me force par ce 
sien serviteur à vous le déclarer, i'avois appresté ce breuvage tout ex- 
prez, duquel si vous eussiez beu, vous vous fussiez tous entretuez avant 
que sortir de ce lieu : cela dit le S. luy commanda de la part de Dieu de 
quitter cette maison pour n'y plus retourner, ce qu'il fit, criant par l'air, 
Hervé Hervé serviteur de Dieu pourquoy me menés tu vne si rude 
guerre ? Le Comte Helenus se voyant délivré d'vn si cruel ennemi re- 
mercia Dieu et S. Hervé, lequel prenant congé de luy se retira en son 
monastère. » 

« Il descouvrit vne semblable fraude au monastère de S. Majan, car 
l'estant allé voir par le commandement de Dieuqu'vn Ange luy avoit ma- 
nifesté, il eut révélation que parmi les domestiques de ce S. Abbé y avoit 
vn Diable en forme humaine, ce qu'il manifesta à Sainct Majan, lequel 
ayant fait venir tous ses domestiques, les présenta à S. Hervé les faisant 
passer tous un à vn devant luy : le S. les interrogea tretous de leur 
pays, leurs noms et leur vacation : le Diable craignant de se présenter 
devant le S. regnarda tant qu'il peut, enfin il luy fallut paroistre : i 'ay 
nom Hucan (dit-il) natif d'Hybernie, ie suis bon charpentier, masson et 
serrurier, et bon pilote, et n'y a gueres de mestiers que ie ne puisse 
exercer : et bien (dit le S.) puis que tu es si habile et vniversel en tout 
mestier, imprime du doigt le signe de la croix en ce pavé et adore Iesus 
Christ crucifié. Le misérable s'en voulut fuyr et se cacher, mais S. Hervé 
l'arresta et dist à S. Majan, et bien, voyez vous maintenant de quel ser 



2}2 Mélanges. 

viteur vous vous servez ? menons le à vostre voisin l'Abbé S. Geeduon 
pour sçavoir de luy ce que nous en ferons, ils l'y menèrent donc, où ayant 
esté conjuré, et ayant confessé qu'il estoit dans ce monastère pour 
tromper et séduire les moynes, on luy deffendit de la part de Dieu de 
plus se trouver là, et fut précipité dans la mer '. » 

M. de la Villemarqué, si connu par ses travaux sur les dialectes, la 
littérature et les légendes de la Bretagne, a trouvé dans un manuscrit de 
la Bibliothèque Nationale et a bien voulu nous communiquer le texte latin 
qui a servi de base à la seconde partie de ce récit. Le nom du démon 
appelé Hucan dans la rédaction française, y est écrit d'une façon plus 
exacte, Huccanus. Pour peu que l'on soit familiarisé avec les lois de la 
phonétique bretonne, on reconnaît sans peine dans ce nom un diminutif 
d'un nom commun breton, gallois et comique. En breton le porc mâle 
s'appelle houe' h; en gallois hwch veut dire « truie » ; dans le vocabulaire 
comique du xm e siècle, hoch traduit le latin porcus. Or ces formes s'ex- 
pliquent par un plus ancien hucc qu'on trouve dans les lois galloises 2 , 
et hucc à son tour suppose un thème plus ancien, succo- qui probablement 
doit se reconnaître dans le premier des deux éléments de la locution ir- 
landaise soc muice « museau de cochon » 5. Ainsi le nom du démon 
Huccan pour Succan veut dire « petit cochon ». 

Ce démon ne porte pas le même nom que le dieu Lug. Mais il offre le 
même indice caractéristique. Huccan dit : « il n'y a gueresde mestiers que 
ie ne puisse exercer » et en effet il est par exemple « bon charpentier, 
masson, serrurier et bon pilote »; — vraisemblablement il est identique 
au page du chapitre précédent, et ce page est échanson. Or Lug savait 
faire tous les métiers; il était entre autres choses forgeron, charpentier, 
échanson. Nous croyons donc être en droit de reconnaître dans Huccan, 
malgré la différence des noms, un personnage mythologique identique à 
Lug. Quant à sa fin, elle est inspirée par le christianisme; comme les 
cochons dont parle saint Mathieu dans son chapitre VIII, il est précipité 
dans la mer 4. Voici le texte latin que nous a communiqué M. de la Vil- 
lemarqué. 

Adbeati cellam perrexit Maiani inter cujus domesticos daemon erat hu- 

1. Albert le Grand, La vie, gestes, mort et miracles des saints de la Bretagne Armorique, 
première édition '1637), p. 149 Comparez l'édition donnée en 1837 par M. de Keidanet 
avec ce titre : Les vies des Saints de la Bretagne Armorique, pp. 318, 319. 

2. Grammatica celtica, deuxième édition, p 91. 

}. Voyez Wniiley Stokes dans Btitraege de Kuhn, t. VIII, p. $43, n° 579; Windisch, 
Irische Texte, t. I, p. 785. La locution soc muice est donnée au mot soc dans le diction- 
naire irlandais d'O'Brien, et dans celui de Mac Cuirtin au mot snout. 

4. Saint Mathieu, c. VIII, verset 32. Cf. saint Luc, c. VIII, verset 33. 



Mélanges. 2$? 

mana indutus specie quod sancto Maiano secreto indicavit. Sanctus vero 
Maianus ante eum omnes familiares presentavit, cumque singulorum no- 
mina genusque et unde essent sciscitanti respondissent, ipse posterior 
sancii viri speciem expavescens crepitando subjungit : « Ego Huccanus 
nomine ex Hybernia hue veni, faber ferrarius, lignarius, atque cemen- 
tarius, nauta quoque peritus, et omnia opéra componere physice possum 
manibus. » Cui vir Dei : « Fac igitur Crucem digito in terram, et flexis 
genibus crucifixum diligenter adora. » Quem cum vir Dei haesitantem et 
delitescere volentem deprehendisset, terribiliter per Trinitatis vocabula 
conjuravit ut confiteretur quis esset et cur hue venisset. Qui respondit : 
« Ego quidem unus sum ex immundis spiritibus, ideo autem veni ut 
monachos deciperem qualibet fallacia quibus superabundat haec patria ». 
Tune S. Hoarveus dixit : « Eamus ergo, frater, Maiane, in sanctum 
abbatem Crednonum, seductorem vinctum adducentesnobiscum, ut ipse 
nobis definiat quid de isto oporteat fieri. » Cumque ad abbatem venis- 
sent atque ei hostem humanum présentassent, inquit: « Euntes, in pro- 
fundum maris precipitate eum, vêtantes eum facta comminacione chris- 
ticolarum confinia deinde attingere. » O quam ingens tumultus tune resul- 
tavit in pelagus cùm projectus fuit daemon Huccanus, a quo rupes 
Huccani nominatur. quse in aequore supereminet ibique diversis specie- 
bus persepe conspicitur '. 

H. D'A. de J. 



DU FUTUR SECONDAIRE EN BRETON ARMORICAIN. 

Dans un article paru dans les Mémoires de la Société de linguistique 
de Paris (V, 2 e fasc., 1883), nous montrions, p. 1 36 et suiv., que la 
Grammatica Celtica avait confondu, en ce qui concerne les temps secon- 
daires, deux temps différents : le présent secondaire et le futur secon- 
daire. Les deux temps ont les mêmes terminaisons, mais le futur a, de 
plus, régulièrement avant la terminaison, un /z, excepté après certaines 
consonnes avec lesquelles il eût formé un groupe d'une prononciation 
difficile 2 . Cet h a fait place aujourd'hui, dans tous les dialectes, excepté 



1. Bibliothèque nationale, Blancs manteaux 38, aujourd'hui manuscrit français 22521, 
fol. 857 r p V. Ex lectionario ms. ecclesix frecoriensis collato cum apographo P. du 
Paz, cum altero ms. S. Vincentii Cenomanensis et breviario Leonensi, lect. ^a. 

2. Même absent, l'A fait la plupart du temps sentir sa présence dans des formes, par 
exemple comme doucque, il porterait, prés, second, dougue; impliche, il emploierait ; prés . 
implige, etc. 



2 34 Mélanges. 

celui de Vannes, à un /. Le présent secondaire ne présente pas une 
seule fois h et, naturellement, est encore aujourd'hui ce qu'il était en 
moyen breton. Les exemples que nous citions étaient tous tirés delà Gr. 
Celt., et par conséquent de la Vie de sainte Nonn et du Grand Mystère de 
Jésus pour le moyen breton. Les poèmes bretons du moyen âge de M. de 
la Villemarqué et la vie de sainte Barbe récemment publiée par M. Er- 
nault nous présentent les deux temps avec les mêmes traits caractéris- 
tiques. 

L'origine de ce futur secondaire n'est pas des plus claires. Nous y 
avons vu un optatif aoriste analogue au latin ama-rem, tandis que nous 
comparions le prétérit secondaire aux formes latines comme fecissem, vi- 
dissem. On pourrait se demander aussi si Yh caractéristique de ce temps 
n'est pas dû à la place de l'accent : le développement d'un h devant 
l'accent est un fait bien connu et frappant aujourd'hui même en gallois. 
Dans ce cas il faudrait supposer une différence d'accentuation entre l'in- 
dicatif du présent secondaire et le futur secondaire, identiques comme 
forme, si l'on fait abstraction de Yh caractéristique du futur, en moyen 
breton. Quoi qu'il en soit, un point jusqu'ici qui n'a pas été éclairci dans 
l'histoire du futur secondaire, du breton moyen au breton moderne, c'est 
le passage de Yh à/, la transformation de formes comme,ga//?e/2Aî, carhenn, 
grahenn, etc., en gai f en, carfenn, grafenn, etc., tandis que dans le dia- 
lecte de Vannes on a encore la forme de l'armoricain moyen. Il est en 
effet impossible de faire sortir f de h venant de 5 originaire, suivant 
toutes les lois de la phonétique bretonne : il n'y en a pas un seul exem- 
ple. Aussi n'est-ce point par la p u onétique ni par une de ces exceptions 
aux lois phonétiques vraiment par trop commodes auxquelles a recours 
le linguiste embarrassé, qu'il faut l'expliquer: il y a là un fait très inté- 
ressant et instructif d'analogie. 

La transformation s'est faite lentement. La catégorie la plus ancienne 
de futurs en -fenn, -Jès, etc., est celle des verbes dont la consonne finale, 
avec Yh du futur secondaire, se transformait phonétiquement en /, sans 
parler de verbes comme caffout, qui avaient forcément le futur en -fèn, 
c'est-à-dire des verbes dont le thème était terminé, en moyen breton, 
par/, v, et des verbes composés avec le verbe substantif comme azna- 
vout ou aznavézont: 

Exemples tirés de Zeuss, Gramm. Celt. 2 518: 

Gouzavhenn, gouzafenn = gouzavhenn ; marvhenn qui, sans doute, au 
moins dans certaines parties de la Bretagne, se prononçait aussi marfenn; 
caffenn ; prouffe = prouvhe ; gouzafhech, caffech. 

Poèmes bretons du moyen âge : 






Mélanges. 235 

P. 8, str. \ y, pan qa effet; p. 66, 174, deffe = de-vehe, devhe; p. 76, 
19$, caffenn; p. 66, 179, marvhe; p. 88, 228, deurffe — deur-vehe ou 
deur-ve; p. 90, 251, ne goffe = goffhe; ibid., 232, aznaffe = aznavhe ; 
p. 92, 255, aznaffe; p. 94, 240, bev/ïe. On remarque dans les Poèmes 
une tendance à réduire le groupe z spirante dentale -)- b ou v à/: 
p. 84, 221, affoe 1= dz boe, que tu avais; ibid., 224, affoe ; p. 104, 261, 
/?a fizy = naz bizy, tu n'auras pas. Il y a donc lieu de supposer qu'on 
prononçait aussi affe, tu aurais = tfz ve, effe = ez ve, il serait, etc. 

Vie de sainte Barbe : 

P. 14, 56, effenn = ez venn, je serais-, ibid., 59, axuffel; p. 16, 
68, caffech; p. 17, 70, caffe; p. 17, 71, effe = ez ve ; p. 20, 84, effe 
= ezve; p. 25, 102, aueffet ; p. 26, 104, de/f/;e, var. deffe, ils au- 
raient = devehe, devhe; ib., 108, effent = ez vent; p. 34, 140, 
effen ; p. 36, 149, ez gouffe, il saurait == gouzvehe ou gouzre; p. 46, 191, 
ejfe (les exemples de effe, effen pour ez ve, ez ven, sont presque la règle; 
il est inutile de les citer tous) ; p. 74, 309, ez hoarffe, il arriverait = hoar- 
vhe, hoarvehe, ou peut-être boar-ve, le v ayant pu être porté à / par l'ac- 
tion de IV précédent; p. 85, 361 , ne gouffenn, je ne saurais = gouzvenn 
ou gouzvehenn ; ibid., 31 2, gouffenn, dewffe; p. 86, 367, /?e gouzffech 
(évidemment le z n'est qu'un reste de la tradition écrite et on prononçait 
gouffech); p. 75, 403, nam deurffe, qui ne me plairait pas ; p. 124, 5 35, 
gouffenn; p. 168, 733, ne ancouffnenn; p. 172, 749, preserffhe = pre- 
servhe; p. 174, 758, gouzaffhe. 

On peut conclure que tous les verbes, dont le thème se terminait par 
v, b,f, et tous ceux qui étaient composés avec le verbe substantif et par 
conséquent à ce temps avec ven, vès, ve déjà prononcé fen, fes, fe précédé 
de la particule ez ou des pronoms az, avaient le futur secondaire en 
-fen. Or ces verbes sont parmi les plus employés en armoricain. Dès 
lors rien d'étonnant à ce qu'ils' aient provoqué chez des verbes qui, pho- 
nétiquement, ne l'eussent pas fait, le passage de la forme en -henn à la 
forme en -fenn. Dans la Grammaire du père Maunoir (d'après Lhuyd Ar- 
chaeol. brit.) le nombre des futurs en fenn s'accroît : à côté de formes 
régulières comme hoarfe, anaffe, caffe, gouffe, marfe, deffe [devhe], ialfe 
(îalvezout valoir), on a des formes comme falfe [me falfe din, je vou- 
drais, j'aurais besoin de) passé dans la catégorie des verbes composés 
avec le verbe substantif peut-être par l'influence de son infinitif fallout, 
qui aura suivi l'analogie de caout), îeuffe (me azeuffe, je viendrais), dleffe 
[me a dleffe, je devrais). En revanche, le père Maunoir dit encore lenne, 
care, rahe. On le voit, l'analogie n'a achevé son œuvre que de nos jours. 
L'analogie a provoqué dans le dialecte de Tréguier la création d'un futur 



2^6 Mélanges. 

primaire en -fo sur le modèle des futurs secondaires en -je, ce qui a été 
d'autant plus facile que, déjà, la deuxième personne du futur primaire 
était très souvent en -lut, et ne se distinguait de celle du futur secon- 
daire que par le suffixe personnel : gouffet, vous saurez, gouffech, vous 
sauriez. Il faut aussi faire entrer en ligne de compte l'influence analo- 
gique de futurs comme caffo, de futurs-subjonctifs comme deceffont Zeuss, 
Gramm. Celt., 5 1 j). Le futur secondaire passifa eu en général la même 
fortune que le futur secondaire actif. Si le dialecte de Vannes fait excep- 
tion pour la transformation de henn en fenn, cela tient à ce que, sur toute 
l'étendue du territoire vannetais, il y a avant Vh dans la prononciation. 
et, le plus souvent, dans l'écriture une sorte de voyelle irrationnelle ana- 
logue, pour le son, à Ve muet français, de sorte que Vh ne se trouve 
pas immédiatement en contact avec la consonne précédente. Si on n'a 
pas eu cleffe, ariaffe, carfe, en vannetais, c'est qu'on prononce clevehe, 
anavehe, carehe. Quant à la naissance ou la conservation de cette voyelle 
irrationnelle, elle est due à ce qu'en vannetais l'accent est resté ou s'est 
porté d'une façon régulière et avec plus d'intensité sur le suffixe, tandis 
que dans les autres dialectes il s'est reporté ou établi définitivement sur 
la pénultième. 

A la première page de l'article des Mémoires de la Société de linguis- 
tique de Paris où nous avons établi la différence de formation du 
présent secondaire et du futur secondaire armoricain, nous avons 
commis, avec d'autres, une erreur que nous savons gré à M. Rhys 
d'avoir relevée [Revue Celtique, VI, 1, p. 41 en note . Il n'est pas vrai, 
en effet, que les Gallois, comme nous l'avons avancé, confondent les 
formes de l'optatif-conjonctif avec celles du présent-futur. Mais cette er- 
reur n'a rien d'extraordinaire. Les formes comme canvyf, cerych, ca.ro 
sont mentionnées par la plupart des grammairiens gallois comme des 
formes à sens futur: Griffith Roberts, A welsh grammar. Milan, 1567. 
Supplément à la Revue Celtique, 1870-1883, p. 67: modd cyssylldiawl, 
amser cynhyrchiawl agardyfodawl: pan garwyf, gerych, garo ; Dosparth 
Edeyrn Davod aur with english translation and notes by Williams ab 
Ithel, p. lvi : Ffutr amser : pan garwyf ; Thomas Richards Anti- 
quae linguae britannicae thésaurus, Dolgelley, 1875, p. 25: Futuretense: 
carwyf, cerych, caro, etc. Nous pourrions multiplier les exemples. Les 
grammairiens n'ont évidemment pas été assez explicites ; ils auraient 
dû dire que ce temps joue le rôle de subjonctif-optatif et ne s'emploie 
que dans les propositions dépendantes, ce que Griffith Roberts a voulu 
faire entendre par modd cyssyltiawl. D'un autre côté, on comprend sans 
peine que de constructions comme hyt pan welwyf, jusqu'à ce que je 



Mélanges. 237 

voie, ira allwyf, tant que je pourrai, on ait tiré la conclusion que ce 
temps avait le sens de futur. De là à en faire un équivalent du présent- 
futur et à dire qu'il se confond avec lui, il n'y avait qu'un pas. Voilà 
l'explication, à notre avis, de cette erreur qui a tant surpris M. Rhys. 
Nous permettra-t-il de lui faire observer à notre tour qu'il se trompe 
en avançant que l'erreur que nous venons de confesser est le fon- 
dement de noire article des Mémoires de la Société de linguistique 
de Paris. Tout d'abord, dans la partie principale, celle qui nous est à 
peu près entièrement personnelle, il n'est pas question du conjonctif 
gallois. Reste le début où nous soutenons, en quelques mots, après 
d'autres, que le futur primaire en breton se compose de formes emprun- 
tées à l'optatif et au conjonctif. Si le gallois doit être mis de côté, notre 
thèse n'en est que mieux démontrée pour le comique et l'armoricain, et 
M. Rhys nous fournit le meilleur des arguments. Du moment, en effet, 
que la forme en -0, comme caro, conserve en gallois son rôle de conjonctif- 
optatif, il n'en est que plus certain que le futur en armoricain et en cor- 
nique est suppléé par le subjonctif- optatif ; caro est en effet le futur ré- 
gulier dans ces deux langues. 

J. Loth. 



LA PROSE DE SAINT COLOMBA.. 

A l'occasion de ce texte, publié plus haut, t. V, p. 205-212 — cf. 
les notes additionnelles, p. 396 et 507 — , M. E. Dùmmler, bien connu 
par ses travaux sur l'histoire et la littérature du moyen âge, nous si- 
gnale obligeamment des versions de ce texte publiées en Allemagne et 
d'après d'autres manuscrits. Voici sa lettre : 

Sie haben in Ihrer geschâtzten Zeitschrift, V, 205-212, la prose de 
saint Colomba, herausgegeben von Cuissard, aufgenommen. Dièse war 
schon zweimal gedruckt, von Boucherie in den Mélanges latins, p. 1 5- 
24, ferner von Reifferscheid in den Sitzungsberichten der philos, histor. 
Classe der Wiener A';ademie, LXVII, 547 549 <=Biblioth. pair. Latin. 
Itàl., II, 80! ; sie steht ferner in der Handschrift der Mûnchner Staats- 
bibliothek 18665 f« 229-231 aus Tegernsee, und ist er.vâhnt bei Ang. 
Mai, Spicileg. Rom., V, 192. Dass Hrabanus Maurus dasselbe Cedicht 
gekannt und umgearbeitet hat, daraber sind meine Poetae latini aevi Ca- 
rolini, II, 197-204, zu vergleichen. Die 3 Abdrucke stammen aus ganz 
verschiedenen Handschriften. — Es wùrde mich freuen, wenn dièse No- 



238 Mélanges. 

tizen Ihnen von Interesse wâren und sie einigen Gebrauch davon mâ- 
cher) kônnten ! 

L'édition de M. Poucherie que signale M. Dùmmler est le tirage à 
part de l'article que nous avons signalé ici-même, t. V, p. 396. 

Aux références que donne M. Dummler, nous ajouterons une édition 
récente publiée par le marquis de Bute. Nous ne la connaissons que par 
un catalogue de librairie, c'est sans doute une publication faite pour le 
grand public: ALTUS (The) of St. Columba, edited with a Prose 
Paraphrase and Notes by John, Marquis of Bute, 52p., petit in-4, 
1882 '. H. G. 



LE MANUSCRIT COTTON1EN OTHO E. XIII. 

LA SAISIE IRLANDAISE ET GALLOISE, LA SAISINE BRETONNE. 

Le manuscrit Otho E. XIII du fonds Cottonien, au Musée Britannique, 
est un de ceux où l'on a reconnu la collection de canons irlandais inti- 
tulée Canonum collatio 2 ; c'est aussi un de ceux où M. Bradshaw a dé- 
couvert les gloses bretonnes publiées et savamment commentées par 
M. Whitley Stokes ?. L'attention de M. Whitley Stokes a été de nouveau 
appelée sur ce manuscrit par une découverte qu'y a faite M. Egerton 
Phillimore. Il s'agit du mot breton adgabael igl. occupanda), f" 108 a. 
M. Whitley Stokes y a trouvé deux autres mots bretons : i° bann (gl. 
canorai, f° 1 1 b; ce peut être le même mot que l'irlandais bind; $° car- 
car (gl. ergastulumi, f° 113 a; c'est le gallois carchar. Enfin M. Whitley 
Stokes constate que deux erreurs ont été commises par les précédents 
éditeurs. M. Bradshaw avait lu: agipam .i. latic et avait considéré latic 
comme un mot breton. Il faut lire : .i. latic lauiam cl amidem. De même 
au lieu de dmc gl. dictor mortis erit), donné par M. Loth, Vocabulaire 
vieux-breton, p. 98, il faut lire clericus. 

Des trois mots bretons que nous venons de mentionner, le plus inté- 
ressant est adgabael. Nous avons plus haut, p. 20 et suivantes, traité de 
la saisie mobilière irlandaise qui s'appelait aithgabail. Nous l'avons com- 
paré à la pignoris capio du droit romain. Nous avons p^rlé de la même 
procédure dans les lois germaniques connues sous le nom de Lois bar- 

1. Une édition plus récente est due à M. Gilbert, National mss. of Irdand, Paît IV*, 
appendix xxi .1884). — H. d'A. de J. 

2. Wasserschleb n, Dieinsche Kanonensammlung, deuxième édition, p. xxxn. 

3. Old-Breton glosses, p. 2, 17-20. 



Mélanges. 239 

bares. Nous aurions pu dire qu'il en était question aussi dans la Canonum 
collatio, livre XXX.II, c. 8-10 ' le plus ancien monument de la légis- 
lation irlandaise que nous ayons, puisqu'il date de la fin du vn e siècle ou 
des premières années du vm e2 . Mais ce qui aurait été surtout important 
à faire observer, c'est que la procédure et l'expression existent en droit 
gallois. Davies nous offre adafael, c'est-à-dire ad-[g]afael, variante d'at- 
tafael (pignoratio, districtio, pignus). Ad[g]afael est identique à l'irlandais 
aithgabail« saisie mobilière ». Du substantif gallois dérive le verbe ada- 
faela « saisir », que nous trouvons employé dans le plus ancien des 
textes de droit gallois, document dont on a des manuscrits du xm e siècle, 
dans le Code vénédotien, livre III, chapitre xxiv, article 20. Il s'agit de 
bœufs qui appartiennent à une société de laboureurs. Ils ne peuvent être 
mis en gage par .aucun des membres de la société ni saisis pour une 
dette qu'aurait contractée un d'entre eux. Dans le texte légal, l'idée de 
mettre en gage est représentée par l'infinitif guestlau, et l'idée de saisir 
par l'infinitif hadauaelha 5. 

On trouve aussi dans les monuments du droit gallois le simple gavel ; 
nous citerons comme exemple l'article du Code Dimétien qui interdit la 
saisie pour dettes, sans autorisation du juge4. On remarquera la ressem- 
blance de cette disposition avec certaines prescriptions des lois barbares 
que nous avons citées en note plus haut, à la page 20. Les juristes qui 
lisent les lois galloises dans le texte latin doivent trouver la ressemblance 
encore plus grande : 

Qui namum pro debito sine licentia ceperit, totum debitum amittet et 
très vaccas camiury domino reddet, fidejussor existens solvendo s. 

Debitoris vero namium non capitur nisi fidejussor illud tradiderit. 

Qui autem, inconsulta dominicali potentia, pro debito namium arri- 
puerit, toto debito privabitur et très vaccas camlwry domino restituet 6 . 

Cette traduction, faite dans la langue latine qu'écrivaient les conqué- 
rants anglo-normands de l'Angleterre, a substitué aux mots gallois ga- 
fael, adgafael, une forme latinisée du substantif français nain qui est d'ori- 
gine germanique, et qui appartenait notamment à la langue du droit nor- 



1. Wasserschleben, Die irische Kanonennsammlang, deuxième édition, p. 120-12,!. 

2. Wasserschleben iuid., p. xtu. 

3. Ancient laws and institutes of Wales, p. ijj. 

4. Pwybynnac a-gym ro gavel dros dylyet heb gsnnyat arglwydiaeth camlyryus 
vyd. The Dinzetian Code, livre II, c. vi, article 3. Ancient laws and institutes oj Wales, 
p. 207. 

S Leges Wallke, livre II, c. vu, article 2. Ancient laws and institutes of Wales, 
p. 784. 

6. Leges Wallice, livre II, c. xvu, articles 6, 7. Ancient laws and institutes of Wales, 
p. 828. 



240 Mélanges. 

mand. Mais pour trouver l'origine du principe énoncé dans les textes de 
droit gallois que nous venons de citer, je veux parler de la prohibition 
de saisir sans ordonnance du juge, ce n'est pas au droit germanique qu'ij 
faut s'adresser : les Gallois ne l'ont pas empruntée aux lois des Germains; 
elle remonte chez eux à la domination romaine. 

Sous le gouvernement des magistrats romains, les Bretons vaincus ont 
pu, comme les Egyptiens ', conserver certains usages juridiques étran- 
gers au droit romain ; mais ils n'ont pu garder celles de leurs coutumes 
qui étaient contraires à l'ordre public. Il aurait été contraire à l'idée ro- 
maine de l'ordre public que quelqu'un, sous prétexte d'une créance légi- 
time ou non, prétendît saisir le mobilier d'autrui. Ce principe romain 
fut conservé par les Gallois quand ils recouvrèrent leur indépendance. 
De là au moyen âge une différence radicale entre leur droit et celui des 
Irlandais, bien que l'identité des termes légaux atteste l'origine com- 
mune des deux législations. 

La glose adgabael de la Canonum collatio, dans le manuscrit Cottonien 
Otho E. XIII [X e ou xi e siècle), nous montre que l'expression technique 
du droit irlandais et du droit gallois avait été transportée par les émi- 
grants bretons sur le continent français, mais avec une déviation de 
sens. Adgabael écrit par le scribe breton glose le verbe latin occupare. Il 
s'agit donc ici de la possession des immeubles et non de la possession des 
meubles. Le breton adgabael est le contraire du breton latinisé anga- 
bolum « sans possession » 2 , dans une charte du ix e siècle que nous a 
conservée le Cartulaire de Redon h L'objet de cette charte est une do- 
nation d'immeuble; cette donation concerne un lieu appelé Botgarth; 
le donateur veut que les moines auxquels il fait cette libéralité soient mis 
en possession ipso fado, et sans qu'il soit nécessaire de procéder au cé- 
rémonial ordinaire. Il leur fait donc sa donation sine angabolo, littéra- 
lement, sans absence de prise de possession « sans privation de saisine », 
c'est-à-dire « avec saisine ». Adgabael exprime la même idée que le latin 
sine angabolo du Cartulaire de Redon. Quoique le sens de « saisine » ne 
soit pas exactement le même que celui de Yaithgabail des Irlandais 
« saisie », cette différence est trop peu de chose pour nous empêcher 
de reconnaître ici un des témoignages qui attestent l'unité primitive du 

droit celtique : irlandais, gallois et breton. 

H.d'A. de J. 

1. Révillout, Cours de droit égyptien, t 1 (1884), p. 212 et suiv.; Pasturet, La condition 
juridique de la ferr.me dans l'ancienne Egypte, p. 66; Dareste, dans le Journal des Sa- 
vants de ma s 1885. 

2. Comparez le gallois anghaffaeliad « non attainment », « privation ». 

3. Cartulaire de Redon, p. 12, 1. 3. 



Mélanges. 241 

ENCORE UN MOT SUR LA PUISSANCE PATERNELLE EN 
DROIT IRLANDAIS. 

Aux textes irlandais que nous avons cités, pages 91 et suivantes, pour 
établir l'incapacité du fils tant qu'il est soumis à l'autorité du père, on 
peut ajouter les passages suivants de la Canonum collatio: 

Sinodus Hibernensis : Non est dignus fidejussor fieri servus, nec pe- 
regrinus, nec brutus, nec monachus, nisi imperante abbate, nec filius, 
nisi imperante pâtre ' . 

Sinodus Hibernensis : Juramentum filii aut filiae, nesciente pâtre, ju- 
ramentum monachi, nesciente abbate, juramentum pueri et juramentum 
servi, non permittente domino, irrita sunt 2 . 

On sait que la Canonum collatio a été composée, vers l'an 700 de notre 
ère. 

H. d'A. de J. 

A NOTE ON SOME OF THE WORDS FOR FLAX. 

The Celtic words for flax are Irish lin and Welsh llîn, both of which 
are doubtless the Latin linum adopted ; but there are traces of the exis- 
tence amongthe Celts of kindred terms belonging to an earlier stratum 
of history, if I may so speak. One of the earlier vocables I refer to is to 
be detected in the Welsh llïain, « linen», which Pughein his dictionary 
gives as llïan; but this lastis only the dialectic pronunciationof the word 
in the broad Welsh of a part of North Wales, and Davies,-in his Welsh- 
Latin dictionary, correctly gives lliain « linteum », and lliain « mappa » 
to the former of which he adds by way of comparison the Breton lien 
« tela » — the Cornish word was written in the same way, and meant 
a linen cloth. The prévalent pronunciation in South Wales and the only 
one I am acquainted with is llien which agrées with the book-form llïain 
and not with llïan. The plural is llïeiniau with which ail the dialects 
agrée in their respective ways. Now the early Brythonic base which 
thèse words postulate would be lïenjo, using j for the semi-vowel y 
(as in the English word y es) and leaving it undecided what the gender was 
in Welsh, in which lliain is masculine. This would make for that gender 
or for the lost neuter ; but on the whole it is probably safer to regard 



1. Livre XXXIV, c. 3 ; Wasserschleben, Die irische Kanonensammlung, deuxième édi- 
tion, p. 122. 

2. Livre XXXV, c. 5, ibid., p. 126. 

Rev. Celt. VII 16 



242 Mélanges. 

the word as an adjective lïenj-os, -a, -on derived from a base lieno or 
lïena ; let us say briefly /i'e/î-. In Irish, the adjective would be léine or Une 
and an instance of this word occurs in a passage quoted by O'Curry in his 
« Manners and Customs of the ancient Irish », III, 107. O'Curry there 
cites from manuscript H. 1. 1 5, p. 955, line 7, as follows : eitir curthar 
aleine agas aglilun « between the border of his leinidh and his knee. » 
If the manuscript is to be relied on, leine should hère be a genitive 
féminine; but it does not quite tally with O'Curry's distinction betwen 
leine « shirt » and leinidh « kilt or petticoat », as according to his own 
showing leine in the passage cited would hâve the former meaning namely 
that of « shirt » ; but there is another and a much more common léne, 
from the stem lien-. It is a neuter making lénilh in the genitive and the 
dative, and lénti in the nominative and accusative plural. It means a 
shirt or chemise; originally, the clothing meant was doubtless always 
made of linen, but \ve sometimes read of great chieftains wearing lénti 
made of silk, and there one of linen would be specifically described as 
lénti linde or « camisiaelinteae ». It had in the case of opulent men threads 
of various colours and sometimes of gold and silver, especially around 
the borders. The typical Irish chieftain ofthe epic taies had his linen and 
his cloth : the former was the léne or « shirt », and the latter the bratt, 
« the tartan or blanket » over ail and fastened by means ofa curious 
salmon-shaped brooch of gold or silver ' . The stem lien- is merely 
provisional as there is no reason to suppose it to hâve had the hiatus 
from the first, but only in conséquence of the elision of a consonant. 
What that consonant was, the modem Celtic languages cannot answer 
more exactly than that it must hâve been either s or p. Thus we should 
hâve either lisan- or lipan- which we may for convenience further eut 
downto lis- or lip-. So to corne to a more exact resuit one has to cast 
about for some helpful indication from the kindred tongues ; and the 
resuit isa failureto find anything in favour of lip-, while Greekand Latin 
may be said indirectly to establish the other, lis- ; for if you will suppose 
-no added to it, you hâve the base lisno- which will explain both the 
Greek Xi'vwi with its short i (compare ovo;foro?vo^ and the Latin linum, 
with its long i. Further Dr. Vigfusson has pointed out to me two 
very interesting old Norse words which seem to be in point — one at 
least, if not both. The first is the neuter lesni which is explained to 
mean « a kind of head-gear for women ». The other is the word lèrept, 
« linen or a linen cloth », which he would now analyse into lés-vept. 

1. See O'Curry's Manners and Customs ofthe ancient Irish 111, 92-96. 



Mélanges. 243 

The latter élément would be akin îo the verb veja « to weave », whilst 
he would regard 1er as shewing r for a more original z and as being 
connected with the word lesni : thus lérept, which is also neuter, might 
be said to stand for les-veft, and to mean literally « a flax or linen 
web ». 

I hâve nothing to say as to the ultimate etymology of thèse words, 
except that they seem to be clearly cognate with the Norse verb lésa 
(participle pass. lesinn), « to glean. gather or pick », and metaphorically 
« to gather words and syllables, to read », German lesen, « to read », 
aus-lesen « to pick out », Gothic lisan « colligere », A. -Saxon, lesan 
« to lease, glean or pick ». This is a strong verb and suggests the question, 
what has become of it in the other Aryan languages. That I cannot 
answer, except in so far as the words pointed out in Celtic, Latin and 
Greek seem to me to be nearly akin to it. 

Hehn the author of the well-known work on Kulturpflanzen und 
Hausthiere (third éd. Berlin, 1877) dévotes an elaborate article to the 
subject of flax, and, observing that Greek comedians trealed the Greek 
word as XTvov and, not Xt'vov, he would suggest that the Latin iTnum was 
derived from the Greek word as pronounced by the common people, 
which, nevertheless, seems a little doubtful. In the next place, it may 
be pointed out that the Norse lérept (Danish Urred) must be regarded 
as yielding the simplest form of the word, simpler than the Greek one, 
which would not be in the least surprising, if the related verb be still 
one of the most common words in the Teutonic languages. 

The words which hâve been hère examined fall into two séries : 1 ) 
Alatergroup consisting of the Celtic ones borrowed from the Latin linum, 
to which one may probably add English linen, German leinen, the same, 
and lein « flax », Gothic lein, the same, 0. Norse lin, « flax, linen 
gear, » especially the head-gear worn by ladies on the bridai day, 
Lithuanian linai and 0. Bulgarian lïnû, both meaning « flax » : possibly 
some of the latter corne from the Greek, and not from the Latin; but 
that is a point on which I do not wish to dwell. 2) The other group 
consists of the Welsh, Irish and Norse words spoken of more in détail. 
They date probably far earlier than the borrowing of those of the later 
group : there is no philological argument in the way of our supposing 
them to belong to the same (or even an earlier) period of distant 
antiquity as the Greek ),tvov ; but I leave ail thèse points to those inter- 
ested in the history of early culture, and nothing would gratify me 
more than to find that I had succeeded in making them examine anew 
their account of flax. Hehn's chapter already mentioned is full of inter- 



244 Mélanges. 

esting remarks, but I cannot enter upon them in this short paper. I 

may, however, just say that aftertracingthe cultivation of flaxin Spain, 

Gaul and Germany, as far as the Slaves and the Finns, he observes, 

p. 159, that « Leinwand aïs Volkstracht ist nordischen Ursprungs », 

that the Greeks and Romans did not know the article of dress which 

\ve should call a shirt — « das linnene Unterkleid, das eigentliche 

Hemde, das die Griechen und Rômer in der Weise, wie die heutigen 

Europâer, nicht kanntern », and that only the women of the wealthiest 

class wore linen next the skin — « fruher hatten hôchstens die Weiber 

vornehmen Standes Leinwand unmittelbar am Kôrper getragen. » A 

little further on, p. 163, he calls attention to a passage in Plutarch De 

Iside et Osiride, 4, in which that author speaking of certain Egyptian 

priests wearing linen, enumerates the advantages of linen, ending with 

the words f[xi(rra oï cpOetpoTroiov, w; Àéyo'jTt. This calls from him the 

observation — « In der That ist die letztgenannte Plage, an der die 

gepriesene Urzeit gewiss in einem Masse litt, von dem sich unsere 

Idealisten nichts tràumen lassen, ein Charakterzug aller pelztragenden 

Vôlker. » The truth of the first part at least of the remark must be 

admitted by everybody who knows anything in the way of comparison 

between the vocabularies of our Aryan languages : the meaning, for 

instance, is not to be denied of the fact that the Welsh and the English 

hâve words identic in origin for the pedicular parasite, and that the same 

remark may be extended to words derived by many Aryan nations from 

a root sknid (or sklid) such as Greek xov.'ç, Lith. gllndas « lendes », 

Polish gnida, Bohem. hnida, German niss, A. -Saxon hnitu, Mod. Eng. 

nit, 'Wehhnedd, Irish sned « lens » and possibly the Latin word itself : 

see Curtius' Grundzûge der griech. Etymologie, No. 285. But I can sym- 

pathize with the « Idealisten » as I hâve been one of them : of the 

original Aryan man we used to hold views idyllic and indiffèrent to ail 

reasonable theory of évolution ; but the relentless investigator intro- 

ducing hère and there a touch of fact has so far transformed thepicture, 

that the persistent idealist can no longer look at it without bursting into 

a jeremiad on the want of taste, which he supposes the most récent 

students of the science of man and of speech to display. But in such 

matters it is doubtful taste to prefer taste to truth. 

J. Rhys. 



Mélanges. 245 

LA PROCEDURE DU JEUNE EN IRLANDE. 

Dans l'étude sommaire sur la procédure irlandaise qu'on a pu lire plus 
haut, pages 1 1 et suivantes, nous avons traité fort brièvement d'un des 
moyens mis par la coutume à la disposition des demandeurs : nous vou- 
lons parler du jeûne (p. 26, 27). Quand nous avons rédigé la partie de 
notre exposition qui concerne le jeûne, nous n'avions pas lu l'intéressante 
note publiée sur cette question par M. Wh. Stokes dans VAcademy du 
12 septembre 1885, page 169, sous le titre moitié anglais moitié hindi 
sitting dharna. Le savant auteur renvoie dans cette note à cinq textes 
hagiographiques relatifs à la procédure du jeûne, sur laquelle nous 
n'avions mentionné que des textes de droit. 

Deux des textes hagiographiques cités par M. Wh. Stokes sont à la 
disposition du public dans les Fac-similés édités par l'Académie d'Irlande 
et nous donnent l'exemple d'un demandeur jeûnant inutilement pendant 
trois jours. La vengeance céleste frappe le défendeur récalcitrant. Dans 
le premier de ces documents, le demandeur est saint Germain, évêque 
d'Auxerre ; le défendeur est le célèbre et malheureux roi des Bretons 
Vortigern. Vortigern a fait un mariage incestueux; il a épousé sa propre 
fille. Germain le somme de la quitter. Vortigern n'osant tenir tête au 
pontife s'enfuit et va se cacher sur une montagne appelée Vortigerman. 
Mais saint Germain l'y suit avec un grand nombre de clercs bretons et il 
y reste pendant quarante jours et quarante nuits. Au bout de ce temps, 
le roi, ne pouvant supporter le voisinage de ces prêtres dont la présence 
était pour lui un continuel reproche, prend la fuite une seconde fois et 
va dans la forteresse de Gunnis, autrement dite Caer Vorthigernd, cacher 
son impudique obstination. Mais Germain l'y suit encore, et recourant au 
moyen le plus puissant qui fût à sa disposition, il jeûne. Son jeûne dure 
trois jours et trois nuits. Au bout de ce temps, le feu du ciel tombe sur 
Vortigern et le brûle avec tous ses gens '. 

Le second texte nous reporte à des événements postérieurs de deux 
siècles au moins. Nous sommes au milieu du vn e siècle de notre ère. 
Guare Adne, roi de Connaught 2 , livre bataille à Diarmaid, fils d'Aed 

1. No forcanad immorro Gefman im Gort/iigernd co-ro!eced a-mnai idon a-ingin. 
Ro t/ieig ocus rofolaig ria German co-clérchib Bxttan i-sin-derund dianid ainm Gortfti- 
german, ocus dochuaid German cô-clerchib Bretan ocus ro boi XL lathi ocus aidc/ie and. 
Ocus dochuaid doridisi Cort/zigerng for-teched na clerec/i co a-dûn, ocus docftoid German 
ifir.-a-diaid, ocus robâtar tri là ocus tri-aidchi in-aine andsin; ocus roloisc tene do-nim 
inni Gort/ûgern andsin corc-a-uile muintir. Lebor na h-Uidre, p. 4, col. 1, 1. 4-14. Cf. 
Todd, The Irisk version of the Historia Britonum of Nennius, p. 102. 

2. Guare Adne mourut en 662 suivant les Annales des quatre Maîtres, édition donnée 
par O'Donovan, t. I, p. 272. 



246 Mélanges. 

Slâne, qui est vainqueur'. Cette bataille est connue dans la littérature ir- 
landaise sous le nom de Cath Cairn Conaill. Et pourquoi Guare Adne y 
fut-il vaincu ? C'est bien simple. Il s'était rendu coupable d'une injure 
grave envers saint Cammine. Celui-ci était venu en demander la répa- 
ration, et comme cette réparation ne lui avait pas été donnée, il avait 
jeûné pendant trois jours pour contraindre le récalcitrant à réparer ses 
torts, puis, enfin, n'obtenant rien, il avait lancé contre Guare une malé- 
diction : « S'il plaît à Dieu, s'était-il écrié, l'homme qui me résiste ainsi 
ne résistera pas à ses ennemis 2 . Il était donc très dangereux de laisser 
un saint jeûner pendant trois jours. 

On pouvait laisser jeûner un saint pendant une journée sans qu'il y eût 
d'inconvénient. C'est ce qui arriva à saint Finnén quand il voulut con- 
vertir Tûan mac Cairill. Tûan refusa d'abord de laisser entrer dans son 
château Finnén, qui dut se résigner à jeûner à la porte un dimanche ?. 
Puis, Tûan s'étant laissé toucher, ils devinrent bons amis. Mais trois 
jours de jeûne, c'était beaucoup trop, et le feu du ciel ou une défaite 
venait punir ceux qui avaient laissé pendant si longtemps pâtir les 
saints. 

Un texte que nous indique M. Wh. Stokes nous apprend une manière 
de réduire à l'impuissance ce jeûne persistant; c'était de jeûner soi- 
même comme le saint, qu'on pouvait ainsi mettre dans un grand em- 
barras. C'est le procédé qu'employa contre saint Patrice la femme du roi 
Loegaire. Saint Patrice jeûnait contre le roi Loegaire ; la reine se mit à 
jeûner contre saint Patrice 4. C'était ce qu'on pourrait appeler dans la 
langue du droit une demande reconventionnelle. 

Ces textes sont fort intéressants, mais je ne crois pas que, pour se 
rendre compte du véritable sens de la procédure du jeûne, il faille se 
contenter de la juger par des documents légendaires. Pour en bien com- 
prendre la valeur, il faut d'abord se reporter aux principes fondamentaux 
des usages légaux de l'époque à laquelle elle appartient. Un de ces prin- 
cipes est que l'homme coupable de la mort d'un autre doit à la famille 
une indemnité qui se compose de deux éléments: i° leprixdu corps, coirp- 
dire; 2 le prix de l'honneur, enech-lann ou log enech. Le coirp-dire est de 



1. Cette bataille est mise en 645 par les Annales des quatre Maîtres, ibid., p. 260. 
M. Hennessy préfère la date de 646. Chronicon Scotorum, pp. 90, 91. 

2. Ro-bôi Câwmini tri-tratft oc-troscud fair im-slanaigect hi-tarat hé, ar-rosaraig 
Guâiri hé: mad côir la-Dia, ar Càmmine, i/7-fer fil h\connair\stm frimmsa ni-rot/id/rise 
fri nâmtiu. Lebor na h-Uidre, p. 116, col. 1, 1. 20-25. 

3. Co ro-t/iroiscet aci fo domnacfi. Lebor na h-Uidre, p. 15, col. 1, 1. 38, 39. 

4. Bibliothèque bodléienne d'Oxford, manuscrit Rawlinson, B. 512, folio 108 recto, 
col. 2. 



Mélanges. 247 

sept femmes esclaves '. Quant à Yenechlann, son importance variait selon 
la dignité du mort : trois bêtes à cornes ou une femme esclave pour un 
noble de rang inférieur; vingt-huit femmes esclaves pour le roi suprême 
d'Irlande 2 ; et l'archevêque d'Armagh allait de pair avec le roi suprême 
d'Irlande. Si donc on avait laissé mourir de faim devant sa porte l'arche- 
vêque d'Armagh, ou autrement dit le successeur de saint Patrice, on se 
serait trouvé, de ce chef, débiteur de vingt-huit femmes esclaves à titre 
d'enechlann, outre sept femmes esclaves à titre de coirpdire, en tout 
trente-cinq femmes esclaves. Ce n'était pas tout. Le débiteur obstiné, 
qui avait laissé jeûner son créancier sans le payer ou sans prendre l'en- 
gagement de le payer, voyait par ce fait seul sa dette doublée 3. C'est 
la conséquence du principe général qui veut que la dette soit doublée 
toutes les fois que le créancier, mis en demeure par une procédure régu- 
lière, refuse de s'exécuter 4. 

Pour éviter le doublement de sa dette, le débiteur contre lequel le 
créancier jeûnait devait prendre l'engagement de payer, c'est-à-dire 
donner soit un gage, soit une caution dans la journée où le jeûne avait 
commencé ou dans la nuit suivante s. 

Je n'ai pas fini: toute grave irrégularité dans la procédure donnait lieu 
à une amende de cinq bêtes à cornes payable par l'auteur de l'irrégularité 
à la partie adverse 6 . Le débiteur, qui, ne tenant pas compte du jeûne de 
son créancier, laissait passer un jour et une nuit sans s'exécuter, devait 
à ce créancier l'amende de cinq bêtes à cornes. Il lui devait aussi le 



1. Logh n-einiuch ocus secht cumula coirp-dire (Senchus Môr, dans Ancient laws of 
Ireland, t. III, p. 70, 1. 6-8). Secht cumala ocus lan eneclann fair i-sin marbadh (Livre 
d'Aicill, ibid., p. 98, 1. 13-14, 18-19). 

2. Caitiat seoit turchluide caich fo miad? Ninsa. Tri seoit da ogaitïgh, tri secht cu- 
mula do ruirig, cethri secht cumula do ri ruiriuch (Senchus Môr, dans Ancient laws of 
Ireland, t. II, p. 224, lignes 7-9). Logh einech cach ain is-edh a seota turcluide (Ibid., 
p. 226, ligne 1 3). 

3. Inti loingess nad-oige reir di troscud, isi a-breth la Feni : asren diabul neich ar-a- 
troiscther aire (Senchus Môr, dans Ancieni laws of Ireland, t. I, p. 116, lignes 14-ij). 

4. Ar-us diablud fri h-elo (Senchus Môr, dans Ancient laws of Ireland, t. II, p. 14, 
1. 30-31). Comparez le passage où il est dit : Nech nad gella di troscud is eluthach na 
nuile (t. I, p. 112, ligne 16-17). Dans la procédure extra-judiciaire d'Irlande elo cor- 
respond à ce que sont dans la procédure judiciaire le défaut et la contumace ; eluthach 
conespond à défaillant et à contumax. 

5 . Le texte du Senchus Môr est ainsi conçu : Iss-ed coir cach troiscthe la Feine : arach 
for soraith nad elai, no gell do geallaib treibi nech fri a troiscither aire (Ancient laws 0) 
Ireland, t. I, p. 118, lignes j-8). Ce texte ne dit rien du délai, mais on le trouve in- 
diqué dans la glose: in gell imurro, cid illo, cid in aidchi tarraistar nocha tincisi choir ni 
aili tar a cend achtfeich. a Le gage donné soit dans le jour soit dans la nuit ne garantit 
« au créancier le remboursement d'autre chose que le montant de la dette » (t. I, p. 120, 
lignes 7-8). Sur ce gage, voyez le Livre d'Aicill, dans Ancient laws of Ireland, t. III. 
p. 324. 

6. Voyez !e Senchus Môr, dans Ancient laws of Ireland, 1. I, p. 90, ligne 29 ; p. 102, 
ligne 6; t. Il, p. 48, ligne 11 ; p. 70, ligne 1 ; p. 80, ligne 16. 



248 Mélanges. 

double de la nourriture que le créancier aurait mangée s'il n'eût pas 
jeûné '. Enfin, pour comble de malheur, un texte légal lui annonce qu'à 
l'avenir aucun de ses débiteurs ne le paiera 2 . 

Résumons tous ces principes sous forme d'une espèce hypothétique. 

Le clergé « désétabli » d'Irlande vient de prendre une délibération 
contre un projet de M. Gladstone. Supposons que le vieux droit celtique 
soit encore en vigueur. On verrait l'archevêque « désétabli » d'Armagh, 
le successeur, comarba, de saint Patrice, jeûner à la porte de M. Gladstone 
qui, en cas de résistance, deviendrait débiteur de trente-cinq femmes 
esclaves, de cinq bêtes à cornes, du double de la nourriture dont l'ar- 
chevêque d'Armagh se serait privé, et d'une somme deux fois égale au 
préjudice que les projets de M. Gladstone peuvent causer au clergé 
« désétabli ». Enfin les débiteurs de M. Gladstone seraient en droit de 
ne pas lui payer ce qu'ils lui doivent. Je ne dis rien du coup de foudre 
qui pourrait le tuer comme Vortigern ou de la défaite qu'il pourrait subir 
comme Guare Adne. 

Franchement la situation de M. Gladstone n'aurait rien d'enviable. 
Toutefois, le vieux droit des Brehons lui offrirait un moyen de la rendre 
un peu moins mauvaise, ce serait d'offrir à manger à l'archevêque d'Ar- 
magh. Il pourrait par ce moyen faire l'économie des sept femmes es- 
claves qui sont le prix du corps, coirp-dire, et ainsi le nombre des femmes 
esclaves qu'il devrait serait réduit à vingt-huit. D'autre part on ne pour- 
rait l'obliger à payer le double de la nourriture de l'archevêque pendant 
le temps qu'aurait duré le jeûne ?. 

On sait que la procédure du jeûne existait dans l'Inde*, son nom sans- 
crit est prâhya ou prïïyopavêçana ; elle s'est maintenue même sous la do- 
mination anglaise jusqu'à une date rapprochée de nous; c'est seulement 
en 1861, comme nous l'apprend M. Wh. Stokes, que le code pénal in- 
dien l'a supprimée. 



1. ls cuic séoit uaid ocus enechlann ocus diablad fiach ocus cumal sechmaid marbad 
[ocus dublad m-bid, m3na targus biadh do; ocus ma targus biadh do, ni fuil cumal 
sechmadh marbtha na dublad mbidh] [Livre d'Aicill, dans Ancient laws of Ircland, t. 111, 
p. n4> lignes 6-10). 

2. Ni direnaro dia na duine « N'est payé ni par Dieu ni par homme ». (Senchus Môr, 
dans Ancient laws of Ireland, t. 1, 0. 112, lignes 17-18). Le glossateur ne paraît pas 
prendre cette menace au sérieux; suivant lui, elle n'atteint qu'à moitié les laïcs. Voyez 
ibidem, p. 116, lignes 2-3. 

3. Ma targus biadh do, ni fuil cumal sechtmadh marbtha na dubladh m-bid [Livre d'Ai- 
cill, dans Ancient laws of Ireland, t. III, p. 514, lignes 9-10). 

4. Loiseleur Deslongchamps a donné à la page 458 de son édition du texte sanscrit 
des lois de Manu un passage topique de Brhaspati sur la procédure du" jeûne telle qu'elle 
était en usage dans l'Inde. 



Mélanges. 249 

Dans la note qui suit, M. Wh. Stokesnous signale une transformation 
de cet usage qui le rend beaucoup moins gênant pour le créancier. 

An analogous practice still prevailsin Behar. « When a landlord wishes 
to compel a tenant to perform any work which the latter refuses to do, 
he sends a maie servant to « obstruct » the door. The servant simplysits 
on the road, and leers immodestly at any women who issue from the 
house. The resuit is that the family is practically besieged into com- 
pliance, for the women dare not leave the house either to fetch water 
from the well, or, in the morning, for the necessary ablutions. » 

Zeilschrift d. morgenl. Gesellschaft, XXXIX, 6j6, not. 10. 

H. d'A. de J. 



BIBLIOGRAPHIE 



L'argot des nomades eu Basse-Bretagne, parN. Quellien. Paris, chez 
Maisonneuve, 1886, in-8, 69 p. 

Cette brochure est une rédaction plus développée du travail dont j'ai 
parlé, Revue Celtique, VII, 41-51. Voici quelques remarques destinées à 
compléter ou à rectifier cette seconde édition, et aussi mon article sur 
la première. 

Bicheganego, pommes de terres; « n'est pas un terme exclusivement ro- 
chois » ip. 33). La terminaison -ego représente la prononciation tréco- 
roise du diminutif pluriel, en Léon -igou; -eg-an- est de même pour 
-ig-an, double diminutif, cf. Korr-igan. Sur la syllabe bich-, voy. Rev. 
Celtique, IV, 147, vers la fin. 

Bos, bien, bravo ! p. 1 59. Du français beau, peut-être d'après le rap- 
port de mots comme ridos « rideau » (du plur. rideaux). 

Boubouerien, machines à battre, p. 37, du bret. bouboual, mugir. 

Dovergn, cheval, « rappelle l'expression mulet d'Auvergne » (p. 2). 

Gamelad, écuellée, p. 32. Dérivé du fr. gamelle. 

Gourdajo, aliments, p. $0. Dérivé de l'adj. gourd, bon. 

Ienna, duper, p. 36. Cf. Proux, Bombard Kerne: ienna fie vignouned, 
p. 36, traduit par « coincer ses amis », p. 37. 

Ioulc'h, fille un peu légère, inconsidérée, trop rieuse, p. 25. C'est 
probablement le bret. iourc'h, chevreuil. Letrécorois yelfh « fiancée », 
que j'ai expliqué autrement, Etudes bret., III, § 1 $, peut aussi être une 
variante de ioulc'h. 

Kubik « diable » et « père », p. 24 ; M. Quellien a supprimé le troi- 
sième sens « Dieu », qu'il avait donné dans la première édition. 

Lansogne [mond da lansogne) « aller à lansogné (intraduisible), être en 
train de s'enivrer », p. 43. Cette transcription française, qui prouve que 
Ve final n'est pas muet, montre aussi que le nom d'Alençon n'a pas 
grande chance de se trouver ici, comme je l'avais cru. 

Lugna, regarder, p. 38. Du fr. lorgner? 



Bibliographie . 251 

Marc'h du (cheval noir), chemin de fer, p. 3$. Cette expression est 
très usitée en Tréguier, et même en Léon. 

Minik, petit, p. 24, 57. J'avais conjecturé à tort le sens de « matin ». 
Minik est le diminutif de min, voy. Rev. Celt., IV, 162. 

Morse, pain d'orge, p. 32. Du haut-breton mord, morceau, de même 
que le trécorois morse, jamais; comparez l'emploi de tam « morceau », 
pour renforcer une négation, surtout en breton moyen. 

Nikol, viande, p. 34. Je renonce à l'explication que j'avais risquée de 
ce mot ; et comme cette nouvelle édition de M. Quellien contient un 
assez grand nombre de noms propres avec sens de noms communs, je 
suppose que nikol est le nom Nicole. 

Pifo, pieds ; mond war he bifo, aller à pied, p. 38. Pifo veut dire pro- 
prement flûtes ; cf. en français populaire flûtes, flageolets « longues 
jambes ». 

On voit que la seconde publication de M. Quellien n'était pas inutile, 
malgré les critiques auxquelles elle peut donner lieu . Son principal dé- 
faut, c'est qu'il y est fait une part trop belle à l'argot rochois. On aurait 
tort de prendre comme base d'une statistique des ressources propres à 
cet idiome local le glossaire-index, contenant 249 articles, qui termine 
l'ouvrage. Beaucoup sont là uniquement pour renvoyer à des proverbes, 
dictons, prières burlesques, etc., en pur breton trécorois, qui ne sont ni 
la propriété exclusive des argotiers de la Roche, ni, pour la plupart du 
moins, le fruit de leur imagination, bien que M. Quellien soit disposé, 
p. 48, à leur en faire généreusement honneur. Laou Pharaon, morpions, 
est une expression bretonne, cf. p. 29, et par conséquent elle figure au 
glossaire par suite d'une inadvertance. En revanche il y aurait à y 
ajouter turgn, f., pourceau, p. 34. L'auteur penche à croire que ce mot 
est breton, mais il n'en donne, p. 5 5, qu'une raison théorique très peu 
convaincante ; en fait, il ne signale pas son emploi hors de La Roche. 

On lit, p. 25: « Ivre, ivrogne... Zousill, (sousill?), zousiller ». La 
forme proposée entre parenthèses n'a pas de raison d'être, le z vient 
d'un d, par mutation généralisée. Au lieu du bret. doulsizl, clepsydre, 
j'aurais dû comparer, Rev. Celt., VII, 50, le vieux français dousil, douzil, 
fausset, cannelle, encore usité en patois poitevin ; la racine latine [du- 
cere, ductilis) est la même que dans le mot douille. Dousil a donné lieu au 
verbe * dousilla, me a zousill, qui est devenu zousilla, s'enivrer, p. 32, 
de la même manière que l'on a dit cliousa, manger, pour * gousa, cf. 
Rev. Celt., VII, 42. C'est de ce verbe zousilla que le z s'est étendu à tous 
ces mots, zousill, zousilladen, boisson, p. 30, zousiller, ivrogne, etc. 

M. Quellien tire, p. 27, 28, le breton chasse-de-Dieu, de l'expression 



2S2 Bibliographie. 

française chasse-gueux, à cause de la prononciation chasse-de-guieu. Je ne 
vois pas là de raison suffisante pour abandonner l'explication de ce mot 
donnée Rev. Celt., VI, 41 1. 

Aux rares mots d'argot français qui viennent du breton [Rev. Celt., 
VII, 50), on peut ajouter, je crois, plouse, paille (Le jargon ou langagede 
l'argot réformé..., nouv. édit., à Epinal, chez Pellerin, p. 20;. En effet, 
le mot ne se retrouve avec ce sens qu'en breton, plousenn, 1. stramen, 
Cath. ; léon. plous « enveloppe qui couvre le tuyau [de la paille] depuis 
un nœud jusqu'à l'autre » (P. Grégoire) ; plouz « l'écorce qui couvre la 
paille », Le Gonidec ; par extension plous veut dire « paille », hors de 
Léon. Ce doit être le correspondant du français pelouse, mais avec le 
sens de peluche, cf. plusquenn, coque de noix,, peau de pomme, Cath., 
auj. pluskenn, enveloppe, écorce, pelure. On sait que pelouse et peluche 
sont dérivés du même mot latin pilus, poil. 

Emile Ernault. 

Etudes de mythologie gauloise, par Henri Gaidoz, membre de la Société 
des Antiquaires de France, directeur à l'Ecole des Hautes-Etudes. I. Le dieu gaulois 
du soleil et le symbolisme de la roue, avec une planche et 26 figures dans le texte. Pa- 
ris, Ernest Leroux, 1886, in-8, 115 pp. (Extrait delà Revue archéologique). 

Ce travail est le plus complet qui ait été publié jusqu'ici sur la divi- 
nité gauloise dont la roue était le symbole caractéristique, et M. Gaidoz, 
rapprochant des documents recueillis par M. Héron de Villefosse ' les 
doctrines de Jacques Grimm 2 , a reconnu dans cette divinité un dieu du 
soleil. Le culte de ce dieu était fort répandu dans les pays celtiques, et 
après la conquête romaine ce dieu a été assimilé à Jupiter. Le savant au- 
teur a réuni un nombre considérable de documents relatifs au culte de la 
roue solaire dans le monde celtique et hors du monde celtique, et il l'a 
fait avec cette clarté et cette élégance à laquelle les lecteurs de la Revue 
Celtique sont habitués. Voici le sommaire de ce travail, il donnera au 
lecteur une idée de la variété des questions qu'on y trouve traitées : 

Les représentations figurées du dieu à la roue. — Les autels à la 
roue. — La roue'est l'image du soleil. — La roue dans l'Inde. — Les 
fêtes du soleil, les solstices, la Saint-Jean. — La roue dans la fête de la 



1. Note sur un bronze découvert à Landouzy-la-Ville, Revue archéologique, t. XLI 
{1881), p. 1-1?. Cet article est accompagné d'une planche que nous regrettons de ne pas 
trouver reproduite dans le travail de M. Gaidoz. 

2. Grimm, Deutsche Mythologie, troisième édition, pp. 578, $86. Cf. Kuhn, Die He- 
rabkunft des Feuers, p. 48. Simrock, Handbuch der deutschen Mythologie, cinquième édi- 
tion (1878), p. 559- 



Bibliographie. 2 5 3 

Saint-Jean. — La roue de Gayant, la roue de Saint-Amable, la roue de 
Saint-Guy. — La roue aux autres fêtes solaires. — La roue amulette. 

— La roue dans les usages juridiques de l'Allemagne. — Les roues de 
Fortune. — La rose des églises gothiques et la roue de Fortune. — La 
roue dans l'antiquité classique, la roue d'Ixion. — Le dieu assyrien dans 
la roue, le disque ailé, le scarabée. — Le disque solaire des Chaldéens. 

— La roue de Tyché, Némésis Fortuna. — Les rouelles celtiques étaient 
des amulettes. — Les monnaies à la roue, les monnaies à la croix. — 
La roue, antécédent du labarum et du chrisme. — Jésus-Crist sur la 
roue. — La roue dans les monuments funéraires de la Gaule. — Sol- 
vuntur objecta. — Le Jupiter gaulois et M. d'Arbois de Jubainville. — 
Conclusion. — Appendice : Les surnoms de Jupiter dans les inscriptions. 

— Post-scriptum : Les svastika-fibule, la croix amulette. 

Il y a deux points principaux sur lesquels nous ne partageons pas la 
doctrine del'érudit écrivain. On peut se demander pourquoi les Romains 
ont assimilé à Jupiter le dieu gaulois du soleil, et quelle raison a empêché 
d'admettre son identité avec le dieu romain Sol. La raison qu'en donne 
M. Gaidoz (p. 98), est que, d'après lui, avant les bas temps de l'em- 
pire, les Romains n'auraient pas eu de dieu spécial du soleil. Mais cette 
doctrine est inexacte. En effet, le soleil, Sol, est compris dans la liste 
des vingt dieux choisis, d'à selecti, que Varron mentionne dans son traité 
Rerum divinarutn; il y occupe le dixième rang 1 . Or cet ouvrage a été pu- 
blié quarante-sept ans avant J.-C., c'est-à-dire du vivant de Jules César, 
cinq ans seulement après l'achèvement de la conquête de la Gaule par 
J. César 2 . Quelques années après, le Soleil, Sol, est un des douze dieux 
que le même Varron invoque au début de son traité De l'agriculture. Il 
le place même le troisième après Jupiter et la Terre h Or ce livre a été 
écrit l'an 37 avant notre ère 4, c'est-à-dire dans les dernières années de 
la république et, comme le traité Rerum divinarum, antérieurement à la 
fondation de l'empire. La croyance au dieu Soleil ne se trouve pas sous 
la république romaine chez le seul Varron , Cicéron s'en fait l'écho dans 
son traité De natura deorum J, écrit l'année même de la mort de César, 
en 44. 



1. Saint Augustin, De civitate Dei, livre VII, c. 2 : Janum, Jovem, Saturnum, Genium, 
Mercurium, ApolUnem, Martem, Vulcanum, Neptunum, Solem, etc. 

2. Teuffel, Geschichte der rœmischen Literatur, troisième édition, p. 28 j. 

3. Varron, De agricultura, livre I, c. 1 : primum qui omnes fructus agriculturae caelo 
et terra continent, Jovem et Tellurem... secundo Solem et Lunam. 

4. Teuffel, Geschichte der rœmischen Literatur, troisième édition, p. 292. 

5. Livre III, c. xx, § 51 : Solem deum esse Lunamque, quorum alterum Apollinem 
Graeci, aiteram Dianam putant. 



2 54 Bibliographie. 

Le culte du Soleil n'était pas purement théorique. Dès le règne d'Au- 
guste, le Soleil avait sa fête inscrite au calendrier, le 8 août ', et si l'on 
admet l'exactitude d'une correction à un passage du De lingua latina de 
Varron, le Soleil aurait eu, dès l'époque de ce vieil auteur, un pubinar 
à Rome 2 . 

Ce dieu Soleil a un char et des chevaux : apuict xal Ï7T7rouç, conformé- 
ment à l'hymne homérique', qui en fait un personnage anthropomorphe 
avec un casque d'or, un visage, des yeux, un corps et des habits 4. Cette 
doctrine a pénétré dans la poésie latine chez Virgile et Ovide. Chez eux 
le Soleil n'a pas seulement une roue, rota s, mais il conduit un char 6 et 
des chevaux7 ; on lui connaît un père 8 , deux filles 9, un fils, le fameux 
Phaéton ,0 , un petit-fils, Latinus, l'ancêtre de la race latine ". 

Cela étant, comment expliquer que le dieu gaulois du soleil, le dieu 
gaulois à la roue, ait été identifié à Jupiter et non au dieu Soleil gréco- 
romain ? On le comprend si l'on se rend compte de la façon dont le culte 
des dieux romains a été transporté en Gaule. Le sort des dieux gaulois 
ou plutôt des noms divins gaulois, numina nomina, a été celui qu'ont eu 
immédiatement après la conquête un grand nombre de noms d'hommes 
gaulois. Ces noms d'hommes sont devenus des cognomina placés à la suite 
des gentilices empruntés par les Gaulois romanisés aux grands seigneurs 
romains qui avaient fait d'eux des citoyens de la grande Ville. La Gaule 
se remplit de Julius, de Pompeius, d'Antonius, qui, à ce gentilice d'em- 
prunt, joignirent leurs surnoms gaulois; plus tard, la crainte de la con- 
fusion fit multiplier les gentilices en Gaule; mais, à l'origine, les gen- 
tilices des grands personnages romains furent les seuls ou presque les 
seuls qui pénétrèrent en Gaule ; chaque nouveau citoyen entrait, pour la 
forme du moins, dans la gens de son protecteur. 

Les dieux furent traités à peu près comme les hommes. Chacun des 
noms divins du peuple vaincu fut placé sous le patronage d'un des grands 



1. Fasti Vallenses, Corpus inscriptionum latinarum, tome I, p. 320. Ce calendrier est 
de l'an 767 de Rome, 1 3 de notre ère; Auguste est mort l'année suivante. 

2. Voyez Preller, Rcemische Mythologie, première édition, p. 287; cf. Mommsen et Mar- 
quardt, Handbuch der rœmischen Altertliùmer, deuxième édition, t. VI, p. 151. 

3. Hymne XXXI, vers 15. 

4. ibid. vers 9 et suivants. 

5. Métamorphoses, II, 108, 133, 139. 

6. Métamorphoses, 11, 47 et suivants. 

7. Enéide XII, 115 ; Ovide, Héroides, VI, 86; XXI, 86; Amores II, 124; Métamor- 
phoses, II, 120 et suivants. 

8. Hypérion : Métamorphoses, IV, 241. 

9. Circé et Pasiphaé: Enéide, VII, 11; Remédia amoris, 276; Métamorphoses, IX, 
735 ; XIV, 10. 

10. Métamorphoses, I, 749; livre II. 

11. Enéide, XII, 164. 



Bibliographie. 2 5 5 

dieux du peuple vainqueur. Les petits dieux furent ordinairement né- 
gligés. A quoi bon mettre les dieux gaulois sous leur débile protection ? 
•Or, le Soleil, un des grands dieux de l'agriculture, comme tel invoqué 
par Varron dans son De re rustica, était à Rome, en ville, un très petit 
personnage ; il ne faisait point partie des consentes d'à dont les noms ont 
été réunis par Varron dans deux vers célèbres : 

Juno, Vesta, Ceres, Diana, Minerva, Venus, Mars, 
Mercurius, Jovi, Neptunus, Volcanus, Apollo 1 . 

C'est à cette liste que sont empruntés les cinq noms de dieux romains 
auxquels seraient identiques, suivant César, les principaux des dieux 
gaulois; ces dieux romains sont : d'abord Mercure, — Mercure est 
nommé le premier, l'importance du commerce romain en Gaule dès le 
siècle qui a précédé notre ère est peut-être pour quelque chose parmi 
les causes de cette prééminence (comparez au De bello gallico, VII, 3, 
Cicéron, Pro Fonteio, §11); — viennent ensuite Apollon, Mars, Jupiter 
et Minerve 2 . 

Voilà comment le dieu gaulois du Soleil fut assimilée Jupiter. De cette 
assimilation, M. Gaidoz conclut que lui et moi nous avons eu tort de 
croire que les Gallo-Romains aient considéré leur dieu du tonnerre 
comme identique à Jupiter. Mais cette première doctrine de l'érudit écri- 
vain n'est pas en contradiction avec la seconde. Jupiter peut avoir reçu 
le surnom de Taranus (tonnerre) concurremment avec le surnom inconnu 
jusqu'ici qui servait à désigner le dieu à la roue. En effet, nous avons 
Mars Toutatis s, à côté de Mars Camulus*, de Mars Cocidius* et de Mars 
Belatucadrus 6 , — ce qui n'empêche pas Toutatis, Camalus, Cocidius et 
Belatucadrus de voler quelquefois de leurs propres ailes, de se passer 
de la protection de Mars et de la juxtaposition du nom de Mars, l'un chez 
Lucain, les autres dans des inscriptions?. — Minerve est traitée comme 
Mars; nous rencontrons Dea Sulis Minerva 8 , Minerva Belisama?; — 
ailleurs Dea Sulis 10 et Belisama, au datif Belesami", reçoivent les 



1. Apuleius, De deo Socratis. 

2. De bello gallico, livre VI, c. 17. 

3. Corpus inscfiplionum latinarum, t. III, n" 5320, VU, 84. 

4. Corpus, VII, 1 1 03 ; Brambach, 164. 

5. Corpus, VII, 286, 886, 914, 977. 

6. Corpus, VII, 318, 746, S85, 957. 

7. Camulus, Corpus, VI, 46; Cocidius, Corpus, VII, 643, 701, 800, 801, 802, 803, 
804, 876; Belatucadrus, Corpus, VII, 294, 333, 745, 873, 935. 

8. Corpus, VII, 39, 43. 

9. Orelli, 1969. 

10. Corpus, VII, 40, 41, 44, 53. 

11. Inscription de Vaison. Elle porte le n° 2 dans les planches d'inscriptions gauloises 
du Dict. archéologique de la Gaule. 



2 56 Bibliographie. 

hommages des fidèles sans se placer sous la protection de la déesse ro- 
maine. — Nous ne croyons donc pas qu'il y ait contradiction entre la 
doctrine actuelle de M. Gaidoz et son ancienne opinion ' qu'après lui nous 
avons adoptée. 

Ondira que la lecture : I[ovi] O[ptimo] M[aximo] Tarano, de l'inscription 
qui porte le numéro 168 dans le tome VII du Corpus inscriptionum laii- 
narum est hypothétique et que par conséquent on n'a le droit d'en rien 
conclure. Mais on ne peut raisonner ainsi sur l'inscription qui porte le 
numéro 2804 dans le tome III du même recueil. L'auteur de la dédicace 
que ce monument nous conserve est d'origine gauloise, comme l'établit 
son surnom Successa dérivé au moyen d'un suffixe bien connu d'un thème 
succo- qui a donné le gallois hwch, le breton houc'h « cochon ». Le Ju- 
piter Taranucus ou foudroyant de cette inscription parait porter un sur- 
nom identique ou analogue au nom du dieu Taranucnus, trouvé dans deux 
inscriptions rhénanes 2 . Il est avec ce Taranucnus dans le même rapport 
que le Mars Camulus de Rindern en Prusse rhénane, avec le Camulus 
qu'un soldat romain originaire de Reims, M. Quartinius Sabinus, men- 
tionne à côté de quatre autres dieux dans un monumentaujourd'hui con- 
servé au musée du Vatican 5. De ce que le Jupiter Taranucus n'a été 
jusqu'ici rencontré que dans une inscription trouvée en Dalmatie, on ne 
peut conclure que cette divinité n'est pas gauloise puisque l'auteur de 
l'inscription est une Gauloise et puisque le surnom du dieu est également 
gaulois. Enfin il n'y a, comme nous l'avons dit, aucune raison pour re- 
fuser d'admettre que le même dieu romain ait été assimilé à deux divi- 
nités gauloises différentes : Jupiter soleil et Jupiter foudroyant Taranucus 
ne s'excluent pas. 

H. d'A. de J. 

Merugud Uilix maicc Leirtis, the lrish Odyssey, edited with English transla- 
tion, notes and glossary by Kuno Meyer. London, Nutt, 1886, in-12, 36 pp. 

Parmi les compositions épiques qui, au moyen âge, ont été une des 
principales récréations des Irlandais, on peut distinguer deux catégories: 
celles dont le fonds est irlandais et celles dont la conception première 
est d'origine étrangère. Les premières sont celles qui, je pense, en 
France, éveilleront le plus la curiosité; cependant, on aurait tort de 
dédaigner les autres qui nous montrent à l'aide de quels procédés , au 



1 . Esquisse de ta religion des Gaulois, p. 1 1 . 

2. Brambach, 1589, 1812. 

3. Corpus, VI, 46. 



Bibliographie. 257 

moyen de quelles transformations, le génie irlandais a pu s'approprier 
des idées qu'il n'avait pas produites. 

On ne peut contester qu'il ne soit intéressant de voir comment, dans 
les deux rédactions du Togail Troi, les Irlandais ont tiré parti des di- 
verses données que leur fournissaient sur la prise de Troie le soi-disant 
Darès de Phrygie et l'Enéide ' . C'est principalement par l'histoire d'Orose 
que les Irlandais connaissaient Alexandre le Grand ; on ne comparera 
pas sans profit le texte de l'auteur latin avec la rédaction irlandaise 
dont M. Kuno Meyer a publié une partie 2 . On peut considérer au même 
point de vue la nouvelle publication du même auteur. 

Il est probable que le conteur irlandais n'avait pas connaissance di- 
recte de l'Odyssée. Il avait entendu parler de Pénélope et de sa fidé- 
lité conjugale, du chien Argos qui reconnut Ulysse ?, du Cyclope dont 
Ulysse creva l'œil unique -K Par quel intermédiaire ces notions lui 
étaient-elles parvenues ? C'est ce que nous ne savons pas encore. 

M. Kuno a eu à sa disposition deux manuscrits ; l'un fait partie de la 
collection Stowe, aujourd'hui dans la bibliothèque de la Royal Irish Aca- 
demy, à Dublin ; c'est le n° 992 du catalogue de 1849 ; c'est celui qui 
est coté Press II, n° 36, dans le catalogue d'O'Conor, pp. 280-282. Ce 
manuscrit est un recueil de documents de toutes sortes parmi lesquels 
ce que O'Conor appelle « An Irish history ofthe Heroicagesof Greece »; 
les aventures d'Ulysse en sont une section. M. Kuno Meyer les avait 
signalées dans sa notice : Addenda to M. de Jubainville's « Catalogue de 
la littérature épique de l'Irlande » 5. L'autre manuscrit est le livre de 
Ballymote, qui fait partie de l'ancien fonds de la Royal Irish Academy. 
Ce manuscrit contient, du folio 230 au folio 275, un long morceau qui 
semble identique à celui que O'Conor a appelé « An Irish history of the 
Heroic âges of Greece ». M. Wh. Stokes a reconnu dans un des cha- 
pitres de cette longue composition l'arrangement irlandais de l'Odyssée 
que nous donne M. Kuno Meyer, et que le catalogue d'O'Curry ne si- 
gnale point. 

M. Kuno Meyer joint au texte irlandais une intéressante introduction, 
une traduction et un glossaire des mots les plus curieux ; je signalerai 

1. Togail Troi, the destruction of Troy, transcribed from the facsimile of the Book of 
Leinster and translated with a glossarial index of the rarer words, by Whitley Stokes, 
Calcutta, 1882. — lrische Texte, mit Uebersetzungen und Wœrterbuch, herausgegeben 
von Wh. Stokes und E. Windisch. Zweite Série, 1 Heft. Leipzig, Hirzel, 1884. 

2. Eine irische Version der Alexandersage, Leipzig, Pceschel und Trepte, 1884. Sur les 
sources, voyez page 8. 

3. Odyssée, XVII, vers 300-303. 

4. Odyssée, IX, 375 et suivants. 

5. Revue Celtique, t. VI, p. 190. 

Rev. Celt., VU 17 



2 58 Bibliographie. 

comme exemple le mot tuirthecht « aventure ». O'Brien, dans son dic- 
tionnaire irlandais publié à Paris en 1768, traduit le pluriel iuirtheachda, 
par « arehearsalor relation » 1 en français, récit, relation:. Cette interpré- 
tation est reproduite par O'Reilly dans son dictionnaire, 1817. M. Wh. 
Stokes l'adopte dans ses Three middle-lrish liomilies où il rend l'irlandais 
a-tuirtechia par « their story » l . M. Windisch, dans ses Irische Texte, 
t. I, p. 856, col. [, rapproche le pluriel tuirthechta du singulier tuirthecht 
qui signifie « description », si nous en croyons O'Donovan dans son 
supplément à O'Reilly ; mais il ne conclut rien. M. Kuno Meyer a le 
premier, je crois, reconnu dans tuirthechta le pluriel d'un substantif signi- 
fiant « aventure, voyage », comparez immthecht. 

Les premières publications du jeune auteur nous font très bien augurer 
de celles qu'il nous annonce pour l'avenir ; mais quelque plaisir que nous 
aient procuré celles que nous lui devons jusqu'ici, nous appelons de tous 
nos vœux l'époque où, entamant l'étude des légendes vraiment irlan- 
daises composées dans les bons siècles de cette littérature, il mettra au 
jour des textes tels que celui du Tochmarc Emere qu'il nous annonce dans 
le dernier volume de la Revue Celtique 2 . 

H. d'A. de J. 

Die Inschriften nordetruskischen Alphabets, von Dr. CarlPAuu, mit 
sieben lithographischen Tafeln, Leipzig, Barth, 1885, in-8, 131 pp. 

Les inscriptions lapidaires celtiques de la Grande-Bretagne sont toutes 
en écriture ogamique, et aucune ne paraît antérieure à la chute de l'em- 
pire romain qui, dans cette île, eut lieu en 409. Les plus anciennes ins- 
criptions d'Irlande ne paraissent pas atteindre une date beaucoup plus 
reculée. En Gaule, les inscriptions lapidaires celtiques en caractères latins 
ou en caractères grecs ont été gravées sous l'empire romain. Les seules 
inscriptions gauloises découvertes de ce côté-ci des Alpes, soit en carac- 
tères latins, soit en caractères grecs, qui soient antérieures à l'Empire 
romain, se lisent sur des monnaies, et la plupart ne remontent pas plus 
haut que le premier siècle avant J.-C. Si donc nous laissons de côté les 
auteurs, ce qu'il y a de plus ancien en fait de monuments celtiques est 
écrit en caractères nord-étrusques. Avec eux nous remontons à la seconde 
moitié du ri c siècle avant notre ère. De là pour nous le grand intérêt de 
la publication de M. Pauli. 



1. Three middle-lrish homilies on the lives of saints Patrick, Brigit and Columba, 
edited by Wh. Stokes, pp. 116, 117. 

2. T. VI, p. 190. 



Bibliographie. 259 

Les inscriptions authentiques qu'il publie sont au nombre de quatre- 
vingt-dix-neuf. Les numéros 4-23 forment un groupe attribué aux Sa- 
lassi, aux Lepontii, aux Suanetes et aux Venonetes (pp. $-1 1, 69-76). 
Un autre groupe est certainement gaulois et comprend les numéros 1-3 
(pp. 4, j), 24-30 (pp. 11-1$, 76-89). Il y a entre ces deux groupes 
une parenté incontestable (pp. 90-98). Vient ensuite le groupe étrusque, 
numéros 3 1-37 ' (pp. 16-19, 36,98-111, 122). Le dernier groupe est 
vénète ou illyrien ; il comprend les numéros 40-95 ipp. 19-35, II2 ~ 
121). Quelques inscriptions sont de langue indéterminée. 

Les Français qui se sont occupés d'études celtiques connaissent quel- 
ques-uns de ces monuments par le mémoire de M. de Longpérier sur les 
monnaies des Salasses. Ce mémoire a paru en 1861 dans le tome VI de 
la Revue de numismatique, nouvelle série, et a été réimprimé par les 
soins de M. Schlumberger dans le volume intitulé: Œuvres de A. de 
Longpérier, tome II, pp. 496-507. Quant aux inscriptions lapidaires gau- 
loises en écriture nord-étrusque, une seule a été jusqu'ici publiée dans 
le Dictionnaire archéologique de la Gaule; c'est celle deNovare, qui est le 
numéro 25 du recueil de M. Pauli. M. Whitley Stokes en donne une 
transcription sous le numéro 2 du recueil d'inscriptions gauloises qui 
commence à la page 42 de son savant travail intitulé Celtic declension. 
Les quatre premiers numéros de ce recueil ont pour objet des inscrip- 
tions en caractères nord-étrusques. La première est le numéro 26 de 
M. Pauli (pp. 12, 84-86); la seconde est celle dont nous venons de 
parler, n° 25 ; la troisième est le numéro 30 de M. Pauli (pp. 15, 86) ; 
quant à la quatrième, qui est le numéro 3 8 de M . Pauli (p. 1 9) , M . Pauli 
ne la considère pas comme gauloise ; il se demande (p. 1 2 1) si elle ne se- 
rait pas écrite dans la langue des Euganei. 

Le travail de M. Pauli devra être étudié à fond par tous les savants 
qui se préoccupent de connaître les formes les plus anciennes des lan- 
gues celtiques. Il est le plus complet qui ait été publié jusqu'ici ; en 
outre, il propose, pour des inscriptions déjà publiées, des lectures nou- 
velles très intéressantes. Telles sont pour la première ligne de l'inscription 
de Novare la leçon Kanta[n]-sa[n]s[i]o-lokan, c'est-à-dire « splendidum 
hoc sepulcrum » et pour la ligne verticale Dekos Toutiu[s}. Dekos Toutius 
signifierait « Decus, rex », et serait le nom du personnage auquel le tom- 
beau a été élevé. Ce tombeau serait dû à Quintus, légat, à Andocombo- 
gius et à Setubogius, tous trois fils de Dannotalus, puis aux fils d'Exande- 
cottius, appelés l'un Andarevisius et l'autre Dannotalus, p. 78-83. 

1. Les noms qui forment l'inscription étrusque n° 36 paraissent d'origine gauloise. 



26o Bibliographie. 

Dans cette légende, le nom du défunt serait écrit verticalement 
comme l'épitaphe du Gaulois Velagenus Atili filius', et comme trois au- 
tres de l'Italie septentrionale 2 , ainsi qu'en a fait l'observation M. Emile 
Hùbner Inscriptiones Britanniae christianae, pagen . C'est, contrairement 
à l'usage romain, la coutume et des Celtes qui ont gravé les inscriptions 
ogamiques, et des Germains auxquels on doit les épitaphes gravées en 
caractères runiques. 

Je me borne à une annonce du livre de M. Pauli sans prétendre pour 
le moment discuter le classement et les interprétations qu'il propose ; 
ma seule observation sera que si l'auteur parait bien connaître la plupart 
des travaux dont le gaulois a été jusqu'à présent l'objet, il semble par 
contre avoir peu étudié les dialectes néo-celtiques ; ainsi, à la page 93, 
il dit que des mots fournis par les inscriptions des Lepontii, Slania est le 
seul mot que l'on ne puisse rattacher à aucune race gauloise. S'il l'avait 
rapproché du nom propre irlandais Slane, il n'aurait pas été plus hardi 
que dans bien d'autres cas. A la page 77, il explique le thème seno- par 
« vieux » ; mais s'il connaissait mieux la Grammatica celtica, il y aurait 
trouvé, à la page 771 note, l'explication beaucoup plus rationnelle du 
mot Senones par une racine sen « combattre », qui se rencontre en ir- 
landais dans des composés. Enfin il est inadmissible qu'une langue cel- 
tique ait possédé un substantif pala « tombe » avec un p indo-européen 
primitif qui se retrouve dans le latin se-pelire et dans le gothique fdhan 
p. 74). Ces critiques de détail ne m'empêchent pas de recommander vi- 
vement le très instructif travail de M. Pauli aux lecteurs de la Revue 
Celtique ' . 

H. d'A. de J. 

Facsimiles of national manuscripts of Ireland, by J.-T. Gilbert. 
Londres, Longman and Co., 1874-1884, cinq volumes in-folio. 

Cette publication et celle des Annales des quatre Maîtres, le principal 
des titres de gloire d'O'Donovan, sont, je crois, les deux plus considé- 
rables dont l'histoire d'Irlande ait été l'objet dans notre siècle. On ne 
peut guère mettre en regard que la collection inachevée de facsimilés 
dont l'Académie d'Irlande a entrepris la publication. Pour étudier l'his- 
toire de l'écriture irlandaise depuis ses plus anciens monuments connus, 
vm e et ix e siècle, jusqu'au xvn e siècle où périrent dans cette île les der- 



1. Corpus inscriptionum latinarum, V, 6903. Cf. Hùbner, Exempta scripturœ, 22. 

2. Corpus, V, 6650, 6907, 6908. 

}. Cf. l'étude de Deecke, Gœtingische gdehrte Anzeige, 15 janvier 1886. 



Bibliographie. 261 

niers représentants de la tradition savante, on a été longtemps réduit 
aux vingt-trois pages in-8 placées par O'Curry dans ses Lectures on the 
manuscripî materials of the ancient Irish history, 1 86 1 . 

Aujourd'hui, grâce à M. Gilbert, nous avons entre les mains tous les 
éléments fondamentaux d'une paléographie irlandaise. Pour la partie la 
plus ancienne, il manque bien à son recueil quelques documents intéres- 
sants ; en effet, les manuscrits continentaux y font défaut ; mais on peut 
suppléer à cette lacune au moyen des fac-similés donnés par MM. Ascoli 
et Zimmer, l'un dans la première livraison de son édition du manuscrit 
de Milan, l'autre dans ses Glossae hibernicae ; et enfin en se servant des 
fac-similés qui ornent les Reliquie Celtiche de M. le comte Nigra. 

Quand je dis paléographie irlandaise et que je parle des National ma- 
nuscripts of heland, un mot d'explication est nécessaire. National, en Ir- 
lande, est un mot, ou qui a plusieurs sens, ou dont le sens est diffici- 
lement perceptible pour un étranger qui arrive avec des idées préconçues. 

Je n'oublierai jamais l'impression que j'éprouvai quand, venu en Ir- 
lande pour étudier les textes et les autres monuments de la race cel- 
tique, j'allai visiter ce qui reste de Tara, capitale de l'île aux temps 
épiques : des terrassements qui ont, en certains endroits, de forts reliefs, 
tracent au sommet d'une colline l'emplacement de cette vieille résidence 
des rois près desquels se réunissaient en assemblées périodiques aux 
premiers siècles de notre ère les membres de l'aristocratie irlandaise. 
Mais la colline, quand je la vis, était déserte : la race irlandaise n'y était 
représentée que par deux vieux époux en guenilles qui me servirent de 
cicérone, et au moment du départ la femme me débita un poème anglais 
en l'honneur du royal hill of Tara. Ce n'était pas sur de l'anglais que 
j'aurais, ce me semble, dû compter. 

Dans les Facsimiles of national manuscripts, on trouve, si l'on s'en rap- 
porte au numérotage, deux cent quatre-vingt-trois planches' ; et un peu 
moins d'un tiers seulement, c'est-à-dire quatre-vingt-dix, reproduit de 
l'écriture irlandaise. Le reste est, nous pourrions le dire, anglais ; ce sont 
des monuments de la conquête commencée au milieu du douzième siècle 
par les descendants de Guillaume le Conquérant et de ses compagnons. 
Ils ont apporté de France en Angleterre d'abord, puis d'Angleterre en 
Irlande, l'écriture française qui, avec le temps, a pris dans les îles Bri- 
tanniques certains caractères distinctifs ; telle est l'écriture des manuscrits 
que nous met sous les yeux un peu plus des deux tiers des fac-similés 
réunis par M. Gilbert. Cette écriture est devenue, avec le temps, natio- 

1. Il y a des planches doubles, et quelques planches portent deux numéros. 



26 2 Bibliographie. 

nale en Irlande , comme l'anglais que l'on y enseigne dans les national 
schools. 

Ainsi les deux tiers des planches de M. Gilbert sont sans intérêt pour 
les lecteurs de la Revue Celtique. Mais le tiers irlandais peut leur fournir 
un sujet d'étude plein d'attrait. Les fac-similés ont été obtenus par les 
procédés de l'héliogravure ; ils sont accompagnés de transcriptions typo- 
graphiques et de traductions. Pour ce travail, M. Gilbert a eu le concours 
de M. Brian O'Looney, alors professeur d'irlandais à l'Université catho- 
lique d'Irlande, et connu par de fort intéressantes publications. 

M. Whitley Stokes a publié, dans YAcademy du 26 septembre 1885, 
une critique de la portion des Facsimiles of national manuscripts qui est le 
produit de cette collaboration. Je n'ai, en aucune façon, la pensée de 
contester la justesse de cette critique ; mais les erreurs sont inévitables 
dans toute publication analogue à celle de M. Gilbert; et, si l'on exami- 
nait à la loupe tous les volumes des Monumenta Germaniae historica, un 
des chefs-d'œuvre de l'érudition contemporaine, il pourrait bien se faire 
qu'on y trouvât autant d'erreurs que M. Whitley Stokes en signale dans 
le livre de M. Gilbert. Ce que l'on peut demander à un ouvrage de ce 
genre, ce n'est pas d'atteindre la perfection, c'est de nous apprendre du 
nouveau; et on trouve dans la publication de M. Gilbert du nouveau à 
deux points de vue : lectures meilleures de textes déjà publiés ; textes 
inédits intéressants. Voici un exemple d'une transcription meilleure que 
celle dont on avait dû se contenter avant M. Gilbert. 

Toutes les personnes qui se sont occupées des origines de l'histoire 
d'Irlande connaissent le passage suivant des Annales de Tigernach 
publiées par O'Conor, Rerum hibernicarum scriptores, tome II, page i, 
sous la date A. C. 305 : In anno xvm° Ptolemaei initiatus est regnare in 
Eamain Cimbaoth, filius Fintain, qui regnavit annis xvm. Tune in Temair 
Eachach Buadach athair U gaine. Regnare ab aliis fertur Liccus. Praescrip- 
simus Ollam ab Ugaine régnasse. Omnia monumenta Scotorum usque Cim- 
baoth incerta erant ' . Ce texte est profondément altéré et l'auteur de la 
transcription a imaginé un roi Liccus qui ne se trouve nulle part ailleurs. 
La bonne leçon est donnée par le manuscrit Rawlinson, B. 502, de la 
Bibliothèque Bodléienne d'Oxford, folio 6 verso. Voyez Facsimiles, 
partie I, planche XLIII. Je reproduis la lecture de M. Gilbert en me 
bornant pour toute modification à changer une lettre dans un mot et à 
mettre en italiques les lettres qui sont la traduction d'abréviations: 

« In anno xvm Ptolomei fuit initiatus regnare in Emain Cimbâed 

I. Cf. O'Curry, Lectures on the manuscript materials, p. 519. 



Bibliographie. 263 

« filius Fintai/i qui regnavit xxvm annis. Tune Echu Buadach pater 
« Ugame in Temoria regnase ' ab aliis fertur, liquet 2 praescripsimus olim 
« Ugai/zeimperasse. Omnia monimwta Scottorum usejue Cimbaed incerta 
« erant. » 

Il y a chez M. Gilbert une petite erreur dans ce passage ; il a imprimé 
regnare pour regnase. Du reste sa transcription est excellente et suffit 
pour montrer la nécessité d'une nouvelle édition d'un texte qui n'était 
connu jusqu'à présent que par la publication d'O'Conor. 

Une partie des fac-similés de M. Gilbert nous fait connaître des textes 
complètement inédits. Il serait trop long d'en donner ici le détail. Je me 
bornerai à faire observer qu'un des documents les plus importants sur 
l'organisation de la famille irlandaise a eu M. Gilbert pour premier 
éditeur. Ce document est une consultation donnée en 1 571 parle brehon 
Jacques O'Scingin; elle a été reproduite dans la planche xvi de la qua- 
trième partie des Facsimiles of National Manuscripts et j'en ai donné un 
extrait plus haut, page 93, note 4. 

Je n'ai jusqu'à présent rien dit des traductions faites pour M. Gilbert 
par M. Brian O'Looney. Je n'ai pas l'honneur de connaître personnelle- 
ment ce savant irlandais. Je le juge exclusivement par ses travaux. Il me 
semble être l'élève plutôt d'O'Curry que de Zeuss et savoir de sa langue 
le vocabulaire beaucoup mieux que la grammaire. Cependant il y a tel 
savant grammairien allemand qui pourrait encore recevoir de lui quelques 
bonnes leçons. 

Je citerai comme exemple un passage du texte si curieux intitulé Serg- 
lige Conchulaind; on pourrait traduire : « Maladie de Cûchulainn » ou 
« Cûchulainn alité. » 

Les grands seigneurs d'Ulster sont réunis avec leurs femmes pour 
célébrer une fête sur le bord d'un lac, quand on voit s'abattre sur ce 
lac de magnifiques oiseaux. Chacune des femmes veut en avoir un. De 
là rivalité entre elles : Gabais cach dib immarbaig ammuin a celi im gabail 
na n-en. Voici la traduction d'O'Curry : « They ail began to contend 
with one another about the possession of the birds. » M. Brian O'Looney 
a traduit ainsi: « Each of them began to vie with the other astocatching 
the birds 3 . » 

Tous les mots contenus dans la phrase irlandaise sont parfaitement 
clairs, sauf un : c'est ammuin. O'Curry et M. Brian O'Looney sont 



1. Regnase, avec s=ss, conformément à une orthographe irlandaise fréquente, tient 
lieu de régnasse, variante de regnavisse. — Apex sur Pu de Ugaine. 

2. Lisez licet. 

3. Facsimiles of national manuscripts, première partie, planche XXXVII. 



264 Bibliographie. 

d'accord pour traduire ce mot par with : « immarbaig ammuin a celi, » 
signifie suivant O'Curry « to contend with one another » et suivant 
M. Brian O'Looney, « to vie with the other », c'est-à-dire: « se dis- 
puter l'une avec l'autre, rivaliser 1 une avec l'autre. » M. Windisch, avec 
cette prudence loyale qui est un des caractères de son talent, n'a pas 
voulu donner une traduction d'ammuin dont il ne saisissait point l'éty- 
mologie '. 

M. Zimmer, dans ses Keltische Studien, I, pp. 81, 82, le reprend de 
cette sagesse et prétend que ammuin est identique à l'Irlandais moderne 
amhdin « seulement » qu'il a trouvé dans une chanson et qui est bien connu 
d'ailleurs, puisqu'on le rencontre dans la traduction irlandaise delà Bible 
(Première épître aux Corinthiens, c. 2, v. 2) et qu'il est donné par les 
dictionnaires d'O'Brien etd'O'Reilly. En conséquence il traduit ainsi la 
phrase irlandaise: « Iedevon ihnen begann zu rùhmen, dass ihr Gatte 
« allein die Vôgel fangen wùrde. » Chacune commença à se vanter que 
« son mari seul prendrait les oiseaux. » Mais cette interprétation offre 
deux difficultés. La première est que le moyen-irlandais ammuin, ayant 
un double m, ne peut avoir donné amhdin, par mh, en irlandais mo- 
derne. L'm double du moyen-irlandais ne devient pas spirant en irlan- 
dais moderne. Ainsi ammach « dehors » pour un plus ancien in-mach 
est devenu amach en irlandais moderne. Ammuin tient lieu probablement 
d'un plus ancien in-muin et signifie dans son sens littéral, « dans le dos 
de », « contre » (Comparez la locution française « sur le dos de »); im- 
marbaig ammuin veut dire littéralement « se quereller contre quelqu'un ». 
D'autre part, M. Zimmer, en traduisant par « mari » le cèle de la phrase 
irlandaise fait un contre-sens évident. Il suffit de lire le contexte pour 
voir que les femmes des grands seigneurs d'Ulster n'ont pas un instant 
songé à faire prendre les oiseaux par leurs maris. C'est à Cûchulainn 
qu'elles s'adressent. 

Ainsi la traduction de ce passage donnée par M. Brian O'Looney en 
1874 est beaucoup meilleure que celle que M. Zimmer nous a offerte en 
1881.M. Zimmer est incontestablement un grammairien distingué. 
Après quelques semaines de séjour en Irlande, il était de force à servir 
d'interprète entre deux Irlandais qui, parlant chacun depuis l'enfance 
la langue de leurs ancêtres, ne parvenaient pas à se faire comprendre 
l'un de l'autre. Il l'a lui-même raconté dans un de ses ouvrages Un 
pareil triomphe peut sembler incroyable. Cependant je connais trop bien 
M. Zimmer pour révoquer en doute sa sincérité. Je suis persuadé qu'il 

1. Irische Texte, t. 1, p. 362, col. 2. 



Bibliographie. 265 

est toujours convaincu de l'exactitude de ce qu'il dit. J'ajouterai même 
que lorsqu'il fait son propre éloge et la critique des autres, c'est alors 
surtout que sa conviction est profonde. Mais quand on est aussi fort que 
lui et quand les Irlandais sont si simples, on ne devrait pas se laisser 
donner par eux des leçons comme celle que donne ici M. Brian O'Looney 
au savant professeur de Greifswald. 

H. d'A. de J. 

Lexikon zu den Schriften Caesars und seiner Fortsetzer, mit 

Angabe saemtlicher Stellen, von H. Merguet. Jena, Fischer, 1884. Livrai- 
sons I à V, commençant au mot a, ab et finissant au mot peto. 

L'auteur a déjà composé un lexique des discours de Cicéron. L'objet 
qu'il se propose est surtout grammatical. On sait que pour l'étude du 
latin classique, les textes fondamentaux sont les écrits de César et de 
Cicéron. Mais tel n'est pas le point de vue auquel nous considérerons 
ici l'utilité de sa publication. Les commentaires de César De bello gallico 
sont le principal des documents que l'antiquité nous offre pour l'étude 
des mœurs et des institutions de la race celtique. La plupart des 
éditeurs se sont contentés de placer à la suite des œuvres de César un 
index des noms propres. L'édition la plus répandue du De bello gallico, 
celle de Friedrich Kraner, revisée par Dittenberger, a même retranché 
de cet index les noms d'hommes et n'offre au lecteur qu'un geographisches 
Register. Ce n'est point avec de pareilles tables qu'on peut retrouver 
les divers passages qui se rapportent à la même idée. Quand donc on 
voulait s'occuper des choses, et non plus des hommes, des peuples ou 
des villes, et quand on voulait donner, par le rapprochement des textes, 
une forme précise à des notions qui , après la lecture la plus attentive, 
ne se présentent souvent à l'esprit que d'une façon vague, il fallait re- 
courir à l'index de l'édition ad usum Delphini, Paris, 1678, de son 
imitation vénitienne, ou de la reproduction donnée à Londres par Valpy 
en 1819 '. Malheureusement, cet index n'est pas toujours exact. Ainsi, 
dans cet index, la page où se trouve le mot clientelae, livre VI, c. 12, 
est indiquée d'une manière erronée, p. 128 au lieu de 1 18. Il y a un 
autre inconvénient plus grave, au moins à Paris: c'est que l'édition de 
César ad usum Delphini, son imitation vénitienne et sa reproduction an- 
glaise de 1 8 1 9 sont très rares, quoi qu'en dise Brunet 2 . 

1 . Antérieurement à cette édition de Londres, on a fait à Londres d'autres réim- 
pressions du César ad usum Delphini; mais si j'en juge d'après un exemplaire que j'ai 
sous les yeux et qui dans le titre est qualifié d'editio undecima, l'index, dans ces réim- 
pressions, a été abrégé de manière à en diminuer beaucoup l'utilité. 

2. Manueldu libraire, t. V (1864), col. 1785. 



266 Bibliographie. 

Le lexique de M. Merguet comble donc une lacune regrettable. 
Ajoutons qu'il est beaucoup plus complet que l'index de l'édition ad usum 
Delphini; non seulement il donne chaque mot, mais il reproduit le 
membre de phrase dans lequel le mot est contenu; enfin, au lieu de 
renvoyer à la page et à la ligne, comme l'édition ad usum Delphini, il 
renvoie au livre et au chapitre ; en sorte que le lecteur, pourvu que déjà 
il connaisse un peu César, peut souvent comprendre de quoi il s'agit 
sans se reporter au texte. Nous considérons donc le lexique de M. Merguet 
comme un instrument de travail d'une grande utilité pour les érudits qui 
veulent connaître à fond le texte de César, Dekellogallico. On aura beau 
lire, la plume à la main, ce précieux document historique; il y aura tou- 
jours des notes qu'on oubliera de prendre, et ces notes en déficit, on 
les retrouvera dans le grand recueil alphabétique composé par le labo- 
rieux érudit allemand. H. d'A. de J. 

Monuments consacrés à Mars découverts à Bourges en 1885, 

notes par M. A. Buhot de Kersers. 

Ces monuments sont deux stèles ; l'une porte l'inscription : 
NVMAVG 
ETMARTI 
MOGETIO 
GRACCHVS 
ATEGNVT1S FIL 
V- S- L- M 
Sur l'autre on lit : 

MARTI 
RIGISAMO 
TI- IVL- EVNVS 
EX- VISSV 
Mogetius paraît identique au mochta « magnified » « glorifié » du Félire 
Oengusso, édition de M. Whitley Stokes, p. CCXCIV. Cf. Windisch, 
Irische Texte, t. I, p. 693. 

Quant à Rigisamus, on s'est demandé si c'est un dérivé de rix « roi » 
ou un composé dont rix serait le premier terme. Quoi qu'il en soit, 
M. Buhot de Kersers a bien fait de porter cette découverte à la con- 
naissance des érudits. 

Die irische Kanonensammlung, herausgegeben von Hermann Wasser- 
schleben, zweite Aufhge. Leipzig, Tauchnitz, 1885 ; in-8. lxxvi et 243 p. 

L'auteur avait fait paraître en 1864 une première édition ; elle a été, 
en grande partie, détruite par un incendie. Cet accident l'a déterminé à 



Bibliographie. 267 

réimprimer son œuvre avec de nombreuses corrections et une préface 
beaucoup plus considérable que la première. Cette préface est divisée en 
trois parties qui traitent : i° des sources de la collection canonique irlan- 
daise, de sa diffusion et des manuscrits qui nous Pont conservée ; 2 des 
relations de l'Eglise irlandaise avec l'Eglise romaine ; y des autres par- 
ticularités que nous offre le droit ecclésiastique et civil de l'Irlande, tel 
que nous le fait connaître la collection canonique irlandaise. Un appen- 
dice à la préface contient une lettre de M. Bradshaw à l'auteur. Dans ce 
document, le savant bibliothécaire émet, sur divers points, une doctrine 
différente de celle qu'adopte M. Wasserschleben et ce dernier défend 
son sentiment par d'abondantes notes. 

L'instructive publication de M . Wasserschleben mériterait une étude 
détaillée qui demanderait plus de place que la Revue Celtique ne peut, 
quant à présent, lui consacrer. Nous nous bornerons à parler de la lu- 
mière que la collection canonique irlandaise éditée par l'érudit allemand 
jette sur divers points du droit civil irlandais. 

Il estpaléographiquement établi que cette collection existait avant la 
fin du vm e siècle, et des raisons qui ne sont point paléographiques auto- 
risent à croire qu'elle a été composée vers l'an 700 ou environ. Or, 
outre un grand nombre de textes empruntés soit à la Bible, soit aux 
collections canoniques du continent, soit aux Pères, elle renferme un 
certain nombre de textes d'origine irlandaise sous les rubriques Patricius, 
Sinodus hibernensis, Hibernenses. Une partie des dispositions placées sous 
ces rubriques concernent le droit civil, et on y constate un merveilleux 
accord avec les passages correspondants des monuments du droit pu- 
bliés dans les Ancient laws of Ireland. M. Wasserschleben a un peu né- 
gligé d'étudier sous cet aspect les textes canoniques dont lui devons la 
connaissance; nous allons chercher à réparer sur quelques points cette 
lacune. 

Ainsi, le droit des femmes à la succession de leur père est réglé par la 
collection canonique delà manièresuivante,p. 1 16 : « Sinodus hibernensis : 
auctores ecclesiae hic multa addunt, ut feminae heredes dent ratas et sti- 
pulationes, ne transferatur hereditas ad alienos. .. ; et, si genuerint filios, 
viris suae cognationis dabunt hereditatem ». Ce texte doit, ce semble, 
être traduit ainsi : « Les auteurs ecclésiastiques entrent ici dans de 
grands développements pour établir que les femmes héritières doivent 
s'engager, avec concours de cautions ', à ne pas transporter l'héritage 
dans une autre famille..., et si elles ont des fils, ceux-ci rendront l'hé- 

1 . Ratas est le pluriel de l'irlandais râfh. 



268 Bibliographie. 

ritage aux parents de leur mère ». C'est la doctrine qu'un brocard irlan- 
dais résume en deux mots : banadba laisic, c'est-à-dire « maison de femme 
revient »'. Le retour est garanti par caution : ro bui irebuiri fri haisec 2 . 
En droit irlandais, une fille peut recevoir de son père une donation ? ; 
elle peut hériter aussi d'un immeuble appartenant à son père ou à son 
grand-père, si ceux-ci n'ont pas de descendant mâle-*. Mais elle ne peut 
transmettre la propriété de cet immeuble à un fils sans le consentement 
de ses collatéraux du côté paternel. Ce consentement est donné quel- 
quefois quand elle a épousé un étranger et que les fils nés de cet étranger 
se mettent au service de la famille s. Lorsqu'une fille unique exigeait la 
totalité de la succession paternelle, elle devait le service militaire. Si elle 
voulait se décharger de cette obligation, il fallait qu'elle abandonnât la 
moitié de la succession à ses collatéraux paternels, ou, comme on dit en 
droit romain, à ses agnats 6 . 

Un des principes les plus curieux du droit irlandais consiste à distin- 
guer dans la réparation due pour crime ou délit deux éléments : l'un 
fixe, qui représente le dommage causé et, lorsqu'il s'agit d'un meurtre, 
la valeur légale du corps, coirpdire ; l'autre est le prix de l'honneur qui 
varie suivant la dignité de l'individu i . On l'appelle enechlann ou lôg 
enech. L'enechlann du roi est de sept femmes esclaves. Ce chiffre est 
énoncé en termes formels dans le traité intitulé Crith gablach 8 , et on re- 
connaît que c'était la doctrine du Senchus Môr quand on fait l'observation 
que le tarif des legs contenu dans le dernier livre de ce traité est em- 
prunté au tarif du prix de l'honneur <>. Ainsi celui qui se rendait coupable 
d'une insulte grave envers un roi lui devait, comme réparation, sept 
femmes esclaves, en vieil irlandais, secht cumala. Or, on trouve déjà cette 



i. Ancient laws of Ireland, t. IV, p. 16, 1. 24. 

2. Ibid., p. 18, 1. 15, 16. 

3. Dilsigthi d-athair di-a ingin ar duthracht ; Ancient laws of Irdand, t. IV, p. 44, 
1. 14, is- Comparez le testament de Pratusagus, roi des Iceni en Grande-Bretagne, 
l'an 62 de notre ère. Ce prince, nous dit Tacite : Caesarem heredemduasque filiasscripserat. 
Annales, livre XIV, c. 31 . 

4. Isa ferunn athur ocus senathur, ocus ni fuil comorba ferrdha ann. Ancient laws of 
Ireland, t. IV, p. 14, 1. 27, 28. 

5. Is diles ofine do maccaib deoraidh ocus murcairthi cein beiti oc fognam de. Ancient 
laws of Ireland, t. IV, p. 44, 1. is, 16. Ces enfants s'appellent glasfine, p. 284, 1. 19. 

6. Ocus beraidh in ingean in fearann uili co fuba ocus co ruba, no a leth ganfuba gan 
ruba, ocus coimde fuirre re aiseac uaithe iarsna re. Ancient laws of Ireland, t. IV. p. 40, 
1. ij-18. C'est en vertu de ce principe que dans les Annales de Tacite, XIV, 3$, nous 
voyons les filles du roi Pratusagus dans un char, avec leur mère Boudicca, dans l'armée 
qui va combattre les Romains. 

7. Le coirpdire était de sept femmes esclaves. Cf. p. 246-247. Un des textes topiques 
est un de ceux qui concernent le meurtre caché, Ancient laws of Ireland, t. III, p. 98. 

8. Ancient laws of Ireland, t. IV, p. 328, 1. 26. 

9. Ancient laws of Ireland, t. III, p. 42, 1. 24. Cf. t. II, p. 224, 1. 7-9; p. 226, I. 13 . 



Bibliographie. 269 

règle dans la Canonum collatio, livre XLVIII, c. 3. « Sinodus hibernensis 
ait : Omnis qui ausus fuerit, ea, quae sunt régis aut episcopi furari, aut 
rapere, aut aliquid in eos committere, parvipendensdispicere, VII ancil- 
larum pretium reddat, aut Vil annis peniteat cum episcopo vel scriba »'. 

On voit par le titre de ce chapitre que dans la langue latine employée 
par les canonistes irlandais, le prix de l'honneur s'appelait census : ce 
titre est: « De eo quod régis et episcopi aequalis sit census ». Cela 
n'empêche pas le mot census de désigner ailleurs, dans le texte canonique, 
la redevance due au chef par l'homme de classe inférieure qui a reçu de 
lui un cheptel servile, de gens sub censu: livre XLI, c. 8, 9, p. 160 2 . Le 
degens sub censu ne peut faire de legs, commendare *, sans le consente- 
ment de son chef. La femme mariée a également besoin de l'approbation 
de son mari pour faire une disposition testamentaire valable (ibid., c. 10, 
p. 161). Si nous ne trouvons pas ces deux principes formulés explicite- 
ment dans le Senchus môr, ils sont la conséquence de la règle qui déclare 
nuls les contrats formés par les incapables, sans le concours de leurs 
chefs, pères ou tuteurs 4. 

On sait qu'une des particularités du droit irlandais est d'admettre, 
qu'en certaines circonstances, le mariage peut donnera la femme une si- 
tuation égale ou même supérieure à celle de son mari S. C'est à cette si- 
tuation particulière de la femme que se réfère par le mot domina le cha- 
pitre 3, De personis indignis ad fidejussionem, livre XXXIV, p. 122. Parmi 
les personnes qui ne peuvent servir de caution, ce chapitre mentionne 
la femme qui n'est pas dame, femina nisi domina. 

Nous avons parlé plus haut (p. 12 et suivantes) de l'usage du duel 
dans la procédure irlandaise. La collection canonique irlandaise attribue 
à saint Patrice une loi qui défend le duel aux clercs. Cette loi prévoit le 
cas où un clerc, ayant cautionné un laïque, se trouve appelé à payer au 
lieu et place du débiteur principal. « Qu'il paie, dit le texte canonique, 
car, s'il recourt aux armes, il sera excommunié », narn si annis compu- 
gnaverit, computeîur extra ecclesiam (livre XXXIV, c. 2, p. 122). Un autre 
canon étend cette loi au débiteur principal, nam si armis compugnaverit, 
extra ecclesiam ejiciatur (livre XXXIV, c 8, p. 124). 

1. Die irische Kanonensammlung, p. 206. 

2. Ma ro faguibh in tathair cis doeraigillechta ar in mac do flaith. Ancient laws of Ire- 
land, t. III, p. 62, 1. 25-26. 

3. Commendare est la traduction latine du mot imna qu'on trouve dans Ancient laws 
of Ireland, t. III, p. 42, 1. 14 et suivantes. 

4. Ancient laws of Ireland, t. III, p. 10, 1. 16-20. 

5 . « La femme est égale à son mari en cas de lanamnas comtincuir, c'est-à-dire quand 
il y a égalité d'apport. Ancient laws of Ireland, t. Il, p. 356, 1. 29. La femme est supé- 
rieure au mari quand la fortune vient d'elle, lanamnas fir for bantidnacur. Ibidem , p. 390,1. 3 1 . 



270 Bibliographie. 

Je signalerai, en terminant, deux passages, l'un de la collection ca- 
nonique, l'autre de la loi civile, qui, considérés isolément, sont fort obs- 
curs et qui deviennent clairs quand on les rapproche l'un de l'autre. La 
collection canonique attribue à un synode irlandaise règlement suivant: 
« Primum delictum uniuscujusque mali hominis veniet super substantiam 
suam et pecora ; secundum, si non habuerit substantiam aut pecora, ve- 
niet super regiones suas; si non habuerit regionem, veniet super regem 
suum ; si non habuerit regem, veniet super eum, qui arma dédit et ves- 
timenta illius, qui delictum fecit ; sin vero, postremo veniet super illum 
qui cibavit illum et lectum dédit ». Que signifient dans ce document les 
mots regiones et regionem ? Ils veulent dire « la famille et le chef », ha- 
bitant naturellement à côté du coupable, dans le même pays. On le com- 
prendra en rapprochant du document canonique les lignes suivantes qui 
appartiennent au traité intitulé : « Du jugement de tous les crimes que 
fait chaque criminel ». « Si le criminel fait défaut, son crime tombe sur 
ses biens vivants ou morts ; s'il n'en a pas, son crime est à la charge de 
son père ; s'il n'a pas de père, son crime tombe sur son frère et ses 
cousins ; si ceux-ci font défaut et si on ne les trouve pas, son crime est à 
la charge de son chef; s'il n'a pas de chef, son crime atteint son lit, son 
manteau et sa nourriture ; s'il n'a pas de lit, son crime est à la charge 
du roi » '. On ne conçoit pas de prime-abord comment, suivant le texte 
irlandais que nous venons de traduire, un créancier qui n'a pu se faire 
payer sur les biens de son débiteur, parce que ce débiteur ne possède 
rien, pourra ensuite saisir le lit, le manteau et la nourriture de ce débi- 
teur. Le texte latin nous donne la solution de la difficulté. Il s'agit du 
lit, du manteau et de la nourriture qui ont été donnés au débiteur insol- 
vable par des tiers, amis de ce débiteur et ennemis du créancier; 
souvent ces tiers ne fournissaient pas seulement au débiteur un lit, un 
manteau et de la nourriture; ils lui mettaient en main des armes pour 
combattre le créancier : « arma dédit » dit le canon irlandais. La dette 
tombait à la charge de ces tiers ; « veniet super eum, qui arma dédit et 
vestimenta illius qui delictum fecit ; sin vero, postremo veniet super illum 
qui cibavit illum et lectum dédit ». La seule différence importante entre 
le document canonique et le texte de droit civil consiste dans l'ordre des 
responsabilités. Le document canonique place le roi avant les tiers qui 
se font complices du débiteur ; le texte de droit civil met ces tiers avant 
le roi. Du reste, les deux législations sont en parfait accord. 

Nous arrêtons ici cette étude comparée qui pourrait être poussée 

i. Ancient laws of Ireland, t. IV, p. 240, 1. $-12. 



Bibliographie. 271 

beaucoup plus loin. M. Wasserschleben connaît les Ancient laws of Ire- 
land, dont il cite le tome I, à la p. lx de sa préface ; mais il est à re- 
gretter que dans son livre, d'ailleurs si savant et si instructif, il n'ait pas 
davantage tiré parti de la collection de textes légaux que nous devons à 
la libéralité du gouvernement irlandais. 

H. d'Arbois de Jubainville 

The lake dwellingsof Ireland, or ancient lacustrine habitations 
of Erin, commonly called Crannogs, by W.-G. Wood-Martin ; Du- 
blin. Hodge, Figgis and Co. Longmans ; et Londres, Green and Co. 1886, in-8, xxn 
et 268 pp. et 50 planches, avec 238 figures intercalées dans le texte. 
Les Crannogs ' de l'Irlande ont été, pour la première fois, croyons- 
nous, signalés aux archéologues français par le marquis de Nadaillac dans 
son livre intitulé : Les premiers hommes et les temps préhistoriques, t. I, 
pp. 260-263. Ce livre a paru en 1881. Mais les archéologues irlandais 
avaient commencé à les explorer plus de quarante ans avant cette date 2 . 
Il y a une très-grande différence entre le mode de construction du 
crannog et celui de l'habitation lacustre de la Suisse. L'habitation lacustre 
est construite sur des poteaux qui pénètrent dans le sol au-dessous des 
eaux du lac et dont l'extrémité supérieure dépasse le niveau le plus élevé 
de ces eaux 3. Le crannog est une île artificielle. On y trouve au-dessous 
de la maison les poteaux qui supportent l'habitation lacustre de la 
Suisse ; mais on n'y trouve pas seulement des poteaux ; en outre, le con- 
structeur a apporté des pierres et de la terre qui constituent une sorte 
d'îlot; les poteaux sont en quelque sorte la carcasse de cet îlot, tandis 
que, dans l'habitation lacustre de Suisse, les poteaux constituent l'unique 
support de l'habitation. 

Certains crannogs d'Irlande ont été habités jusqu'au dix-septième siècle. 
Quelques-uns nous offrent des traces de l'âge de pierre. Une circonstance 
donne un intérêt particulier à l'étude de ces monuments: il y a des textes 
qui concernent quelques-uns d'entre eux. M. Wood-Martin a consacré 
un chapitre de son livre (pp. 145-160) à l'étude de ces textes. Ce n'est 
peut-être pas le meilleur de son ouvrage. On sent que l'auteur est avant 
tout un archéologue ; il a vu de ses yeux, touché de ses mains les mo- 
numents figurés dont il nous entretient; mais il parle des textes par ouï 

1. Sur le mot crannog voyez Joyce, The origin and history of Irish names of places, 
cinquième édition, t. 1, p. 299. 

2. The lake dwellings, p. 23. 

3. Voyez le travail de M. Alexandre Bertrand sur les cités lacustres, dans son livre 
intitulé La Gaule avant les Gaulois, pp. 121-147. c f- Nadaillac, Les premiers hommes, 
t. 1, pp. 241-260. 



272 Bibliographie. 

dire et avec des indications sommaires fournies par un ami complaisant. 
Ainsi, à la page 1 $6, il donne sans s'en douter une analyse d'une note 
que le docteur Todd a mise à la page clx de l'introduction qui précède 
son édition du Cogadh Gaedhel re Gallaibh « The Warof the Gaedhil with 
the Gaill » ; et au lieu de renvoyer soit à cette note, soit aux passages 
que cette note concerne, p. 140 de l'édition, il nous parle du manuscrit : 
« as recorded in a well-known Irish manuscript entitled : The wars of 
the Gaedhiel [sic) with the Gaill. » Faisons observer que l'édition du 
docteur Todd remonte à 1867, c'est-à-dire qu'elle est de dix-neuf ans 
antérieure à la date du livre de M. Wood-Martin. Le savant archéologue 
fera bien, à l'avenir, de demander aux amis qui lui fournissent des ma- 
tériaux un peu plus de précision dans leurs renseignements. 

L'examen des textes concernant les crannogs exige une très grande 
attention lorsque ces documents se réfèrent à une époque reculée, parce 
que le mot crannog apparaît pour la première fois au treizième siècle, 
dans les Annales de Loch Ce, en 1 221 , 1225, 1246, 1247 1 ; dans les 
Annales des Quatre Maîtres en 1246 2 . M. Wood-Martin, qui cite les 
Annales de Loch Ce sans les avoir jamais lues, leur fait dire qu'en 1025 
« A predatory expédition was made by the inhabitants of Fermanagh, 
on which occasion they burned the crannog on Loch-n-Uailhne [sic] ». 
On y lit simplement que les Fir Manach allèrent piller Loch Uaithne 
c'est-à-dire le lac d'Uaithne et le brûlèrent. En intercalant le mot crannog 
on fait un acte d'interprétation probablement fort légitime, mais on 
donne un commentaire plutôt qu'une traduction. 

Une des indications les plus anciennes que son livre nous offre sur 
l'histoire des crannogs en Irlande se rapporterait à l'année 6^6 (lisez 
606). A cette date mourut un certain Aed fils de Colgan. Cette date est 
vraisemblablement exacte; elle paraît empruntée aux annales de l'abbaye 
de Clonmacnois, où Aed se trouvait en pèlerinage au moment de sa mort. 
Or Aed avait bâti une belle maison dans l'île de Loch da Dam?. 
M. Wood-Martin met cet événement en 636 et prétend qu'il s'agit de 
la construction d'un crannog. Evidemment il n'a pas consulté le passage 
des Annales des quatre Maîtres auquel il renvoie à cette occasion, p. 1 58 
de son livre, sans indiquer, du reste, ni l'édition, ni la page qu'il aurait 
consultée. 

1. William M. Hennessy, The Annals of Loch Ce, Vol. 1, pp. 260, 266, 272, 274. 

2. O'Donovan, Annals of the kingdom of Ireland by the four masters. Vol. 111 (1841), 
p. ji8. 

j. Focer trilis treabh tré inis Locha-da-dam. Annals of the kingdom of Ireland by 
the four masters, Vol. 1, p. i)i. 



Bibliographie. 273 

Dans un autre passage il s'exprime avec un peu plus de précision. 
En 856, nous dit-il, Cinaedh. . . « spoiled the islands of Lagor ». Il ne 
cite aucune source. Il a pris les expressions entre guillemets dans la tra- 
duction du Chronicon Scotorum publié par M. Hennessy (p. 151). 
Seulement, il a mal copié la date ; au lieu de 856, lisez 850; et d'autres 
chroniques donnent les dates de 849 et de 848 ' . 

On voit que la partie historique du livre de M . Wood-Martin est très 
faible. La partie archéologique est infiniment supérieure. Nous devons . 
à la plume si compétente de M . de Lasteyfie, professeur d'archéologie 
à l'Ecole des Chartes, la note suivante : 

« Les appréciations de M. Wood-Martin me paraissent généralement 
assez justifiées. Les objets dont il donne la description sont loin d'appar- 
tenir tous à une même époque et il en distingue l'âge avec sagacité. Il y 
en a dans le nombre, qu'en bonne critique je trouve presque impossible 
de dater. Tels sont ces canots creusés dans un tronc d'arbre. Ma con- 
viction est qu'ils sont relativement peu anciens, et elle est fortifiée par 
cette observation de Fauteur qu'on en a rencontré avec des objets de 
fer « de forme très-moderne » (p. 47). Je les crois donc très postérieurs 
au commencement de l'ère chrétienne, et je ne serais point étonné que 
plusieurs siècles les séparassent dune partie des épées et fourreaux 
d'épées reproduits dans l'ouvrage. Parmi ces épées plusieurs rappellent 
les types en usage au premier et au deuxième siècle avant l'ère chrétienne, 
et à l'époque de l'arrivée des Romains dans la Grande-Bretagne. Des 
pièces analogues ont du reste été signalées depuis longtemps en Angle- 
terre. On y a notamment trouvé des fourreaux et des boucliers dont 
l'ornementation rappelle celle de ces curieux fourreaux figurés à la 
planche XII (Cf. Kemble's Horae ferales). M. Franks, qui a rédigé le 
commentaire des planches des Horae ferales, attribuait ces fourreaux à 
une période comprise entre le deuxième siècle avant et le premier siècle 
après notre ère. Pour moi, je les crois du 11 e au 111 e siècle de l'ère chré- 
tienne, et c'est à cette même époque que je ferais sans doute remonter 
les élégants fourreaux de la planche XII. C'est à une date de peu pos- 
térieure qu'on doit sans doute ranger une partie des objets divers groupés 
dans la planche XIII. Ainsi la figure 1 de cette planche représente une 
sorte d'ascia qui rappelle beaucoup celles qu'on voit figurées « sur tant 
de tombes du 111 e siècle. » 

« La céramique figurée p. 92 etsuivantes me paraît en majorité d'assez 



1. O'Donovan, The annals of the kingdom of Ireland by the four masters, t. 1 (i3ji), 
pp. 478-479- 

Rev. Celt. VII 18 



274 Bibliographie. 

basse époque. Ainsi ces fragments ornés de points en arêtes de poisson 
ressemblent aux vases publiés par Kemble, Horae ferales, pi. 29 et 30, 
et qui paraissent dater de l'époque saxonne. » 

a J'aurais bien de la peine à croire antérieure de beaucoup au ix e 
siècle la belle broche de la pi. xxvi. Quant à la broche d'argent repro- 
duite p. 121 (fig. 157). l'auteur y retrouve, avec raison, la décoration 
employée dans les initiales du « Book of Kells » et il fait preuve de 
bonne critique en admettant qu'elle puisse appartenir au x e siècle seule- 
ment. » 

« En résumé, les plus remarquables de ces divers objets paraissent 
s'échelonner sur un assez long espace de temps, depuis une époque 
bien voisine, sinon contemporaine de l'ère chrétienne, jusqu'aux envi- 
rons du xi e siècle. C'est ce que M. Wood-Martin a du reste reconnu. » 

Les planches qui ornent l'ouvrage de M. Wood-Martin nous offrent 
un véritable traité d'archéologie irlandaise, et quand par exemple on 
jette les yeux sur les fourreaux de la planche XII, on fait avec intérêt 
l'observation que ces jolis monuments appartiennent à l'art irlandais 
antérieur au christianisme et datent à peu près de l'époque à laquelle 
nous font remonter les plus anciennes légendes épiques de ce pays. 

H. d'A. de J. 

On the Patrician Documents, by Sir Samuel Ferguson. Extrait des Tran- 
sactions of the Royal Irish Academy, vol. XXV11, Polite literature and antiquities 
P- é7-'J4. 

Ce travail a pour objet l'étude i° de la Confession de saint Patrice ; 
2 de la Lettre de saint Patrice à Coroticus; 3 de la Vie de saint Patrice, 
en vers irlandais, qui suivant la tradition aurait été composée par Fiacc 
son disciple; 4 des six autres vies publiées avec la pièce précédente par 
Colgan dans sa Trias thaumaturga en 1647, 5 de la vie de saint Patrice 
par Muirchu Maccu Machtheni et par Tirechan, telle que nous l'ont 
conservée le livre d'Armagh (aujourd'hui à la bibliothèque du collège 
de la Trinité de Dublin) et le manuscrit de la bibliothèque royale de 
Bruxelles, n° 64. Nous devons une édition de cette vie au Père Edmond 
Hogan, de la compagnie de Jésus; elle a paru dans les Analecta Bollan- 
diana, t. I (1882), p. $31-58$, et t. II (1883Ï, p. 35-68 '. 

On sait quelles difficultés présente une étude critique des documents 
relatifs à la vie de saint Patrice. Nous n'avons sur ce célèbre apôtre de 
l'Irlande que deux documents dont l'authenticité paraisse tout à fait cer- 

1 La dernière partie, p. 213-218, est un supplément postérieur à Tirechan. 



Bibliographie. 27 5 

taine. Ce sont la Confession et la Lettre à Coroticus '. Ces pièces ont 
toutes deux saint Patrice pour auteur et doivent par conséquent être 
datées du cinquième siècle. Elles appartiennent probablement, pense 
Sir Samuel Ferguson, à la seconde moitié de ce siècle. Elles sont le 
point de départ d'une légende qui depuis a toujours été se développant 
et dont les derniers termes nous sont offerts parla composition irlandaise 
connue sous le nom de Vie Tripartite, et par la vie latine que Jocelin a 
composée 2 , documents qui chez Colgan portent le premier le n° 7, le 
second le n° 6. La Vie Tripartite ne nous est connue que par une traduc- 
tion latine due à Colgan, mais M. Whitley Stokes, avec sa compétence si 
connue, prépare une édition du texte original irlandais. Je ne parle pas de 
l'homélie publiée par le même savant dans ses Three middle-irish homilies. 
Cette homélie, très intéressante comme monument de la langue irlandaise, 
perdra probablement sa valeur hagiographique quand aura paru la Vie 
Tripartite dont elle semble un abrégé. 

Sir Samuel Ferguson donne pour base à son étude sur la Confession 
l'édition donnée par M. Gilbert, dans les National manuscripts of Ireland, 
de deux leçons de ce document. Ces deux leçons ont été fournies, l'une 
par le Livre d'Armagh, l'autre par le Manuscrit Fell 1 de la Bibliothèque 
Bodléienne d'Oxford. Il est regrettable que le savant auteur du mémoire 
dont nous rendons compte n'ait pas pu s'enquérir des autres manus- 
crits. Une notice de Schônemann, réimprimée chez Migne, Patrologia 
latina, t. LUI, col. 800-802, indique dix manuscrits dont sept se trou- 
veraient en Angleterre. On peut consulter aussi à ce sujet une note chez 
Todd, Saint Patrick, apostle of Ireland, p. ^46. 

Suivant Sir Samuel Ferguson, d'accord avec Colgan, la plus ancienne 
des Vies est celle que la tradition attribue à Fiacc, ou pour nous ex- 
primer autrement 1 hymne de Fiacc 3. Le savant Irlandais passe sous 
silence la doctrine de M. Zimmer suivant laquelle il faudrait distinguer 
dans cette vie versifiée une rédaction primitive du cinquième siècle, due à 
Fiacc, et des interpolations de date plus récente qui se reconnaîtraient à 
leur caractère tout particulièrement légendaire. M. Zimmer ne s'est pas 
aperçu qu'une de ces prétendues interpolations exprime une idée 



i. La première édition de ces documents a été donnée en 1656, neuf ans après la 
publication de la Trias thaumaturga. L'éditeur est James Ware, S. Patricio ascripta 
opuscula. Sur les autres éditions voyez Toid, Saint Patrick apostle of Ireland, p. Jli, 
347. Ces pièces ont été réimprimées chez Migne, Patrologia latina, t. LUI, col. 802-818. 

2. Sir Samuel Ferguson, p. 120, croit la Vie Tripartite plus ancienne que la vie 
composée par Jocelin. 

3. Colgan, Trias thaumaturga, p. 1 ; Whitley Stokes, Goidelica 2 , p. 126; Gilbert, 
Facsimiles 0) national mss. of Ireland, Part 1. Plates XXXII, XXXIII, XXXIV. 



276 Bibliographie. 

empruntée à la Confession de saint Patrice. Je veux parler des huitième 
et neuvième strophes de l'hymne. Dans ces strophes il est question des 
enfants irlandais de Fochlad qui appelaient saint Patrice à leur secours. 
Voici ce qu'on lit dans la Confession : « In sinu noctis virum venientem 
quasi de Hiberione, cui nomen Victoricus, cum aepistolisinnumerabilibus 
vidi ; et dédit mihi unam exhis, et legi principium sepistolae continentem : 
Vox Hyberionacum. Et dum recitabam principium aepistolae, putabam 
enim ipse in mente audire vocem ipsorum qui erant juxta silvam Focluti, 
quae est prope mare Occidentale, et sic exclamaverunt: Rogamus te, 
sancte puer, ut venias et adhuc ambulas inter nos. » 

Ainsi est conçu un passage de la confession dans l'édition publiée 
d'après le livre d'Armagh par M. Gilbert ' . Il y a très peu de différence 
entre cette leçon et celle qu'on peut trouver chez Migne, Patrologia 
latina, t. LUI, col. 896, A. B. Voila ce que saint Patrice a écrit. Que 
lit-on dans la vie en vers ou hymne attribué à Fiacc ? « On entendit 
de loin le cri des enfants du bois de Foclad. Ils demandaient au saint 
de se mettre en route afin de venir près d'eux. » Suivant M. Zimmer, 
p. 177 du second fascicule des Keltische Studien, ce passage de l'hymne 
est l'œuvre d'un interpolateur relativement récent qui écrivait à une 
époque où dans la vie de saint Patrice la légende se mêlait à l'histoire. Or 
il s'agit d'une vision que saint Patrice lui-même dans sa Confession 
racontait avoir eue en songe. 

Sir Samuel Ferguson n'admet pas que l'hymne de Fiacc ait été inter- 
polée. D'après lui, cette vie est l'œuvre d'un seul auteur et doit dater de 
la fin du sixième siècle, ou du commencement du septième. Il croit que 
la vie composée par Muirchu Maccu Machtheni remonte à la seconde 
moitié du septième siècle, comme les notes de Tirechan. Les autres 
vies publiées par Colgan sont toutes, suivant Sir Samuel Ferguson, 
postérieures à ce siècle, mais il les divise en deux groupes : les vies 2, 
3 et4 2 qui peuvent être du neuvième siècle; les vies 5, 6 et 7 qui 
sont postérieures. La cinquième vie, attribuée à un certain Probus 3, 
pourrait dater du dixième siècle; la sixième qui a pour auteur Jocelin 4 
est de la fin du douzième; la septième, ou Vie tripartite s, est plus an- 
cienne, suivant Sir Samuel Ferguson. 

1. Facsimiks of national manuscripts of Ireland, Part II, appendix III D. E. 

2. Ces vies se trouvent dans la Trias thaumaturga, la 2 e p. 1 1-16, la 3 e p. 21-29, la 4' 
p. 35-47. Elles sont attribuées, la 2 e à Patrice le jeune, la }• à saint Benignus, la 4 e à 
Eleranus Sapiens. 

3. Trias thaumaturga, p. $1-60. 

4. Trias thaumaturga, p. 64-108. Elle a été depuis réimprimée plusieurs fois. 

5. Trias thaumaturga, p. 1 17-168. 



Bibliographie. 277 

Il serait fort à désirer que quelque savant Irlandais entreprît de nous 
donner une édition critique des Vies numérotées 2, $ et 4, dont per- 
sonne, à notre connaissance, n'a collationné le texte avec les manuscrits 
depuis Colgan. Nous ignorons quel serait le résultat de ce travail ; en 
attendant, étant donné l'état de nos connaissances sur ce point, Sir 
Samuel Ferguson nous semble avoir porté sur ces documents, si précieux 
pour l'histoire d'Irlande, le jugement que l'on devait attendre de sa cri- 
tique sage et mesurée. Les observations intéressantes y abondent. Nous 
signalerons par exemple, p. 1 16-1 1 7, les recherches sur ce roi Coroticus 
auquel saint Patrice adressa une lettre qui nous a été conservée. 

H. d'A. de J. 

En Breiz-izel, par J. Kadiou, imprimé par Chevalier, à Morlaix, 1885, in-12, 
148 pp. 

Ce petit volume, dédié à M. Luzel, dieller, c'est-à-dire « archiviste » 
du département du Finistère, est un recueil de poésies bretonnes sur des 
sujets divers. L'auteur commence par ses souvenirs d'enfance; il fait un 
tour de promenade en enfer, jette un coup d'œilsurle paradis et termine 
en parlant de l'honneur de nos soldats et de nos matelots qui vont si 
bravement aux pays lointains montrer au monde entier qu'ils savent 
encore mourir pour la France. 

Contes populaires des Bretons armoricains. Le magicien et son 

valet (métamorphoses), par M. Luzel. Extrait du Bulletin archéologique du Finistère, 
ln-8, }6 pp. 

M. Luzel fait précéder son récit des deux vers suivants : 

Kement-man holl oa d'ann amzer 
Ma ho devoa dent ar ier. 
Tout ceci se passait du temps 
Où les poules avaient des dents. 

Notre critique se bornera à l'expression d'un regret : c'est qu'au lieu 
d'une petite brochure, M. Luzel ne nous ait pas envoyé un volume. 

Revue des traditions populaires. Première année, n" 1, 1886, Paris, 
Maisonneuve . Prix du numéro, un franc. 

Comme le constate l'auteur du programme de la nouvelle Revue, 
la France a été une des dernières nations de l'Europe à s'occuper 
sérieusement des traditions populaires. « Depuis environ six ans, il s'est 
cependant produit un revirement : on a beaucoup publié, et le nombre 



278 Bibliographie. 

de ceux qui s'intéressent à ces sortes d'étude a considérablement aug- 
menté (p. I). » Le lecteur pourra se demander quel événement a pu 
déterminer il y a environ six ans ce mouvement dont s'applaudit l'auteur 
du programme. Nous avons tout de suite supposé que c'était l'apparition 
de la première Mélusine, mais , comme il faut , pour des faits d'une 
pareille gravité, des dates précises, nous avons constaté avec surprise 
que la publication de ce recueil avait justement cessé en 1878, par 
conséquent il y a huit ans. Nous persistons néanmoins à croire jusqu'à 
preuve du contraire, que l'éveil du goût, en France, pour l'étude des 
traditions populaires est en grande partie due aux fondateurs de Mélusine, 
MM. Gaidoz et Rolland, dont le directeur de la nouvelle Revue, M. Sé- 
billot, a été l'un des collaborateurs les plus justement estimés et les plus 
actifs. Les linguistes et les historiens, particulièrement les Celtisants ne 
peuvent que voir avec satisfaction s'accroître le nombre des travailleurs 
et des chercheurs sur un terrain aussi vaste et aussi peu connu encore 
que celui du langage et des traditions populaires; nous souhaitons donc 
longue vie et prospérité à la nouvelle Revue : elle trouvera dans son 
aînée Mélusine un exemple et un encouragement. 

Le premier numéro contient ^p. 24) un article de M. H. du Cleuziou 
sur une inscription en breton moyen : le voici : 

« J'ai relevé, il y a quelques années, sur une poutre provenant de 
l'abbaye de Bon-Repos en Cornouailles ', l'inscription ci-dessous. Elle 
est écrite en caractères du xv e siècle, près d'un écusson lozangé avec 
bordure pleine, sans indication de couleurs. 

AN.MATERI AR TUD IAH IHS. 
PEPRED ER.AT AT AT.GARU 
GOUDE HOU HOUTET EN VETMANN 
DIVEZ PEP.ON AN. EN ANMARU. 

Cette poutre est actuellement placée dans une pauvre chaumière du 
village de Saint-Triphine 2 , non loin de Saint-Nicolas-du Pelem. 

Je ne connais pas exactement le sens du mot materi ; il semble ici 
vouloir dire quelque chose comme la formule. C'est peut-être l'expression 
particulière de ce genre d'inscription. Voici la traduction de cette prière : 

« La formule de l'homme bien portant en Jésus-Christ est toujours ai 
« ai ai contre le garou, après hou hou sortez de ce monde. Deux fois 
« chaque on an en an, il est mort. » Ce qui semblerait vouloir dire que 



1. Près Gouarec, sur les bords du Blavet (Côtes-du-Nord). 

2. M. du Cleuziou veut sans doute dire Sainte-Triphine. 



Bibliographie. 279 

pour chasser le loup-garou, il faut dire quatre fois la syllabe at, deux 
fois le son hou Aou, et quatre fois on an en an, pour obtenir la disparition 
du malin esprit. 

M . Viollet-le-Duc, auquel je montrai alors cette inscription, adhéra com- 
plètement à mon explication : il en a, du reste, donné d'analogues dans 
son Dictionnaire d'architecture comparée : elles proviennent de monu- 
ments anciens du pays de France. » 

Nous comptons prendre ou faire prendre prochainement une copie 
exacte de cette inscription que nous communiquerons aux lecteurs de Ma 
Revue Celtique. En attendant, il est facile de voir que M. du Cleuziou, a 
mal lu. Le mot garu lui a fait supposer qu'il s'agissait de l'être légen- 
daire appelé en français loup-garou. Le dernier vers est d'une restitution 
facile : 

Divez pep onan eu an maru : 
« la fin de chacun est la mort. » 

Le mot materi est des plus communs en breton moyen : Materi « ma- 
tière » (Catholicon). Les vers sont de huit pieds; la langue paraît bien 
être celle du breton moyen. 

J. Loth. 

Celtic mythology and religion by Alexander Macbain, inverness, 1885, in-8, 
VII et 109 pp. 

M. M. a réuni en un élégant volume une série d'articles parus dans 
le Celtic magazine en 1883-84. Il s'est proposé de mettre à la portée de 
tous un résumé des croyances religieuses celtiques. 

Ce livre, comme la plupart des ouvrages de vulgarisation, ne contient 
point d'indications précises des sources auxquelles l'auteur a puisé. Il 
n'a ni table ni index alphabétique ; il est destiné à être lu de suite, non 
à être consulté à l'occasion. M. M. paraît bien connaître le sujet qu'il 
traite et l'expose clairement. Il a en général évité les opinions hasardées 
ou les questions encore discutées qui ne doivent pas prendre place 
dans un résumé fait ponr le public. Ainsi, dans ses Errata, il a sup- 
primé un certain nombre de rapprochements qu'il avait établis, dans le 
texte, entre des dieux celtiques et des dieux indo-européens. De tels 
parallèles sont souvent plutôt ingénieux que fondés sur la réalité. 

Je ferai cependant un reproche sérieux à M. M. Il insiste longuement 
pp. 44 et suivantes, sur la différence qu'il y aurait entre les attributions 
des druides d'Irlande et celles des druides de Gaule. Il dit à plusieurs 
reprises et sous diverses formes que les druides ne sont que de simples 
« magicians and diviners, sometimes only conjurors. » Cette doctrine ne 



280 Bibliographie. 

me paraît plus acceptable depuis que M. d'Arbois de Jubainvillea réuni 
et interprété dans son Introduction à l'étude de la littérature celtique les 
textes qui montrent le rôle que remplissaient les druides irlandais dans 
l'éducation de la jeunesse, dans la religion, et quelquefois aussi dans la 
politique. 

Un passage du Leabhar na h-Uidre, p. 6 1 , col. i , 1. 18, 20-23, nous 
montre le druide Cathbad entouré de cent jeunes gens auxquels il enseigne 
le druidisme : Bôi Cat/zbad drui hi fail a maie idon Conchobair maie 
Nessa. Cet fer n-déinmec/z dô oc-foglaim druidec/zta ûad, is-é lin do- 
n-in-c/zoisced Cathbad. « Cathbad le druide était à côté de son fils, 
c'est-à-dire de Conchobar, fils de Nesse ; cent hommes frivoles étaient 
auprès de lui pour apprendre de lui le druidisme. Voilà le nombre de 
ceux qu'instruisait Cathbad ». Il y avait donc en Irlande un enseigne- 
ment druidique dont la nature, il est vrai, est assez difficile à déterminer. 

Les druides étaient prêtres et sacrificateurs, mais les cérémonies 
religieuses étant souvent mêlées à la plupart des actes du gouvernement, 
il leur arrivait quelquefois de jouer un rôle politique. Dans le Serglige 
Conculaind, publié par M. Windisch, Irische Texte, I, p. 213 on lit le 
récit d'un mode assez singulier de l'élection des rois : Is amlaid dognit/ze 
in tarbfes sin, i. tarb find do marbad ocus ôen fer do cat/zim a-sat/2a 
dîa eôil ocus da enbruthi, ocus cotlud dô fôn saith sin ocus ôr firindi do 
cantain do cet/zri drudib fair, ocus atc/zit/ze dô i n-aslingiinnas ind fir nô 
rigfaide and asa deilb ocus asa turascbail ocus innas ind oprid dognit/z. 
Diuc/ztrais in fer asa chotlud ocus adfiadar a res dona rigaib. « Ainsi 
se passait la fête du taureau ; un taureau blanc était mis à mort et un 
homme se rassasiait de la chair et du bouillon du taureau ; puis l'homme 
dormait tant qu'il voulait, et quatre druides chantaient sur lui un chant 
de justice. L'homme voyait dans une vision celui qui devait être roi, 
sa figure, sa réputation et ce qu'il faisait. Lorsque l'homme se réveillait, 
il racontait son rêve aux rois. » Cf. Revue celtique, t. I, p. 261 . 

Il semble donc que les druides d'Irlande étaient professeurs et prêtres, 
en même temps qu'ils étaient magiciens et devins et, en général, qu'ils 
avaient, sauf le pouvoir judiciaire réservé aux fde, à peu près les mêmes 
attributions que les druides de Gaule. M. M. se trompe quand il consi- 
dère les druides d'Irlande comme de simples sorciers. 

Quoi qu'il en soit, malgré cette erreur, qui n'est pas imputable à 
l'auteur, car il l'a reproduite sur l'autorité d'autrui, le livre de M. M. 
pourra rendre de sérieux services à nos études, en faisant connaître 
d'une manière attrayante et exacte les croyances mythologiques des 
Celtes. G. D. 



CHRONIQUE. 



i. 

Le 10 février dernier, une mort subite a enlevé M. Henry Bradshaw, biblio- 
thécaire de l'Université de Cambridge. Il était âgé de cinquante-quatre ans. 
Elevé à Eton et à King's Collège, il avait été nommé en 1854 assistant librarian 
de la bibliothèque de l'Université à Cambridge. Il était devenu superintendant of 
the manuscripts en 1859, librarian en 1869. Il a été publié sur lui en Angleterre 
plusieurs notices nécrologiques ; nous signalerons celles qui ont paru dans YAca- 
demy des 20 et 27 février, pp. 130-1 3 1 , 147-149, et celles qu'ont données YA- 
thenaeum le 20 du même mois, pp. 262, 263, et le 27 mars, p. 425. Tout le 
monde est d'accord pour louer son caractère, pour admirer la variété et la pro- 
fondeur de ses connaissances et pour constater la compétence toute spéciale avec 
laquelle il administrait le grand établissement qui lui était confié. 

Les études celtiques étaient un des sujets principaux qui avaient attiré son at- 
tention. C'est lui qui a fait connaître à M. Whitley Stokes les gloses bretonnes 
contenues dans plusieurs copies des canons irlandais et qui ont paru sous les 
titres: Old-Breton gloses, Calcutta, 1879; The Breton glosses ai Orléans, Cal- 
cutta, 1880. Il avait réuni sur l'Irlande une collection d'imprimés rares dont il 
avait promis un catalogue à la Revue Celtique. Ce projet est resté sans exécu- 
tion comme bien d'autres. M. Bradshaw avait publié fort peu. Il livrait sa 
science aux autres sans se rien réserver. Sa dernière œuvre paraît avoir été une 
lettre sur la collection des canons irlandais. Elle était adressée à M. Hermann 
Wasserschleben qui l'a fait imprimer dans la seconde édition du livre intitulé : 
Dit irische Kanonensammlung, p. lxiii-lxxv. M. Bradshaw était d'origine ir- 
landaise, il saisissait avec plaisir les occasions de le rappeler : comme le professeur 
Mahaffy, le directeur de la Revue Celtique en a été personnellement témoin. 

II. 

Dans VAcademy du 14 novembre 1885, M. Standish O'Grady a consacré un 
intéressant travail à l'étude des expressions dia mis et dia bliadna qui corres- 
pondent à l'expression française » dans un mois, dans un an ». La première a 
été traduite par M. Windisch t nach einem Monat » c'est-à-dire c au bout 



2»2 Chronique. 

d'un mois » ou, si l'on veut, « dans un mois à pareil jour » ' . L'exactitude de 
cette traduction est établie notamment par un passage du Livre de Leinster, 
page 288, colonne 2, lignes 32-33: Al-laa-sa i-cind mis do téis co-comairsem 
i-Cind-Abrat. Ba-fir-sôn immorro. Co«drecat dia-mis. « Ce jour-là, à la fin du 
mois, tu viendras et nous nous rencontrerons à Cind-Abrat. Ce fut vrai ; ils se 
rencontrèrent à pareil jour au bout d'un mois. » Ainsi dia mis est en irlandais 
l'équivalent de i-cind mis ; en breton : da benn ar miz. L'expression dia mis a 
pour pendant celle de dia bliadna ou dia bliadnc « au bout d'un an ; en breton : 
en deiz-ma penn blizen. Dans la plupart des documents manuscrits où l'on ren- 
contre cette expression, dia bliadna, elle est écrite dia-bî, avec un signe abré- 
viatif à la fin. Un exemple caractéristique nous est donné par le récit légendaire 
qui raconte de quelle manière le fameux Conchobar devint roi d'Ulster. Nesse, sa 
mère, était restée veuve. Le roi Fergus lui demanda sa main. Elle mit à son 
consentement une condition : c'est que son fils jouirait de la royauté pendant un 
an : « rîge m-b\iadne do-m mac ». Le roi y consentit. Le jeune homme devint roi 
pour un an, et le terme du délai convenu arriva au bout d'une année : <• tanic 
di«o cend na-ree hi-sin-dia-bhW/!£2 ». Le mot bliadne, bliadno, ou bliadna est 
moins abrégé dans un passage de la version du Tochmarc Emere (demande en 
mariage d'Emer), conservée par le Lebar na h-Uidre.La formule dont nous par- 
lons y est écrite dia blia... On raconte dans le passage en question que des mes- 
sagers avaient été envoyés parcourir l'Irlande pour chercher une femme à Cûchu- 
lainn. Ils revinrent au bout d'un an, après des recherches infructueuses : « tan- 
catar uli na tec/ita dia bMadne 5 ». La même notation, dia blia..., se retrouve 
dans le Livre de Leinster, page 246, col. 1, à l'avant-dernière ligne. 

Cette locution se rencontre dans un des documents que M. Windisch a publiés 
dans ses Irische Texte, t. I, p. 106, 1. 18. La base de cette édition est le Livre 
de Leinster, p. 1 14, col. 1, I. 25. On y lit diabl... avec un signe d'abréviation. 
M. Windisch a transcrit : dia bliadain. Ce n'était pas le datif qu'il fallait ; c'était 
le génitif, bliadne, bliadno ou bliadna. Mais ce détail n'a ici qu'une valeur 
secondaire. Ce qui est important, c'est que le savant auteur accepte pour ce 
passage la traduction d'O'Curry : « au bout d'un an », in twelve months' time*. 
M. Zimmer, dans la première livraison de ses Keltische Studien, p. 3 5, se moque 
de la transcription de M. Windisch, et de la traduction qu'admet l'éminent 
professeur de Leipzig. Suivant lui, le copiste auquel on doit le Livrede Leinster, 
en écrivant dia bl., a mal transcrit un codex archetypus dans lequel il était écrit 
diall ou di-aill, c'est-à-dire di-Ailill « au roi de Connaught Ailill ». 

Certainement la Revue celtique ne peut sans injustice refuser de reconnaître 
que les études auxquelles elle est consacrée doivent aux travaux de M. Zimmer 
de sérieux progrès. Mais ce n'est pas en vain que, remplaçant par d'autres 



1. irische Texte, t. I, p. 477,00!. 1, au mot: 4 dia. 

2. Livre de Leinster, p. 106, col. 1, 1. 36, 44. 

3. Lebar na h-Uidre, p. 122, col. 1, 1. 4. 

4. Irische Texte, t. I, p. 112, 1. 7. 



Chronique. 283 

heures les heures ordinaires des études, l'ardent professeur de Greifswald em- 
ploie habituellement à ses recherches sur la grammaire celtique les soirées et les 
nuits, depuis quatre heures du soir jusqu'à quatre heures du matin ' : 

Quandoque bonus dormitat Homerus. 

Le dieu du sommeil est le père des songes. 

III. 

We hâve to congratulate the Society of Cymmrodorion on the issue of the 
interesting and valuable report of its committee appointed to inquire into the 
advisability of the introduction of the Welsh language into the course of Ele- 
mentary éducation in Wales. This report isfollowed by an appendix containing 
the replies from head-masters and head-mistresses of Elementary schools to this 
question ; they are divided into négative, affirmative, and neutral, as follows : 
négative, 257 ; affirmative, 339; neutral, 32 ; the proportions in various counties 
vary very greatly; thus, in Glamorganshire there are 77 affirmative to 48 néga- 
tive, in Anglesey 20 affirmative to 10 négative, in Merioneth 29 affirmative to 
12 négative; whereas in Flint there ar« 13 négative to 8 affirmative, in the Os- 
westry district 5 négative to one affirmative; in Brecknock 10 of each, and 
in Radnor 4 of each. There is also a great diversity among the reasons given 
by différent teachers, whether for or against ; and, as might be expected, not a 
few answers are very amusing. The Society appears to be in a very flourishing 
condition "as regards the number of its members, which continues to increase 
steadily. Professor Powel of Cardiff has resigned the editorship of the Cymm- 
rodor into the hands of M. Egerton Phillimore a most energetic member of the 
Society. In a future number of that periodical, Mr. F. -P. Palgrave will contri- 
bute a short paper giving the resuit of researches made by him at Milan into 
the question of the place of printing of Griffith Robert's Welsh Grammar; it is 
sufficient to say hère that the fresh évidence strengthens materially the case of 
those who believe that the book in question was printed in Milan, of which in- 
deed there has long been little doubt 2 . 

Arthur W.-K. Miller. 



IV. 

La Société pour la conservation de la langue irlandaise, Society for the pré- 
servation of the Irish language, dont le siège est à Dublin, 6, Molesworth-street, 
a tenu le mardi 2 mars 1886 une séance intéressante. Le secrétaire, M. J.-J. 
Mac Sweeney a donné lecture du rapport sur les travaux de la Société et leurs 



1. Keltische Studien, II, vi. 

2. Voyez, sur le même sujet, une note insérée dans VAcademy du 6 mars dernier 
p. 164. 



284 Chronique. 

résultats pendant l'année 1885. Autrefois l'usage de l'irlandais était prohibé 
dans les National schools, en sorte que des enfants qui ne savaient pas un mot 
d'anglais ne recevaient l'instruction [qu'en anglais et par conséquent restaient 
fort longtemps hors d'état de tirer aucun profit des leçons du maître. Aujour- 
d'hui, il est permis à ce dernier de donner des explications en irlandais aux en- 
fants qui ne comprennent pas encore l'anglais. Bien plus, l'irlandais est devenu 
depuis 1878 une des facultés sur lesquelles peut porter l'examen qui, en Irlande, 
correspond à ce que sont chez nous les épreuves pour l'obtention du certificat 
d'études. Toutefois, le nombre des enfants qui demandent à être examinés sur 
l'irlandais n'est pas jusqu'à présent très considérable. On prétend que dans 
les portions de l'Irlande où l'irlandais n'est pas encore tombé tout à fait en 
désuétude, il y a quatre mille instituteurs ou institutrices. Or, le nombre des 
enfants qui, préparés par ces maîtres, ont passé l'examen pour l'irlandais, n'a 
été, l'année dernière, que de cent soixante et un. Disons que ce modeste chiffre 
est l'expression d'un grand progrès. Des états officiels, il résulte une constante 
progression ; douze élèves seulement avaient passé l'examen pour l'irlandais en 
1881 ; il y en a eu dix-sept en 1882, vingt-cinq en 1885, quatre-vingt-treize 
en 1884, et, comme nous venons de le dire, cent soixante et un en 1881;. 

Parmi les quatre mille maîtres et maîtresses qui ont formé ces cent soixante 
et un élèves, nous ignorons combien il y en a qui sachent assez d'irlandais pour 
l'enseigner. On a établi en Irlande pour les maîtres un certificat d'aptitude à 
l'enseignement de l'irlandais. Naturellement ce certificat n'est point obligatoire. 
L'irlandais est une matière facultative. Jusqu'à présent les maîtres n'ont pas 
montré un grand empressement à ajouter cette matière facultative aux matières 
obligatoires du programme. Trente-six seulement se sont fait délivrer le certi- 
ficat d'aptitude, et la cause en est que la plupart d'entre eux, qu'ils sachent ou 
ne sachent point parler l'irlandais, n'ont aucune notion de la grammaire de cette 
langue. En effet, il n'y a pas de professeur d'irlandais dans les deux écoles nor- 
males, Central training Establishment Marlborough Street, Dublin, et St. Pa- 
trick's training collège, Drumcondra. 

Cependant, on ne peut contester que l'étude de l'irlandais ne soit tort encou- 
ragée par le gouvernement. Tout maître qui fait passer avec succès à un de ses 
élèves l'examen pour l'irlandais reçoit une gratification de dix shillings, soit douze 
francs cinquante. Un seul maître, dont quarante-deux élèvesont passé avec succès 
ces examens, a obtenu de cette manière une gratification totale de vingt et une 
livres, soit cinq cent vingt-cinq francs. Le certificat de français et d'allemand 
ne rapporte que moitié. Mais un maître dont les élèves subissent avec succès 
l'examen pour le grec et le latin obtient le même résultat que lorsqu'ils réus- 
sissent dans l'examen pour l'irlandais. 

L'étude de l'irlandais est une question dont on s'occupe aussi en Amérique. Le 
rapport de M. Mac Sweeney nous apprend que le bureau d'éducation de San- 
Francisco a autorisé l'emploi de l'irlandais pour l'enseignement dans les écoles ; 
et nous recevons un numéro du New-York Times du mardi 17 mars, où nous 
trouvons sous la signature Charles de Kay un long article destiné à démontrer la 



Chronique. 28$ 

nécessité d'établir une chaire d'irlandais dans une des universités nombreuses 
déjà que possèdent les Etats-Unis. .Nous ne pouvons qu'approuver cette propo- 



sition. 



Nous avons annoncé dans notre précédent numéro la publication de textes gal- 
lois préparée par M. John Rhys. Une lettre de M. J.-G. Evans, insérée dans 
l'Acadcmy du 20 février dernier, p. 133, nous apprend que l'association gal- 
loise connue sous le nom de Society of Cymmrodorion a souscrit à quatre cents 
exemplaires de la reproduction du Livre rouge de Hergest. 

VI. 

On annonce la publication prochaine d'un ouvrage intitulé : Antichi poemetîi 
popolari italiani. Le tome premier doit paraître dans le courant de cette année 
chez Nie. Zanichelli, à Bologne. Nous avons sous les yeux quelques feuilles de cet 
ouvrage. Elles contiennent une étude sur la légende italienne intitulée : Superbia 
e morte di Scnso. M. Reinhold Kœhler, si connu par ses savants travaux sur 
les contes, en rapproche plusieurs légendes néo-celtiques publiées par Luzel, 
Légendes chrétiennes de la Basse-Bretagne, t. I, p. 346; — par Bryan O'Looney, 
Transactions of the Ossianic Society, t. IV, p. 227 et suivantes; — par Patrick 
Kennedy, Legendary fictions of the Irish Celts (1866), p. 240 ; — par K.. von 
K[illinger], Erin, Auswahl vorzuglicher irischer Erzdhlungen und Sammlung der 
besten irischen Volkssagen, Màhrchen und Legenden, vol. III, pp. 162-165. 

VII. 

M. J.-J. Egli, professeur à l'Université de Zurich, va publier un ouvrage 
intitulé Geschichte der geographischen Namcnlcunde. Nous connaissons déjà la 
méthode de l'auteur par un travail préparatoire qui a paru en 1883 dans le 
tome IV de la Zeitschrift fur wissenschaftliche Géographie. Son travail sera une 
sorte de bibliographie critique des ouvrages qui ont pour objet Pétymologie des 
noms de lieu. C'est une matière sur laquelle on a beaucoup écrit dans notre 
siècle, et après des recherches prolongées qui sont restées d'abord la plupart 
infructueuses, on commence à trouver un terrain plus solide. 

VIII. 

La Faculté des Lettres de Rennes vient de faire paraître le premier fascicule 
d'un bulletin trimestriel. Ce bulletin porte le nom d'Annales de Bretagne. Il in- 
téressera tout particulièrement les lecteurs de la Revue Celtique. Les recherches 
relatives à la langue et à l'histoire de la Bretagne armoricaine y tiendront la 
première place. Il y sera rendu compte de toutes les publications nouvelles sur 
l'histoire ou la philologie bretonnes. Plusieurs professeurs de la Faculté des 



286 Chronique. 

Lettres prennent part à la rédaction des Annales ; à côté de travaux d'érudition, 
nous pourrons trouver des études sur la littérature et les poètes bretons. 

Le premier fascicule comprend trois articles. M. L. Robert, le savant doyen 
de la Faculté, commence une série d'études sur quelques philosophes bretons. 
Il traite des doctrines de Kéranflech, philosophe cartésien du xvm e siècle. 
M. Dupuy, auteur d'intéressants travaux sur l'histoire de Bretagne, donne 
un article sur la constitution municipale de Rennes au XVIII e siècle. M. Loth, 
bien connu des lecteurs de la Revue Celtique, expose l'importance des études de 
linguistique celtique au point de vue historique, et, par des exemples bien 
choisis, montre dans quelles erreurs sont tombés, faute de méthode, la plupart 
de ceux qui, jusqu'à présent, ont voulu étudier la langue et l'histoire des Celtes, 
depuis les celtomanes jusqu'aux gauloisants. Nous ne doutons pas que les efforts 
de M. Loth ne soient récompensés par le succès, et que les savants bretons ne 
prennent désormais dans leurs recherches d'autre guide que la méthode histo- 
rique. 

Les Annales de Bretagne contribueront à répandre dans le public des idées 
justes et précises sur l'histoire et la philologie celtique; elles utiliseront la vita- 
lité intellectuelle de la Bretagne et en dirigeront le mouvement : nous leur sou- 
haitons de tout cœur la bienvenue. G. D. 

IX. 

La Revue historique, t. XXX, paraissante Paris, chez Félix Alcan, 108, bou- 
levard Saint-Germain, contient un article de M. d'Arbois de Jubainville intitulé: 
Les origines gauloises. L'empire celtique au quatrième siècle avant notre ère. Cet ar- 
ticle se trouve dans le numéro de janvier-février 1886. M. E. Ernault a publié 
une critique de ce travail dans le Bulletin mensuel de la Faculté des lettres de Poi- 
tiers, vol. IV, p. 146-1 $o(n° d'avril 1886). 

X. 

Le vendredi 5 février dernrer, M. Whitley Stokes a lu en séance de la 
Philological Society un mémoire intitulé : Notes on Curtius' Greeketymology. Quel- 
ques-unes des étymologies qu'il propose ont un intérêt pour les études celtiques. 
Ainsi, M. Wh. Stokes croit que le mot Senani, dans une des inscriptions de 
l'autel des nautae de Paris ( , est un dérivé d'un terme géographique Séna qui 
aurait existé concurremment kSlquana et qui en serait synonyme. Seine, suivant 
lui, viendrait de Séna, comme veine de vêna. Ainsi le nom moderne de la Saône, 
celui de la Somme, représentent des noms géographiques anciens autres que ceux 
que César nous apprend. Saône n'est pas le même mot qu'Arar; Somme n'est pas 
identique au premier terme de Samaro-briva, nom de la ville d'Amiens. 



1. Desjardins, Géographie historique et administrative de la Gaule romaine, t. III, 
p. 263. 



Chronique. 287 



XI. 

La Revue d'anthropologie, XV e année, t. I(i886), première livraison, adonné 
un article sur la mensuration des crânes des grottes de Baye, Marne, par le 
docteur Topinard ; une étude sur la race de Cro-Magnon, ses migrations et ses 
descendants, par le docteur Verneau ; et des recherches sur les pierres à cupules, 
par M. de Nadaillac. Le travail du docteur Verneau se termine ainsi: « Tous 
les faits exposés dans cette note nous conduisent à la même conclusion : La race 
de Co-Magnon a dû émigrer du nord vers le sud en laissant sur sa route des repré- 
sentants dont on retrouve de nos jours des descendants en assez grand nombre. Les 
blonds du Nord du général Faidherbe, les Celtes primitifs d'Henri Martin ces 
constructeurs des dolmens africains, — ces hommes blonds qui de la Gaule pas- 
sèrent en Espagne, et de là sans doute en Afrique, — ne seraient donc que les 
descendants de nos chasseurs quaternaires de la vallée de la Vézère ». 

Pour bien comprendre cette doctrine, il faut se rappeler que Cro-Magnon est 
dans la vallée de la Vézère, affluent de la Dordogne, qui, elle-même, se jette 
dans la Garonne. Il n'est, suivant nous, en aucune façon démontré que les 
hommes de Cro-Magnon fussent des Celtes. J'ignore si l'on a prouvé que les 
hommes de Cro-Magnon fussent blonds; mais ce qu'il y a de certain, c'est que 
personne n'a jusqu'ici administré la preuve que les Celtes eussent le monopole 
des cheveux de cette couleur. D'ailleurs, rien n'établit que les Celtes aient pé- 
nétré dans le bassin de la Garonne antérieurement au v e siècle avant notre ère- 
et s'ils ont été s'établir en Afrique postérieurement à cette date, comment se 
fait-il qu'aucun historien de l'antiquité n'en ait parlé? 

H. d'A. de J. 

XII. 

M. P.-Ch. Robert a communiqué à l'Académie des Inscriptions et Belles- 
Lettres, le 18 septembre 1885, une étude sur les alternatives de dissémination 
et de centralisation par lesquelles a passé la fabrication monétaire dans notre 
pays, pendant quatre périodes successives : période autonome gauloise, domi- 
nation romaine, période mérovingienne et période carolingienne. Ces pages, 
pleines d'enseignement à la fois pour le numismate et pour l'historien, sont sui- 
vies d'un appendice où l'auteur interprète la monnaie qui porte au droit CI- 
SIAMBOS CATTOS VERCOBRETO et au revers SIMISSOS PVBLICOS 
LIXOVIO. Il explique ces deux formes en comme des nominatifs singuliers 
abrégés, pour os. Ses arguments me paraissent confirmés par la phonétique 
celtique, car la terminaison du nominatif duel de la deuxième déclinaison, qu'on 
a cru voir dans ces mots, devait être en a, et non en ô. 

Cet important travail a été reproduit par la Revue archéologique. L'auteur est 
revenu sur ces mêmes sujets, avec de nouveaux détails, dans une Lettre à 
M. Alph. de Schodt qui a été publiée par la Revue belge de numismatique, 
année 1886. 



288 Chronique. 

— M. P.-Ch. Robert vient aussi d'examiner devant l'Académie des Inscrip- 
tions et Belles-Lettres cette question: « Ogmius, dieu de l'éloquence, figure-t-il 
sur les monnaies armoricaines? » Il l'a résolue négativement, contre l'opinion 
jusqu'ici admise. Son argumentation se fonde sur une étude soigneusement faite 
des caractères de ce personnage mythique d'Ogmios, comparés aux types des 
monnaies où l'on pensait le reconnaître. 

Emile Ernault. 

XIII. 

M. Donald Mackinnon, professeur de celtique à l'université d'Edimbourg, nous 
envoie le programme de son cours pour le second semestre de l'année scolaire 
1 88 5 - 1 886. Ce cours consiste en cinq leçons par semaine. 

Lundi, leçons sur la philologie celtique. 

Mardi, lecture et explication de textes dans le premier volume de la chres- 
tomatie que M. Mackinnon a publiée sous le titre de Reading book for the use of 
students of the gaelic class of the University of Edinburgh. Ce premier volume a paru 
en 1883, il contient des documents écrits en gaélique moderne. 

Mercredi, leçon sur la littérature gaélique des Highlands. 

Jeudi, lecture et explication de textes dans le second volume de la chresto- 
mathie de M. Mackinnon qui est un recueil de documents en gaélique moyen et 
qui contient même un fragment de vieil irlandais emprunté au livre d'Armagh . 

Vendredi, lecture de manuscrits anciens par les élèves les plus avancés. 

Les livres recommandés sont : Pour la leçon du lundi : Zeuss, Grammatica 
celtica, Curtius, Fondements de l'Etymologie grecque, Schleicher, Grammaire com- 
parée ; Rhys, Lectures on Welsh philology : 

Pour la leçon du mardi, les grammaires de Macpherson et de Stewart; 

Pour la leçon du jeudi, les grammaires de Stewart, d'ODonovan et de Win- 
disch. 

M. Mackinnon, qui professe pour la troisième année, réunit ordinairement 
autour de sa chaire de douze à seize élèves : les deux tiers ou les trois quarts 
sont de futurs ministres du saint évangile qui se préparent à la prédication dans 
les congrégations où le gaélique est en usage et pour lesquels le côté scientifique 
des études celtiques est un accessoire, un quart ou un tiers sont attirés aux 
études celtiques par un goût naturel pour la linguistique et la philologie. 

Un prix sera donné à l'auteur de la meilleure monographie d'un dialecte gaé- 
lique d'Ecosse au choix du candidat. 



Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG. 



Chartres. — Imprimerie Durand. 



FIND AND THE PHANTOMS. 



The text of the following poem is taken from the Book of Leinster, 
a ms. of about the middle ofthetwelfth century, preserved in the library 
of Trinity Collège, Dublin, and recently reproduced in lithographie fac- 
similé. The poem begins p. 2o6 b and ends on the first line of p. 207 b . 
It contains in fifty-four quatrains 2 16 heptasyllabic lines. 1 know of no 
other copy. A free metrical version by the late Dr Anster was published 
in the Dublin University Magazine, vol. XXXIX, where it is entitled the 
Rath of Badammar, and the poem is noticed in O'Curry's Lectures on 
the Ms. Materials of Irish History, p. 30$. 

The teller of the taie introduces himself as Guaire the Blind. But it 

soon appears that this is a new name for Oisin (Ossian), the famous son of 

Find mac Cumaill, whose return to earth, after dwelling 300 years in the 

Tir na n-ôg, is told so well in a poem printed in the Transactions ofthe 

Ossianic Society, vol. IV, pp. 254-278, and whose blindness is mentio- 

ned in the same book, p. 8. The story now published is not devoid of 

imagination, and, from the literary point of view, the description ofthe 

quartette shrieked by the three-headed hag, the trunk with its solitary eye, 

the nine headless bodiesand the nine bodilessheads has a certain amount 

of ghastly effectiveness. Moreover, it illustrâtes various superstitions, 

manners and customs. Consider the spear with a spell of venom (1. 35), 

the spits of rowan-tree (1. 158), the sunrise dispersing evil phan- 

toms ' (11. 187-192), the cooking of horseflesh (11. 157-164), barter 

(1. 2 3),andhorseracing (11. 1 5-20). The poem, lastly, throws some light 

on the topography of Kerry (see lines 69-89) : it contains some words 

and forms of philological interest, which are mentioned in the notes ; 

and it illustrâtes the metrical rules recently investigated by professors 

Windisch and Thurneysen. 

Whitley Stokes. 

2 April 1886. 

1. Compare Dasent's Popular Taies from the Norse, 2d éd., 1859, P- 547 '• " So the 
Troll turned round, and, of course, as soon as he saw the sun, he burst ». 

Rev. Celt. VIL 19 



290 Whitley Stokes. 



Book of Leinster p. 2o6 b . 

1 . Oenach indiu luid in ri, 
Oenach Life cona li, 
aebind do cec/z-oen téit and, 
ni hinund is Guaire dall. 

$ . Ni Guaire dall gairthea dim 
là lodmar fo gairm in rig 
co tech Fiachu fairged gail, 
cosin râith os Badammair. 

9. Oenach Clochair romôr Find 
is fianna Fail is cech dind ; 
ramorsat Mumnig din maig 
ocus Fiachu mac Eogain. 



Tucait eich na fian rofess 
iseich Mumnech 'sin morthres, 
ro/ersat tri graffne glana 
for faichthe maie Maireda. 



17. Ech dub re Dil mac Dâ-chrech 
bâi in Câch cluchi rofer ' , 
cusin carraic uas Loch Gair 
rue tri lanbuada ind oenaig. 

2 1 . Cuinchis Fiachu innech iarsain 
ar in rig, ara s'enathair, 
gellais cet dô do cech crud 
dia tabairt i tuarastul. 

2 5 . Rorâid in drûi and iarsain 

aithesc maith ra mac Eogain : — 
« ber mo be/macht, ber inn-ech 
ocus tidnaic rit œnech » . 



Ms. rofersat. which not only destroys the rhyme but the mètre. 



Find and the Phantoms. 291 



1 . Today the king went to a fair, 
The fair of Liffey with its splendour. 
Pleasant it is to every one who goes thither ! 
Not so is Guaire the Blind '. 



S 



Not « Guaire the Blind » was I called 
On the day we went at the king's call, 
To the house of Fiachu who wrought valour, 
To the fortress over Badammar 2 . 

9. (It was) Oenach Clochair* that Find greatened, 
And the champions of Ireland on every hilltop. 
Munstermen from the plain greatened it, 
And Fiachu son of Eogan. 

1 3 . The champions' horses were brought, it is known, 
And the Munstermen's horses, into the great contest. 
They ran three clear races 
On the green of Mairid's son. 

17. A black horse belonging to Dil son of Two-Raids 
Was in every game that he played . 
Unto the rock over Loch Gair 
He won the three prizes of the meeting. 

2 1 . Thereafter Fiachu asked the horse 
Of the king, of his grandfather : 
He promised him a hundred of every (kind of) cattle 
To be given to him in recompense. 

2 5 . Then the wizard there uttered 
A good answer to Eogan's son : 
« Take my blessing : take the horse, 
And bestow it for thy honour's sake » . 

1. Oisin's name at the time this poem was composed. 

2. Near the town of Cahir in Tipperary, O'Curry. 

3. Now Matiistir near Croom, co. Limerick, O'C. 



292 Wliitley Stokes. 

29. « Asiut duitsiu int-ech dub di'an », 
ar Fiachu ri flaith na fian, 
« asiut mo charpat co mblaid 
is as'iût ech dot araid ». 

3 3 . Asiut claideb is gell cet, 
asiut sciath a tirib Grée , 
asiut sleg co mbricht neme, 
ocus m'idnu airgdide. 

37. Asiût tri coin, caem a ndath, 
Feirne is Derchaem is Dualath, 
con a-muincib 6ir buidi 
co slabradaib findruini. 

41 . Mad ferr duit na beith cen ni, 
a maie Cumaill, a ardrî, 
na digis can ascid ass, 
a /laith na fian firamnas ! » 

45 . Atraacht Find suas arsain : 
buidech é do mac Eogain : 
bendachais cach da cheli : 
ba curata a coméirge. 

49. IArsain luid Find roinn ar sét 
lodsam leis tri fichit cet 
co Cacher, co Clûain da loch, 
lodsam uile assinn oenoch . 

$ ] . Tri la is tri aidche ba leith 
bâmmar uile i tig Cachir, 
cen esbaid lenna na bid 
ar na sluagaib 'mân ardrig. 

57. Coica falach tucad dô, 
càica ech is côica bô, 
dorât Find fiach a lenna 
do Chachiur mac Cairella. 



Find and the Phantoms. 

29. « There for thee is the black swift horse » 
Saith Fiachu to the prince of the champions, 
« There is my famous chariot, 
And there is a horse for thy charioteer » . 

3 3 . There is a sword, the pledge of hundreds, 
There is a shield from the lands of Greeks, 
There is a spear with a spell of venom, 
And my silvern weapons. 

37 . There for thee are three hounds — fair their colour — 
Feirne and Derchaem and Dualath, 
With their collars of yellow gold, 
With their chains of white bronze. 

41 . If thou preferrest to hâve somewhat 
son of Cumall, overking! 
Thou wilt not go hence without a gift, 
prince of the fierce champions ! » 

45 . Then Find rose up: 

Thankful was he to Eogan's son : 
Each blessed the other : 
Gallant was their rising together. 

49. Thereafter Find went forward 

We went with him, three score hundred, 
Unto Cacher, to Cluain-dâ-loch, 
We ail went from the meeting. 

5 3 . During three days and three nights — it was a festival — 
We ail abode in Cachées house, 
Without lack of aie or food 
For the hosts together with their overking. 

57. Fifty rings were given him, 
Fifty horses and fifty cows : 
Find gave the price of his aie 
To Cacher son of Cairill. 



293 



294 



Whitley Stokes. 

6 r . Luid Find for Luachair iarsain 
cosin traig ac Berramain : 
anais Find co fiannaib Fâil 
os or in locha lindbâin. 

65 . Luid Find d'imlûad a eich duib 
forsin traig oc Berramuin, 
misse ocus Cailte tri bais 
raithmît ris ra bothogâis. 

69. IMmar atchondairc in ri, 
bûalid a ech co Traig Li, 
Traig Li col-Leirgg Daim Glaiss, 
dar Fraechmag is dar Findnais. 

73 . Dar Mag da Éo, dar Môin Cend, 
co Sen-ibar, dar Sen-glend, 
co hlnber Flesci fmni, 
co colomnaib Crohinni. 

77. Dar Sruth Muinne, dar Moin Cet, 
dar Inber Lemna, ni bréc, 
otâ Lemain co Loch Léin, 
etir réid ocus amréid. 

81 . Cid sinni nirsar malla, 

ropsat lûatha ar \émmenna, 
fer ûan da chli, fer da deis, 
ni/il fiad arna bermis. 

8$ . Lam ri Fleisc sech Fhid in Chairn, 
sech Mungairit meic Scâil Bailb, 
nocho ragaib Find ra ech 
cosin cnocc diarb ainm Bairnech. 



Find and the Phantoms. 29$ 

6 1 . Then Find went over Luachair 
To the strand at Berramain '. 
Find rested with Ireland's champions 
Over the bank of the fair-watered lake. 

6 5 . Find went to gallop his black horse 
On the strand at Berraman. 
I and Cailte through wantonness 
We raced against him, it was déception. 

69. Asthekingsaw (us) 

He smites his horse to Tralee, 
From Tralee to Lerg Daim glais, 
Over Heatherfield and over Findnais. 

73. Over Moy-da-eô, over M6in-Cend 
Unto Old-yew, over Old-glen, 
To the estuary of fair Flesc 2 , 
To the pillars of Crofinn . 

77. Over Sruth-Muinne, over M6in-Cet, 

Over the estuary of Lemain 3, no falsehood, 
From Lemain to Loch Léin4, 
Both smooth and unsmooth. 

81. As to us, we were not slow : 
Swift were our leaps, 
One of us on his ieft, one on his right, 
There is no deer that we would not overtake. 

8$ . One hand towards Flesc 2 , past the Wood of the Cairn, 
Past Mungairiu of the son of the Stammering Champion, 
Find did not rein in his horse 
Till (he came) to the hillock named Bairnech 6 . 



1 . Near Tralee, according to O'Curry. 

2. A river in Kerry: see Annals of the Four Masters A. M. 37$! and A. D. 1 $24, ij8o. 

3. Now the river Laune in Kerry, Four MM. A. M. 4169, and A. D. 1 570. 

4. Now the Lakes of Killarney. 

5. There is an abbey of this name (now Mungret) in co. Limerick. But in our poem it 
probably means Mangerton. 

6. Near Killarney, according to O'Curry. 



2 o6 Whitley Stokes. 

89. Mar rochuaramar 'sin cnocc 
sinni ba toisciu 'ci thocht, 
cid sinni ba taisciu and 
ech in rîg nirbo romall . 

93. « Adaig-seo dered din 16, » 
ar Find féin, ni himmargô : 
tn'ar tancammar ille 
tsëit rôinn d'iarraid /ianbothe. 

97 . D'éccain radéch ûad in rî 
forsin carraic da lâim chlf, 
co facca in tech cona. thein 
issin glind ararmbélaib. 

101 . Atrubairt Find flaith na fian : 
« assiut tech nach /acca riam : 
a Chailti, ni chuala thech 
isin glind-sea cid am eolach ». 

10$ . « IS ferr dûin dula dia /iss 
[p. 207 a ] atâ" môr neich 'narn anfis : 
is firt féli, is ferr cac/z ni, 
a maie Cumaill, a airdri ! » 

109. Dochuammar ar triar 'sin tech, 
terus aidche rab aithrech, 
dia frith gol is gréch is gâir, 
is munter discir digair. 

113. Aithech lîath fora lâr thair 
gebid am-eich co-escaid, 
dûnaid comlaid a thaige 
de baccanaib iarnaide. 

117. « IS mochen, a Fhind co mblaid 
ar int-aithech co harnaid : 
« fota co tanac ille, 
a maïc Cumaill Almaine ! » 



Fini and the Phantoms. 297 

89. As we reached the hillock 

It is we that were first at coming to it : 
Though we were foremost there 
The king's horse was not very slow. 

93 . « Night (is) this, end of the day », 
Saith Find himself, no error, 
« We three hâve corne hither : 
Go forward to seek a huntinglodge ». 

97 . To look the king looked forth 
At the rock on his left hand, 
Till he saw the house with its fire 
In the glen before us. 

101 . Said Find, the prince of the champions : 
« There is a house I never saw before ! 
Chailte, I never heard of a house 
In this glen, though I am knowing ». 

105 . « We had better go and find out : 

There are many things we do not know : 

It is a marvel of hospitality, it is better than everything, 

son of Cumall, overking ! » 

109. We three went on to the house, 

A night's journey that was lamentable, 
When wailing was found, and scream and cry, 
And a household fierce, véhément. 

113. A grey giant in front on its floor 
Seizes our horses swiftly, 
Fastens the door of the house 
With iron hooks. 

117. « My welcome, famous Find! » 
Saith the giant cruelly : 
« (It is) long till thou camest hither, 
son of Cumall of Almain ' ! » 

1. Now the Hill of Allen in co. Kildare. 



298 Whitley Stokes. 

121. Suidmit ar in cholbu chrûaid, 
donî ar n-6saic ri ôenuair, 
laid co/znud truimm fora thein, 
sûail naron-much don dethaig. 

125. Bâi callech isin taig m6r, 
tri cind for a cselmuneol, 
fer can chend 'sin leith aile, 
oens'ûil asa ucht-saide. 

129. « Denaid airfitiud don rig! » 
ar int-athfech cen irm'nfm, 
« érgid, a lucht atâ" istig, 
canaid ceol don rig/ennid ! » 

133. Ergit nôi colla assin chûil, 
assin leith ba nessu dûin, 
is n6i cind issin leith aile 
forsin cholbo iarnaide. 

1 37. Tôcbait nôi ngrecha garba, 
nir chuibde ciar chomlabra : 
frecrdd in challech fôsech, 
ocus frecraid in méidech. 

141. Ciarbo rogarb céol cach /îr 
ba gairbe céol in médig ; 
ca céol dib narbo dû la 
acht céol /ir na oeniûla ? 

145 . IN ceol sain rocanad duin 
dodûsechad marbu a huir ; 
suail na robriss cnâma ar cind, 
nirbe in cocetul ceolbind. 



Find and the Phantoms. 299 

r 2 1 . We sit on the hard bedrail : 
He tends us for one hour : 
He flings firewood of elder on his fire : 
It almost smothered us with the smoke. 

125. A hag abode in the great house 
With three heads on her thin neck : 
A headless man on the other side, 
With one eye (protruding) from his breast. 

129. « Make music for the king ! » 
Saith the giant without sorrow. 
« Arise, folk that are within, 
Sing ye a strain for the kingly champion ! » 

133. Nine bodies arise out of the recess 
From the side nearest us, 
And nine heads on the other side 
On theiron bed-rail. 

1 £7 . They raise nine harsh shrieks : 

They were discordant though uttered together : 

The hag replies separately, 

And the (headless) trunk answers. 

141 . Though passing harsh the strain of every one. 
Harsher was the strain of the trunk : 
What strain of them was not désirable ' 
Save the strain of the one-eyed man ? 

145 . That strain which was sung to us 

Would waken the dead out of mould : 
It almost broke the bones of our heads : 
The concert was not melodious. 



1. Lit. « of désire » (du'U) i. e. harsh as was the song of the hag, the heads and the 
headless body, you would hâve preferred it to that of the one-eyed . 



300 Whitley Stokes. 

149. Gebid int-aithech liain sair, 
tôcbaid fair in tiiaig cormaid, 
bualaid cohathlam ar n-ech, 
fennaid, coscraid can)uirech. 

153. « Bi tost, a Châilti mar tâi ! » 
ar Find fein cen immargâi, 
« maith lind dia ndama duin féin, 
damsa ocus duitsiu is d'Ossin. 

157. Coica bera ara mbâi rind 
tue leis do beraib câirthind, 
tue âga ar cach mbir fosech 
is rachoraig fon tellach. 

161. Nochor'bruthi bir dib sein 
in trdih tucait 6n tenid, 
tue leis i fiadnaisi Find 
féoil om ar beraib ca[ejrthind. 

165. « Beir lett, aathig, do bîad, 
uair ni duadus biad om riam : 
ni chathiub ondiu co brâth 
arâi beith can biad oentrâth » . 

169. « Mas aire thanac 'nar tech 

d'obba ar mbid », ar int-athech, 
is derb doraga[m] rib féin, 
A Chailti, a Fhind, a Ossin ! 

173. IArsein roergemmar suas, 
gabmait ar claidbe cocrûas, 
gebid cach cend araile, 
ropo mana dorngaile. 

177. Muchthair in tene bà\ thi's, 
nar' léir a lassar no gris, 
timmairether cul dorcha dub 
orn artriûr in-oen inud. 



Find and the Phantoms. 301 

1 49 . The giant gets him from us in front, 
Lifts on him the fire-wood-axe, 
Deftly smites our horses, 
Flays, destroys without delaying. 

1 $ $ . « Be silent, O Chailte, as thou art ! » 
Saith Find himself without falsehood. 
« Well for us if he grant (life) to us, 
To me and thee and Ossin. » 

1 57. Fifty spits whereon were points 

He brought with him of spits of rowan : 
He put a joint on each spit separately, 
And arranged them by the hearth. 

161 . Of those not a spit was cooked 

When they were taken from the fire. 
He brought with him before Find 
Raw flesh on spits of rowan. 

165 . « Take away thy food, O giant ! 

For I hâve never devoured raw food . 
I will never eat [it) from today till Doom 
Because of being foodless for one watch ». 

169. « If thou hast corne into our house » , 
Saith the giant, « to refuse our food, 
« It is certain that we shall go against yourselves, 
O Câilte, O Find, O Ossin ! » 

173. After that we rose up : 

We seize our swords hardily : 

Each grasps another's head : 

It was an occasion of fighting hand to hand. 

177. The fire that lay below is quenched : 
Its flame or embers was not clear : 
We are driven into a dark black nook, 
We three in one place. 



302 Whitley Stokes. 

1 8 1 . INuair dobîmmis cind ar chind 
cia nar cobrad acht mâd Find, 
ropsar marba, mdr in mod, 
meni beth Find a oenor. 

185. Bammar cind ar chind istaig 
fat na haidche co matain, 
co rosollsig grian in tech 
im thrath eirgi arnabarach. 

189. INnuair doérig in grian 
tuittid cach fer sair is [s]iar 
tuittid nél i cend cach /ir 
com-bâi marb arin lathir. 

193 . Garit robammar 'nar tâm, 
ergimmit suas, is sind slân : 
celta/r orn in tech iar sain, 
celta/r cech nech din muntir. 

197. Is amlaid atracht Find Fâil, 
ocus a ech féin 'na lâim, 
slân uile et/r chend iss choiss 
bâi cach anim 'na écmais. 

201 . Lodsam coscîth anfand ass, 
tucsam aichne arar neolass, 
lodmar ciarbo chian iarsain 
cosin traig ic Berramair. 

205. Roiarfaiged din scela, 
ni bâi dûin dluig a s'éna : 
« fuarammar », ar Find, « diar fecht 
imned ar arn-ôigidecht. » 

209. ISiat sin dorala rind, 

na tri fuatha^a hlbarglind, 
do digail /birn a sethar, 
[p. 207 b .] diarb' ainm Cullend crseslethan. 



Find and the Phantoms. 303 

181 . When we were head to head 

And there was no help save Find, 
We had been dead, great the deed, 
Had it not been for Find alone. 

185 . We were head to head within 

AU through the night till moming, 
Till the sun lightedup the house 
At the time of rising on the morrow. 

189. When the sun rose 

Each man falls hither and thither : 
A mist falls into every one's head 
So that he was dead onjhe spot. 

193. For a short time we lay in our rest : 
We rise up, and we (are) whole ! 
There the house is hidden from us : 
Every one of the household is hidden. 

197. Thus arose Find of Inisfâil, 

With his own horse in his hand : 

Whole were (we) ail, both head and foot : 

Every blemish was absent. 

201 . We fared thence wearily, feebly ; 

We took our bearings and saw which way we had to go : 
We fared, though it was long thereafter, 
To the strand by Berramar. 

205 . They asked of us tidings : 
We had no wish to deny it: 
« We found », saith Find, « on our way 
Tribulation for our billeting » . 

209 . Those are they that came against us, 
The three Shapes out of Yew-glen, 
To take vengeance on us for their sister 
Whose name was Cullenn Wide-maw. 



504 Whiiley Stokes. 

213. Lodsamar ar cuaird selgga 
morthimchell insi Elgga, 
sirmi's môr sliab is môr mag, 
môr n-amreid is môr n-oenach. 

NOTES. 



Oenach . 



6. 203. lodmar,'p\. 1 of the i-preterite of which luid (root lu =plu)issg. 3, lotarpl. 3. 
In lodsam 50, 52, 201 we hâve a Middle Irish mixture of the t and the s -preterites . So 
in the deponential lodsamar 213. 

7. fairged, 2dy près. sg. 3 of some verb from the root verg. 

13. 162 tucail (= do-ucait). root une prêt. pass. pi. 3, one of theforms explained by 
Windisch as relies of the middle- voice. The sg. 3 of this tense tucad is in 1. 57: prêt, 
act. sg. 3 tue 158, 159, 163. In the pi. 3 tuesam 202 we hâve a passage to the j-pret. 

'$• ë ra ff ne i P'- acc - °f graffan, gen. grafaind, with the pi. in -e cf. claidbe 174 for 
0. Ir. claidbiu. 

17. m<2C da chrech. Hère, as often in Irish, a noun ineaning « son « with a genitive 
is used metaphorically to convey an adjectival idea. Compare Ir. mac leginn a son of 
reading », a studious person, and the common Arabie use of ab (father), umm (mother). 

29, 31, 32 asiut = asiut 33, 34, 3$, 37, assiut 102, perhaps from ac-siut, acci-sut 
« lo hère ». 

43. digis (also in LU. 117^2) s-future sg. 2 of the verb * do-chuadim, of which the 
perf. sg. 1 deochad from dechuad is in Windisch's Wœrterbuch, p. 468. 

îj.falach gen. pi. of fad (ring), a c-stem : dat. dual con-dib failgib ôir, Chron. Scot. 
290. 

68. raithmh for Old Ir. rathammar, redupl. perf. pi. 1, of rethim : cf. sg. 3 raith, pi. 
3 rathatar. 

69. immar, later m<jr, as in 89, 153. 

82. nirsar (we were not) = ni-ro-is -\- ar. So ropsar 183, = ro-bas -|~ ar. 

82 ro/>.rtfr (they were) = ro-iw -f~ a/, lèmenna = 0. Ir. lèmenn pi. n. of Mm. 

89. ro-chuammar = do-chuammar 189, for ro-chuadmar, do-chuadmar, reduplicated 
preterites, like tancammar 95, fuarammar 207. The root is the same as that of digà 
supra 43. 

9(. triar'is hère dissyllabic. In 109 it is monosyllabic. 

96. fianbothe gen. sg. of fianboth. 

99, 102. /acetf, sg. 1 (with prothetic/) of the redupl. prêt, of adeiu, root cm. 

104, In this line ijf'fl must be read 'sin. 

1 10. féru* usually turais, or rura.r. 

114. eich = equi hère used for eochu = equos. 

118. co-harnaid an adverb from the adj. arnaidh « severe, hard, cruel », O'Reilly. 

1 19. 169. Tanac sg. 2, as tancammar 95. pi. 1 of redupl. prêt, ofticim, do-ïcim, root 
«■, enc: cfr. Skr. anamça from the près, açnomi. 

122. o^fl/c a loan from Lat. obsequium. 

123. truimm gen. sg. of fromm (an elder-tree) : also in Trim, Old Ir. /U/z truimm. 

124. dethaig dat. sg. of dethach, LU. 32 15 (iî dethach do muchad). 

135. ttfiji must, me/n gratd, be read 'ji'h. 

136. iarnaide seems a quadrisyllable. 

140. méidech (trunk), gen. med/g 142, seemingly cognate with méde (neck). 

143 . dula gen. sg. of duil « désire » (= de-voli ? ) 

1 jo. tuaig ace. sg. of tuag (axe). 

1 y 8. cairthind, gen. sg. of cair-thann, a compound of ca/r, caer (berry), and tarin 
cogn. with Corn, glas-tannen (gl. quercus vel ilex), Bret. glas-tannenn, Welsh glas-danen. 

161. nochor = ni-co-ro. 

166. duadus, 0. Ir. duad, redupl. perf. sg. 1, with passage to 5- prêt. Of the other per- 
sons I hâve only found sg. 3 duaid. doid, pi. 3 dôtar. The près, indic. is probably *do- 
ei/'m, cognate with Lat. edo, Gr. ISofiai, Goth. itan. 

170. obfca verbal noun (infin.) of obbaim = ud-baim, Root bha. 

171. doragam (the facsimile has doraga) redupl. fut. 1. 0. Ir. doregamm : cf. doreg 
(veniam) Wb. 7 d. 



Find and the Phantoms. 30$ 

213. We went on a hunting round 
Ail about the isle of Elga : 
We searched many mountains and many plains, 
Many rough places and many fairs. 

NOTES (continued). 

173. ro-ergemmar pi. 1, as do-érig 189, sg. 3, of the perfect of ass-rigim. 

176. maria is an obscure word. O'R. explains it by « cause, condition »: O'Donovan 
in the Irish Nennius 124, translates it by « omen ». In LU. 117 37 we hâve mana èca. 
dorngaile gen. sg. of dorn-gal lit. fist-valour. 

180. 195. orn for fornn, foirnn 211 with permanent infection ofthe/. 

181. inn-uair ir.ust, metri gratta, be read 'n-uair. 
196. cech nech, now gach neach. 

202. literally : we brought knowledge on our guidance (eolass). 
212. Cullend Craeslethan. 'Doubtless the name of some ogress or female evil spirit 
whom Find, Oisin and Cailte had dcstroyed. 

214. Inis Elgga a name for Ireland. Kealing ?ays that it means « noble island », 
and that the name was used is the time of the Fir Bolg. In the Franciscan Liber Hym- 
norum p. 38, Elca is said to be one of the five names of Ireland (the others being Eriu, 
Banba, Fotla and Fail). Colgan, Trias Thaumaturga, p. 6, thus translates a now illegible 
note in this ms. : « Dicitur etiam Insula Elga ab Elgnat uxore Parthaloni filij Sera, quae 
Hibernis Elga dicitur ». 

215. sliab (W. llwyft) and mag are hère genitives pi. In Old Irish we should hâve had 
slébe and maige. 

A few words, in conclusion, as to the assonances, allitérations and 
instances of hiatus and crasis to be found in our poem. 
I. Assonance : 

(a) Vocalic. Hère the following are noteworthy : thech, eolach 103, 
104, fo-sech, telldch 1 $9 : tech, arnabâMch 187, them, detha/g, 123, 
co/ss, écmais 199: Ossnr, fVin 1 $$ : berm/s, de/s 83 : mdr, muneol 125. 

(b) Consonantal. 

(1) s assonates only with itself ' : or the assonating word mustalways 
end in s : Thus : ro-fess, môr-thres, 1 3 : ass, fïr-amnas 43 : bais, thogâis 
67, Glaiss, Findnais7i :deis, bermis83 :fiss_,anfis 105 : suas, crûas 173 : 
thfs, gris 177 : choiss, écmais 199: ass, eolass 201 : 

(2) Spirants and single liquids : 

dîm, rig 5,6: Goil, Badammair 7 : maig, Eogain 1 1 : chrech, rofer 
17: Gair, 6enaig 19: iarsain, senathair 21 : crud, tuarastul 23: leith, 
Cachir 53 : bid, ardn'g $$: Fâil, lindbâin 65 : duib, Berramuinôj : Léin 
amréid 79, 80 : thein, bélaib 99 : fian, riam 1 1 _, 102 : thair, escaid 113: 
chruaid, uair 121 : thein, dethaig 123 : mdr, muineôl 125 : aile, -saide 
1 27 : rig, imsnim 129 : taig, fénnid 131: chûil, dûin 133, 134: duin, Uir 
145 : sair, connaid 145 : sein, tenid 161, 162: biad, riam 165 : dub> 

\. Thurneysen, Rev. Celtique, V, 329, note 2. Ihadnoticed this rule, but forgottomen. 
ion it. ibid., 307. In the Saltair na Rann s assonates with rs : Pers, comaithches. 5248- 

Rev. Celt. VII. 20 



30 6 \V hit le y Stokes. 

inud 179: mod, oenor 183, 184: taig, matain 185 : griân, sîar 189: 
tâm, slân 193: sain, muntir 1 9 5 : Fâil, lâim 1 97 : sain, Berramair 203 : 
sethar, lethan 211: mag, oenach 215. 

(3) hard tenues: cet, Grée 33 : sét, cet 49: Cet, bréc 77 : ce may 
assonate with cht : enoec, thocht 89. 

(4) double liquids, and soundgroups containing liquids : and, dall, 3 : 
Find, dind 9: lenna, Cairella 59: chairn, Bailb 85 : and, romall 91 : 
garba, chomlabra 1 37. 

An acute rhymes with a grave syllable in the following instances : 
gail, Badammàir 7 : maig, Eogàin 1 1 : fess, môrthrès 13, etc. 

A grave rhymes with a grave syllable in glana, Mairedà 1$, nemè, 
airgdedè 35, mallà, lemennà 81. Two grave with two grave in aràilè, 
dorngàilè 175. 

II. Allitération : Hère the rule is invariably followed that alliterating 
letters begin tonic syllables. It will suffice to quote a few instances in 
which verbs occur : ni Cuaire dall gairthea dim $, là /odmar 6, Fiachu 
/airged 7, ra-m6rsat Mumnig din maig, 11. eich na /ian ro-/ess 13, 
/odsam /eis 50, raithmit ris 68, fcera ara mbài rind 157. In 89 and 147 
c, ch alliterates with en : ro-c/mammar sin o?occ, cnàma ar cind. 

Aspirated alliterate with non-aspirated and eclipsed consonants : ter 
mo &(A)ennacht, 27 : freir lat do bji)'\ad 165 , a /laith na /ian /ir and 
amnas 44, mas aire thanac 'nar rech 169. 

III. Hiatus occurs in the following instances : after the gen. sg. of the 
féminine article : (na ôensûla 144, na haidche 186) : after the possessive 
pronoun 3d sg. masc. (a eich 65, a ech 69, 198, r-a ech 87, as-a ucht 
128, a oenor 184Ï : after the interjection a (a ardri 42, 107, a athig 
1 6 5 , a Fhind 172): after the négative ni (ni hinund 4, ni himmargo 94) : 
after the verbal préfixes ro, do (ro ergemmar 173, ro iarfaiged 20$, do 
érig 189) : after the prefix co (co escaid 114, co hathlam 151, co har- 
naid 1 18; : after the préposition (f)ri (ri oenuair 122) : after the nom. sg. 
drûi (drûi and 25), after the gen. sg. insi (insi Elgga 214), after the 
comparative in -iu (taisciu and 91) : after the numéral « two » in the gen. 
(mag dâ éo 73) : after the numéral « three » in the ace. (tri âidche 53) : 
after the numéral $0 in the nom. sg. (céica ech $8): after the verb 
subst. perf. sg. 3 (bai in 18). In many of thèse instances it is certain 
that t or s has been lost. 

IV. Crasis occurs (1) where neither of the blended vowels has the 
acute accent : buada-ind, 20 ; dui'siu-intech, 29: Feirne-is, 38; curata- 
a, 48 : uile-assinn 52: uile-i 54, misse-ocus 67; luatha-ar 82, facca- 
intech 99 : féli-is 107 : colla-assin 133: marbu-ahûir 1 46, cnâma-arcind 



Find and the Phantoms 307 

147 : damsa-ocus, duitsiu-is, 1 $6 : bera-arambâi 158: âga-arcâch 159: 
d'obba-armbid 170 : a Chailti-a 172: eirgi-arnabarach 188: uile-etir 

199 : aichne-ar 202 : fuatha-a, 210. (2) where the first of the blended 
vowels is tonic : tri lâ-is $3 : doni-ar 122 : atâ-istaig 131 : nirbe-in 
cocetul 148. (3) where the second of the blended vowels is tonic 
idnu-airgdide 36. So far as I know, it never occurs where both the 
vowels are tonic. I find in Irish no sure instance of elision, i.e. the omis- 
sion of a final vowel before an initial vowel, and Prof. Atkinson'sstate- 
ment to the contrary seems as groundless as his statement (On Irish 
Metric, p. $) that elision is « compulsory » in Latin. Hehas, apparently, 
never read Lucretius II, 404, 617, III, 374, IV, 1061 . V, 7, 74, VI, 
716, 75$, 796. and Verg. Georg. I, 4, II, 144, or, if he has read 
those lines, he does not know how to scan them. 



ETUDES BRETONNES 



IV 



Sur la chute des sons u, w, v, f. 

1. — Assimilation 

i . On peut considérer comme un commencement de destruction 
complète, pour un son, l'assimilation au son voisin. 

C'est ce qui est arrivé au v du léonnais danvez, m., « matière », dans 
la prononciation vannetaise danne. Le breton moyen avait à la fois deux 
formes de ce mot : daffnez [Sainte Barbe, strophe 31$, cf. danfuez 246, 
où la première syllabe rime en affn), et danuez, Sainte Barbe 6$ , Sainte 
Nonne, vers 1 588, etc. De même on trouve en gallois defnydd, m., et 
denfydd (Davies 1 . L'irlandais damna montre que c'est danvez et denfydd 
qui ont subi une métathèse; daffnez, defnydd et damna supposent un 
celtique * demnion, de la même racine que le grec osluo, oé^.aç, et à peu 
près identique, sauf le sens, à SsVvtov, lit. 

On peut mettre sur le compte de l'assimilation la chute du v final dans 
le breton moyen ban, trme (Catholicon), aujourd'hui banv, bano, id. ; 
gall. banw, porc, vieil irlandais banb. Comparez les prononciations tré- 
coroises han, nom, der, chêne, inder, après-midi, à coté de hanv et hano, 
derv et dero, inderv. On pourrait aussi bien écrire bann, hann, derr, inderr. 

2 . Rien n'empêche de ranger dans la même catégorie certaines dispa- 
ritions de v et de w après une consonne. Voici des exemples. 

Bret. moy. silyat, sauveur {Poèmes bretons), de * silviat, comique 
sylwyat. 

Vannetais terénein, remettre au lendemain, atermoyer, de * tervenein, 
gall. terfynu, terminer, du latin terminus. Pour le sens, comparez les 
expressions vannetaises asten termén et tard termén, qui sont synonymes 
de terénein. 



Etudes bretonnes. 309 

Dialecte de Batz (Loire-Inférieure) adern, œillet contenant l'eau 
saturée qui doit servir à l'alimentation des œillets à sel. Le Dictionnaire 
de L'A., au supplément, au mot marais, donne : « Mean ou Muan, ici 
Servant, Adsern... neu. m. » Ce mot ne vient pas du français local 
ademe, qui se trouve dans le Supplément de Littré ; c'est au contraire ce 
dernier qui vient du breton, l'ancienne forme française étant baherne, 
berne (au xm e siècle, Dictionnaire de Godefroy), du bas latin baderna, 
« caldaria in qua conficitur sal » (Du Cange). Je crois que un adern est 
venu de * un vadern, le v étant la mutation régulière de l'initiale b du 
mot féminin baderna. Le mot (b)adern doit dater en breton de l'an 1 100 
environ, à moins que son primitif n'ait été *baterna. Cela résulte des 
faits signalés par M. d'Arbois de Jubainville, Revue celtique, III, 226, 
227 '. 

Dial. de Batz banezeo, noces -■= léon. banveziou, banquets. 

Gureden, Guorreden, Guorheden, nom propre, Cartulaire de Redon, = 
Uuoruueten, ibid. 

Pour les formes par rr, rh, venant de rw, comparez le vann. erhat 
bien, merhat, menât, « probablement », de er-vat, me oar (er)-vat, tré- 
corois marvat. 

Dimiziff, se marier (Cath.) trécorois dimein, comique domethy, de 
* do-ambi-wed-im, cf. gall. dy-weddi (Stokes). 

?. Quelquefois les sons v, w, semblent plutôt absorbés par celui qui 
suit que par celui qui précède : 

Léon, hevlene, cette année, cornouaillais helene, gall. eleni; tréc. daou 
là, deux ans, = léon. daou vloaz, etc. 

Le nom breton actuel Héloury était au ix e siècle Haeluuobri [Cartul. 
de Redon, p. 10), de hael, généreux, et uuobri = v. gall. guobri, 
« important, considérable » |gl. gravis). 

De même le nom de saint Corentin, en breton actuel Kaourintin, a 
perdu le son w avant IV. On trouve en 954 la forme Chourentinus {Car- 
tulaire de Landévennec) . Chourentinus est dérivé de Chourant (Cartul. de 
Redon) de même que Kerentin de carant-, d'oixCarantcar, etc. (ibid.) Le 
mot courant se trouve fréquemment dans des noms composés du Cartu- 
laire de Redon : Courantdreh, Courantmonoc, Gleucourant, Loiescourant, etc. 
On le trouve écrit aussi Couurant (p. 252) ; il vient de cobrant, gardé 



1 . Il y aurait, ce me semble, à retrancher de ces deux pages si concluantes l'étymo- 
logie du breton gravai civière, par le bas latin grabadum. En effet, le correspondant 
du léonnais gravaz est en trécorois granvas et en vannetais gravah, ce qui montre que le 
2 était dur et venait non de d, mais de tt ; on sait d'ailleurs que * grabattus est parfaite- 
ment admissible à côté du classique grabâtus (cf. Etudes gramm. sur les langues celt., 72 '). 



3 io E. Ernault. 

dans Kobrantgenus , cf. Courantgen ; Haelcobrant, cf. Haelcourant, etc. ; 
il y a aussi la variante cubraî, dans Catcubrat, (ibid). Une autre forme 
analogue à Corentin et qui se trouve dans le Cartul. de Redon est Mor- 
coris, p. 157, à côté de Morcobris, p. 212. Il est possible que ces 
mots soient proches parents des noms gaulois Cobromara (lecture dou- 
teuse, Corp. inscr. lat., III, ? $98) , Cobrovomarus, Rev. celt., \, 296; cf. 
aussi l'irl. Conchobar, Conor. Le v. irl. cobir, « auxilium, » offre un 
sens satisfaisant (de la préposition co, avec, et de la racine ber, porter; 
cf. (jtj^épo), être utile). Quant à Couurant d'où Corentin, je crois que la 
comparaison de l'irl. ac-cobor, volonté (de la même racine que cobir, 
cf. lat. fert animus, « j'ai l'intention ») est plus probable, à cause du v. 
bret. cou..antolion « andriuenereis » f passionnés), qui semble devoir se 
compléter en cou[ur]antolion '. 

II. — Apocope. 

4. Il arrive souvent qu'un v final précédé d'une voyelle tombe en 
breton actuel : sa eisav, saf, sao, lève-toi. 

Le même fait se produit en moyen breton pour /, ff. Ainsi en même 
temps que creff, fort, on trouve cre, par exemple Grand Mystère de Jésus, 
p. 34, col. b, et Sainte Barbe, str. 73$ ; les rimes montrent qu'il y avait 
déjà deux prononciations différentes. Creff a donné en léonnais krev 
(Troude), krenv, kren, et en vannetais kr'ihuï, krean. 

De même on trouve dans le Catholicon crisquiff « croître », et dans 
Sainte Nonne, vers 1784, chrisqui; le premier répond au irécorok kriskin, 
vann. kriskein, le second au léonnais kriski. Oui iff « à moi » rime en i, 
Gr. Myst. de Jésus, p. 43 b, dleaf « je dois » à eza « donc », ibid.-, 67, 
etc. Le son )' tombe souvent aussi à la fin des mots, en gallois et en 
comique ; ainsi la terminaison de superlatif -a pour av, de am, se trouve 
dans ces deux langues, comme en breton moyen et en léonnais actuel 
(cf. Grammatica celtica, 2'' éd. p. 299). 

Voici d'autres exemples. 

Le breton gueltreou, gueltleou, guentreou, guentleou, grands ciseaux, 
est le pluriel de gueltre, gueltle, gu'éntle, guentre, guentle 2 . Ces deux der- 
nières formes proviennent des autres par le changement régulier de / en 
n devant /, cf. d'Arbois de Jubainville, Etudes grammaticales sur les 
langues celtiques, p. 29. Le second / de gueltle est venu de l'r de gueltre, 

1. M. d'Arbois de Jubainville a donné une explication différente du nom de saint 
Corentin, Introduction à l'étude de la littérature celtique, p. 300. 

2. Le P. Grégoire donne aussi gueltrez, avec z léonnais inorganique, cf. Rev. celt. 
V, 127. 



Etudes bretonnes. j i i 

et celui-ci lui-même est une addition phonétique, comme dans kouldri, 
colombier, en bret. moy. couimty. Certains dialectes n'ont pas subi cette 
altération: le vannetais a gueltanv, plur. gueltaniieiï, grands ciseaux 
(P. Grég.i, gultanv (Troudc, gultan, f., pluriel. .. neu, Dictionnaire de 
L'A.; en basse Cornouaille gueltan, id. Le Gonidec donne gultan, m., 
plur. 01/ ou iou, « pincettes de cheminée ou de forgeron » ', cf. vann. 
gultan f., pincettes, L'A. 

Ce doublet actuel gueltre et gueltan indique en breton moyen une ter- 
minaison eff; cf. léon. ene, vann. inean, âme, = moy. bret. eneff (dia- 
lecte de Batz eneif). Le mot guelteff existe, en effet, dans le Catlwlicon. 
M. Loth, Vocabulaire vieux breton, p. 156, le rend par « comble d'une 
maison », peut-être à cause du mot coubl, qui l'accompagne; mais coubl 
vient du français couple, et signifie « repli » ; d'ailleurs la locution 
complète est ( au mot lace) coubl guelteff an ty « enlaceure de trefs 
[trabes] de maison », en lat. laqu[e)ar. Guelteff désigne donc ici un 
assemblage de pièces de bois qui s'entre-croisent; pour l'emploi du mot 
coubl, cf. coubl-camm et coubl-coadd, « ferme de charpente », P. Grég., 
s. v. ferme 2 . L'idée de la forme des ciseaux, indépendamment de l'usage 
ordinaire de cet instrument, se trouve de même dans ur guentle, plur. 
ar guentleyer, « les deux traversiers qui soutiennent le poutreau de la 
coquille [d'un moulin] », P. Grég. A la finale de guelteff correspond 
celle du gall. gwellaif, plur. gwelleifiau, ciseaux. 

Le vieux comique nous offre la forme guiUihim, gl. forceps, pour 
laquelle on attendrait, il est vrai, * guillim, * gueltim. Mais malgré Vh 
qui les sépare, les deux i ne sont sans doute pas plus étymologiques que 
ceux du vieux comique uiidimm « lignismus », cf. v. bret. guedom, serpe, 
gall. moy. gudif, aujourd'hui gwyddif, id., breton moy. gouzifyat, épieu 
(Cath.), gouzifyad P. Grég., trécorois gwif, f., fourche à deux doigts, à 
pied long, plur. gwifo, cf. Rev. ecli. IV, 155. L'/ est resté dans gwif 
comme dans le trécorois annaf, orvet, = bret. moy. anaff (à Sarzeau 
enan) . 

Un autre nom breton d'instrument ayant le même suffixe que gueltre 
et gwif est neze, doloire, en bas léon. eze ^Dom Le Pelletier), en gall. 
neddyf, id., vieux comique nedim, hache. Le Catlwlicon donne la forme 
ezeff, « bisagùe, 1. bipennis, bisacuta » ; le P. Grégoire attribue à ezeff\e 

: . Quoique cette forme se retrouve dans le dictionnaire de Troude, je ne sais si elle 
existe et si elle a jamais existé en Léon ; M. G. Milin, qui est une excellente autorité pour 
ce dialecte, ne la connaît pas dans l'usage. Le Dictionnaire de L'A. ne distingue pas dans 
l'écriture Vn nasal de l'autre. 

2. En terme de charpenterie, une ferme est, selon la définition de Littré, un « assem- 
blage de pièces, sur lesquelles posent d'autres pièces qui portent un comble. » 



^12 E. Ernault. 

sens de bissac, par suite sans doute d'une mauvaise interprétation du mot 
bisague, aujourd'hui a besaiguë ». La racine se trouve danslegall. naddu, 
couper, irl. snaidim ; elle doit être parente de celle du gothique sneithan, 
allemand schneiden, couper ; cf. allem. schnatte, fente. 

III. — Contraction. 

$. Le mot trécorois gwif, fourche à pied long, n'a qu'une syllabe, il 
vient immédiatement de * gou-if, gouzif-, * guedim. Une contraction 
analogue a eu lieu plus anciennement, dans le gaulois ver- (prononcé wer, 
et transcrit en grec oùep-), de * ou-er pour * ouper, sur. Le contact du 
son ou, voyelle d'abord, puis demi-consonne, a fait changer Ye suivant en 
dans les langues néo-celtiques : irlandais/or, breton uor, guor, plus tard 
gor, gour. 

Des faits du même genre ont lieu en breton, avec les sons w, v, / 
entre voyelles. 

Voici d'abord des exemples où il y a simplement disparition de ces 
sons, sans que le nombre des syllabes en soit diminué. 

Bro-erec,en 1294, [Etudes grammaticales, 23 *) de Bro-uueroc (\x e siècle), 
patria Gueroci (x e siècle), Cartulaire de Redon. 

Hoel (Cartul. de Redon), Houuel, Carîul. de Landévennec, = gall. 
hy-wel, « conspicuus. » 

Salaiin, de * Salavun, Salamun, Cart. de Redon, p. 359, = Salomôn. 

La chute de w entre voyelles est fréquente en irlandais, et n'est pas 
inconnue en gaulois: * iovincos, jeune, a donné en cette dernière langue 
le dérivé Joincissus à côté de Jovincillus, et en vieil irlandais ôac. En 
latin, on trouve, delà même racine, auprès des formes classiques ju- 
vencus, juvenis, etc. , d'autres formes comme juenis, juentutis, juenta, etc. ; 
cf. Corssen, Ueber Aussprache... der lat. Sprache, 2 e éd. I, 316, 321. 

Mais la chute du son intermédiaire a souvent pour conséquence la 
contraction des deux voyelles mises en présence. Ainsi le comique a la 
la forme yonc, jeune, en même temps que youonc, yowinc = bret. 
iaouank. 

Voici des exemples bretons. 

Goanac, espérance, Cath. = gall. gofynag confiance, cf. comique 
govenek, désir, Meriasek v. 2900, de g[w)o et gall. mynag, rapport, 
récit, cf. bret. menek, mention. 

Léon, gouer, ruisseau, vann. goœre et gow£le-deur (L'A.), gall. gofer, 
vocab. corn, guuer, plur. goverov, 3 syll., Meriasek v. 1971 ; de g[w)o 
et bret. bera, couler ; cf. gall. goferu. couler doucement. 



Etudes bretonnes. 5 1 2. 

Dioueret, être privé de, perdre, Grand Myst. de Jésus, p. 2 1 , léon. 
id., trécorois divoeret, vann. dioverein, gall. dioferaf dans le passage 

Namyn y du6 vchaf 
Nis dioferaf 

(Skene, The four ancient Books ofWales, vol. II, p. 196, cf. I, 3$}, et 
H. de la Villemarqué, Les bardes bretons, p. 4^6). Je traduirais « il ne 
me manque que le Dieu suprême ». D'ailleurs si le sens exact de ce 
mot gallois peut être discuté, il me semble certain qu'il est identique 
pour la forme aux mots bretons cités, et que tous sont composés d'un 
préfixe di et de l'adjectif qui est en gall. ofer, « vain », et en vannetais 
voer, « fade, » et « fat », de * omeros, proche parent du latin amarus et 
dérivé de * omos, gall. of, irl. om, grec touoç. 

A la forme vannetaise voer venant de over, gardé dans di-over-ein, on 
pourrait comparer le léonnais vuel, humble, = comique huvel, gall. 
ufell, du lat. humilis, si ce mot vuel ne provient pas d'une méprise de 
Le Gonidec. Le P. Grégoire donne vuél comme suranné, et cette forme 
vuel est fréquente dans les textes du breton moyen ; mais l'expression 
très commune cuff hac vuel montre qu'on prononçait uvel, comme l'in- 
diquent les rimes, le mot hac et non ha, et aussi des variantes gra- 
phiques telles que uffuel, Sainte Barbe 69$, ufuel, Gr. Myst. de Jésus, 
p. 20, etc. 

Le vieux comique plumauc, coussin, est en moyen breton pluffec, en 
léon. pluek, en vann. plêc, dans tréss-plêc, chevet, traversin (L'A.), = 
treuz-pluvecq, P. Grég. truspluffec Cath. Ce moltréss-plêc se prononce tes- 
pleg en bas-vannetais, et sous cette forme il ressemble au vieux comique 
tiïs, coussin, auquel il est comparé, Vocabul. vieux breton, p. 221 ; mais 
tiis vient probablement du lat. texo, tandis que tes-pleg vient certainement 
de * trâs-plumâc. Pour la chute de r en bas-vannetais, cf. kerhet et kèhet, 
marcher, Vocabul. v. breton, p. 87. 

Coabrennou, nuées, Poèmes bretons du moy . âge, 271, 2, syll. , aujour- 
d'hui id., de couffablen, Cath., pour * couff-oabren, cf. counouabr, D. Le 
Pell. ; cf. oabl ar c'hounabr, le ciel des nues, P. Grég. A Saint-Mayeux, 
konaben, vann. kaniblen ; de la prép. corn et de oabl, gall. wybr cf. en 
noabrennou, Gr. Myst. de Jésus, 80 b. L'n initial de noabrennou provient 
de l'influence de l'article qui précède; il en est de même dans Roen noa- 
brenn « le roi du ciel » Poèmes bretons, str. 175, pour roc 'nn oabrenn '. 

1. La Gramrr.atica celtica, 2 e éd., p. 99, donne roen « roi » comme fréquent dans 
Sainte Nonne; je ne l'ai trouvé ni dans Sainte Nonne ni dans aucun autre texte, il existe 
seulement dans la composition de noms propres du cartulaire de Redon. Roen est toujours 



514 £• Ernault. 

Koanze, le séant, en trécorois (2 syll.); léon. kavazezàe * com- 
assed-. 

Coezff, enflure, Cath.,, léon. koeiiv, = * co-huez-m, cf. huezaff s'enfler, 
Cath. ; le vann. foanv enflure = * huez-m, foanvein enfler = comique 
hoîhfy s'enfler (Meriasek. 4458 , cf. coezffuiff, Cath., léon. koenvi. Pour 
jz=z c'/;, cf. bret. fubu et c'houibu, moucherons, etc. 

Bret. moy. concoez, gourme à la gorge, étranguillon, Cath., léon. 
konkoez, m., LeGon., de * com-ang-êd- , cf. gall. cyfyng, étroit, v. irl. 
cumang, id., grec suvaty^r] esquinancie. Cf. le vann. aiïcoe, la luette 
(entrée du gosier i = * ang-êd, et le lat. angina. 

Ces quatre derniers exemples rappellent les contractions latines 
comme cïirïa de * co-viria, volsque covëria; contio de coventio, etc. 

Le vannetais goarn, « garder, » veut dire proprement « gouverner » 
et est identique au moy. bret. gouuern, Sainte Barbe 557; le vann. 
goarnation, action de garder, vient du lat. gubernatio. 

6. Les diphtongues contenant un des sons u, ou, se simplifient assez 
souvent. 

Ainsi on lit dans le Cartulaire de Redon les noms Gleumarcoc et 
Glemarhocus, Gleumorioc et Glemonoc, Gleuden et Gleden, cf. gall. glew, 
vaillant. 

Le latin plebs est devenu plueu Cartul. de Landévennecl, c'est-à-dire 
* plwev, gall. plwyf; le v final est tombé ( cf. § 4) dans les formes plui, 
ploi, Carî. de Redon, ploe, Cart. de Landévennec et de Redon, Sainte 
Nonne, etc. ; et cette diphtongue elle-même s'est contractée dans plo 
(Cart. de Redon et de Landévennecj, auj. plou-. 

Un mot de prononciation aussi compliquée et beaucoup mieux con- 
servé est le vann. glouaihue, glocau, gleau, gloàu, « rare » (Etude sur le 
dialecte bret. de la presqu'île de Batz, p. 9), en v. gall. gloiu, auj. gloyw, 
gloew, « limpide »; cf. v. bret. Glueu, Cartul. de Redon, p. }o8, 
Uuetengloeu, p. 81 , v. irl. glê, brillant. Le v. bret. gloiatou, « nitentia », 
est pour * gloiuatou et par conséquent moins complet que gloèàoh « plus 
rare », Livr bugalé Mari, Rennes, 1881 , p. 424. 

Le mot breton deol, « dévot. », donné par Davies, et existant dans 



en moyen breton, une combinaison de roe, « roi », avec l'article. Ainsi rot an bet « le 
roi du monde », en trois syllabes, Sainte Nonne, vers J4. = roe an bet en deux syllabes, 
Gr. Myst. de Jésus, 19 b, = roen bet, ib:d, 14 b, roen bet, variante roe 'n bet, Sainte 
Barbe 629. Roen pour roe an se trouve, entre autres, aux vers ?4, s s, 44' et l01 9 de 
Sainte Nonne. On iit roe bet, sans article, Sainte Nonne, vers 146, }8i. ce qui a pu faire 
illusion sur le rapport réel de roe et roen. Doe roen flour. Sainte Nonne, v. 896, seul et 
unique passage où roen remplace roe, est évidemmeut une méprise du scribe pour Doen 
roe flour, « Dieu, le roi clément. » 



Etudes bretonnes. ] 1 5 

l'usage (cf. Rev. celt. IV, 150) ', est pour * doeol, gall. duwiol; c'est un 
doublet de doeel, divin, Cath. 

Nous avons vu que gwor — ver est devenu en breton gor, gour ; gwo 
== vo de * ou>p)o, sous, est devenu de même go-, gou-. En gallois on a 
également gwobr et gobr, récompense ; le breton n'a que cette dernière 
forme. A côté du v. bret. bleuou, cheveux, on trouve bleoc, chevelu 
(gall. bleuog, bret. actuel blevek); dans le Cartulaire de Landévennec 
blehuc. Le correspondant du gall. delw, irl. delb, forme, est en v. bret. 
delà : le Cartulaire de Redon en présente des composés comme Uuor- 
condelu, Uurcondelu, — * ver-cuno-delvos, « à la forme très noble » ; 
Cumdelu = * cômi-delvos, « aux manières affables », et des dérivés comme 
Deloci (génitif) Condeluoc, Uurcundeluc, Condeloc, de * delvâcos, « for- 
mosus ». De même Catoc, Cadoc, viennent de * catuàcos « batailleur » ; 
la contraction Catâcus se lit dans une inscription chrétienne de Grande- 
Bretagne (Huebner n° 35). 

7. Les diphtongues wi, m, se contractent tantôt en ou, tantôt en i, 
e. Exemples: 

Engroez, ingroez « foule, presse », Le Gon., correspondrait à un mot 
gallois * yngrwydd, racine ang[h), cf. §5. Le P. Grég. donne les 
variantes engro'es, ingros et iiigro'e ; le Dictionnaire de L'A. a la forme 
incrêsse, « presse, empressement », qui est incompatible avec le mot 
ingroë et .qui vient d'une confusion avec le mot tout différent enkres, 
chagrin, oppression. Le suffixe -roez se retrouve dans [le moy. bret. 
diouguelroez, sûreté, Cath., mal lu par Le Men diouguelegez . Il existe 
aussi, je crois, dans le v. bret. caialrid, que M. Rhys me semble 
avoir bien rendu par warlikeness, de * catolruid. 

Léon, kompoz et kompez, plain, uni, Cath. compoes, vann. kanpouis 
= gall. cymhwys, de corn et poes, poids, du lat. pe[n)sum. Le v. bret. 
pus..., « ponderabitur », offre aussi la contraction, comme encore le 
léonnais lespos, déhanché, P. Grég., en petit Tréguier pozlest, de les, 
hanche, et poes; cf. comique poys et pôs, poids. 

Les formes celtiques du nom de la bruyère offrent des exemples de ces 
mêmes faits. M. Schuchardt voit avec raison dans le bas latin brugaria 
un dérivé du celtique * vroica = grec !-(/") pe-'xY]. Pas de difficulté pour 
les consonnes. Mais M. Thurneysen, Keltoromanisch.es 94, demande qu'on 
cite des mots où la diphtongue celtique oi soit devenue û en gaulois du 
continent, comme cela a eu lieu en latin et dans la période la plus 



1. Reste à savoir si cet usage restreint d'aujourd'hui n'a pas lui-même une origine 
savante. 



? i6 £• Ernault. 

récente du vieux breton. Je ne pense pas qu'il soit possible d'admettre 
ici ce changement phonétique. Le correspondant rigoureux du v. irl. 
froech, bruyère, serait en gallois * gwrug; on a grug, dont Vu me parait 
venir d'une contraction secondaire de * gnvig = ' gwrwig, de *»roic, cf. 
Vu du comique gluth rosée — trécorois glouiz, gall. gwliîh (léon. gliz) ; 
et du vannetais g/ut, humide, tréc. gloeb, gall. gw/v/> léon. g/et, glib\. 
La contraction s'est faite d'une façon différente dans le comique grig, 
bruyère = * g{w rwic, de *wroic, et dans le dérivé gallois grygon, << heath 
berries », en breton de Cornouaille gregon, « prunes sauvages »; elle ne 
s'est pas faite du tout dans le trécorois groegon, id., = * wroecân, irl. 
fraechân, airelles. A côté du celtique * vroica il s'était développé, sans 
doute, une variante * vruic a, d'oh proviennent les formes des langues bre- 
tonnes ; car * vroicâ eût donné en armoricain * grugon. Le groupe insolite 
* wrwic se sera adouci en brïïc- dans des bouches romanes. 

Emile Ernault. 



LE MYSTÈRE DES TROIS ROIS. 



Le plus ancien ouvrage connu intéressant directement le dialecte de 
Vannes est le dictionnaire breton-français dit de Châlons, paru en 1723, 
à Vannes, chez Jacques de Heuqueville. Levrot, dans sa biographie 
bretonne, l'attribue à Nicolas de Chàlons. M. l'abbé Luco a prouvé qu'il 
ne peut être question que de Pierre de Châlons, recteur de Sarzeau, 
mort en 1 7 1 8 : le dictionnaire n'a été publié qu'après sa mort '. Un 
passage de la préface de la grammaire de Grégoire de Rostrenen nous 
a fait d'abord penser que le véritable auteur de ce dictionnaire pourrait 
bien être l'abbé Cillart de Kerampoul, l'auteur du dictionnaire français- 
breton du dialecte de Vannes connu sous le nom de l'Armerye. On lit 
à la page VII : « Les Remarques de M. l'abbé Cillart recteur de Grand- 
champ au diocèse de Vannes m/ont beaucoup servi, aussi bien que son 
dictionnaire, et l'une et l'autre m'auraient été bien plus utiles, si j'avais 
eu le bonheur de les voir plus tôt. » La grammaire de Grégoire de Ros- 
trenen étant de 1 7 3 8 et le dictionnaire français-breton ayant paru en 1 744 , 
ou bien il s'agit du dictionnaire breton-français, le seul qui jusque-là 
eût paru pour le vannetais, ou le père Grégoire aura eu entre les mains 
le dictionnaire français-breton manuscrit ainsi que la grammaire portant 
à cette époque le titre de Remarques sur la langue bretonne. Un passage 
d'un Vocabulaire nouveau imprimé à Vannes, chez J. M. Galles, impri- 
meur-libraire, rue Notre-Dame, sans date ni nom d'auteur, mais cer- 
rainement entre 1775 et 1801, fait pencher pour cette dernière alter- 
native. On lit à la page 1 de l'avertissement: « Mais le Breton, qui est 
une des plus anciennes langues de l'univers, n'a qu'un dictionnaire 
défectueux qui parle souvent d'une grammaire qu'on ne trouve nulle 
part. » Comme nous le fait remarquer M. l'abbé Luco qui nous a signalé 

1. 288 e séance de la Société polymathique de Vannes, 24 avril 1877. 



3 1 8 /. Lotli. 

ce texte, il s'agit certainement du dictionnaire de Cillart et de la gram- 
maire à laquelle il renvoie dans son dictionnaire ; à la page IX de l'aver- 
tissement de ce même vocabulaire il y a un renvoi au dictionnaire visé 
à la page I et il se rapporte très exactement au dictionnaire français- 
breton. Il parait donc probable que la grammaire et le dictionnaire dont 
a profité Grégoire de Rostrenen sont le dictionnaire français-breton paru 
depuis et une grammaire du même auteur qui n'a jamais vu le jour. 

Pierre de Châlons, né à Saint-Dizier en 1641 n'apparait à Vannes 
qu'en 1679. Il acquit dans le diocèse de Vannes un grand nombre de 
bénéfices, y joua un rôle important et mourut en 1718 a Sarzeau, dont 
il était recteur depuis 1709. Cillart s'occupa de la publication du dic- 
tionnaire breton-français paru sous le nom de Châlons, comme le prouve 
une note relevée par l'abbé Luco au dernier feuillet de ce dictionnaire. 
Si on réfléchit que Pierre de Châlons n'était pas breton, on est fort tenté 
de supposer que l'abbé Cillart qui paraît avoir évité tout bruit autour de 
son nom, pourrait bien avoir eu la plus grande part non-seulement à la 
publication, mais à la composition de ce dictionnaire. L'abbé Cillart, fils 
de François, sieur de Kerampoul, de Kerallier et sénéchal de la barre 
royale de Rhuys, naquit en 1 686 à Sarzeau et mourut à Locminé en 1 749 
après avoir été recteur de Grandchamp en 1752. L'abbé Luco a prouvé ! 
de la façon la plus certaine qu'il est l'auteur du dictionnaire français- 
breton appelé, on n'a jamais su pourquoi, dictionnaire de l'Armerye. 
En voici le titre exact : Dictionnaire françois-breton ou françois-celtique 
du dialecte de Vannes, enrichi de thèmes dans lequel on trouvera les 
genres du françois et du breton, les infinitifs, les participes passifs, les 
présents de l'indicatif, suivant la première façon de conjuguer, et une 
orthographe facile, tant pour l'écriture que pour la prononciation, par 
Monsieur l'A*** 

Deriventur fontes tui foras et in plateis aquas tuas divide 

à Leyde 

par la compagnie 

MDCCXLIV. 

Il est fait mention dans la Biographie bretonne d'une édition publiée à 
la Haye en 1756. M. l'abbé Luco n'en a jamais trouvé d'exemplaire. 
M. d'Arbois de Jubainville nous apprend qu'il en a un en sa possession. 

1. Société poiymathique de Vannes, 289e séance, 29 mai 1877. 



Le Mystère des Trois Rois . 319 

C'est assurément un des plus précieux dictionnaires du breton-armori- 
cain. Il contient beaucoup de formes intéressantes, un vocabulaire assez 
riche, un certain nombre de proverbes ou dictons et des réflexions par- 
fois amusantes de l'auteur. Les exemplaires de 1744 présentent entre 
eux certaines différences . L'abbé Cillart était d'un naturel porté à la 
satire ; certains passages contre les moines notamment ont pu paraître 
risqués aux autorités ecclésiastiques. 

Nous avons fait des recherches jusqu'ici infructueuses pour trouver 
des textes vannetais du xvi e et du xvn e siècle. L'imprimerie Galles, qui 
publie du breton depuis tantôt trois siècles, n'a absolument rien conservé. 
En raison de cette pénurie, le texte que nous présentons aux lecteurs 
de la Revue celtique offre un certain intérêt. M. l'abbé Luco, qui en est 
le possesseur, l'a mis très obligeamment à notre disposition ainsi qu'un 
recueil de cantiques un peu plus ancien. Le recueil est de 1734 et le 
mystère de 1745. Les cantiques présentent des formes plus intéressantes 
que le mystère. La raison en est que ce recueil est certainement une 
réédition d'un recueil plus ancien. Il n'est pas douteux qu'on ait im- 
primé de fort bonne heure à Vannes des catéchismes et des cantiques. 
Or nous savons par d'autres exemples que l'imprimerie Galles a l'habi- 
tude de réimprimer les livres bretons courants sans presque aucune 
modification. Nous avons entre les mains un vocabulaire du siècle 
dernier. Nous l'avons comparé à un vocabulaire de la même imprimerie 
paru tout récemment. Il n'y a presque aucune différence ; on a ajouté 
simplement deux chapitres, l'un sur les chemins de fer, l'autre sur les 
télégraphes. Le recueil de cantiques présente la dentale spirante douce 
conservée avec l'ortographe z dans bon nombre de formes verbales : 
p. 8, beniguétt revezou qu'il soit béni ; p. 47 meit m'ou devezé bet pourvu 
qu'ils eussent eu ; p. 135 goudé m'ou pezo vizitett après que vous aurez 
visité ; mar fel doh bezout si vous voulez être ; p. 112 revezou ; p. 1 3 3 re- 
vezo; 68 revezou; p. 179 bezet avocat dirac Doué « soyez avocate devant 
Dieu»; p. 12 de vezout pour être; p. 1 $ endevézou il aura; p. i^avuou 
trois fois ' ; Deux substantifs présentent la spirante dentale douce : p. 54 
hou carantezeu vos affections; 69, 73 uzehuion les Juifs. Le v entre deux 
voyelles est encore conservé dans des formes d'où il a disparu dans la 
prononciation : lavarétt dîtes. On trouve encore aujourd'hui même dans 
les recueils de cantiques vannetais, mais beaucoup plus rarement, des 
formes comme bezout et lavaret. Les constructions avec le verbe bout dans le 



}. On lit dans le dictionnaire de Cillart à soit: adv. beatt, bètt; pour l'aveuir 
btze£tt. 



320 J. Loth. 

sens d'avoir sont fort intéressantes et jettent un grand jour sur la formation 
de ce qu'on a appelé le verbe avoir en armoricain et en comique : p. 5 me 
méss kai hem-boud offansélî. j'ai regret d'avoir offensé m. à. m. à moi être; 
mil vlai a tèzirhainn aveit hou ç'adorein ha mem bout mil calon, je désirerais 
mille années pour vous adorer et avoir (être à moi) mille cœurs ; p. 13$ 
d'emboud assolvœn pour avoir (pour être à moi) l'absolution , eitt te voud 
i pour les avoir (pour être à toi) ; en elle poenti eu hou poud e creiss hou 
calon urguir cai ha contricyon, le second point est que vous ayez (à vous 
être) au milieu de votre cœur, un vrai repentir et contrition; p. 16 
d'en devoud pour avoir; p. 22 en doud avoir '. 

P. 5 3 on remarque une forme verbale fort curieuse : 

Lavarett, poul hou calon 
A oai lyess dizolo 
A hui e ouéss bétt pardon 
Ag er goal examp a ro. 

L'auteur s'adresse aux impudiques en enfer: « dites, votre poitrine 
qui était si souvent découverte, avez-vous eu pardon du mauvais exemple 
qu'elle a donné ? » Ro n'est connu que comme 3 e pers. du sg. du prés, 
actif, à côté de re. Ici, il a manifestement le sens d'un prétérit. La spi- 
rante dentale douce disparaissant régulièrement à cette époque, en van- 
netais, surtout à la finale, on peut supposer une forme du xvi e siècle 
rot pour un vieux breton rod (cf. les prétérits gallois en awd, odd). On 
trouve dans la vie de Sainte Nonne ros à côté de roas ; mais il est fort 
probable que c'est un prétérit en s. 

On trouve dans les cantiques kena oukenna dans le sens de parce que, 
puisque, là où les autres dialectes et une partie du vannetais même ont 
pe na, pa na : p. 72. 

.fëléd en nean deit ar en doar 
Disquenned é mané Calvar 
De obér canveu honn salvér 
Ken a vaenn enn dutt ou gober. 

« Anges du ciel, venez sur la terre, descendez sur le mont du Cal- 
vaire, pour faire les canveu 2 de notre Sauveur puisque les hommes ne 
veulent pas les faire.» P. 37 : a ke n'ou dess honn diskéit mat, « parce qu'ils 

1. Devoud parait devoir être rapproché, pour la construction, de dyjod ; cf. bout et bot. 
L'ou commun à tous les dialectes armoricains ne peut guère être identifié à \'o gallois 
et comique et suppose une forme plus ancienne bouet : cf. galloud en moyen breton 
galloed; ouf je suis = wyf; out = wyt; kaout vannetais cahouet etc. 

2. Canveu comprend les lamentations et marques de tristesse dues aux morts. 



Le Mystère des Trois Rois. ? 2 , 

ne nous ont pas bien appris. » Faut-il voir dans ken un équivalent phoné- 
tique de pen, pan, ou rapprocher cette conjonction du gallois can qui a 
justement le même sens. Phonétiquement, on songe immédiatement au 
gallois et comique kyn, ken mais ces conjonctions ont le sens de quoique ; 
quen na en armoricain n'a que le sens de avant que ne, jusqu'à ce que, 
a moins que. On observe un phénomène du même genre dans l'expression 
kenevit usitée en bas-vannetais et dans une grande partie du territoire 
vannetais, croyons-nous, pour le panêved des autres dialectes [si ce 
n'était, sans). En bas-vannetais, on emploie kenevit et penevit. Il y a eu 
probablement confusion entre les conjonctions ken, pen, kan, pan, plutôt 
qu'évolution phonétique. Il y a cependant des exemples indiscutables du 
passage récent de sp à sk dans rescont répondre , scont épouvante, scontus 
effrayant. Il est vrai que rescont, scont, scontus ne sont pas usités dans 
tout le vannetais. 

Signalons encore des constructions comme sioah teimp « malheureuse- 
ment pour nous », aujourd'hui en vannetais peu usitées, ailleurs siouaz 
(cf. gall. ysywaeth qui a le même sens ?) ; naouah aujourd'hui neouah 
néanmoins (gall. na-chwaith) ; peoarzeg au lieu du puarzeg ou pwarzeg 
actuel; p. ^ gotibunan tous et chacun; p. ij 7 a heli-ketan à l'envi 
les uns des autres. 

En dehors des textes imprimés, on peut étudier le développement du 
dialecte de Vannes dans des chartes. Nous en avons vu un bon nombre 
du xn e au xvi e faisant partie de la collection manuscrite de feu M. Rozen- 
zweig archiviste du Morbihan, grâce à l'obligeance de M. l'abbé Chauffier 
qui a bien voulu nous transcrire les parties intéressantes au point de vue 
de la langue. Nous y avons relevé des faits fort intéressants pour l'his- 
toire de la phonétique bretonne, notamment sur l'histoire écrite et parlée 
des mutations initiales des consonnes, et nous nous proposons de les 
faire connaître prochainement. Quant au développement des traits carac- 
téristiques du dialecte de Vannes, ils ne commencent à se dégager net- 
tement, comme l'avait déjà montré M. d'Arbois de Jubainville qu'au 
xvi e siècle (Etudes grammaticales sur les langues celtiques, p. 44 et suiv.) . 
Pour les différences caractéristiques et essentielles de ce dialecte nous 
renvoyons le lecteur à nos Remarques sur le bas-vannetais parues dans 
le dernier fascicule de la Revue Celtique (p. 171-179.) 

Le mystère des trois rois en vannetais a été signalé par M. d'Arbois 
de Jubainville, Revue Celtique, t. II, p. 248. M. d'A. de J. avait eu 
communication d'un fragment de ce mystère terminant un recueil de 
cantiques imprimé en 1754, celui dont nous venons de nous occuper. Le 
premier feuillet et les quatre derniers manquaient. Il mentionnait aussi 
Rev. dit. VII 



j 22 J. Loih. 

une Pastorale sur la naissance de Jésus-Chrit avec l'adoration des mages et 
la descente de l'archange Saint Michel aux Limbes, revue et corrigée dédiée 
aux dévots à l'enfant Jésus par frère Claude-Marie, hermite de la province 
de Saint-Antoine ; sans date, chez Galles, in- 12, 48 pages. Cette pastorale 
s'imprime encore aujourd'hui chez Galles avec le mêmetitre. Elle comprend 
plusieurs parties : la première et la plus longue traite de la naissance du 
Christ et de l'adoration des bergers ; la seconde de la descente de Saint- 
Michel aux Limbes ; la troisième porte le titre de la vie et l'adoration 
des trois rois ; la quatrième du massacre des Innocents et des Regrets 
d'Hérode. L'œuvre se termine par un Noël. La version corrigée de 
Claude Marie présente des constructions et des expressions antérieures 
certainement au xvm e siècle. On sait d'ailleurs que la pastorale des Trois 
rois a été très populaire au moyen âge. L'imprimerie Galles réimprime 
aussi le mystère breton sous le titre de Buhé en tri Rouéed, E Guénèt, é 
ty Galles mollour ha livrour, é ru en Intron-Maria, sans date. La pré- 
face et toute la mise en scène du mystère du xvm e siècle ont disparu 
L'introduction consiste en un chant des trois rois, un sermon de Saint 
Michel au peuple, des chants des trois rois, l'apparition de Joseph et 
Marie demandant l'hospitalité à Hérode et la recevant. Le mystère com- 
mence réellement, comme le nôtre, par un monologue d'Hérode. A 
partir de là, la conduite de la pièce est la même et le texte ne diffère que 
très peu de celui du xvm e siècle. Il a en plus l'épisode du massacre des 
Innocents et des Regrets d'Hérode. Il est évident que le mystère breton 
est une imitation de la pastorale française; en certains endroits même, 
c'en est une sorte de traduction. 

L'orthographe de notre mystère, comme celle du vannetais du siècle 
dernier et la plupart du temps celle de ce siècle-ci, est l'orthographe 
française: Il y a à remarquer que lorsque Vu du groupe gw (léon. trég. 
gallois gw) n'est pas un simple signe orthographique, il est surmonté 
d'un accent; de même pour qu. Ai a le son du français è. Les accents 
ont la même valeur qu'en français. L'auteur abuse un peu, croyons-nous, 
de l'orthographe è. Aujourd'hui en effet, même dans les textes imprimés, 
on a e sans accent, par conséquent e muet ou è là où il donnée. Le mys- 
tère reproduit surtout la prononciation des environs de Vannes et de 
Sarzeau. 

On remarquera bon nombre de mots terminés à l'exemple du français 
par un e muet; ces e n'existent pas en réalité dans la prononciation. Dans 
les cantiques traduits du français, ces e muets comptent quelquefois pour 
une syllabe, contrairement à toutes les lois et à toutes les traditions de 
la langue. L'e muet final est destiné après un c à montrer qu'il a le son 



Le Mystère des Trois Rois . $ 2 $ 

s et après les autres consonnes qu'elles conservent toute leur valeur; & 
ou ee représentent généralement le sone; ê, eê reproduit ordinairement 
le son è français. Le pluriels doit se prononcer avec l'acccent sur è, u 
jouant le rôle de spirante. Les Vannetais, en dehors du pluriel en eu, 
expriment cet iï spirant par hue: ex. carhue, cerf (léon. corn. trég. caro, 
gall. carw) en une seule syllabe ; l'accent est sur car- et -hue ne repré- 
sente que la spiration. 



3 24 J- Loth. 



BUHÉ 

ENN TRI ROUE 

FARCE DEVOTT 

Saouett diar er péh sou tremeinnet de Nenndeléc ; é spéciale a bé arihuass 
en Tri Roué ag enn Oriœnntt de Jérusalem 

Devoutt hoariétt dré Rolleu, énn urChapéle bénag, ar unn Tiatre péenn Tierr 

CRISQUETT, AUZETT HA CORRIGETT 
De onétt partoutt hardéh-matt 

É. G U INETT 

E TI COLASS GALLES, IMPRIMOUR D'ER 

Roué ha d'er Scolieu 

M D C C X L V . 



AviSS. 

Er-péh a vire d'enn Dutt queih a brofitein à Farce Santele enn Tri 
Roué (pénauss-bénag é-ma bihanig er vad a chairérr ag enn Tiatre) é 
quétan tra, ma vé ' émisque er Vandaenn ag en Hoarierion ur Veairh, 
pé quer goah, ur Malediguizéd é quiss er Huiriéss-Vari; hag ur Pautre 
deseblantein er Mabic Jésuss; enn eile hag éguilé havaloh é pep façon 
doh haillevaudéd eitnon pass doh Tud onaeste. 

Enn Eile é, ma corollantt, siouah ! enn unn discoein dirag enn 
eulegad er Mistere carantéuss ag enn Incarnacion. Pétra ? Enn Tri Roué, 
San Jozep, enn M\éU, er Huiriéss, Jésuss-Crouist !... Hirissein a-ran... 
Me flusenn éhué gued orreurr, a refuss scrihuein ! 

Enn drivéd é, ma huélérr er vandsenn Canaille-hont é véaouein gued 
argand enn Dutt vad ha martezé um foitale ; é rein ur Meaellatt d'er 
Maléd à zihue p [é| tairr Parrsess; ha corol général d'er Youantiss. 



i. Présent d'habitude ; léonard bez, gall. bydd ; imparfait d'habitude bezé (se confond 
avec le prétérit secondaire). 



Le Mystère des Trois Rois. p$ 

VIE 
DES TROIS ROIS 

FARCE DEVOTE 

Composée [levée] d'après ce qui s'est passé à Noël spécialement lorsqu'arrivèrent 
les trois Rois de l'Orient à Jérusalem 

Pour être jouée par rôles, dans une chapelle ou sur un théâtre ou dans les maisons 

AUGMENTÉE, ARRANGÉE ET CORRIGÉE 
Pour aller partout hardiment. 



A VANNES 

CHEZ COLAS GALLES, IMPRIMEUR 

Pour le Roi et les Écoles 

MDCCXLV . 



AVIS. 

Ce qui empêche le pauvre {au sens moral) peuple de profiter de la farce 
sainte des trois Rois (quoiqu'il soit bien faible le bien que l'on retire du 
théâtre), c'est d'abord qu'il y a dans la bande des acteurs une fille, ou 
ce qui est aussi mauvais, un homme déguisé à la façon de la Vierge 
Marie, et un garçon pour représenter l'enfant Jésus, l'un et l'autre plus 
semblables à tous égards à de la canaille ' qu'à des honnêtes gens. 

La seconde raison, c'est qu'ils dansent, hélas, en exposant devant les 
yeux le mystère d'amour de l'incarnation. Quoi ! les trois Rois, saint 
Joseph, les anges, la Vierge, Jésus-Christ !... J'en frémis... Ma plume 
même d'horreur refuse d'écrire . 

La troisième raison, c'est qu'on voit cette bande de canailles-là 
s'enivrer avec l'argent des bonnes gens et peut-être se battre, donner 
une soûle 2 aux hommes de deux ou trois paroisses, et une danse générale 
à la jeunesse. 

i . La traduction exacte serait voyou si le mot n'était pas trop parisien, comme le type 
qu'il désigne. 

2. La soûle était une espèce de grosse balle en cuir et le jeu ressemblait à celui de 
la balle à pied, du foct-ball anglais. Très-souvent deux paroisses se les disputaient; 
toujours le jeu dégénérait en rixe sanglante ; il y avait très-souvent mort d'homme. Le 
gouvernement a fini par interdire ce jeu sous des peines sévères. Il était en vigueur 



p6 /• Loth. 

Peétt torfaitt diar Buhé Santel enn Tri Roué é face er grichineah ' 
Na peh péhétt d'enn neimb a eelleh[ai] hag a zou ' carguéd a ou dihuaenn 
mar ou andurantt. 

D'er bihannan mé gouvi er Baersonnett er gov[e] zerion, er vailean, 
ennTadeu, Mameu, ha Mistr[ed| dehudaial, handaiein, béd enntauleu, 
enn-neimb[a] hoariehai arré Buhé enn Tri Roué gued er guizieu 
blaou[ai]huss-cé; ha iné ouleaenn gued enn Hoarierion eitt payemand a 
mefoéinn pé quenntoh a balamorr de Jésuss honn Salvérr, d'oberr aell 
é vasrchan dehai aman ; Enn Entru Doué a vou inourett, ind, ou-devou 
milite ér Bétt-ma ha reconpance ér Béd aral. 

Red-é d'enn Hoarierion um bourvayein à Limage er Huiriéss (à 
balastre pé a goaitt). El Limage-Zé né deli boutt na ponérr na re vrass ; 
ne vou nemeid a zrebi er paenn béd er grouiss; meitt ma vou forh 
modaeste, hi zeournn joainntétt pè croaizéd ar hi halon. 

Limage er Mabic Jésuss énn é gavéle, a faute éhué. 

Nezé deu Pilaette ag unn antérr goalaenn à hétt. 

Deu antulérr ag ur rohann, d'où derhél. 

Ul lyein guaenn de olein enn treu-zé na veintt 

guélett nameid a bé vou rétt. 

Deu zarn flambeau roussin. 

Er hohan ag enn Hoarierion vou Hérode enn-de-v[o]u [sic) être 
puemp plai ar-nuguaenntt ha tregontt vlai; o-[p]eenn é usquemanteu 
aral ean enn-devou [sic). 

Gusquemantt Hérott. 

Urchemizsettaennbordéd àeure ; lavraec; lereu, boteu-laire, gùaenn; 
manégueu milein ; ur sabre caire, ur ruband pé séyaenn, glass; ur 
gravataenn lyein: ur say-à-gambre, à béhani er mancheu a vou troncétt 
bét er glin bréh ; ur bonaette velouss glass, guett tri bou[ton] eure èr 
blein; hag ur gouron hoamn-guaenn ér vor[d] en; é vleau chairett edan 
dou closs,ur Vah-Royal pe Saeptre, melein énn é zournn deheu. 



Gusquemantt Baltazar 
Ur chemizaettaenn ; lavraec, laereu du; boteu laire du manégueu 



i. Zou devou, devezou, etc. Cet ou — o dans les autres dialectes; on a o dans tou 
e bas-vannetais. 






Le Mystère des Trois Rois. $27 

Combien de crimes à propos de la vie sainte des Rois à la face de la 
chrétienté ! Et quel péché à ceux qui pourraient et qui sont chargés de 
les défendre, s'ils les endurent. 

Au moins je convie les Recteurs, les Confesseurs, les prêtres, les 
pères, les mères et les maîtres à huer, à poursuivre, jusqu'aux coups, 
quiconque jouerait encore la Vie des trois Rois avec ces modes épou- 
vantables-là; et je demande aux acteurs pour payement de ma peine ou 
plutôt par amour pour Jésus, notre sauveur, de faire tout ce que je 
marque ici ; le seigneur Dieu sera honoré, ils auront mérite en ce monde- 
ci et récompense dans l'autre. 

Il faut aux joueurs se pourvoir de l'image de la Vierge (de plâtre ou 
de bois) . Cette image-là ne doit être ni lourde ni trop grande ; elle ne 
sera que du sommet de la tête à la ceinture ; mais qu'elle soit (m.-à-m. 
pourvu qu'elle soit] fort modeste, ses deux mains jointes ou croisées sur 
son cœur. 

L'image du petit enfant Jésus dans son berceau, il (la) faut aussi. 

Ensuite deux cierges d'une demi-aune de long. 

Deux chandeliers d'un empan, pour les tenir. 

Un linge blanc pour couvrir ces objets-là pour qu'ils ne soient vus 
que lorsqu'il sera nécessaire. 

Deux morceaux de chandelle de résine. 

Le plus vieux des acteurs sera Hérode, il aura entre vingt-cinq et 
trente ans ; outre ses autres vêtements, il aura : 



Costume d'Hérode. 

Une chemisette bordée d'or ; des culottes; des bas ; des souliers de 
cuir blancs, des gants jaunes, un beau sabre, avec un ruban ou lacet de 
soie vert; une cravate de toile, une robe de chambre, dont les manches 
seront troussées jusqu'au coude, un bonnet de velours vert avec trois 
boutons d'or sur le sommet, et une couronne de fer-blanc sur le bord ; 
ses cheveux ramassés dessous bien clos, un bâton royal ou sceptre jaune 
dans sa main droite. 

Costume de Baltazarr. 
Une chemisette; des culottes, des bas rouges; des souliers de cuir 

principalement dans le Morbihan. On lit dans le dictionnaire français-breton de Cillart : 
souk, meêll, meélleu féminin. Jetter la soûle, en faire, en vendre ou soulêr, sont des 
péchés griefs, puisque ce jeu maudit entraîne des batteries, danses, etc. Lisez, monsieur 
le Cordonnier, qui impunément en exposez à votre boutique. 



528 J. Loth. 

gùaenn hemp clean; ur seyaenn du de gravataenn, ur say-à-gambre 
divanche ; ur gouronn closs, milein; é vleau frisett ha peudrétt; ur 
Sœptre gùaenn énn é zournn déheu. 

Gusquemantt Gasparr. 

Ur chemizaettaenn; lavraec; laereu, violaetl; boteu laire du; man- 
negueu gùaenn, hemp clean; ur seyaenn du de gravataenn; ur say-à- 
gambre divanche, ur gouronn digo[r] milein; é vleau a hétt hemp 
boutt peudrétt; ur saeptre gùaenn enn é zournn déheu. 

Gusquemantt Malkior 

Ur justacorr; chemiztaetaenn ; lavraec; laereu du ; |mannégueu gùaenn, 
hemp clean; ur gravataenn lyein gùaenn, ur bonaette velouss gùaerh, ul 
lyein troha tro, ael enn Turquastt; é vleau chairétt closs édan dou;é 
face duétt; ur saeptre gùaenn enn é zournn déheu. 



Gusquemand enn Ecuyerr. 

Ur chemizaettaenn ; lavraec ; laereu, gùaerh; bonaette ru guett cour- 
haenn maître doh er bordein; ur holiérr hoar[n] gùaenn, boteu laire du ; 
hemp maneguéu na clean. 

Gusquemantt S. Jozep. 

Ur chemizaettaenn, lavraec, laereu, mantael brunn. A. iu. 

Ur bonaette brunn staguéd édan é vailloc; unn toque didronce 
arnehou ' ; ur rivlaenn énn é zournn. 

Gusquemand enn Arh&le Gabriéle. 

Boteu ha laereu glass; ur boquaette seyaenn glass ar é galon hag ar 
pep scoai; ur surpelisse Escop ; frisétt, peudrétt ha digabaele; ur 
huialaenn hire boquaettéd ér blein guéd ur branquic loré glass caire, 
énn é zournn cleye. 



i. Arnehou sur lui, dehou à lui etc. Le pronom suffixe delà 3 e pers. du sg. se trouveêtre 
en haut-vannetais en ou ce qui supposerait pour les autres dialectes o: cf., les formes du 
cart.de Llandaff truio trio, (per éum), trusso (tans eum). Les formes galloises actuelles sont 
a/720, drosto etc. mais en moyen-gallois arnaw, drostaw, etc.). Les formes de tous les 
autres dialectes armoricains remontent à un moyen-breton -af, vieux-breton -am. 



Le Mystère des Trois Rois. 3 29 

noir, des gants blancs, sans épée, un ruban de soie pour cravate, une 
robe de chambre sans manches; une couronne fermée jaune; les cheveux 
frisés et poudrés, un sceptre blanc dans la main droite. 

Costume de Gasparr. 

Une chemisette ; des culottes ; des bas violets ; des souliers noirs ; des 
gants blancs, sans épée; un ruban de soie noir pour cravate; une robe 
de chambre sans manches ; une couronne ouverte, jaune ; les cheveux 
pendants sans être poudrés; un sceptre blanc dans la main droite. 

Costume de Melkiorr . 

Un justaucorps ; une chemisette; des culottes; des bas noirs; des 
gants blancs, sans épée ; une cravate de toile blanche ; un bonnet de 
velours vert, un morceau de toile tout autour, comme les Turcs; les 
cheveux serrés clos dessous ; la figure noircie ; un sceptre blanc dans la 
main droite. 

Costume de VEcuyer. 

Une chemisette ; des culottes ; des bas verts ; un bonnet rouge avec 
une peau de martre à le border; un collier de fer-blanc, des souliers 
noirs, sans gants ni épée. 

Costume de S. Joseph. 

Une chemisette; des culottes; des bas; un manteau brun, un bonnet 
brun attaché sous le menton ; un chapeau non retroussé par dessus ; une 
règle dans la main. 

Costume de l'archange Gabriel. 

Des souliers et des bas bleus ; un bouquet de soie bleue sur le cœur 
et sur chaque épaule ; un surplis d'évêque ; frisé, poudré et tête décou- 
verte ; une verge longue fleurie au bout au moyen d'une petite branche 
de joli laurier vert, dans la main gauche. 



3jo J- Loth. 

Gusquemantt S. Miquèle. 
Ur bonaette eure, ur plumaette gùaenn tro-ha-tro; ur boquaette 
seyaenn ru ardran er bonaette; laereu griss; boteu du; unn aube 
danteillaec, ur groaessaraug hag ardran, gùett seyaenneu du, à zrebi ' er 
gouc béd er grouiss ; ur gravatasnn gued ur seyaenn du ; ur gacol aleurétt, 
é vleau frisétt ha peudrétt ; ur glean nuah sclaer, aell enn [ajrgand en 
é zournn déheu ; ur bladaenn pé bouclierr ia[e]ellou douguein doh é vréh) 
é pehani e vou enn hanhue [a] Jésuss I H S, énné zourn cleye. 

Gusquemantt Lucifer. 
Ur chemizaettaenn ; lavraec ; laereu ru; boteu coaitt bourdaell bricaill 
caire ; manégueu du ; ur seinglaenn é [te]rhael é sabre goulahaenn ; ur 
loste cran du hire doh er [se]inglaenn ardran; ur gordaenn clomed de 
gravataenn ; ur hapuchon ru, toulétt viss à-viss d'enn eulegatt, d'er 
[fr]i, d'er beaec, ha d'enn discoarnn, ma vintt guélett brass [er] méss ag 
er hapuchon; ur gouronn bonaetaec, tri hornn [mjeutt, pé quaernn aral 
jaujabe, é oberr er branqueu ag er gouronn ; ur rangaennic hoarnn énn 
dournn déheu ha[g]ur forh deu viziaec énn dournn cleye. 

Gusquemand Asmodé Ha Louvic. 
Haval vintt peenn-d'er-beenn de hani Luciférr meitt n'ou devou na 
boteu, na sabre, na~couronn, na forh. 

Gusquemand er Soudartt 
Ur Bandoliére; é ouriss hag er glean diar é say [e], é vleau chairétt 
édan ur bonaette brunn, staguéd édan é vailloc; unn toque bordéd; hag 
ur hocarde gùaenn ha ru unn hallebard boquaettéd énn dournn cleye ; 
hemp cravataenn ; maiss gued ur gacol. 
Enn Hoarierion zou 

Er Roué Hérott. 

Enn Ecuyérr. 

Baltazarr. 

Gasparr. 

Maelkiorr. 

Jozep. 

Enn aele Gabriéle. 

i. Ct. l'expression galloise irybedd yrysgwydd la clavicule. Trybeddarm. trébéz, haut- 
vam. Strebi a le sens propre de trépied. 



Le Mystère des Trois Rois. $ $ i 

Costume de S. Michel. 

Un bonnet d'or, un plumet blanc tout autour; un bouquet de soie 
rouge derrière le bonnet ; des bas gris ; des souliers noirs ; une aube avec 
dentelles; une croix devant et derrière, avec des rubans noirs, du 
sommet du cou jusqu'à la ceinture; une cravate avec un ruban noir; un 
hausse-col dore ; les cheveux frisés et poudrés ; un glaive nu brillant 
comme l'argent, dans sa main droite ; un plat ou bouclier (qu'il pourra 
portera son bras) sur lequel sera le nom de Jésus IHS,danssa main gauche. 

Costume de Luciferr. 

Une chemisette; des culottes; des bas rouges; de beaux sabots de 
bois de bordeaux ? bigarrés; des gants noirs; une sangle pour tenir son 
sabre (latte) ; une queue de crins noirs, longue attachée à la sangle derrière ; 
une corde noire pour cravate ; un capuchon rouge, percé en face des 
yeux, du nez, de la bouche et des oreilles, pour qu'on les voie grands 
hors du capuchon; une couronne à bonnet, trois cornes de bélier ou 
d'autres cornes convenables, pour faire les branches de la couronne; 
une petite chaîne de fer dans la main droite et une fourche à deux doigts 
dans la main gauche. 

Costume d'Asmodé et de Louvic. 

Ils seront semblables d'un bout à l'autre à celui de Lucifer, sinon 
qu'ils n'auront ni souliers, ni sabre, ni couronne, ni fourche. 

Costume du Soldat. 

Une bandoulière ; la ceinture et le glaive contre sa robe; ses cheveux 
serrés sous un bonnet brun attaché sous son menton ; un chapeau bordé; 
et une cocarde blanche et rouge, une hallebarde fleurie dans la main 
gauche ; sans cravate, mais avec un hausse-col. 
Les acteurs sont : 

Le roi Hérode 

L'écuyer. 

Baltazarr. 

Gasparr. 

Melkiorr. 

Joseph. 

L'ange Gabriele. 



H* J. Loth. 

San Miquéle. 

Er Soudant. 

Luciferr. 

Asmodé. 

Louvic. 
Enn ur changein à zillatt, Roll enn Ecuyérr ha hani enn Me Gabriéle, 
a œil forh aess boutt groeitt dré ur [m]éme deinn. Baltazarr, Gasparr, 
Maelkiorr, a eell ér faeç[on]zé gobérr Luciferr, Asmodé ha Louvic ; 
ha S. Jozep er Soudant. 

Hérod a deli perpétt conzein eell ur Roué brass, par[fa]it hag abile, 
hemp foaital er place gued é dreitt, [a] criai eell unn disquientett, pé 
ell ur hollay. Er Soudan a um zalh peell ardran que liéss gùéh [ma]vé 
Hérod ar enn tiatre. 



BUE 

ENN TRI ROUÉ. 

PRÉLUTT 

Enn celé Gabriéle. 

(A gan ar enn ton quemunn s[e] péhani â chaervige béd er fin, d'er péh a vou cannett). 



^loserr in - ourr mé - îo - di é - lein enn Nean hi-neah 



x Iag énn Douarr d'enn Dutt vatt joy, lé - hui - né ha peah 

+ 
A bserh Je - suss Map Doué gan - ned é Bét - le - hserr. 






Le Mystère des Trois Rois. j j j 

Saint Michel. 
Le Soldat. 
Luciferr. 
Asmodé. 
Louvic ■ . 
En changeant d'habits, le rôle de l'Ecuyer et celui de l'ange Gabriel 
peuvent fort aisément être faits par le même homme. Baltazarr, Gasparr, 
Melkior, peuvent de cette façon faire Luciferr, Asmodé et Louvic; et 
saint Joseph le soldat. 

Hérode doit toujours parler comme un roi, grand, parfait et habile, 
sans battre le sol de ses pieds et crier comme un fou ou comme un 
taureau. 

Le soldat se tient loin derrière, aussi souvent {souvantes fois) que 
Hérode est sur le théâtre . 



VIE 
DES TROIS ROIS. 

PRÉLUDE. 

L'ange Gabriel. 
(Chante sur ce ton commun là, qui sert jusqu'à la fin, à ce qui sera chanté.) 

Gloire, honneur, louange du haut du ciel cette nuit, 
et, sur la terre, aux gens de bien, joie, allégresse et paix: 



de la part de Jésus, fils de Dieu, né à Bethléem 

i. Au mot canaille Cillart donne le pluriel louviguêtt; au mot puant il ajoute prostituée 
qu'il traduit par louviguèss. Vesse est également traduit par Louë(prononcez lou à la fran- 
çaise) en usage aujourd'hui encore dans tout le vannetais dans ce sens. 



3 34 '* Loth. 



E'nn ur hoh march - aus - si ar unn dour - na-dic fosenn. 
ŒVRE qUÉTAN 

ROLL QUÉTAN 

(Er Roué Hérod hemp Saeptre, er Soudartt.) 

Hêrod : 
(a larr.) 

5 . Péh drespétt, péh gonarr, péh folleah ém spérétt 
A ra dein unn tourmantt hag ur boénn diremétt. 
Mé ritt duhontt duma, unn anquin brass em peaenn 

Er veistre queu em halon, n'aellan quéd araestaenn 

Clehuétt, ha leine, a-rerr, éhéss ur Map gannétt 
10. Ag ur Veairh zou Gùiriéss; a vaenn boutt Roué d'er Bétt. 
Ha ouah èm Rantelaih boutt Maestre dréss t'on-mé? 
Mé varhuehai quenntoh ma choufhrainn quemencé. 
Raccé red-é-à-beenn dastumein Soudardétt 
Aveitt lahein, dismantt massacrein er Marbèttt. ' 



Hérod, Enn Ecuyérr, Er Soudartt. 
(Hérod a azé). 

Enn Ecuyérr. 
(Arlaerh m'enn-déss umblemantt saluded er Roué, a larr) 

1 5 . Hur Roué, prononcéd-é dré ur hoh Proféci 
Ag enn Tadeu Ebruss, me grétt dré Jeremi 
Ételi gannein daemp, me n'enn dé déjà bétt, 
Enn-anni a grouéass hag a gondi er bét; 
Map d'enn Tad-Etasrnel, a rey dré é bouissance, 

20. De Luciferr creinnein enn Jhuaernn guett doujance; 

l. Lcg. mabitt. 






Le Mystère des Trois Rois. 335 

dans une mauvaise écurie, sur une poignée de foin. 



ACTE PREMIER. 

ROLE PREMIER. 

Le roi Hérode sans sceptre, le soldat. 

Hêrode. 
(Dit.) 

5. Quel dépit, quelle rage, quelle folie dans mon esprit 
me font un tourment et une peine incurables. 
Je cours là, ici, une grande angoisse dans ma tête, 
le fiel profondément dans mon cœur; je ne puis m'arrêter. 
On entend et on lit (entendre et lire on fait), qu'il y a un fils né 
10. d'une fille qui est vierge, qui veut être Roi du monde; 
et même dans mon royaume, être maître par-dessus moi ! 
Je mourrais plutôt que de souffrir pareille chose (autant que cela). 
Aussi il faut tout de suite rassembler des soldats 
pour tuer, mettre en pièces, massacrer les enfants. 

SECOND ROLE. 

Hérode, l'Ecuyer, le Soldat. 
(Hérode s'asseoit.) 

L'Ecuyer. 
(Après qu'il a humblement salué le roi dit.) 

1 5 . Notre Roi, il est annoncé par une vieille prophétie 

des pères hébreux, je crois par Jérémie, 

qu'il doit naître à nous, s'il ne l'est déjà, 

celui qui créa et conduit le monde, 

fils au Père éternel, qui fera par sa puissance 
20. à Lucifer trembler dans l'enfer de crainte, 



3 $6 J. Loth. 

Hag a laqey er-ré zou à volante vatt 
Paciand er vuhé-ma ; hag euruss gued é Datt. 

Hèrod. 
(A sau : a ya énn tu aral d'enn Ecuyérr hag a larr : ) 

A té gretai jamess é héss dein quenn ardéh 
Aveitt chonjal lémél guenein me Ranteléh? 
2$. Ér Brofécieu-zé é téli boutt scrihuétt 

E'ma er Roué Hérott brassan Roué zou er Bett 

Sél mé Er Bétt deu hiaule né aell quéd andurein; 

Na mé em Ranteleah ur Roué aral choufrein. 

Enn Ecuyérr. 
(A larr.) 

Hur Roué . . . guirr-é, m'er goairr ha mé agré guenoh, 
30. E'ma brass hou pouvaerr; maiss brassoh aveid oh 
A vaenn hag a aell boutt, enn-ani é huénan 
A zou Roué d'er Rouanne; d'enn oll, Brass ha Bihan. . 
Ha guaerço ' zo dé]a a bér gortérr er Bétt. 

Herott. 
(A larr.) 

Um gontanteaid enn 2 oll; eid on-mé né ran quètt. 
35 . Quenntoh ma andurhaenn Roué aral é Judé 

Quemaennt quérr, castaell, Bourh, a rauvachœnn bamdé. 
(Hérod aya d'azéein.) 

Enn Ecuyérr : 
(A larr.) 

Te hèss enn e calon unn desirr miliguett, 

Coh 5 brein, a vou abrestt magadurrd'er prinhuétt, 

Té fal did araestein volanteyeu enn Nean ; 

40. Te nairh né aquitou meitt de goll he ç'inean4. 
Er Rouééd a zou bett diaboeissant de Zoué, 
A zou bétt punissed er Bétt-man ha goudé. 
Nabucodonozorr ha Rouanne a Siri, 
Ou oll madeu, inourr, buhé, na golzand-i? 

45. Rac ma unn saouezand einep volante Doué. 
Douje n'arrihuehai quemettral guenidé 



1. Pour guers so, cf. gallois ys gwers. 

2. Vers, actuelle : hum gontanted en oll. 

3. La version actuelle porte corf et la pastorale vieux corps. 

4. He ç'inean devrait s'écrire hes inean ; la même orthographe est en vigueur pour le 
possessif de la 2 e pers. du pluriel : hou ç'inean pour hous inean, moyen-breton hoz eneff. 



Le Mystère des Trois Rois. 3^7 

et qui fera ceux qui sont de bonne volonté 
paisibles dans cette vie et heureux avec son père. 

Hèrodc. 
(Se lève, va de l'autre côté de l'Ecuyer et dit.j 

Croirais-tu jamais qu'il y a un homme assez hardi 
pour songer à m'enlever ma royauté? 
2^ . Dans ces prophéties-là il doit être écrit 

que le roi Hérode est le plus grand roi qui soit dans le monde. 
Regarde-moi... Dans le monde deux soleils ne peuvent s'endurer 
ni moi. dans mon royaume, souffrir un autre roi. 

L'Ecuyer. 
(Dit.) 

Notre roi. .. C'est vrai, je le sais et je suis d'accord avec vous, 
30. que votre pouvoir est grand ; mais plus grand que vous 
veut et peut être, celui-là lui-même 
qui est roi des rois, de tous grands et petits, 
et longtemps il y a déjà qu'on l'attend dans le monde. 

Hérode. 
(Dit.) 

Que tout le monde se contente, pour moi je ne le fais pas. 
3 5 . Plutôt que d'endurer un autre roi en Judée, [jours, 

tout ce qu'il y a de villes, châteaux, bourgs, je ravagerais tous les 
(Hérode va s'asseoir.) 

L'Ecuyer. 

(Dit.) . 

Tu as dans ton cœur un désir maudit 

vieux pourri qui seras bientôt la nourriture des vers. 

Tu veux (// te faut à toi) arrêter les volontés du ciel ; 
40. ta force n'aboutira qu'à perdre ton âme- 

Les rois qui ont été désobéissants à Dieu, 

ont été punis dans ce monde-ci et après. 

Nabuchodonosor et les rois de Syrie, 

tous leurs biens, honneur, vie, n'ont-ils pas perdu, 
45. parce qu'ils se sont levés contre la volonté de Dieu ? 

Crains qu'il n'en arrive autant avec toi. . . 



Rev. Celt. VIL 22 



î?8 ./. Lolh. 

Pé vaern ditt Roué crouael, dein jalouss ha méchanlt, 

Heli, Heli, quenntoh, a bairh Doué Olbouissant, 
Enn-ani a zisquaenn ag enn Neaneu express, 
)0 . Aveitt dicouein d'è BobI, enn heentt t'er Baradoéss 

Hérott. 

(a zad'é Ecuyérrénnunntenneinè fabre a hanterr hag er boute arré présandenn é ouhin. 

Andurein quemencé, ha bleau gùaenn ar me faenn! 
N'aellan quétt er gobérr; gued anquin è varhuaenn. 
Quétan hur bé raezon ag er Hroaiduric-cé 
A larérr a vaenn boud ag er Béd oll er Roué. 
$$. Rac n'ispairgnein hanni. Quemenntt Map zou gannétt 
A onde seih vlai sou, bloh ' é veint massacrétt. 

Enn Ecuyerr : 

Credet ennta ha groeid er-péh a garehétt, 
Ganned é à dra sur mestre ha Salvérr er Bétt 
Dastumétt Soudardétt, lahéd er Vugalé; 
60. Birhuiquin n'er havétt ; goarnétt mad é guett Doué. 

Hérott : 

Goapeid on d'em Princett. . . Ha pérac na vehasnn, 
Penn dé me servitourré tisputal doh haenn ? 
Quita, Deinn re hardéh menn Doarr ha me l'alaess 
Te laqua me spérett ha me halon diaess. 



ROLL TRIVETT. 

Hérod, er Soudartt. 

Hérott. 
(Doh tou é huénân.) 



65. Penauss! Prononced é dré enn oll Profaetétt 

E'teli boutt ganned ur Map vou Roué er Bétt. . . 

Ha pihue vehai henéh ! Ne aell boutt meid on mé. 

Pérag ennta larérr hemp goud er honteu-zé?. . . 

Clasquein unn Ecuyérr Meenn é hein de gavétt 

70. Unan gùaell eit henéh; Soudartt, arlaerh . . . ridaett. 



1. Bloh très employé en haut-vannetais. Au mot totalité, l'auteur du dictionnaire 
français-vannetais dit de l'Armerye fait cette remarque : il est original de voir de quel 
ton les Cornouaillais préfèrent toutt à bloh. 



Le Mystère des Trois Rois. 339 

Que te faut-il ', roi cruel, homme jaloux et méchant? 
Suis, suis plutôt, de la part du Dieu tout-puissant, 
celui qui descend du ciel exprès 
$0. pour montrer au peuple le chemin du paradis. 

Hèrodc. 
(Va à l'Ecuyer en tirant son sabre à moitié et le fourre de nouveau dans son fourreau.) 

Endurer pareille chose, et des cheveux blancs sur ma tête! 
Je ne puis le faire, de douleur je mourrais. 
D'abord ayons raison de ce petit enfant-là 
que l'on dit vouloir être de tout le monde le roi. 
55. Car je n'épargnerai personne. Tout garçon né 
.depuis sept ans, tous seront massacrés. 

L'Ecuyer. 

Croyez donc et faites ce que vous voudrez : 
il est né assurément le maître et le sauveur du monde. 
Rassemblez des soldats, tuez les enfants; 
60. jamais vous ne le trouverez; il est bien gardé par Dieu. 

Hèrodc. 

Je suis moqué par mes Princes... Et pourquoi ne le serais-je, 
puisque mon serviteur est à se disputer avec moi ? 
Quitte, homme trop hardi, ma terre et mon palais; 
Tu rends mon esprit et mon cœur mal à l'aise. 

ROLE TROISIÈME. 

Hérode, le Soldat. 

Hèrodc. 
(A lui-même) 

6$. Comment! Il est annoncé par tous les prophètes 

qu'il doit être né un enfant qui sera roi du monde... 

Et qui serait celui-là ? Ce ne peut-être que moi. 

Pourquoi donc dit-on, sans savoir, ces contes-là. 1 '... 

Je vais chercher un écuyer. — Où irai-je en trouver 
70. un meilleur que celui-là : soldat, après... courez. 



t. Vern n'a habituellement que le sens d'importer : petra vern d'id signifierait aujour- 
d'hui : que t'importe-t-il. 



540 J. Lot h. 

KPISODD 

ROLL QUETAV. 

San Miquéle, Enn asle Gabriéle. 
Enn aie Gabriéle. 

Prince ag enn ol ./Elé, Petra zou arihuétt 
Êr Baradoéss goudé ma honn bett dégassétt 
Ar enn doarr devannein migélicord ha peah 
A bairh Jésuss Map Doué, a zou gannétt hineah ? 
75 . Er glean luem, enn hoarnn brass, a huélan enn hou tournn 
Er groéss arhou calon ; armétt béd enn aournn; ' 
Hou teulcgatt ru tan, ha hou face é colasrr : 
E'halcé justt é ouaih einep de Luciférr. 

San Miquéle. 

Quevéleu mad em-éss, Gabriel, eitt Map-Deinn: 
80. Einép tehou n'enn don na ne vein birhniqueinn ; 

M'er har ha m'enn dihu'aenn doh ur vandaenn Diaulaett, 

A zou puar-mil vlai sou, haval-é, achapétt 

M\\ ambassadour mad ag ur gannédiguiah, 
A zégasse d'enn Doarr pep-sortt pihuidiguiah, 
8$. Couviétt Buguelion d'adorein guai, coutantt, 

Ur Hroaidurr peurr énn Doar hag énn Nean quer pouissantt 
Ha mé, Feahour d'enn Diaul, mé rey dehou criai 
Doh enn ari quer stairtt que 2 n'œllou meitt harhal. 
Mar carétt menn ; gortoss m'em bou enn ur guéhétt 
90. Garotaett Lucifaerr hag é oll consortétt. 

Enn ait Gabriéle. 

Hui vou é em ortéye mar labourétt quer buon. 
Pégource é vein paré a me homicionr 
Noss vou, pé dostt, aséss : Né ra ouahenn Tri Roué 
Meitt mond é Ti Hérod, enn Tirand à Judé. 



Enn ah Gabriéle. 

9$ . N'enn-dess nameid unn Doué a aell crouéein é barr ! 
Ean hou chairou, Diaulétt, na vaih quèd énn arvarr, 



1. Aorn ou arzorn poignet (L'Armerye;. 

2. Pour Ken n'ellou. 

3. On prononce menghortos. 



Le Mystère des Trois Rois. 541 

EPISODE. 

ROLE PREMIER. 

Saint Michel, l'ange Gabriel. 
L'ange Gabriel. 

Prince de tous les anges, qu'est-il arrivé 
dans le Paradis après que j'ai été envoyé 
sur la terre pour annoncer miséricorde et paix 
de la part de Jésus fils de Dieu, qui est né aujourd'hui ? 
7$ . Le glaive aigu, le grand fer, je vois dans votre main, 
la croix sur votre cœur, armé jusqu'au poignet, 
vos yeux (deux yeux) rouge feu, et votre face en colère : 
ainsi tout juste vous étiez contre Lucifer. 

Saint Michel. 

Bonnes nouvelles j'ai, Gabriel, pour l'Homme (dans le sens de genre 
80 contre lui je ne suis ni ne serai jamais ; [humian. 

je l'aime et le défends contre une bande de diables, 

qui sont, il y a quatre mille ans, il semble, échappés... 

Comme bon ambassadeur de la Nativité, 

apportant (qui apporte) à la terre toute sorte de richesses, 
8$. conviez les bergers à adorer gaiement, joyeusement, 

le pauvre enfant sur la terre et dans le ciel si puissant. 

Et moi, vainqueur du Diable, je lui ferai crier; 

en le liant si serré qu'il ne pourra pas aboyer. 

si vous voulez m'attendre, j'aurai chemin faisant, 
90. garrotté Lucifer et tous ses compagnons. 

L'ange Gabriel. 

C'est vous qui m'attendrez si vous travaillez si vite. 
Quand ssrai-je débarrassé de ma commission ? 
Il sera nuit ou assez près; les trois rois ne font 
que d'aller chez Hérode, le tyran de Judée. 

SECOND ROLE 

L'ange Gabriel. 

9$ . Il n'y a qu'un Dieu qui puisse créer son pareil ! 

C'est lui qui vous ramassera, Diables, ne soyez pas en doute. 



34 2 



J. Lot h. 

ROLL TRIVETT. 

(Tauleu ha cri, a gléhuérr). 



San Miquélc. 
(E'rondache, ihuél doh é vréh, a gampaeun é vonnaett, è gacol hag é seyaennen.) 

Crignaennd ou rangœnneu ; sur ou-dess de grignatt 
Quaentt ma um zistagueintt ou-dèss de hilguaennatt ] 
Mais ne méss ariétt meid ardro enn antérr ; 
100. Er gùaellan lod a chom ha libre é Luciferr. 

ROLL PUARVETT. 

Luciferr. 
(Énn ur gadoairr a ra mineu vile hag a venace gued è forh ha gued é rangœnnic.) 

ROLL PUEMVETT. 

Lucifer, Asmodé, Louvic. 
(Asmodé ha Louvic guett pep darne flambeau roussin énn dournn cleye, a rid ar ou hrab- 
inieu, unau duman, enn aral duhonntt ; hag a scrimpe, œil chassigueu ; Luciferr a 
hoarh dijauge.) 

ROLL HUEHVETT. 

S. Miquèle, Luciferr, Asmodé, Louvic. 

San Miquèle. 
(A larr.) 

Téhett, Lonnéd ifam, Tosséguétt, hag Airon 2 

TEspiguett ha Bouhétt ; na té, me Amperhon. 
(S. Miquèle a daule Luciferr hag é gadoairr ; er forh, er gouronn hag er gadoairr a 
chom ar enn tiatre; maiss enn tri Diaule a rid erauc S. Miquèle, père a ra ou fuar 
dihue huéh enn dro. S. Miquèle el ma dremeine dirag enn tiatre a larr unan ag enn 
eu huerz-ma.) 

Ou hanhueu a bussunn. . . Beaeg unn aele a deli. . . 

Um ouarnn eid enn Drindett, de gannein mélodi. 

ROLL SEIVÉTT. 

(Cri ha tauleu a gléhuérr ardrann enn Tiatre.) 

San Miquèle. 
(Enn ur stleijal à bouî 3 ur rangaenn Luciferr diarr é grabinieu, a chom énn tuin 4 caire, 

a larr). 

10$. Me zou Miquaele, Arhaele, Capitein Triomfantt, 

Massajourr, dréss er real, d'onn Hrouéour olbouissantt. 



i. Nous n'avons pas trouvé ce mot dans les dictionnaires, et il n'est pas en usage 
dans tout le vannetais. La version actuelle des Trois-Rois le donne encore. 

2. Pluriel de aer serpent ; airon ou aeron est pour naeron, la langue ayant confondu 
Vn initiale du mot avec \'n finale de l'article, naeron = natrones, comme aer =s natru. 

3. Ordinairement a boés. 

4. Ordinairement tu-gin. 



Le Mystère des Trois Rois. 343 

ROLE TROISIÈME. 

(On entend des coups et des cris.) 

Saint Michel. 
(Sa rondache haute à son bras, arrange son bonnet,, son hausse-col et ses rubans.) 

Qu'ils rongent leurs chaînes; sûr, ils ont à ronger 
avant qu'ils ne se détachent ils ont à grignotter ' ? 
mais je n'ai lié qu'environ la moitié; 
100. la meilleure part reste, et Lucifer est libre. 

ROLE QUATRIÈME. 

Lucifer. 
(Sur une chaise fait de laides mines et menace de sa fourche et de ses chaînes.) 

ROLE CINQUIÈME. 

Lucifer, Asmodée, Louvic. 
(Asmodée et Louvic, chacun avec un morceau de chandelle de résine dans la main gauche, 
courent à quatre pattes (m.-à-m. sur leurs griffes), l'un ici, l'autre là; et crient (m.-à- 
m. hennissent) comme des petits chiens; Lucifer rit d'une façon hideuse '.) 

ROLE SIXIÈME. 

Saint Michel, Lucifer, Asmodée, Louvic. 

Saint Michel. 
(Dit.) 

Allez, bêtes infâmes, crapauds, serpents, 

aspics et boucs, et toi, mon ver de terre (gredin). 
(Saint Michel jette Lucifer à bas de son siège ; la fourche, la couronne et le siège restent 
sur le théâtre ; mais les trois diables courent devant Saint Michel, et ils font (lesquels) 
tous les quatre font deux fois le tour. Saint Michel comme il passe devant le théâtre dit 
un de ces deux vers-ci (un à chaque tour) : 

Leurs noms infectent... La bouche des anges doit 

se réserver pour la Trinité, pour chanter louange. 

ROLE SEPTIÈME. 

(On entend des cris et des coups derrière le théâtre.) 

Saint Michel. 
(En traînant suspendu à une chaîne Lucifer à quatre pattes, et qui reste à l'envers, dit:) 

105. Je suis Michel archange, capitaine triomphant, 

messager, par-dessus les autres, de notre créateur tout-puissant. 



1. Di jauje a proprement le sens de peu convenable. 



^44 '« Loth. 

Ar he gouste é aelléss, goann louss, me hanaouein, 
Penn douss à oudévéh é vleijal, è hudein. . . 
Nœlliss quéd he ç'andurr, è clasque unn um séhuéle, 
1 10. Ihuéloh eitt me Maestre, pé ael dou quenn ihuéle ; 
Mè gonzass er hétan, hag helleih ar me laerh, 
Aveitt brezelécatt doh hid à honn oll naerh. 
Pihue zou Haval doh Doué? a lariss ; ael ur glean, 
Er-guir-zé, nétra quin, he ç'abimass ènn tan. 

Luciferr : 
(A ra unn taule scrimpe hag a sau doh er rangœun ar è han-azé.) 

1 i $ . Pétra zou? A béban ? Pénauss é? Ha pèrac? 
Rèd è ma héss arihue unn nehuetaitt bénac. 
Lausque-mé, Miquél Brass, m'enn distroiein d'em lavarr. 
Pé mé heijou enn Nean, enn Ihuasrnn hag enn Doarr. 

S. Miquéle. 
(A sau è glean, Luciferr a gri.) 

Satan, crédein a-réss séhuèl arré he peenn 
120. Einèp d'enn Eutru-Douè ! Crisquein a-rey he boaenn ; 
Hag o-peenn, Miliguétt, lémél a-ra guenitt. 
Er bili ar Map Deinn, drè Jésuss Croaiduric. 
Na vaiss mui énn arvarr ; ché ean ' enn nèhuététt 
A rejouiss enn Dud, a gonfond enn Diaulétt. 
S. Miquéle a voûte Luciferr ardran : hena - a hudé inou deu daul.l 

EILE ŒVRE 

ROLL OJJÉTAN. 

Hérod, Enn Ecuyérr, er Soudartt. 
(Hérod a azé.) 

Enn Ecuyerr : 

125. Hur Roué, cléhuéd em-éss é héss arihue présantt 
Tri Roné énn hou Palœss, à zou enn Oriantt ; 
Eure, Mirr hag Ezance, a larérr zou gueté 
De gueniguein d'où Roué, d'où Salvérr ha d'où Doué. 

Héron : 

Mé fal dein conss doh tai. . . Pihue enn-déss intt disquétt 
1 jo. De zélézel ou bro. queraenntt hag amiétt, 

1 . Habituellement che-de ou chetu pour sel-de (Catholicon) sellet-u ; ean = «/du moyen- 
breton. Che ean est probablement pour chel ean. On prononce cheyan. 

2. hena propre au haut-vannetais pour celui-ci; bas-vannetais hinan ailleurs heman. 



Le Mystère des Trois Rois. 34$ 

A des dépens tu peux, sale charogne, me connaître, 
puisque tu es depuis à rugir et hurler... 
Je n'ai pu t'endurer à chercher te lever 
110. plus haut que mon maître, ou aussi haut que lui ; 

j'ai parlé le premier, et beaucoup d'autres après moi, 
de faire la guerre contre toi de joute notre force, 
Qui est semblable à Dieu? dis-je; comme un glaive, 
ce mot-là, rien de plus, t'abîma dans le feu. 

Lucifer. 

(Lâche un hennissement (m.-à-m. fait un coup de hennissement) et se lève, suspendu à 

la chaîne, sur son séant.) 

11$. Qu'y a-t-il ! D'où ? Comment ? Et pourquoi ? 
Il faut qu'il soit arrivé quelque nouveauté. 
Laisse-moi, grand Michel, me détourner suivant ma parole ? 
ou bien je secouerai le ciel, l'enfer et la terre. 

Saint Michel. 
(Lève son glaive, Lucifer crie.) 

Satan, tu oses lever de nouveau la tête 
120. contre le seigneur Dieu! Il accroîtra ta peine, 
et de plus, maudit, il t'enlève 
le pouvoir sur l'homme, par Jésus petit enfant. 
Ne sois plus en doute ; la voilà, la nouveauté 
qui réjouit les hommes et confond les démons. 
(Saint Michel jette Lucifer derrière; celui-là hurle là deux fois.) 

DEUXIÈME ACTE 

ROLE PREMIER. 

Hérode, l'Ecuyer, ie Soldat. 
(Hérode s'asseoit.) 

L'Ecuyer. 

125. Notre roi — j'ai entendu qu'il est arrivé à présent 

trois rois dans votre palais (venant) du côté de l'orient ; 

de l'or, de la myrrhe, et de l'encens, on dit qu'ils en ont (au'est avec 

pour offrir à leur Roi, à leur Sauveur et à leur Dieu. \eux) 

Hérode . 

Je veux leur parler. — Qui leur a appris 
150. à abandonner leur pays, parents et amis, 



346 J. Loth. 

Aveitt donéd aman dé gléhuétt quévelleu 
[A] ouairan mé a-boœnn, hag a laran zou gueu ? 
(Enn Ecuyerr a zoug ar ur mouchette caire é saeptre d'er Roué Hérott.) 
Hastétt, me Ecuyérr, quaerétt buan hemp tardein ; 
Larétt d'en tri Roué honntt donétt d'em saludein. 

EILE ROLL. 

Enn Ecuyerr, Enn Tri Roué. 

Enn Ecuyerr. 
(A larr.) 

i $ $ . De'matt teoh, Tuchaenntil ; davaied-on express 

Ordreinéd enn déss tein me Msstre Herodéss 

Gobérr doh antréein énn é Baléss hou tri ; 

Mena eell hou cuélétt né vou quétt dissourci. 

Raccé, mé hou supli, quaennt ma yehaitt paelloh, 
140. Antrééd énn é di, ean a vaenn conss doh oh. 

Baltazarr. 
{Mt\ pé gannehai. Tud a zonne enn Oriantt a gan, haval véhai, a bé gonzantt.) 

Pardonnétt taemb, Eutru, ni zou tutt divroett ; 
Né ouzamp ' quéd enn hennt, ni a zou fariétt ; 
Pur bezé ean gouiétt, surmad e! laramp teoh, 
Ur bezé, Ean gùélétt quasnnd eitt monétt peelloh ; 
145. N'ur behai que manquétt, œil meidé hunn devaerr 
De saludein ur Roué zou quer brass é bouvaerr. 

.Enn Ecuyerr. 
(a larr) 

Deitt, Tuchenntil, hardéh, ar menn guirr avancett 
N'ou pou que droug é quiss nag é faeçon er-bétt. 

ROLL TRIVETT. 

Hérod, Er Soudartt. 

Hérott. 
(A larr doh tou è nuénan.) 

M'écuyérr a me fairh express em-ess cassètt 
150. D'ataerse reih pihue é enn dutt-cé divroett. 

1. Cf. la forme des mabina'giun wdam. Il est vrai que la première personne du pluriel 
de tous les verbes à l'indicatif prés. act. est dans tout le vannetais en-dm; aujourd'hui la 
forme ordinaire est gouyam. La 2 e pers. du plur. est cependant encore le plus souvent 
en bas- vannetais gouzoeh. 






Le Mystère des Trois Rois. 347 

pour venir ici entendre des nouvelles 

que je sais moi à peine, et que je dis être fausses? 

(L'Ecuyer porte sur un beau mouchoir son sceptre au roi Hérode.) 

Hâtez-vous, mon Ecuyer, allez vite sans tarder ; 

dîtes à ces trois Rois-là de venir me saluer. 

ROLE SECOND. 

L'Ecuyer, les trois Rois. 

L'Ecuyer. 
(Dit.) 

135. Bon jour à vous, gentilshommes, je suis envoyé exprès, 

mon maître Hérode m'a ordonné 

de vous faire entrer dans son palais vous trois ; 

s'il ne peut vous voir, il ne sera pas tranquille. 

C'est pourquoi, je vous supplie, avant que vous n'alliez plus loin 
140. entrez dans sa maison ; il veut vous parler. 

Baitazar. 
(Comme s'il chantait. Les gens du fond de l'Orient chantent, semble-t-il, lorsqu'ils parlent.) 

Pardonnez-moi, seigneur, nous sommes des étrangers ; 
nous ne savons pas le chemin, nous sommes égarés ; 
si nous l'avions su, nous vous le disons sûrement, 
nous l'aurions vu avant d'aller plus loin ; 
145. nous n'aurions pas manqué, comme c'est notre devoir, 
de saluer le roi dont le pouvoir est si grand. 

L'Ecuyer. 

(Dit) 

Venez, gentilshommes, hardiment, sur ma parole avancez 
vous n'aurez de mal de nulle façon ou manière au monde. 

ROLE TROISIÈME. 

Hérode, le Soldat. 

Hèrude . 
(Se dit à lui-même.) 

Mon écuyer de ma part exprès j'ai envoyé 
1 $0. pour savoir net (m. à m. pour interroger) qui sont ces étrangers; 



348 J. Loîh 

M'ou gù é le ; ou gusquemand, ou min, ou hardehtaitt 
A ra d'ein goud émantt tud abil ha parfaitt. 
(Herod a ya d'azéein.) 

ROLL PUARVETT. 

Hérod, enn tri Roué, Enn Ecuyérr, Er Soudartt. 

Herod. 
(a ya énn-arbaenn J hag a larr., 

Tosteitt, me amiétt, ha deitt matt revehaitt; 
Larett tein à bairh pihue, na pétra a glasquétt; 
1$$. A bébéh 2 bro é tétt, meenn 5 é fal doh monétt? 
^Ell ma ouzah erhad, un Roué brass aell on-mé 
A zou perpétt curiuss de oud er huirionné. 

Enn tri Roué. 

(A ra enn eile arlasrh éguilé pepani un umble revelance de Herod azéétt, ha nezé a gan 

ar unn dro, ar enn ton zou érauc, pagaenn 3.) 

É hamp de adorein honn salvérr ha honn Doué 
Deid aveid omb er bétt d'ur prenein dfé druhé, 
160. Penn dé deit quenn izéle ha meidé bétt gannétt 
D'éfacein er fauteu unn éss ni comaetétt. 

Herod. 
(Azéétt a larr.) 

Quérétt, hui a rey dein er blijadurr brassan : 
Gratt vad a ouyein doh; jamess n'enn ancoéhan4. 
Tremeinnëtt dré mé zi, aell ma retournehétt, 
16$. Quaennt monéd éhué mé, mé vasnn ouah hou cuélét. 
Éhonn ingorto mad, aell oh enn adorein, 
Hag unn donaezon caire a vaennan dehou rein. 



1. Forme intéressante si on la compare au gallois erbyn qui a aussi le sens de à la ren- 
contre de, au-devant de. Arbenn ou plutôt en arbênn n'a guère, en armorique, que le sens 
de au-devant. Ar gouvernant en irlandais l'accusatif et le datif, on peut supposer que 
arbenn donne une forme accusative, si erbyn suppose un datif. 

2. Pe bèh (gall. pa beth) ne s'emploie guère que dans le sens exclamatif. 

3. Ménn «où» ne s'emploie qu'en vannetais, cf. gallois myn là o\i(Mabinogion passim, 
livre noir, éd. skene, II, p. 43 ; myn yd uo truin yd uo trev, là où il y aura un nez, il 
y aura éternuement; cette pièce est une des plus mal comprises du recueil, et ce n'est 
pas peu dire.) 

4. Ancoèhan forme remarquable, dans le sens du futur, si elle n'a pas été amenée par 
les besoins de l'assonance. Cf. le présent futur gallois en af. On trouve deux exemples 
du même emploi de la forme en -an (moyen bret. af) dans le recueil de cantiques de 

'734, P. '33: 

jamaess n'er huitan 

birhuiquin na bihue na marhue dehou ne vancan. 

« jamais, je ne le quitterai, jamais, ni vivant ni mort je ne lui manquerai. » 



Le Mystère des Trois Rois. 549 

je les vois ; leur costume, leur mine, leur assurance 
me font savoir que ce sont des gens habiles et accomplis. 
(Hérode va s'asseoir.) 

ROLE QUATRIÈME. 

Hérode, les trois Rois, PEcuyer, le Soldat. 

Hérode. 
(Va au devant et dit.) 

Approchez, mes amis, et soyez les bienvenus. 
Dites-moi de la part de qui, et ce que vous cherchez 
155. de quel pays vous venez, où vous voulez aller ? 

Comme vous le savez bien, un grand roi, comme moi, 
est toujours curieux de savoir la vérité. 

Les trois Rois. 

(Font l'un après l'autre chacun une humble révérence à Hérode assis, et alors chantent 

ensemble, sur l'air qui est avant, page 3.) 

Nous allons adorer notre Sauveur et notre Dieu, 
venu pour nous dans le monde — pour nous acheter par pitié; 
160. puisqu'il est venu si bas, et qu'il est né 

pour effacer les fautes que nous avons commises. 

Hérode. 

(Assis, dit.) 

Allez, vous me ferez le plus grand plaisir : 
bon gré je vous aurai ; jamais je ne l'oublierai. 
Passez par ma demeure, comme vous retournerez ; 
165. avant d'aller moi aussi, je veux encore vous voir. 
Je suis bien dans l'attente, comme vous, de l'adorer, 
et un beau présent je veux lui faire. 



5 50 J. Loth. 

MVRE TRIVETT. 

ROLL QUÉTAN. 

Jozep, Gabriéle, Limage er Huiriéss a hani Jésuss. 
(El Limageu a zizolérr.) 

Enn Mk Gabriéle : 
(Ardran Limage er Huiriéss a larr aveitt hi.) 

Jojep me Fristt douce, mègleu scoein ar enn orr; 
l^uérétt; penauss-bénac meidé aess de zigorr. 

EILE ROLL. 

Jozep, Enn Tri Roué, Enn JE\e Gabriéle. 

Jozep. 
(A larr.) 

170. Deitt, deitt ma 1 revehaitt, inourable Roanne, 

De huélétt honn Salvérr, honn Eutru ha honn Doué, 
Mar déd à Oriaenntt, gued ul lovad à boaenn 
E'hoh arrihue aman ; E'nn Nean de virhuiquein 
E'vehaid a dra surr recoupansétt gued Doué. 

175. Gued er Seennt, Santezéd ha gued enn oll aelé. 

Enn Tri Roué. 
(A gan ar unn dro.) 

Er peah revou aman perpéd, aell mi havamp ; 
Meaenn é-ma er Hroaidur, péhani a glascamp, 
^11 m'enn-dé discoeitt temp dré sclaerderr ur stiraenn, 
Enn-déss hunn dégassétt à honn bro d'enn Doarr-maenn: 

Enn JE le Gabriéle. 
(Eid er Huiriéss a larr.) 

180. A béh bro oh, mar plige, à zoh enn Arabi 
Ag à Vordeu Saba pè à Darce é tétt-hui? 

Gasparr. 

A gan.) 

Ni zou à ziabsell, deitt d'inourein ur Roué, 
A veaenn, eitt hur prenein, ér groéss coll é vuhé 
Hemb ancouéhad é vam, a saludhaimb éhué, 
185. Ma vou Avocadéss aveid omp dirac Doué. 

1. Deitt ma leg. deitt mat. 



Le Mystère des Trois Rois. 3 5 1 



ACTE TROISIEME. 

ROLE PREMIER. 

Joseph, Gabriel, l'image de la Vierge et celle de Jésus. 
(On découvre les images.) 

L'ange Gabriel. 
(Derrière l'image de la Vierge dit pour elle.) 

Joseph, mon doux époux, j'entends frapper à la porte. 
Allez, quoiqu'elle soit facile à ouvrir. 

ROLE SECOND. 

Joseph, les trois Rois, l'ange Gabriel. 

Joseph . 
(Dit.) 

170. Venez, soyez les bienvenus, Rois honorables,, 
voir notre sauveur, notre seigneur et notre Dieu ; 
si vous venez de i'Orient, avec beaucoup de peine, 
vous êtes arrivés ici ; dans le ciel pour toujours 
vous serez assurément récompensés par Dieu, 

\JS ■ avec ' es saints, les saintes et tous les anges. 

Les trois Rois. 
(Chantent ensemble.) 

Que la paix soit toujours ici, comme nous la trouvons ; 
• où est l'enfant, que nous cherchons, 

comme il nous est montré par la clarté de l'étoile, 
qui nous a amenés de notre pays à cette terre-ci. 

L'ange Gabriel. 
(Pour la Vierge dit.) 

180. De quel pays êtes-vous, s'il (vous) plaît? de l'Arabie, 
ou des bords de Saba ou de Tarse, venez-vous? 

Gaspar. 
(Chante.) 

Nous sommes de loin, venus pour adorer le roi 
qui veut bien, pour nous acheter, sur la croix perdre la vie, 
sans oublier sa mère, que nous saluerons aussi, 
185 . pour qu'elle soit avocate pour nous devant Dieu. 



?J2 ./. Lotll. 

Melkiorr : 
'A gan.) 

Tostamb ennta honn tri : na vaimp que paraessus, 
D'adorein à galon hunn Doué carantéuss: 
Queniguiam tehou Eure, Mir hag Ezance ehué 
M'ul laquey él léh mad èr fin à honn buhé. 
(Alumein à-rérr deu bilaette dirag el Limageu; Jozep a azé doh costé er Huiriéss.) 

Baltazarr. 

(Ar é zeulin distroeid être Jésuss hag er Boble, é gouronn hag é Vah-Royal ar enn 

douarr, é zonaezon énn dournn dey, a gan.) 

190. Ur Ranteleah em-ess ; rag ag ur goaitt Royal 
Guenedig on saouétt, me hanhue é Baltazal 
Meitt mé hanaù ur Roué, brassoh aveitt jamaess 
N'enn-dèss bett na né vou, gannéd ag ur Huiriéss. 
(Baltazarr a laça é zonaszon ar er bassaette doh treitt Jésuss ; a vogue dehai ; a guemérr é 
gouronn hag é Sasptre a chom énn é sau à gosté. Enn eu Roué aral a rey éhalcé.) 

Gasparr. 
(Ar é zeulin, etc. a gan.) 

Gasparr om-mé hanhuett; né veennan quètt nahein 
195. Hanaouéd aveitt Roué; maiss deid-on d'adorein 

Er Messi, Roué ha Doué; aveitt ur hass d'enn Nean, 
Enn déss quemerd, aell omp ur Horff hag unn inean. 

Mœlkiorr. 
(Ar é zeulin, etc., agan.) 

Mœlkiorr é me hanhue Moriein drè accidantt 
Hanaouéd ar menn Douarr ur Roné brass ha pouissant; 
200. Meitt berma mé guita enn inourr a voutt Roué; 
Mé veenn boutt servitourr dirac Roué er Rouanne. 

Enn Mit Gabnèk. 
(Eid er Huiriéss a larr.) 

A hou tonœzonneu enn hou trugairécan 
E-ouèss reid a galon, Princétt d'em Map bihan. 

Baltazarr. 
(A gan ag è sau, è gouronn ar é beenn.) 

Enn Eure a veenn laréd é vou Roué er Hroaidurr; 
205. Uruss vou er Bètt-ma qùitt à oual avanturr, 
É Rantelah a vou straouéd oll dré er Bétt, 
M\\ m'enn-déss larett teemp Izài er Profétt. 






Le Mystère des Trois Rois. 3 5 5 

Melkiorr. 

(Chante.) 

Approchons donc nous trois ; ne soyons point paresseux, 
pour adorer de cœur notre Dieu charitable : 
offrons-lui de l'or, de la myrrhe et de l'encens aussi, 
pour qu'il nous mette en bon lieu à la fin de notre vie. 
(On allume deux cierges devant les images ; Joseph s'asseoit à côté de la Vierge.) 

Baltazar. 

(Sur ses deux genoux, entre Jésus et le peuple, sa couronne et son bâton royal à terre, 

son présent dans sa main gauche, chante.) 

190. J'ai un royaume; car d'un sang royal 
Né, je suis sorti, mon nom est Baltazal ; 
mais je connois un roi, plus grand jamais 
il n'y en a eu ni il n'y en aura, né d'une Vierge. 
(Baltazar met son présent sur l'escabeau aux pieds de Jésus, les embrasse; prend sa 
couronne et son sceptre, reste debout de côté. Les deux autres rois feront de même.) 

Gasparr. 
(Sur ses deux genoux, etc., chante.) 

On m'appelle Gasparr, je ne veux pas le nier, 
19$. connu comme Roi ; mais je suis venu pour adorer 
le Messie, roi et Dieu ; pour nous envoyer au ciel. 
il a pris, comme nous, un corps et une âme. 

Malkiorr. 

(à genoux, etc., chante,) 

Mcelkiorr est mon nom, noir par accident 2, 
connu sur ma terre comme nn roi grand et puissant ; 
200. mais à présent je laisse l'honneur d'être roi ; 
je veux être serviteur devant le roi des Rois. 

L'ange Gabriel. 
(Pour la Vierge dit.) 

De vos présents je vous remercie, 

(ces présents) que vous avez donnés de cœur, princes, à mon petit fils. 

Baltazarr. 
(Chante et se lève, sa couronne sur la tête.) 

L'or veut dire que l'enfant sera roi ; 
205. il sera heureux dans ce monde-ci, à l'abri de mauvaise aventure ; 
sa royauté sera répandue à travers le monde entier, 
comme nous l'a dit Isaïe le prophète. 

l. Pastorale française: Melchior suis nommé, Maure par accident. 

Rev. Cclt., VII. 23 



IU 



.1. Lot h. 

Gasparr. 

(A gan ag é sau, etc.) 

Croaidurr leine a zoustérr n'enn don que bétt ingratt. 
E'zance zou me frezantt a ran à galon vatt. 

Enn MU Gabr'ùk. 
(Eid er Huiriéss a larr.) 

2io. Gasparr, Deinn forh- abil saouéd ag er Rouanne 
Larétt-tein, mé hou pétt, er Mistérr zou azé, 
Pétra a senefi en E'zance a huélan, 
Deitt quenoh é présantt d'em Hroaiduric bihan ? 

Gasparr. 

(A gan.) 

mam Croaidurr de zoué, Mam de Roué enn yElett 
2 i ^ . Dré enn E'zance-man é hanauamp parfett, 

Hou Mab a olvisco ah gannéd à zoué enn Tatt 

Quer coh aell dou, quer cairr, quer pouissantt ha quer matt. 

Mœlkiorr. 



Recehuéd er Mirr-Zé, o me Salvérr Jésuss 
A galon er ran deoh, na rétt qued er refuss, 
220. M\\ d'en neimb a deli hunn teennein à vizérr. 

Hunn golhein enn é ouaid ar lein manné Calvérr. 

Enn MU Gabnéle. 
(Eid er Huiriéss a larr.) 

Trugairécatt, Prmcétt, a hou tonszonneu 
E-ouéss bétt reitt t'em Mab, à greiss hou calonneu. 

Enn Tri Roué. 
(Digabasl ar ou deulin a gann ar unn dro.) 

Guiriéss ni hou supli, à greizic hur halon, 

225. Pédétt hou Map Jésuss aveid ér béhérion ; 

Ma bardonnou dehai ou fauteu comaetétt 

Ma veintt gued er-ré Vad er Baraouiss salvétt. 

Enn JEU Gabriéle. 
(Eid er Huiriéss a larr.) 

Crédéd a dra certeinn é vein Avocadéss 
Dirac Jésuss me Mab eitt ai ér^Baradoéss. 

(Lémél a-rérr el Limageu hag er pilaetteu.) 



Le Mystère des Trois Rois. 355 

Gasparr. 
(Chante et se lève, etc.) 

Enfant plein de douceur, je n'ai pas été ingrat : 

de l'encens est mon présent, que je donne de bon cœur. 

L'ange Gabriel. 
(Pour la Vierge, dit ) 

210. Gasparr, homme très habile, sorti des Rois, 
dites-moi, je vous prie, le mystère qui est là : 
que signifie l'encens que je vois, 
venu avec vous en présent à mon petit enfant? 

Gasparr. 

(Chante.) 

mère du fils de Dieu, mère du roi des anges, 
2 J 5 . par cet encens-ci nous reconnaissons parfaitement 
votre fils à tout jamais né de Dieu le Père, 
aussi vieux que lui, aussi beau, aussi puissant et aussi bon. 

Mœlkiorr. 
(Chante.) 

Recevez cette myrrhe-là, mon sauveur Jésus ; 

de cœur je vous la donne, ne me refusez pas, 

220. comme à celui qui doit nous tirer de misère, 

nous laver dans son sang sur le haut de la montagne du Calvaire. 

L'ange Gabriel. 
(Pour la Vierge dit.) 

Merci, princes, de vos présents 

Que vous avez donnés à mon fils, du fond {milieu} de vos cœurs. 

Les trois Rois. 
(Découverts, à genoux, chantent ensemble.) 

Vierge, nous vous supplions du fond de notre cœur, 
22^ . priez votre fils Jésus pour les pécheurs, 

pour qu'il leur pardonne leurs fautes commises 

pour qu'ils soient avec les bons sauvés dans le paradis. 

L'ange Gabriel. 
(Pour la Vierge dit.) 

Croyez assurément que je serai avocate 

devant Jésus mon fils pour eux dans le paradis- 

(On enlève (enlever on fait) les images et les cierges.) 






3 $6 J. Loth . 

ROLL TRIVETT HA DÉUÉHAN. 

Enn M\e Gabriéle, Enn Tri Roué. 

Enn M\e Gabriéle. 
(a larr d'enn Tri Roué enn ou sau.) 

230. Cléhuétt, Rouéett déuott me zou deid a-bairh vatt 

Eitt hou ç'avertissein d'obérr doh éhuéhatt. 

Hérod, enn dinaturr, né glasque meitt hou lahein 

Mar guaell ouah enn é di ur huéh hou ç'atrapein : 

Ean a fal dehou goutt meaenn é e-ouéss cavétt 
23$. Er Messi, d'el- lahein ; meitt guett Doué é goarnètt. . . 

Disquétt d'où Sugité er-péh e-ouéss gùelétt 

Ma tougeind er gùirr Doué ha-mér hareintt parfétt. 
(Enn M\t a dro der Boble hag a larr.) 

Ha hui, Poble devott, quérétt d'er guérr a-beenn, 

De gannein noelaenneu; enn amzérr er gouleenn. 
(Mena verr énn ur Chapële, enn aele a ra unn umble revélance.) 

(A bé vérr , é hoari énn ur Chapéle) 

COMPLIMAND A ZISPARTI. 

Enn eu Mte, San Jozep, Enn Tri Roué, Hérode, Enn Ecuyérr. 

San Jozep. 
(E'creiss, unn tamig éraug er real, é doque aell dai, ar é beenn, distroeitt doh er Boble 

a larr.) 

240, Poble, arnamp-ni quemérett squirr; 
Hemp rei E'zance, Eurena Mirr, 
Provétt hou calon d'onn Salvérr, 
A zou azé ar enn Autérr : 
Pebunan nezé um deennou 
245. E'r guérr pé él-léh ma carou. 
(011 enn Hoarierion a ra d'er gompagnoneah unn umble revélance ; hag enn Dud a ya 
enn eile arlaerh éguilé, de broff, énn ur boquein d'enn Autérr.) 



Le Mystère des Trois Rois. 357 

ROLE TROISIÈME ET DERNIER.) 

L'ange Gabriel, les trois Rois. 

L'ange Gabriel. 
(Dit aux trois Rois (qui sont) debout, m. à m. dans leur se tenir debout.) 

230. Entendez, rois dévots, je suis venu de bonne part 

pour vous avertir, pour vous faire faire attention. 

Hérode, le dénaturé, ne cherche qu'à vous tuer, 

s'il peut encore une fois dans sa demeure vous attraper : 

il veut savoir où vous avez trouvé 
23 $ . le Messie, pour le tuer ; mais il est gardé par Dieu. — 

Apprenez à vos sujets ce que vous avez vu, 

pour qu'ils craignent le vrai Dieu et qu'ils l'aiment toujours. 
(L'ange se tourne vers le peuple et dit.) 

Et vous, peuple dévot, allez à la maison tout de suite, 

pour chanter des Noëls, le temps le demande. 
(Si on n'est pas dans une chapelle, l'ange fait une humble révérence.) 

(Lorsqu'on joue (on est à jouer) dans une chapelle) 

compliment de séparation. 

Les deux Anges, saint Joseph, les trois Rois, Hérode, l'Ecuyer. 

Saiut Joseph. 
(Au milieu, un peu en avant des autres, le chapeau, comme eux, sur la tête, tourné vers 

le peuple, dit.) 

240. Peuple, sur nous prenez exemple: 

sans donner d'encens, d'or ni de myrrhe, 
offrez vos cœurs à notre sauveur, 
qui est là sur l'autel : 
chacun alors se retirera 
24c . à la maison ou là où il voudra. 
(Tous les acteurs font à la compagnie une humble révérence ; et les gens vont l'un après 
l'autre faire leur oblation, en baisant l'autel.) 

FIN. 

J. LOTH. 



TWO IR1SH I^TH CENT. VERSIONS 

SIR JOHN MANDEVILLE'STRAVELS 



CLOGâs s. a belfry. Ace. sg. AU tor hiainn mar clogeâs [clogas] 58.1. 
Eg. 154. 3 « isafair... tower for bells. » 

cloictech s. « a pinnade ». Dat. pi. moran do thoraib 7 do chloic- 
tighib. 57. 2. « with many îowers and pinnacles. » 

Coimhédaidhe s. « agovernor » dat. sg. ata tempo/ ic Jôsep mac Ia- 
côp dobi na choimhe'd aighi ar an Eigipt . 59. 4: « And there isthe temple 
of I. the son of I. who governed Egypt. » Râinicc se assin docum beith ina 
choimédaidhi [coimétaigh] a righdacht Caradân 62. 2. Eg. 138. 2. 
« afterwards he was governor and prince of Corasan. » 

Coimsech adj. potent, endurable. N. sg. ni coimsech d'feraib an do- 
main a fûaire an geimhn'iM ara fatt budh thuaidh. 61. 1. « therejorc in 
the very north the land is so cold that no man may dwell there. » 

cuingell s. « condition » rr coingiall 0. R. see *LOMLâN. 

coiNNEL-BâTHAiM « / curse », / excommunicate O'R. 3 sg. prêt, ôirdo 
bâidh Mcîcamétus connle an duine do ibhadh fin. 57. 4. « For... M. 
cursed ail who drink wine — verb. noun — Macametus... lue air an coin- 
nelbâthadh sin do denam . 57. 4. Eg. 134. 1. « therefore he cursed the 
wine ». 

coMPâs s. « compass ». G. sg. ata an tabernacul ar lâr na hegailsi ar 
cuma leth compâis. 58. 1. « /// the tniddle of the church is a tabernacle... 
made in manner of half a compass » . 

co-NâiGH adj. good, flourishing G. sg. croch in gadaighe conaigh .1. 

1. Voir le commencement de cet article au même volume, pp. 66-79, et pp. 210- 
224. 



Versions of Sir John ManJeville's Travels. 359 

Dismus. Eg. 129. 3. N. sg. in croch... inarcroclud/z Dismus in gadai- 
ghi conâigh. 54. 4. cf. conach luck, fortune O'Don. Supl. Conaidh'so/r, 
gentle 0. R. 

cornél s. « a corner ». Dat. sg. don tœb tes do chornél na hegailsi 
57. 3. Dat. pi. moran do thoraib 7 do chloictighib 7 do chomelaibli . 
$7. 2 « with many towers, pinnacles and corners ». 

DâN s. fate, destiny, lot. N. sg. nir lamh œn rideri a faicsin 7m' lémha, 
no coti an ridm da fuil an dân an pùcc do thaba/rt. 55. 4. na nethe bis 
a cinded 7 an dan doib — B. of Fen. p 38. In the Bible — ag déunamh 
réimh fhiadhnuise air na neithibh do bhi a ndân do Chriosd d'fulang. I 
Pet. 1. 1 1. Still current. 

derna s. « palm of the hand » . O'Don. gr. p. 105. Ace. pi. Atait 
daine in/Ui lomna/2 do cleit^ch uile acht a n-aighte 7 a n-demanna. Eg. 
146. 4 Modem Muns. pi. déarnacha. Tadhg G. p. 44. 

di'niti s. « dignity ». Ace. sg. issé in t-imper. .. dobir cach di'niti da 
fuil ar fedh a tigernais fein amach. 55.1. 

D:-scœiLiUDH ? « dissolving » Gen ? sg. k\a do thés innti co tuitit dceine 
sis ara cossaib innti, le méd di'scœilti in tesa. 6}. 4. « but it is so warm 
there in that Isle that mens members hang down to their shanks for the gréai 
dissolving of the body ». boill or magairledha rnust be supplied before 
doeine. 

Diuci s. a duke; a serpent ? N. Du . da diuci. x. 7 tri xx 7 tri céd (aria. 
69. 4. maradubairt in fàidh co tiefadh asa Babiloin diuci ? do tsluicfrd/i 
an doman uile. 60. 2. Eg. 136. 3. «for the prophet saith « out of B. 
shall corne a serpent that shall devour ail the world ». read draicc ? — / 
may hâve mis read it. 

ellach s. « cattle ». N. sg. is imdha a hellach. 61. 1. « there are 
plenty of cattle ». G. sg. ac timain eallaigh. 64. 4. 

englas s. a mixeddrink. O'R. ace. sg. lbid englas donither do bainne 
7 d'uiseci. 68. 1. « a beverage that is made of milk and water together ». 
Englas .1. uisce glas. Corm. p. 18. 

Eis-siDHCHâiN s. « discord, strife ». ace. sg. adûbradczr corab de 
thainic cach eissidhchain dobî acu. 53. 3. 

eire s. a burden. dat. sg. each cona di'llaitt 7 cona srian 7 a heire ôir 
uini. 68. 2. « a horse saddled and bridled ». 

essgamhain pi. « eels ». N. pi. bid essgamhairt [easganna] ann ambid. 
x. troighti lichtX ar fad [in azeh easgain/z dibh]. 63. 3 Eg. 139. 2. « In 
that river they find eels 30 fî. long or more ». 

farcan s. a welt of leather. ace. sg. ? innus co n-ithdis creassanna 7 
sen broga 7 farcan 7 fer crin. Eg. 135. 1 . « nor did they abstain from 



360 John Abercromby. 

girdles and shoes, and the very leather which belonged to their shields they 
pulled off and gnawed: the very whisps of old hay becamefood ». Jos. Whist, 
trans. IV. p. 195. 

far irom farradh ? company prep. along with, 3 sg. M. leigfidhter an 
ben can \osccadh 'na fochdir [\osgadh fair] . 64. 1 . Eg. 1 39. 4 the woman 
is not burnt with him. Ni luidhenn acht œn ûair afarradh cacha, mnâ [far 
en mnâi] dib. 6$. 2. Eg. 140. 3. cach uile cined ar bith a îochair a 
cheile [a fare celé] 56.1. Eg. 1 3 1 . 4. an bord ararcaith [suidh] an tigerna 
bïadh a fhocair a apstal [docaithem/; a codach faire na apstal] 60. 3. Eg. 

1 36. 4. ni luighend se a farrad a mnâ [a faré mnai] acht tri hûaire 'sa 
bWadhain. 69. 4. Eg. 145. 3. faré maighdenaibh. Eg. 146. 3. dobi 
moran do nàiribh cristaidhi faris, mar atait anîugh. Eg. 146. 3 « with 
him ». do an 'na fhocn'r [faris], an oidhchi sin. 62. 2. Eg. 1 38. 2 . lie 
staid with him. 3 sg. F. do loigh 'na foch^ir [faria] . 55.4. Eg. 131. 3 . 
he lay with lier. 1 pi. dobi farinn fein Eg. 146. 1 [in our company], 

2 pi. inarrhar^d [faribh] Eg. 138. 1. with you. 3 pi. F. Ge do rachaidh 
fariu in uair budh ail leis fein. Eg 1 37. 2. though he hâve intercourse with 
them \tlie women), whenever lie please. 

feidm s. « service ». N. sg. Bidh a fhis ac œn duine dib cred is 
feidm dé. 67. 2. « Every man knoweth weil what service he shall do ». 
fi'ch s. « wrath », anger ace. sg. da facaid le ierg no le fich ar duine, 

nwbaid lena suilibh é. Eg. 146. 2. « If they behold any man with wrath, 

they slay him with the look ». 

fisice s. « physician ». Is imdha fisici [fisîge] annsa cathair sin. 60. 

4. Eg. 136. 4. 

fisicecht s. a physic». G. sg. Lucassybiscelidhe ac foglaimfmcechta . 60. 4. 
fôirim Iassist, aid, relieve. O'R. 3 sg. pr. ind. a\a soithec/?... ina coi- 

médar an ola sin a comair dceine eslân 7 fôiridh iatt on gallruib 61 . i . 

« there is a vessel,.. to receive the oil of which they give to pilgrims, for it 

lualeth many sicknesses ». 2 sg. impr. a Dé uile c/zumachtaigh 'ma dochi 

tu cora(b)breg do curiud oram, sœr 7 foir me a sliglûhoir na c'medhach. 

Eg. 134. 1 . « she made lier prayers to our Lord, that as she was not guilty, 

lie would help lier ». 

forgnem s. buildings. N. sg. fo/gnem é\aind [tighthi roaille]. 61.2. 

Eg. 1 37. 2 « fair houses ». It is found in the 4 M. ace. sg. Ro mhillset 

Tir Aodha uile... eitir fhér, arbhar7 foircenemh (buildings) A. D, 1419, 

1492. Gen. sg. ag losecadh foirgneamh (dwellings) A. D. 143 1. Ace. 

pi. foirgnéamha do losecadh leô. A. D. 1434. 4/so in BebeVs Bible, tui- 

tidh an foirgneadh. Eccl. 10. 18. G. sg. créd é an sort fairgnithe so. 

Mark 1 3. 1. 



Versions of Sir John Mandeville's Travels. 361 

fûachas s. a burrow , foxes earth. Ace. sg. aderait... condlngne s\nr\ech 
fuâchais [fudehus] annsa sïïghidh dothairec Ahxander. 69. 1. Eg. 144. 
2 . « a fox shall make there his trail, and burrow a hole where king A . made 
the gâtes ». gen. sg. lewaid hé docum a fuàchaisi. 69. 1. = fo H- cuas ? 
cave, hollow, like those in a sea cliff. iKerry] cf. is and à\no ata in charrac 
cocuasta. L. Br. 1 59". 

fuilighim « I hurt », wound. 3 sg. pr. hab. an ti imurcuirfes cloch dib 
sin, ni fui!ighen/j [fuih'gheann] iârnn air choidhehi. 65. 1. Eg. 140. 3. 
« for he who curies any of îhem upon him may not be hurt by iron or 
steel ». From t'uil blood. 

fuirmedh s. framework, setting. N. pi. fuirmighi. [Mrmedha] a leaptha 
d or 7 do safir. 69. 4. Eg. 145. 3. « The jrame of his bed is of fine sap- 
phire ». cf. fuirmeadh O'R. a seat, foundation. îu'irmedh . 1. indeall no 
cur. O'Dav. gl. fuirmedach in remfuirmedcha fgl. praepositivee 1 S. G. 
2 1 2 :1 from fuirmim / set, place. Wind. wrtb. 

gainmech, gainmidhe. adj. « sandy , gravelly ». Atâ" tir ghainmec/; min 
\\er na enocaibh sin. 69. 3. « Beyond... is a great plain ail gravelly » is 
urchôiddch gainmidhi in \a\am sin. 61. 1. « Tartary is a barren country 
and sandy » ace. sg. conuigi in muir ngainmhidhi. 69. 3 « unto the gra- 
velly sea » dat. pi. co slighth/M gainmidhi. <6. 3. « where the way is 
sandy ». 

gelltanas. s. a promise. N. sg. in gelltanus 7 na m'mna dobmd chelc, 
ni coimlid é. Eg. 137. 4. « none of them holdeth fait h to another ». 

giûstal s. « jousting ». G. sg. inad... inambid an t-imperi... ac fé- 
chain giustala [nan giustala] 7 cenaigh. 54. 3. « Therein is a fair place 
for joustings or for other plays and sports ». Tigitt ridm ara n-echaibh 7 
bïd ac dénam giustala an^sa halla. 67. 3 « then they make knights to 
joustin arms full lustily » ace. sg. ina denaid giusîail. Eg. 130. 3. 

graibél s. « gravel ». Gen. sg. poil graibeil [gainim] 56. 2 « thefoss... 
ail full of gravel » . Dat. sg. an glaine doniter don graibel sin. 56. 3. 
« the glass made of that gravel » ace. sg. bith gâoth môr... cuires an 
graibél [gainim] trina chéle, 56. 2. 

greadhan s. cf. greadhan agréât noise M c L. and Dew. Die. innus go 
taibhster greadha/? do dainaibh uarann, gumbi se lan do trumpadhaibh 7 
à'adharcaibh 7 do laburaibh. Eg. 146. 1. « In that vale men hear often 
times great tempests and thunders... as it were of tabors and nakeres and 
trumpets ». 

greidh s. = O'R's greith a jewel, precious stone. G. pi. Dochôidh... 
'san uaimh, co foca in ingen is caoiwe doconnairc conuicci sin riam. . 
7 immforcraid indm/zsa 7 cloc/z uasal ms. clocu asali 7 greighidh aile 



362 John Abcraombx. 

[clocha buadha 7 greidhedh n-uasal] an a timcell. 5$. 3. Eg. 131. 2. 
« there ht saw a damsel . .. and sht had much Irtasurt about htr ». 

grennugudh. s. « mtnace ». G. sg. attf an lamh ele don deilb sin in 
airdi 7 a haghaidh siar mar chomartha grennaigthi ar \ucht an uilc. $3. 
1 . « //ie o///er hand ht lifts up towards tht east, in toktn to mtnact tht mis- 
dotrs » cf. Bâ gér gabthech grennaigthech. T. Troi 2022 (menacing\ 

grinnell s. « tht bottom « of tht sta. Dô curthai cleitech étrom indte 
7 do leicedh si sin ic/rtar co grinnell e. Eg. 1 35. 4 « it will sink to thc 
bottom ». 

halla s. « a hall ». G. sg. a timchill a halla. 66. 3. os ci'nn an halia 
66. 3. os cinn an halla Eg. 145. 4. a tatt ctthrl piléir/zc/nt 6ir fan halla 
sin. 66. 2 « in tht hall ». G. pi. condi/?gnadis... paigimei/n na talladh. 
Eg. 142. 2 « thty makt thtrtwith pavtmtnt to halls ». 

idhroipis s. dropsy. N. sg. Dogab idhroipis adhuthnw an l-hhùath 
sin. 58. 4. 

imlochtadh s. « passagt », pass, dtfilt . G. sg. Féda\\l siatt, maà ail 
léo fein, can dol docum imlot/rtaidh [-gh] Xar muir rûaidh. 52.4 Dat. 
sg. Berbent isainn don imluc/;?adh [imloc/rtad] sin. 68. 3. Eg. 143. 4. 
« That passagt mtn call tht Dtrbtnt ». Thtrt is nothing in tht Eng. corres- 
ponding with tht first quotation, but itmayrtftr to tht dtfdts of theRtd Sta, 
mtntiontd by Jostphus B. II. C. XV. where htsays tht Egyptians drovt tht 
Htbrtws into a narrow plact and stiztd on tht passagts by whichthty thought 
tht Htbrtws would fly / shuiting them up bttwten inacctssiblt prtcipicts and 
tht sta. = im -f- slochtad ? cf. slochd a pit, holt O'R. Gael. Die. sloch- 
dach fullof pits, dtns, hollows, cogn. with N. H. G. schlucht and slocim, 
sluccim. Wind. Wrtb. 

imm-faire. s. kttping watch. Dat. sg. Tarla do mac duine \bo\cht] do 
immfaire tri là 7 tri n-oidhchi do denam. 62. 4 « at anothtr timt tht son 
of a poor man watchtd tht hawk ». 

iN-DiGHTi pass. p. part. ? having betn burnt ? anûzk brister nô gerrtar 
îatt [is] gûal dogeibter astigh in/Hu a conwtha indighti ("in digtus]. $9. 
}. Eg. 135. 4. « whtn wt brtak or eut them in two, we jxnd within ashes 
and cinders, which is toktn that by wrath of God thecitits... wtrt burnt and 
sunk into htll ». Cf. Iondôighte adj. combustible O'R. but hère seems to be 
gen. sg. p. part. pass. of in-dâighim. The meaning of thename ofthe great 
T. de Danann king, lndagda drech ruaid LL. II 1 ' otherwise eocho olla- 
thair = ail fader ? LL. g b may possibly be rtferrtd to this word. 

indme s. « rank ». G sg. 7 tigernuidhidh a chinidh do réir an uâisle 
7 an i/fdme [inme] féin. 66. 3 • Eg- 142. 1 . « other grtat lords of his li- 
ntagt... according to thtir rank ». suidhid bantigernadha an tighi... do 



Versions of Sir John Mandeville's Travels. 303 

reir an ûaisle 7 an mdrem [fnme] fein. 66. 3. Eg. 142. 1. « accordingto 
their ranks » . Cf. 6nd fhogur inméth inna digaim (from the intrinsic sound 
of the digamma. Asc.) Sg. j h . 

inn-fhuair adj. « cool ». Comp. is do \ha\main caithid a cuid docum 
cumad innfhuaire doibh é. $6. 1. « thatthey may be the cooler « . In sruth 
somblasta don uisd indfhuar. L. Br. i22 a . 

indrem s. v. *indme. Cf. tinnramh . 1. friothâileamh. O'Cl. Sait, na 
R. index. 

li'naim « flow » like the tide. 3 sg. rel. Ata muir môr graibeil isin tir 
sin hnus 7 traidhes [traighius]. 69. 3. Eg. 145. « In this country is the 
gravelly sea... and il ebbs and flows in great waves ». 

locadh a wink? ace. sg. Cidhbé choidéolus œn \ocadh [locadh] and so 
choidhchi, nach cmriidh se a bonn ar an scegu/ sin suas. 62. 4. « for 
if he sleep he is lost, that never men shall see him more ». Cf. lochd, loch- 
dain, nap, wink of sleep. O'R. 

locaim / hinder, baulk O'R. 7 na dœine do beith ullamh dochum beith 
ana cristaig/n'Wz [doibh] \re fhebus an àUghedh, co locait é tre olcus 
choimlitt na cm/aighi é. 62. 1. n So that they who should be turned />y 
our good exarnples to the faith of J. C. they are drawn away alway through 
our ml living ». 

LOM-LâN adj. very full. Atat cined/;aigh annsa fasa/g/i sin lomlan do 
droch cuingill ( — gell R.). Eg. 133. 2. « who are a people full of ail 
evil conditions » Le. the Bedaw'in. 

LOM-NâN adj. quitefu.ll N. sg. ata faithehe... lomnarc (lân R.) do rôs. 
Eg. 133. 4. is lommnân do dochaibh bûadha. 66. 3. lomnan do deam- 
naibh Eg. 146. 1 « ail full of devils ». Dat. sg. ata an crann fo lomna/z 
anora acu Eg. 133. 4 « they do great worship thereto ». 

maghnés s. tnagnet. N. sg. is inanrc an l-adhamus 7 a madhnés 
[maghnes]. 63.3. Eg. 1 39 2. « the adamantthat is the shipman's stone» . 
D. sg. annsa mhaighneis. 63.2. 

mainer s. « kind » manner, sort. N. sg. cach uile mainer [cinelj eisg. 
65. 2. 

mx\ruél\ch s. a mariner. O'R. N. pi. is leissin donfatt mamelaigh 
na \ethe tes uile e61u^, mar doniatt ma\rne\aigh na tœibi tûaidh. 64. 3 . 
Eg. 140. 1 . 

MANDâiL s. F. « Maundy » ace. sg. corabé a \elhéd sin d'arân dobi ac 
ar Tigerna-ne in ûair dorinne se an mhandâil dâespogaib, dia dhardâoin 
|manndail 7 isé in la sin] cennlâ. 55.1. Eg. 130. 4. « Because our Lord 
made it of such bread when he made his Maundy ». G. sg. Dardoein 
man/?dâla i«diu. 69. bot. marg. Dardain mbandal aniu L. Br.'/on'. mare. 



364 John Abercromby. 

Translated at p. 40 by « Thursday of the « woman meeting » [?] today ». 
Dia dardôin mandata [on Maundy Thursday') 4M. A. D. 1476. Maundy 
is generally derived from L. mandatum, through Fr. maundé. The Irish 
termination may be compared with * paghail [paving),a concurrent j or m witb 
*paighiment from pavimentum, but adapted from the Eng. word. like 
pinntél, offrail from painting, offering, giustal jousting. 

merugudh s. aimless wandering . Dat. sg. clàhedh chena is œn do 
mile dogébadh an tslige choir dochum a tire féin, arson imatt na sWgedh 
anambeth duine ar merugudh, mona bédls grasa Dé aicci. 64. 4. « Yet 
of a 1000 persons, not one might happen to return to his country : for... 
men may go by a 1000 différent ways, that no one could be sure of returning 
exactly to the parts he came from unless... by the grâce of God » . 

mine s. gentleness. Dat. sg. Issi eisimplair Cnst... do lenf/dis ar mine 
7 ar bua'ine, ar derc 7 ar trocaire. 61 . 4. « They should be simple, meek 
and trueand full of alms deeds, as Jésus was ». 

mitals. « métal». Ace. sg. ni fhuil mitai ar donw?. >6. 3. a any 
kind of métal. Dat. sg. e\àedh im an echaibh do mitaill [mitai]. 63. 1 . 
« their horses coverings are of the same » i.e. of cuir-bouilli. 

monadh s. 1. mintage. 2. « sort », kind? cf. W. bath which has I 
think the double meaning. N. sg. cidhbé toradh [monadh toraidh] bis ac 
an chomthinol-sa do bmd nuimir a hœn. x. don torad so chuicci sin, a 
soithtrch airgà. 67. 4. Eg. 145. 2. « Then the prelate gives them some 
sort of fruit, to the number of 9, in aplate of silver ». Dat. sg. An bord ara 
caithenfl biadh d'or 7 dona dochaibh is ûaisle in a thïr 7 a tristéil [tris- 
deil in buird] don monadh cédna. 69. 4. Eg. 145. 3. « and the pillars 
that support the tables are of the same precious stones » . 

oiriber? a garden? G. sg. beridh leisécodorusoiriber[6irebter] na mai- 
nisdrech inambid môrân do cnmnaib ûaisle. 66. 1. Eg. 141. 2. a the 
almoner carries what remains to the garden » garrdha is used for garden at 
66. 2. Perhaps from L. herbarium. W. herber y S' Greal index. For 
the self developped i cf. Hoirebert — Herbert 4 M. A. D. 1430, 1432. 

oifig s. F. office. G. sg. a fiadn<2/si in espuig 7 luchta na hoifici uile. 
$4. 1. « before the bishops and the masters of the law ». Dat. sg. ocus 
bWadain no bitis in an oific hi petarlaic. L. Br. 228 low. marg. foundin 
the Bible and siill in use. 

paghail s. paving « pavement ». D. sg. a hurlâr ara na phagail [farail] 
do mharmair glé ghil. 58. 3 . « well paved with white marble ». 

PAiGHiMENT s. « pavement » ace. sg. acht fament [paigimer/t] ina hal- 
\adhz\b 7 ina séomnîdhuib. 66. 4. Eg. 142. 2 « but... pavements to 
halls and chambers ». 



Versions of Sir John Mandeville's Travels. 36$ 

pâiLis s. (-(palace ». N. sg. ata pailis sciamach. 54. 3. Dat. sg. 6 
palâs. $6. 3. 

peilér s. « /?/'//<! r ». N. sg. an piler [in peilér]. 58. 2. ace. pi. pei- 
leir, pileir. 

peirse s. « rt perch ». Dat. sg. ata caislen... 7 dealb seabaic ar persi 
and. 62. 3. « Tfore is found a sparrow hawk upon a fuir perch ». 

pinntél s. painting. Dat. sg. ata... clir isan balla 7 delb Muire air, 
arna pi/7/7téil comaith. 60. 4. « in the wall is a table... on which formerly 
was painted an image of our Lady » ace. sg. Cros crainn can pindtél, can 
or, can cloich ûasal. 69. 4 « one plainwooden cross ». 

pinntiurach a painting, picture. N. sg. mairidh in pinntiûracht [penn- 
turacht] fôs . 58. 1. Eg. 134. 2. 

pis s. « pease ». N. sg. ni fâsann fin, na pis, na pônair(e) ann. 61. 1. 

pudar s. « dust ». Dat. sg. cor scribad^r Iitra:/?a lena meraib a pud^r 
muWaich na enoe sin. 54. 3. « in the dust of those hills they wrote letters 
and figures with their fingers ». 

raibër s. « river ». N. sg. ata raiber laimh re cathair Acôn. $6. 2. 
« near the city of A. runs a little river ». G. sg. Constantinople go cenn 
in raib/r sin. 62. 3. Dat. sg. is imdha iasec an[nsa] rabeir [râibér] sin. 
60. 3. Eg. 1 36. 4. ace. sg. taranraibér renabar strœtombarroc. 53. 1. 

riatad adj. broken in [of animais*. Gen. pi. Atat .x. mile elefint riata 
aicci. 67. 3. « Eléphants, tame and others ». 1. each riata la Ciaran. 
Fél. March 5 note. « 50 tame horses. » 

sanas s. greeting, salutation O'R. Dat. sg. mar dogab torrehes 6 sha- 
nais Gaibrieil. 61.2. 

sbéis s. liking ; heed, care O'R. N. sg. ni fhuil sbéis arbith acu a 
sbrdgh. Eg. 140. 4 « they make no force of riches ». 

scellan s. « a grain »,pip. ace. pi. Tucc se cethlri scellai/2 do thor^d 
in croind dan dûaidh a atlw/r — do chuir na scellain fa bun a thengadh. 
$ 3 . 3 . « he gave him 3 grains of the same tree of which his f allier ate » . 

scenuide pi. bits, « pièces «. ace. pi. doniter scenuide becca da féoil. 
65. 3 . « they chop ail the body in small pièces » . 

séla s. « a seal ». G.sg. arson tselaant-Sabhdâin. 58. 3 « with his 
great seal » ace. sg. andair dochidd Serrisdinidh an séla sin. 58. 3. 

seilche s. « a snail ». Dat. sg. tri céd cds bis ar gach seilche dibh 
Eg. 140. 4. N. pi. Atat se'ûchedhe insin n-oilen saùz. 65.2. 

sépél s. « a chapel ». N. sg. an sépél. 59. 2. Dat. i Sepél an rig — 
isin sépél. $3. 4. 62. 2. ace. sg. ni fuil lempul, na sepél.. . ann 56.4. 

siri'ne s. « a cherry ». G. pi. a cosmu/les crand aimedh nô shirined. 
55. 1 . « Asit were of plum trees or of cherry trees ». 



3 66 John Abercromby. 

slighthoir s. an évader O'R. but hère it means, slanderer v. *foirim. 

slimm adj ? dat. sg. is d'arân tslimm [slfm pluir] donit sacramint na 
hedais'i [na haltora]. $4, 4. « The make their sacrament of ihe altar of un 
leaven [tharf, in some éditions) bread ». / cannot explain. In the dict. one 
finds Slim, slippen ; slim , deceitful. Gael. Die. slim, sleek O'R. For un- 
leaven, deserbdi .1. cen serbi peetha Wb. Î9 b- la harân nemdescaigthe. 
Sait, na Rann 3914. Theword « tharf » 0. E. thearf, may hâve been mi- 
sunderstood. 

so-dhaing adj. easy, opp. of Do-dhaing. N. sg. 7 ni soghaing [hurusa] 
annsin acht an trath bis imforc/aidh snec/ïfa ar muin an oighre. 61. 1. 
Eg. 1 37. 1. « For no man may pass by that way well, except... when the 
waîers be frozen and snow upon them ». 

soinend s. « clear weather «, opp. o/doinenn gl. nubes, nubilum. Sg. 
49 b . dat. sg. dochidh daeine a soiflind maith ar in enoe sinhi. 62.4. Eg. 
1 38. 4. « Men may see it afar in clear weather ». 

sôinmiche s. favorable circumstances. G. sg. Do citer cuitt do Sheghor 
an aimsir tsoinm/c/ze as an muir suas. 59. 3. « Some part of it still ap- 
pears above water... when it is clear and fine weather » adj. sôinmech gl. 
secundus. Sg. 69''. 

soleir s. cellar « stable ». N. pi. 7 soleir fûtha sin ambid an eich. 
$4. 3 « stables. . . for the emperor's horses » . 

spi'srach, spi'sradh s. « spice ». G. sg. ina benaid daine imarcraidh 
spisr^igh. Eg. 133. 3. « where men draw out of the earth a thing. . . which 
they eat instead of spice », Nom. pi. is imdha a spisartha. 66. 2. « its 
spices ». Dat. pi. alharraidh \alhraighcdh RJ in tobur sin ba\adh sblsraigh 
do sb'isarlhaibh examla cac/2 œn ûair 'sa 16. Eg. 1 39. 3. R. 64. 1. « a ...well 
which lias the odour and savour of ail spices ; and at every hour of theday it 
changes its odour and its savour diversely » . 

spor s. « spur ». N. pi. ni bi'd spuir [sbuir] ac marcshlu aigh an tire- 
[sin] dognâth. 68. 1. Eg. 143. 2. The older word cinteir gl. calcar Sg. 
$o a must hâve fallen into disuse. 

sreabh s. a stream, the passage of milk in the teat of a cow. O'Don. 
Supl. dat. pi. mararblidh a cidhi 7 an bainni do blidh annsin mairidh 
béos ann aran marmair nderge ana sreabhaibh gela. 57. 4. « so that the 
traces may y et be seen ail white in the stones » sreb gl. fistula. Caris. Cod. 
39 e sreb « stream ». Sait, na Rann. Index. Hère it means « streaks ». 

STâm c. F. « state », condition, G. sg. Do ihiariaiglûusa don t-Sabh- 
dan crett lue fis staite na cristaidhe. Eg. 1 38. 1. « / asked him how lie 
knew the state of the Christians » . 

statûid s. « statute r. N. sg. an dara statûid [statùidhe] 67. 1. Eg. 






Versions of Sir John Mandeville's Travels. 367 

142. 5 ace. pi. do roine staûide [statûidhe] 7 dWghedha [dligtena] nûa. 
67. 1 . Stéd s. a steed ace. sg. dobeir fer acu mul nô sied gléghel don im- 
peri. 67. 3. Nom. pi. ceth\v\ s&éda fân carpat. 67. 4. 

suâiTHENTA adj « principal » . N . pi. Na doirrsi is suâithenta [a suai- 
c/n'nta] alad ar an calhraigh sin, is do cloich buadha ren abar sardines 
îad . 69. 4. « ihe principal gâtes of his palace are of the precious sîones cal- 
led sardines » . 

tagra s. « a dissension », law suit. N. sg. cach dias \ter ambi cuis nô 
tagra[agra], scribtar da dhuilléôig dôib 7 cuirterannsa laim sin îad . 64. 
2. Eg. 1 39. 4. « when there is any dissension between iwo parties, and each 
of them maintains his cause, both parties write their causes in two bills and 
put them in the hand of S 1 Thomas » . 

TâiRNiG 3 sg. prêt, finished v. Tarnic.T. Troi Index mar is lûaitheco 
tairnig [terrnig] le sin do rada. 57. 3 . Eg. 1 34. 1. « and when she had 
said this ». 

TâoBHAiM « / trust in », rely upon. 3 sg. rel. pr. ind. Is mô tâobus se 
na fisicci cmfuidhi oldâtt na serrisdinec/?. 67. 3 . « for he trusts more 
in the Christian leeches than in the Saracens » . 

técht = t-écht ? N. sg. isi in mhuir Xécht dea\aigh\s \\er Arafp 7 tir 
Iûda. 59. 3. Eg. 13$. 4, « The Dead sea divides the lands of India and 
Arabia ». G. sg. Caislen Maicin anaici mara Técht 60. 1. Eg. 136. 2. 
« The castle of Macharyme near the Dead sea ». Dat. sg. muir técht sair. 
59. 4. Eg. 1 36. 1. « in going eastward from the Dead Sea ». Cf. eacht a 
catastrophe O'R. with pros. t. // may be the same as — Cessâir ar hur 
mara h-Eig. Germain uad si'ar ria glawréir. L. L. 1 5 5 l> though desarea 
was en the sea of Galilée and Hermon to the north of it. 

techt tar. speaking of, about any one. Ni lâmhthar lecht Xar a bas 6 
sin suas a îhiaàhnaisi a charad. 68. 2. Eg. 143. 3. « And after the em- 
peror is thus interred, no man shall be so hardy as to speak of him before his 
friends ». Used in the Bible do thionnsgain Iôsa theachd thar Eoin ris an 
gcoimhthionol. Math. xi. 7. O'R. has tiacht air, talking, treating of. 

tesbach s. « heat », sultriness, hot weather O'R. N. sg. bi'dh fdacht 
[ro môr] 7 tesbach [mor] co gar dha chéle innti .61. 1 . « The tempéra- 
ture passes suddenly from extrême heat to extrême cold ». 

TEASTâiL s. want, defect O'R. N. sg. bîd tusdail do dha bliadhain ar 
fairge, ag dul 7 ag techt. Eg. 142. 1. 

tigerntus s. dominion, kingdom. Dat. sg. Do labras do nghdhacht [7 
do tigernatus] Maghnais Cénuis. 68. 3. Eg. 143. 4. do tigerntus [tiger- 
nus R.) Maghnuis Cânuis. Eg. 144. 1 . ace. sg. is ara shon sin do leici- 
bhar bhar tigerntus (tigernas R.) duine (read dûinne) Eg. 1 37. 4. 



$68 John Abercromb\. 

tinnabrad s. sleep O'R. tionabhradh ace. sg. Dorinne se infhaire 
sin can ùnnabrad cod\a do denam. Eg. 1 58. 5. « Once a king of Ermony 
... watched that hawk some time ». Hère it must mean a « wink » of sleep. 

trebaire s. tillage ace . sg. ni dénaid âiùughadh, na trebaire. $7. 1. 
« they make no habitation there. Thèse people do not till the ground » . // 
has this meaning ioo in the Bible, is sibhse treabhaire Dé. 1 Cor. i,. 9. 
Dei agricultura estis. Vulg. 

trétûir s. a traitor. W. traettur. Dat. pi. do trelurachaibh. Eg. 

1 34- 2 - 

tristéil s. a trestle ? « legs of a table » auoted at *monadh. 

tugha ? read gortughith^a ? gen. of gortugudh. Do nndedar sin moran 
tugha an aghaidh air 7 fhonamhait foi. 54. 1. « and there hewas examined 
and reproved and scorned ». The corresponding passage in Eg. seems, for a 
paragraph of some 50 Unes in R. has been condensed into 8 1/2 Unes, to be 
— Bidh a fhis gor cukedh a tri h'madaibh coroin fa cenn Issa da gortu- 
gudh 7 d'fanamhad fâi. Eg. 130. 1. gortûghadh, hurt, wounding O'R. 
5 sg. pr. pass. gortaigther iarum in clerech desin [is pained thereby Fél. 
Feb. 8. note — gortigim gl. sallo. Sg. 187". 

uîNDiMENT s. « ointment ». G. sg. soithech ôir lân do manda 7 d'uin- 
dimeflt ûasal. 58. 4. ace. sg. coimlitt uirtdimmt d'âirighthi dib. 63. 4. 

urfuigell s. arbitration O'Don. Suppl. a favorable judgement ? Ace. 
sg. Cidhbé imurcras diamont... dober grasa an gm'm 7 an urfhuighill dô 
an aghaidh a namat. 6}. 2. « He who carries the diamond.... It gives 
him victory over his enemies in court and in wat >> fugall, fugell gl. nego- 
tium adversus alterura. Wb. 9''. 

John Abercromby. 



MÉLANGES 



DU LANGAGE SECRET DIT OGHAM. 

O'Donovan dans sa Grammaire Irlandaise, p. xlviii, rapporte le 
passage suivant d'O'Molloy ' : « Obscurum loquendi modum, vulgo Ogham, 
antiquariis Hiberniae satis notum, quo nimirum loquebantur syllabizando 
voculas appellationibus litterarum, dipthongorum , et tripthongorum 
ipsis dumtaxat notis ». Ce langage secret était en usage vers l'année 1 300, 
comme le montrent les Annales de Clonmacnoise citées au même endroit 
par O'Donovan: « A. D. 1328. Morish O'Gibelan. . . , an éloquent and 
exact speaker ofthe speech, which in Irish is called Ogham, ... ended 
his life this year » 2 . 

Un glossaire de cet Ogham nous a été conservé en partie dans le 
Dûil Laithne. M. Stokes, qui a publié le Dûil Laithne dans ses Goidelica 2 , 
p. 71 et suivantes, fait observer avec raison que dans ce document 
beaucoup des mots glosés sont des mots irlandais usuels déformés sim- 
plement par l'insertion de lettres ; mais il n'y a pas reconnu les caractères 
distinctifs de l'écriture secrète appelée Ogham. Les déformations de 
mots qu'on observe dans le Dûil Laithne consistent ordinairement en ce 
que une ou deux lettres de chaque mot ont été remplacées par le nom 
que ces lettres portent dans l'alphabet irlandais, par exemple d par 
daur; de là 1 48. daur-un = Dun. Devant les voyelles les noms des lettres 
sont souvent transformés en adjectifs au moyen du suffixe -ach, -ech, et ce 
suffixe est 'intercalé avant la désinence, exemple : de tinne (T) : tinnech, 



1. Grammatica latino-hibernica Nunc compendiata, authore Rev. P. Fr. Francisco 
Molloy Ord. Min. Strict. Obseruantiae in Collegio S. Isidori S. Theol. Professore Pri- 
mario, Lectore Iubilato, Et Prouinciae Hiberniae in Curia Romana Agente Generali. 
Romae, ex Typographia S. Cong. de Propag. Fide. MDCLXXVII, in-12, cinq feuillets 
non numérotés et 286 pages. Le passage cité se trouve à la page 133. (H. d'A. de J.) 

2. Comparez l'édition des Annales des quatre Maîtres donnée par O'Donovan en 1851, 
t. III, p. $37, note. {H. d'A. de J.) 

Rev. Celt., VII 24 



370 Mélanges. 

d'où 185. tinnech-air=Tair ; de muin (M) : muinech, d'où: 99. muinch- 
idh = M/d/z. Souvent l'aspiration de-ach,-ech est supprimée : 98 muinc- 
edhg = Medhg. — Les voyelles sont fréquemment omises, exemple: 65. 
muin-coll= M[a]C. Si dans le nom de la lettre on a trouvé déjà les con- 
sonnes qui dans le mot suivent cette lettre, on ne répète pas toujours 
ces consonnes. Exemple: 95. sail-alm écrit pour SA [ill], quand il faudrait, 
ce semble, sail-alm -aill ou sail-ailm-ill pour représenter le mot irlandais ; 
265 . coll-ue = Cu[il]e, qui rigoureusement devrait s'écrire coll-uile; 247. 
cert-ros-ar = C[eth]Rar; de même 60. fera = F[er\. Des consonnes sont 
aussi omises sans ce motif, ainsi 5 y muin-drech z=. M[er]drech. De bien 
plus fortes mutilations se produisent comme 175. atroi-bethe =atruB[art] 
ou même 140. tinne z=. T[alam], 17. luis = L[dm] '. En outre d'autres 
altérations peuvent être admises, telle que l'emploi de non aspirées au lieu 
d'aspirées ; ainsi on a mis 262. ni[n]-ec = Nech 2 ; pour a par exemple 
151. ond-los-bu (.i. Albu) = OLbu; ou bien une n a été ajoutée à la fin 
du mot : 40. sgillenn, lisez s-coill-en-n = sCian, etc.?. Beaucoup déformes 
bizarres peuvent être attribuées à l'état de corruption dans lequel le 
texte nous a été transmis. Je ne me livrerai pas sur cette matière à de 
nombreuses conjectures : je vais simplement citer les exemples qui con- 
cernent chacune des lettres de l'alphabet Beth-luis-nion, en reproduisant 
les noms de ces lettres telles que nous les font connaître le Book oj 
Ballymote (Rhys, Lectures 2 339) et le Book of Lecan (O'Donovan, Gram- 
maire, p. xxxn). 

B (Bail, bethi, Lee. beith): 84. bet-roisg-en-n (.i. bairgen), 175. atroi- 
bethe {.i. adrubuirt), 177. beiti-d (.i. ata) = Bid, 261. do-betha-grés 
(.i. dogrés) z=. doB[ith]grés, probablement aussi: 53. beth-los-ach (.i. 
bathach, lisez bldthach ?), 113. bethan, lisez beîh-onn? (.i. bo), 258. 
imbethrar, lisez im-beth-rach ? (.i. im[b]arach) ; — avec -ch : 279. betch- 
ennacht (.i. bennacht) ; c'est d'après ce mot qu'est formé 280. met- 
chennacht (.i. mallacht). — On reconnaît une imitation du même genre 
dans: 64. geitheille (.i. giolla) . — En outre il est possible que bethe soit 
contenu dans 20. bethul (.i. biach), 45. betbec (.i. blath), 1 34. betenghort 
(.i. bech), 159. bethb (.i. dub), peut-être même dans 128. bedban (.i. 
bradan), 268. betlim (.i. deabaid), $0. sebath (.i. sgiath). 

L (Bail. Lee. luis) : 151. ond-los-bu (.i. albu), 179. lorum, lisez los- 



1. Toutefois on trouve aussi chez O'Cléry un mot luis .i. lam [Rev. celt., V., 19). 

2. Cp. 178. achobar .i. acobar. 

j'. M. d'Arbois de Jubainville me fait observer que les lettres omises sont souvent celles 
qui, dans l'écriture ordinaire, peuvent être remplacées par des signes abréviatifs ; tel est 
Va de mac, l'A des sourdes aspirées, tel est er dans merdrech, fer, etc. 



Mélanges. 371 

um (A. liom), 180. los-ob (A. lib), 182. loisi, lisez lois-s ( Ci. lais), 
239. dur-lus [À. dal), 37. de-les-g (.i. deilg), 17. /u/s (.i. lamh) ; — avec 
gutturale: 80. loisg-ester (A. lestar), i^j.loircis, lisez loisc-ir (A. 1er), 
152. losc-an (A. lan), 163. loisc-ia [A. liath, lisez lia?), 181. losc-a 
(.i. leo), 223. onn-bea-lasc-a-n {A. obele), 237. losc-og (.i. log). — 
Sont douteux : 21 . losuill [A. caull), 32. luisnech niamnach (.i. léne), 
53. beth-los-ach (.i. bathach, lisez bldthachf), 146. «r//us (.i. cealbh, 
lisez ce///), 203. colluisuïd (.i. coblaigid), 209. idluisne (.i. itarmna), 
277. blaistiud (.i. seinm). 

F (Bail, /ern, Lee. /^r«) : 60. fera (.i. fer) ; — peut-être 169. ferim, 
lisez fer ni ou /e/w ? ( . i . fir) . 

S (Bail. Lee. sail) : 95. sail-alm (.i. sailli, 216. sal-ur (.i. siur), 
249. seal-sor (.i. sesior), probablement aussi 126. or ail, lisez o-w// 
(.i. eilit) = oS;~ peut-être: 198. sailscon (.i. snadud), 229. sailble- 
dhach (.i. saitech), 21. /oshî'// (.i. caull), 49. giusalath (.i. guin no 
giuchnadh). 

N (Bail, ni/2, Lee. nion): 286. clo-nin-tinne (.i. cluinnte), 262. /?/>c, 
lisez rtw-êc (.i. nech), 263. nion-ac — Nach ' ; — avec une gutturale : 
191. a-ninch-es (.i. andesl, 192. aninoibiar, lisez a-ninch-iar (.i. ani'ar), 
166. meinichet, lisez me-ninch-et [A. mennat). — Sontdouteux: 259. 
iniongort (A. inocht), 106. ninan (.i. tiompan), 139. ninon (.i. nimh), 
205. m'oflta (.i. cainti), 206. brainionta (.i. banchainte), 69. eonann 
(.i. ian). 

D (Bail, dur, Lee. du/r) : 66. daur (.i." dia), 109. daurrusus, lisez 
daur-rus-uth (.i. druth), 114. daur-ailm (.i. damh), 148. daur-un 
(A. dun), 170. dair-et [A. teit, lisez de/r), 171. da/'r-i (.i. do, lisez d//), 
172. duir-ib (A. doib), 173. daur-ub (.i. duibh), 234. dur-uit (A. deit), 
239. dur-lus (A. dal), 245 . an-dur-is [A. andis), 256. an-duir-iu [A. andiu), 
257. an-duir-e (A. andee), 290. dur-unad (.i. dunad). — Il y a peut- 
être une gutturale dans 254. aoin-derc-iach (A. ahoendeg) 2 ; — sont 
douteux: 1. dairtinne (.i. duine), 37. durbuid (.i. deilg), 1 1 5 . duraibind 
[A. dartaid), 211. daurlar (A. lar), 240. adaurutan [A. alaegoucan), 276. 
eoindir [A. ann), 221. eoindir [A. innsi), 224. derclite [A. dûinnte). 

T (Bail, tindi, Lee. tinne) : 286. do-nin-tinne (.i. cluinnte), 1 $. tionnor 
lisez tionn-on: [A. ton), 140. tinne {A. talamh); — avec une gutturale : 
185. tinneach-air [A. tair), 186. tinnic-es (.i. tes), 187. tinnich-iar 
(.i, tiar), 188. tinnech-uaidh [A. tuaidh), 189. tinnich-is (A. tis), 190. 



1 . Cette glose est réunie à la suivante dans le ms. 

2. Mais cp. 255. dœrnoerciach (.i. adhodeg). 



372 Mélanges. 

tinnech-uas (A. tuas), 242. ro-thinnich-t bas (A. dacuaidh bas) = roThét 
bas. — Sont douteux : 1 . dairtinne (.i. duine), 59. oirthine (A. oigthi- 
gerna), 67. tinim [A. tine), 1 56. gortinne (A. fiacaib no beir no tug no 
tabair) ', 78. creithne (A. criathar), 197. collterniud, lisez coll-tinn-iud ? 
[A. codlud). 

C (Bail. Lee. coll) : 28. der-cuill [A. derc), 40. sgillenn, lisez s-coill- 
en-n (.i. scian), 65. muin-coll (.i. mac), 104. cul-orn (.i. corn), 105. 
cul-aire (.i. cornaire, lisez cake?), 110. eabad-coll (.i. ech), 1 19. muins- 
cuill, lisez muin-cuillf (.i. mue), 120. co//ar, lisez coll-ur (.i. eu), 142. 
usgulie, lisez us-cull-e (.i. uisge), 167. coill-iuch (.i. crioch), 194. ar- 
coll-aiî (.i. ar gecuit), 197. collterniud, lisez coll-tinn-iud? (.i. codlud), 
241. cun-cul-ut (.i. cutut, lisez cuc/zf), 248. coll-cur (.i. cuigiur), 265. 
co//-ue (.i. cuile), 266. coll-uicenn (.i. coicenn), 267. cun-cull-um (.i. 
eugum), 273. un-cull-ut (.i. ocut), 274. un-cull-um ( i. ocumm), 27$. 
iom-coll-amair (.i. imcomair), 278. coll-umac (.i. cumac) ; — sont 
douteux: 6. eochaille (.i. einech), 48. collann (.i. calg), 71. collscoin 
(.i. cuirm), 73. coillsge (.i. cuad), 93. collruim (.i. feoil), 176. onncaill 
(.i. adhlaic), 200. ai/// (.i. cler), 203. colluisuid (.i. coblaigid), 235. 
scillber (.i. siorlaige). 

Q (Bail, ^uert, Lee. ^Bfi/rt) : 164. cerf (.i. cidh), 207. cert-rann 
(.i. ceturn, Stokes : ceturranna), 230. cestoe, lisez cert-ne (.i. cena), 
233. foi-cert (.i. focen), 247. cert-ros-ar (.i. cetrar) ; — sont douteux: 
146. cert-lus (.i. cealbh, lisez a// f), 228. maincirt (.i. mitig), 77. 
scartlann (.i. scaball). — 215. forf-ros-a[>] (.i. frater) résulte peut-être 
d'une transformation de beth-ros-ar d'après certrosar. 

M (Bail. Lee. muin): 55. muin-drech (.i. meirdreach), 65. muin-coll 
(.i. mac), 135. muin-rois (.i. mor), 137. man-aith (.i. maith), 217. 
muin-gort (.i. mag), 1 19. muins-cuill, lisez muin-cuill ? (.i. mue) ; — avec 
une gutturale : 24. muinc-edan (.i. medhôn), 83. muinc-ir (.i. mîr), 91. 
minc-ill, Ci. mil), 98. muinc-edhg (A. medhg), 99. muinch-idh (A. miodh), 
183. roi-minc-ailg (A. romairg, lisez romailg?), 220. munch-aol (A. 
maol), 225. mainic-iall [A. mail), 226. mainc-ir [A. cir, lisez mir?), 
227. mainc-il [A. mil), 243. munc-orbadh [A. marbadh), 281. mainc-esg 
(A. mesg). — Sont douteux : 3. muinbutd [A. menma), 217. muinsgith 
[A. mag), 228. maincirt no munghort (.i. mitig), 214. man-ros-ar (A. 
mater), avec addition de ros d'après l'analogie de 2 1 5 . bertrosar(A. frater) ; 
puis manrosar a fourni le modèle pour 213. anrosar (.i. pater). 

G (Bail. Lee. gort) : 63. eon-gort (.i. ingen), 96. gorgruth, lisez gort- 

1. Cp. 271. goirtnide (.i. tabair). 



Mélanges. 373 

ruîh (.i. gruth), 97. gort-rus (A. grus), 217. muin-gort (A. mag). — 
Sont douteux: 259. iniongort (A. inocht), 44. gortlomnach {A. gemin), 
88. gortan (A. cainenn), 107. gortran (A. cuislinn), 134. betenghort 
(A. bech), 156. gortinne [A. fiacaib no beir, etc.), 271. goirtnide (A. 
tabair), 210. gortrailbhe [A. caoindealbh), 218. gartaÇA. guth). 

R (Bail. Lee. mis) : 84. beîh-rois-gen-n [A. bairgen), 109. daurrusus, 
lisez daur-rus-uth (.i. druth), 13$. muin-rois [A. mor), 199. com-rois-ge 
[A. comairce), 246. at-reis-iur [A. atriur), 247. cert-ros-ar (A. cetrar). 
D'après ce modèle on a formé: 250. sechirosar [A. secht), 251. 
ochtrosar [A. ahocht), 252. n&rosar (.i. naoi). 21$. bert-ros-a[r] (.i. 
frater), qui a livré le modèle pour la formation de : 214. manrosar [A. 
mater), 213. anrosar [A. pater), 288. muinrosar A. (muinter), cp. 33. 
carosar (.i. corrtair) ; — avec une gutturale : 1 27. rosc-on (A. r6n),2Ô3. 
roisc-iut{A. riut), 264. roisc-iam (.i. riam) ; — sont douteux 31 . crosar 
(.i. ionar), 57 . eorosnach (.i. abb), 117. rosca (.i. câiridh),86. anros 
(.i. arbar), 253. leited ni etrosar (.i. leth ficit), 39. crisgeo [A. gaoi) . 

A (Bail. Lee. ailm): 90. ailm-is [A. as), 95. sail-alm (A. saill), 
114. daur-ailm (.i. damh), 238. ailm-in (.i. alainn), 287. alm-aig 
(,i. adaigh), 34. ailm-si [À. asan) ; — sont douteux: 72. muadailm 
(.i. oilldearb), 26. cuitheilm (.i. cluas). 

(Bail. Lee. onn) : 223. onn-bea-lasc-a-n (.i. obele), 244. a-oinnd- 
ir [A. aonar), 222. ornait, lisez onn-uit (.i. tret, lisez uait), 151. 
ond-los-bu(.\. albu), 34. oind-si (.i. asan), 273. un-cull-ut (.i. ocut), 
274. un-cull-um (.i. ocumm) . D'après ce modèle ont été formés: 241 . 
cunculut (.i. cutut, lisez cucut), 267. cuncullum (A. eugum); — 
douteux: 29. coimhgeall, lisez c-oinn-cheall? (.i. cochall), 56. ondach 
(.i. aithech),89. roinn{A. coirm), 113. bethan, \ïse7.beth-onn? (.i. bo), 
132. onduenne, lisez ond-muin-e ? [A. uma)_, 150. owc/u (.i. ère), 176. 
onncaill (.i. adhlaic). 

U (Bail. Lee. ur) : 120. co//dr, lisez coll-ur (,i. eu). 

E (Bail, edad, Lee. eadhadh) , cp. EA ^Lec. eabhadh): 110. &ïIW- 
co// ( . i . ech) ; — sont douteux : 112. ebathan (.i. lair), ni. ebandan 
[A. ech). 

1 (Bail, idad, Lee. idhadh) : 92. ioda-mm (.i. im) ; — i peut-être: 
195. edmam ar ndoib ( . i . eabam ar ndeogh) . 

Dans quelques mots on a ajouté au nom de la première lettre la syl- 
labe scith (= g ?) : 217. muin-sgith (.i. mag), 58. ro«-[j]c/f/z (.i. ri) ' 



1. C'est probablement le mot sceith « aubépine» ; v. Ancient laws of Ireland, IV, 146. 
Il figure comme nom de la lettre h dans un autre alphabet (Rhys, 1. c). 



374 Mélanges. 

ou la syllabe -buid: 3. muin-buid [A. menma), 37. dur-buid [A. 
deilg), comparez 155. tinbuid [A. erges) . On a composé à l'aide de 
deux adjectifs 14. drog-mall [A. druim) . On a ajouté la syllabe -bar au 
commencement du mot dans: 135. mabar [À. mor), 7. sabar [A. 
suil), 131. arbar (À. argad), 147. liber {À. 1er), comparez 16. cufar 
(.i. cos), 8. sropur (.i.sron), 140. tamor (.i. talamh) . Le mot 121. 
caipist (.i. cat), a été formé par composition avec péist « bestia » ; il a 
servi de modèle à 122. luipisi (.i. luch) . Le dûil Laithne ne contient 
donc pas exclusivement de l'Ognam, comme le montre d'ailleurs la 
grande quantité d'autres mots qui ne sont pas formés d'après les prin- 
cipes ci-dessus énoncés. 

On aura remarqué l'emploi de la lettre q (cerf) à côté de c (coll) . 
Doit-on conclure de là que ces jeux d'esprit remontent jusqu"au temps 
où l'on distinguait encore le qu du c? Je ne le pense pas. On paraît 
avoir choisi cert principalement quand on avait à exprimer le groupe 
phonétique ce- [ci-), tandis que le plus souvent coll répond à un c placé 
devant une voyelle large: a, 0, u. Que la connaissance de ce jargon ait 
été jugée une qualité digne d'être mentionnée dans les annales, cela ne 
parle pas trop en faveur delà culture intellectuelle de l'Irlande au moyen 
âge. 

R. Thurneysen. 
lena. 

EARLY MIDDLE IRISH GLOSSES 
FROM RAWLINSON B. 5 02. 

Rawlinson B 502 is a ms. of the beginning of the twelfth century 
preserved in the Bodleian library ; and the foliowing glosses occur on the 
fragment of Tigernach's Annals with which the codex now commences. 

Fo. 1. a. 2. .1. osunn (gl. rutro). Context : Remus occissus est rutro pas- 
torali a Fabio duce Romuli ob uallum saltu transilitum. The s of sunn is dotted. 

1. b. 1. .1. noereged (gl. querentis) Context: propter deprecationem 
Ezechias querentes superbiam Sinchirib. 

2. b. 1. .1. innafannacon (gl. cloacas). Context: Romanos ludos instituât 
muros et cloacas aedificauit, capitolium extruxit. 

5. a. 1 . in marg. ishz'so sectmain danel (gl. et ex illo tempore si' numerare 
uelis .ixx. annorum ebdomadas nsque ad Christum poteris repmre). 

5. b. 1. Liber paterda (gl. zenones). The gloss continues in Latin: Liber 
Patev enim sténo dicitur. Galli autem Stenones uoeantur, Liberum Patrem hospitio 
recip«runt. Context: Galli Zenones duce Brennio'Romam inuasserunt. 

b. b. 1. cista (gl. muncipalem). Context : ius eis ciuium et mun[i]cipalem 
ordinem concedens asquali honore cum Graecis. 






Mélanges. 575 

Commentary. 

6 sunn (by a staff), sunn dat. sg. of sonn zz W. ffon, urkelt. s(p)ondo. 

no-ereged 2dy près. act. sg. 3 of erègim, arêgim, a compound of ar and égim 
formed, perhaps, from the interjection é as oïÇw (in 3uç- oi'Çw) from 0!'. 

inna jannacon (the sewers) : hère fannacon is the ace. pi. of a neut. stem ; it is 
an à'7ta£ XeydjjLEvov. The fann is cognate apparently with Lat. unda, Lith. vandu, 
0. Norse vdf/z. Whether the -acon is a compound suffix or the second élément 
of a compound like Gôpayajystov, I am unable to décide. 

Is hi so sechtmain Danel (this is Daniel's week') : cf. Daniel ix. 24 : Septuaginta 
hebdomades abreviatae sunt super populum tuum, etc. Sechtmain borrowed 
from septimana. 

Liber-paterda (gl. Zenones, i.e. Senones), an Irish adjective formed from 
the Latin Liber-Pater. For the explanation of the name Senones see Isidorus, 
Origg. lib. ix. éd. Otto: Galli autem Senones, antiquitus Xenones dicebantur 
quod Liberum hospitio recipissent. 

Cista a dérivation of cîs borrowed from census. 

Whitley Stokes. 
16 April 1886. 



BIBLIOGRAPHIE 



Early Britain. Celtic Britain, by J. Rhys, M. A., professor of Celtic in the 
university of Oxford. Second édition, revised ; London, Society for promoting Christian 
knowledge, 1885, in-12, xiv et 325 pp. avec deux cartes et une planche. 

Les lecteurs de cette revue savent avec quelle compétence M. Rhys 
traite les questions qui concernent la philologie celtique. En lisant les ex- 
cellents mémoires dont il a enrichi notre recueil, ils ont tous été à même 
d'apprécier personnellement le mérite du savant professeur d'Oxford ; 
ils ont en outre au moins entendu parler du livre si plein de science qu'il 
a publié en 1877 sous le titre de Lectures on Welsh philology et dont la 
première édition, épuisée en quelques mois, a dû être presque immédia- 
tement suivie d'une seconde 1 . Je ne doute pas qu'un certain nombre 
d'entre eux n'ait consulté et même étudié à fond cet instructif ouvrage. 

M. Rhys ne s'est pas contenté de produire des travaux d'une érudition 
approfondie qui sont forcément destinés à un groupe restreint d'amis de 
la science. Il a voulu consacrer au grand public une partie de ses veilles. 
De là le charmant volume dont nous avons entre les mains la seconde 
édition. La première date de 1882 ; la seconde a paru trois ans après. 

L'objet de ce livre est de mettre tout homme lettré à même de con- 
naître quelle est, dans l'état actuel de la science, la réponse que l'on doit 
faire aux principales questions agitées relativement à l'histoire et à l'eth- 
nographie de la Grande-Bretagne pendant les temps antérieurs à l'inva- 
sion anglo-saxonne. Après un récit historique qui constitue une sorte 
d'introduction, il expose quelles races ont habité l'île à cette époque 
reculée, à quoi on les distingue et ce que l'on sait d'elles. Comme 
sources, M. Rhys laisse de côté l'archéologie qui n'est pas son domaine, 
il se borne aux documents historiques et linguistiques. Il serait fort à 
désirer qu'il trouvât en France un émule capable d'écrire avec la même 
compétence ce qu'a été notre pays dans les premiers siècles de son his- 
toire. 

1. Voir plus haut, t. III, p. 280; t. IV, p. 116. 



Bibliographie. 377 

Il y a cependant quelques points de détail sur lesquels j'ai des critiques 
à soumettre au savant auteur. Ainsi, quand il entame l'examen des textes 
historiques les plus anciens qui concernent les Iles Britanniques, il dé- 
bute (p. 5) en nous disant qu'au cinquième siècle avant notre ère Héro- 
dote ne connaissait ni la Bretagne ni l'Irlande; puis il passe aux écrivains 
des siècles suivants. Le fragment d'Hérodote, livre III, chap. 1 1 5, par 
lequel débutent les Monumenta historien britannica de Henry Pétrie, peut 
en effet être résumé comme le fait M. Rhys. Mais, même dans un livre 
élémentaire, il me semble qu'un témoignage aussi important devrait être 
présenté d'une façon moins rapide et plus claire. En lisant dans son en- 
tier le chapitre 1 1 5 du livre III d'Hérodote, en se reportant ensuite au 
chapitre 1 3 du livre IV du même auteur, où Aristée de Proconnèse est 
cité, et en rapprochant ces textes d'un fragment de Damaste de Sigée 
qui date du même siècle et qu'Etienne de Byzance nous a conservé 1 , 
on constate que suivant la doctrine reçue en Grèce au cinquième siècle 
avant notre ère, il y avait au nord-ouest, au delà du continent euro- 
péen, une mer distincte de l'ensemble formé par le Pont-Euxin, la mer 
Egée, l'Adriatique et la Méditerranée ; il existait une mer qu'on appelait 
« l'autre mer », tvjv Irépav 6ocÀa<raav ; dans cette mer se trouvaient, 
disait-on, des îles d'où provenait l'étain, xaufftTepôç, et auxquelles on 
avait donné pour cette raison le nom de Cassitérides. Hérodote ne ren- 
contra personne qui eût vu de ses yeux cette mer du nord-ouest. Il se 
crut en conséquence autorisé à en contester l'existence, conclusion bien 
hardie et peu logique chez l'historien qui, ailleurs, avec un tact critique si 
remarquable, admet l'authenticité des traditions d'après lesquelles les 
Phéniciens auraient jadis accompli autour de l'Afrique un voyage de cir- 
cumnavigation 2 . 

La citation qui, chez M. Rhys, suit celle d'Hérodote, se présente à 
mon avis avec une erreur de chronologie. M. Rhys place avant Pythéas, 
qui vivait dans la seconde moitié du quatrième siècle avant J.-C, l'en- 
quête faite sur la Bretagne par un des Scipions, comme nous l'apprend 
l'historien Polybe cité par Strabon 3. Le Scipion dont il s'agit ici est, ce 
nous semble, P. Cornélius Scipio Aemilianus né en 185 et mort en 129 
avant notre ère ; ce fut probablement en se rendant au siège de Numance 
au commencement de l'année 133 que Scipion Emilien, prévoyant pour 
les Romains la nécessité prochaine de vastes conquêtes au nord-ouest de 



1. Charles Mùller, Fragmenta histoncorum grœcorum, t. il, p. 65, fragment 1. Etienne 
de Byzance au mot ujïsplo'o sot. 

2. Hérodote, livre IV, c. 42. Cf. livre I, c. 202. 

}. Livre IV, c. J,§ 2 ; édition Didot, p. 158, 1. 4-9. 



378 Bibliographie. 

l'Europe, ou se faisant l'organe de la curiosité de Polybe son ami, de- 
manda sur cette région, aux Marseillais et aux Gaulois voisins de Mar- 
seille, des renseignements qu'on ne lui donna pas. Ce fait, placé par 
M. Rhys antérieurement au voyage de Pythéas, lui est, croyons-nous, 
postérieur de deux siècles. 

M. Rhys conserve sur l'expédition si hardie et si féconde de Pythéas 
l'ancienne opinion combattue par Mullenhof et croit que l'audacieux 
voyageur grec pénétra dans la Baltique, au lieu de s'arrêter à l'embou- 
chure du Rhin comme l'a soutenu le savant allemand dont nous regret- 
tons la perte récente ' . Il est probable que la question sera longtemps dis- 
cutée, et malgré ma préférence pour la doctrine de Mullenhof, je ne puis 
contester à M. Rhys le droit de la repousser. Admettons donc, si l'on 
veut, un instant, que le navire qui conduisait Pythéas aurait atteint l'em- 
bouchure de la Vistule (p. 6). Mais je ne me rends point compte des rai- 
sons que peut avoir eues M. Rhys pour dire que Posidonius ait visité la 
Grande-Bretagne (p. 8). Si Diodore de Sicile a copié chez Posidonius ce 
qu'il rapporte de cette île, il est également vraisemblable que Posidonius 
a parlé de la Bretagne par ouï-dire. On a sur la vie et les voyages de Po- 
sidonius des renseignements très détaillés. On sait qu'il a visité l'Es- 
pagne, la Sicile, la Dalmatie, l'Illyrie, enfin la Gaule Narbonnaise 2 . 
Tout ce qu'il nous donne d'indications précises sur les mœurs celtiques 
paraît se rapporter aux populations de la Gaule Narbonnaise et se trou- 
vait probablement dans la partie de ses Histoires où il racontait la con- 
quête de cette région par les Romains, 125-1 18 avant J.-C. 3. Il ne 
nous semble donc nullement démontré que le célèbre écrivain grec ait 
jamais pénétré dans les Iles-Britanniques. 

Mais ces critiques ne portent que sur des détails du préambule histori- 
que. La partie la plus importante du livre est celle qui traite de l'ethno- 
graphie de la Grande-Bretagne. C'est à la fois la plus développée et 
celle où la science approfondie du linguiste qui a tenu la plume donne à 
ses assertions le plus d'autorité. Suivant lui, il faut distinguer dans la 
population des Iles-Britanniques trois couches successives : la première, 
étrangère à la race indo-européenne qu'elle a précédée; les deux sui- 
vantes, celtiques l'une et l'autre, mais de deux rameaux différents que 
nous appellerons l'un gôïdélique, l'autre gallo-breton. Suivant M. Rhys, 
les Gallo-Bretons n'avaient pas terminé la conquête delà Grande-Bre- 



1. Mullenhof, Deutsche Altertumskiwde, t. 1, p. 495. 

2. Janus Bake cité par Charles Mûller, Fragmenta historicorum grœcorum , t. 111, p. 246. 

3. Charles Mùller, Fragmenta historicorum gr<£Corum, t. III, p. 2ji, 2J9-262. 






Bibliographie. 579 

tagne quand les Romains s'y établirent ; et notamment, chose fort cu- 
rieuse, les Gôïdels, ancêtres des Gaels d'Ecosse et des Irlandais mo- 
dernes, auraient encore occupé la pointe sud-ouest de la Grande-Bre- 
tagne, c'est-à-dire le territoire des Dumnonii (Devon et Cornwall) du 
cinquième au septième siècle de notre ère. Les Dumnonii étaient des 
Gôïdels suivant M. Rhys (p. 216). Cependant il est difficile de considérer 
comme Gôïdels la plupart des émigrants qui, de la Grande-Bretagne, 
sont venus fonder en France, au cinquième et au sixième siècles, les 
petits états de la Bretagne armoricaine ; ils y ont porté précisément le 
nom des Dumnonii, et y ont créé un royaume de Domnonia qui compre- 
nait les quatre diocèses de Tréguier, Saint-Brieuc, Saint-Malo et Dol ' ; 
la langue que ces émigrants ont implantée chez nous est à peu près 
identique à celle qui s'est parlée en Grande-Bretagne dans le pays des 
Dumnonii jusqu'au siècle dernier et qui est connue sous le nom de comi- 
que; or cette langue appartient au rameau gallo-breton et non au rameau 
gôïdélique, comme l'exigerait la doctrine de M. Rhys. 

Sur quoi se fonde M. Rhys pour soutenir que la population du terri- 
toire des Dumnonii, c'est-à-dire des comtés modernes de Devon et de 
Cornwall, était de race gôïdélique, dans les siècles qui ont suivi la do- 
mination romaine et même dans les siècles précédents ? Le voici : on a 
découvert dans cette région cinq inscriptions funéraires gravées dans les 
siècles qui ont immédiatement suivi la chute de la domination romaine et 
qui appartiennent évidemment au rameau gôïdel de la race celtique. Cela 
résulte de la langue de ces inscriptions qui n'a pas changé en p le q primitif 2 ; 
c'est établi aussi par l'emploi de l'écriture dite ogamique dans trois d'entre 
elles 3. Mais de ce que cinq Gôïdels ont été enterrés dans le territoire des 
Dumnonii, durant la période qui s'écoule de l'an 400 à l'an 700 environ, 
conclure que toute la population de ce territoire était gôïdélique à cette 
date me semble très hardi. La doctrine la mieux fondée me paraît tou- 
jours être celle qui était anciennement reçue, à savoir que la population 
gallo-bretonne de cette région fut opprimée, vers l'époque où les Romains 
abandonnèrent l'île, par un petit groupe d'envahisseurs venus d'Irlande 
et appelés par les textes ordinairement Scôti ou Scotti*, mais aussi et 



1. Aurélien de Courson, Cartulaire de l'abbaye de Redon, Prolégomènes, p. clxxxvii. 
Voir aussi la notice de M. De la Borderie sur les princes de la Domnonée dans la Bio- 
graphie bretonne dirigée par P. Levot, t. I, p. 543 et suivantes. 

2. Lectures on Welsh philology, deuxième édition, p. 401, n os 86, 87; p. 405, n° 102. 

3. Lectures on Welsh philology, 2 e éd. p. 400, n° 85 : p. 401, n° 87; p. 402, n° 89. 

4. Scotorum cumulos flevit glacialis Ierne. Claudien : De IV consulatu Honorii, 
vers 33; édition Teubner-Ieep, t. I, p. 69, ligne 1. Le quatrième consulat d'Honorius 



$8o Bibliographie. 

d'abord Hiberni'. Quand l'invasion saxonne contraignit une partie des 
Dumnonii à émigrer sur le continent de la Gaule, ils y portèrent une 
langue bretonne, mais toutefois mélangée de quelques noms gôïdéliques. 
La plupart d'entre eux prononçaient prenn un mot qui veut dire « arbre»,, 
c'est la prononciation ordinaire du breton moderne. Mais quelques-uns 
cependant, comme M. de Kerdrel me le faisait récemment remarquer, 
conservaient à la consonne initiale de ce mot sa valeur gutturale primitive, 
ainsi que l'établit la charte du Carlulaire de Redon qui commence ainsi : 

Notum sit omnibus quod dédit Portitoe et Connual Cranuuikant et 
Cranquarima et quicquid potuissent eradicare de silva... 

Cette pièce date de l'année 837 2 . Quelques-uns de ces émigrants subs- 
tituaient au v initial primitif de leur nom P/goïdélique : tel était Fracan, 
père de saint Guénolé qui a donné son nom à une commune du départe- 
ment des Côtes-du-Nord, aujourd'hui appelée Ploufragani; tel est le Finus, 
témoin d'une charte de l'année 858 4; tels sont vers la même époque les 
témoins du nom de Finitan s. Le nom propre Fili porté par d'autres té- 
moins vers le même temps 6 est identique au nom commun irlandais fili, 
aujourd'hui file, que les Anglais traduisent par « poet ». 

Il y avait donc quelques Gôïdels mêlés aux Dumnonii qui vinrent fonder 
sur le continent gaulois le royaume de Domnonia. Mais ils étaient l'ex- 
ception, comme les cinq grands seigneurs dont M. Rhys et M. Hùbner 
nous ont fait connaître les pierres tumulaires découvertes en Angleterre 
dans les comtés de Devon et de Cornwall. Le mot comique freg 
« femme », avec son /initial = v est aussi un monument laissé par les 
Gôïdels de la Dumnonia britannique dans la langue bretonne de leurs 
compatriotes insulaires?. 



eut lieu en 598 Totam cum Scotus Iernen Movit Claudien, De consulatu 

Stilichonis, t. II, vers 251-252, ibidem, p. 239 Le consulat de Stilicon date de 400. 

1. Solis Britanni Pictis modo etHibernis assueta hostibus. Incerti panegyricus Constantio 
Caesari, c. 1 1 ; édition Teubner-Baehrens, p. 140, lignes 10-11. Ce panégyrique a été 
prononcé à Trêves en 296. Teuffel, Geschichte der rœmischen Literatur, § 301, 8. Les 
Scots dont il est question à des dates postérieures sont donc des Hiberni comme dans les 
vers de Claudien cités à la note précédente. Voyez sur ces Scots Ammien Marcellin,l. XX, 
c. 1, § 1 (an. 360); 1. XXVI, c. 4, § s (an. 365), 1. XXVII, c 8, § s (an 368); et 
Pacati panegyricus Theodosio augusto, § 5 . Dans les panegyrici latini, éd. Baherens, p. 
275, ligne 7. 

2. Aurélien de Courson, Cartulaire de l'abbaye de Redon, p. 13 

3. Sur Fracan, voyez la notice de M. de la Borderie dans la Biographie bretonne, 
t. I, p. 545. Cf. Morice, Mémoires pour servir de preuve à l'histoire de Bretagne, t. I, 
col. 176, qui a écrit, à tort, je crois, Fraecanus pour Fracanus. On trouve cependant en 
Irlande le nom propre Fraechan. 

4. Cartulaire de Redon, p. 96. 

5. Cartulaire de Redon, p. 92, 202, 203. Cf. Fintan dans le Chronicon Scotorum, 
aux années 603 et 613, édition Hennessy, p. 66, 74. 

6. Cartulaire de Redon, p. 9, 129, 130, 206,207, 12 °- 

7. Gr. C 2 , p. 1069. 






Bibliographie. 38 1 

Une autre doctrine que M. Rhys soutient avec beaucoup de science et 
de séduction, mais qui malgré le grand talent d'exposition de l'auteur 
érudit me paraît douteuse, c'est que les Pietés seraient une population 
non celtique (p. 244) dont la langue proviendrait de la même source que 
le basque (p. 174). L'argument principal de M. Rhys est que saint Co- 
lomba, Irlandais comme on sait, c'est-à-dire Gôïdel, arrivé dans le pays 
des Pietés à l'âge de quarante-deux ans, était obligé de recourir à un 
interprète pour se faiie comprendre, sinon de toute la population picte, 
au moins d'une partie d'entre elle ' . La preuve ne me paraît pas déci- 
sive. Je me trouvais il y a quelques jours à la Société des Antiquaires de 
France à côté d'un prêtre breton du diocèse de Quimper qui me racontait 
que la semaine précédente, appelé à entendre une femme en confession, 
il n'avait pu se faire comprendre d'elle, parce que cette femme était du 
diocèse de Vannes où l'on parle un dialecte très différent de ceux qui 
sont usités dans le diocèse de Quimper. Ce phénomène linguistique cons- 
titue une fréquente entrave au ministère sacerdotal parmi les Bretons de 
France. En conclura-t-on que le vannetais n'est pas une langue celtique ? 
Evidemment non. Pourquoi raisonner autrement lorsqu'il s'agit du 
picte ? 

Les noms d'hommes pietés que nous ont conservés par exemple Adam- 
nan et Bède sont la plupart évidemment celtiques: ainsi un des Pietés 
que saint Colomba convertit par interprète s'appelait Artbranan. Ce nom 
est irlandais. Ce n'est pas une difficulté, répond M. Rhys; il y a tel 
Gallois qui porte un prénom anglais et qui, par exemple, s'appelle John. 
Cet argument n'est pas concluant.' L'usage des vaincus est de copier les 
noms propres des vainqueurs. Après la conquête romaine, les Gaulois 
ont emprunté aux Romains leurs gentilices, leurs prénoms et souvent 
même leurs surnoms. Un petit-fils de roi gaulois, chef d'une grande in- 
surrection gauloise, un peu plus d'un siècle après la mort de César, s'ap- 
pelait C. Julius Vindex. 

Après la conquête barbare il y eut en Gaule comme un nouveau chan- 
gement de décoration et les Gallo-Romains s'affublèrent de noms francs 
ou burgundes, tout en conservant leur langue qui bientôt les vengea en 
étouffant la langue des vainqueurs. Mais, au temps de Colomba et de 
Bède, les Pietés avaient conservé leur indépendance et on ne comprend 
pas pourquoi ils se seraient gratuitement infligé l'humiliation d'aban- 



1. Adamnan, Vie de saint Columba, livre I, c. 33 ; livre 11, c. 32, édition Reeves, 
p. 62, 145; Migne, Patrologia latina, t. 88, col. 737 C, 752 A. 



382 Bibliographie. 

donner leurs noms héréditaires et nationaux pour les remplacer par ceux 
d'un peuple ennemi '. 

M. Rhys cherche à découvrir des mots qui auraient appartenu à la 
langue des populations antérieures à la conquête celtique. Cette langue, 
suivant lui étrangère à la famille indo-européenne et apparentée au 
basque (p. 274), serait celle que le Glossaire irlandais de Cormac appelle 
iarn-bélre. Au iarn-bélre appartiennent par exemple les mots fera 2 « bon » 
(p. 270), et, dit M. Rhys, Néiti » dieu de la guerre» (p. 26}). Mais fera 
nous semble n'être que le positif de l'irlandais ferr « meilleur ». Ce com- 
paratif a perdu le suffixe qui termine le positif comme en latin major, au 
positif magnas ; en irlandais mda, au positif màr, tressa, au positif trén. 
Quant à Néit, il suppose un thème nanti- presque identique au thème 
nantha- qui se retrouve dans les langues germaniques, témoin le gothique 
ana-nanthjan, toXjaôcv, et un certain nombre de noms propres, parmi 
lesquels celui de la célèbre reine de France Nanthilde 4. L'origine basque 
de ces mots est encore à prouver. 

L'opinion dominanteaujourd'hui fait venir directement d'Espagne, sans 
passer par la Gaule, les populations primitives des Iles-Britanniques soit 
antérieures à l'invasion celtique, soit goïdéliques. Le point de départ des 
divers systèmes émis sur ce point est un passage de Tacite dans sa Vie 
d'Agricola (c. 11): « Silurum colorati vultus et torti plerumque crineset 
posita contra Hispania, Iberos veteres trajecisse, easque sedes occu- 
passe fidem faciunt ». Le premier argument de Tacite : « visages colo- 
rés » et « cheveux crépus », semble peu décisif. Il faudrait démontrer 
que les Ibères auraient eu le monopole des « visages colorés » et « des 
« cheveux crépus ». Mais que veulent dire les mots posita contra His- 
pania? Comment le pays des Silures, c'est-à-dire la rive droite de la 
Severn, fait-il vis-à-vis à l'Espagne ? Il y a un monument de l'antiquité 
qui explique très bien cette situation apparente. C'est la carte dite Table 



1. Sur la langue picte, voyez Reeves, The life of St Columba, p. 63 note; Whitley 
Stokes dans les Beitrœge de Kuhn, t. V, p. 366; dans Three Irish glossaries, p. xxvni, 
xxix; et Windisch dans YAllgemeine Encyclopédie, deuxième section, t. XXXV, p. 136. 

2. Whitley Stokes, Sanas Chormaic (traduction du Glossaire de Cormac)'^. 76; dans 
Three Irish glossaries, p. 22, et dans le Leabhar breac, p. 267, col. 2, ligne 20, on 
trouve la mauvaise leçon fiem. 

3. Néit est la leçon du Leabhar breac, p. 265 , col. 2, ligne 9; cf. Whitley Stokes, 
Three Irish glossaries, p. 13, 1. 1, v° cul. L'orthographe neith, Leabhar breac, p. 269, 
col. 2, ligne 3$ ; Whitley Stokes, Three irish glossaries, p. 31, a été rejetée par M. Wh. 
Stokes, ibidem, p. xxxiv, et dans sa traduction du Glossaire de Cormac, p. 122. — 
J'ignore pourquoi M. Rhys écrit net; cf. ned chez O'Davoren [Three Irish glossaries, 
p. 108), mais nèid chez O'Clery, Revue Celtique, V, 28. 

4. Grimm, Deutsche Grammatik, t. Il, p. 5 12 ;Fœrstemann, Personennamen, col. 949; 
Schade, Altdeutsches Wœrterbuch, deuxième édition, t. I, p. 639, au mot nandjan. 



Bibliographie. 38 j 

de Peutinger. Le premier segment de cette carte est perdu ; mais le se- 
cond segment, qui est conservé, contient de la Grande-Bretagne une 
partie assez développée pour nous montrer comment dans le premier 
segment les Iles-Britanniques devaient être disposées. La Grande-Bre- 
tagne, au lieu de se tenir pour ainsi dire debout au-dessus de la Gaule, 
comme on le voit dans nos cartes modernes, était en quelque sorte cou- 
chée sur la Gaule et sur l'Espagne. La région habitée par les Dumnonii, 
aujourd'hui comtés de Devon et de Cornwall, faisait face à Bordeaux dont 
un étroit canal la séparait. Le pays des Silures, à l'embouchure de la 
Severn, sur la rive droite de ce fleuve, faisait face à la Galice où la ville 
de Brigantia possédait un phare assez haut pour que de là on pût voir 
la Grande-Bretagne, comme le prétendent à la fois Orose et la Cosmo- 
graphie dite d'Aethicus '. Au delà, suivant les mêmes documents géogra- 
phiques, l'Irlande s'interposait entre la Bretagne et l'Espagne, en sorte 
qu'une partie des côtes irlandaises regardait à distance la ville de Bri- 
gantia 2 . Un auteur irlandais du onzième ou du douzième siècle a tiré de 
ces textes une bizarre conséquence. Il nous montre le mythique héros 
Ith mac Bregoin monté sur la tour de Brigantia d'où, par une belle soirée 
d'hiver, il aperçoit l'Irlande 5. 

Suivant moi, la doctrine qui fait venir d'Espagne les premières popu- 
lations des Iles Britanniques n'est guère plus scientifique, malgré la sé- 
duction qu'elle a exercée sur des esprits éminents. 

Une autre doctrine plus moderne, mieux assise et qui est commune à 
MM. Windisch et Rhys, c'est que le plus ancien nom connu des Pietés, 
Cruithnech, en irlandais, est dérivé d'un thème identique à un nom gal- 
lois de l'île de Bretagne, Prydain. Dans Cruithnech, il y a une métathèse 
de Vu; Cruithnech est pour * Quritanicos dérivé d'un thème *quritani*. 



1. Secundus angulus circium intendit, ubi Brigantia Gallaeciae civitas sita altissimam 
farum et inter pauca memorandi operis ad spéculant Britanniae erigit. Orose, livre I, 
c. 2, § 33, chez A. Riese, Geographi latini minores, p. 64, 1. 25 ; p. 65, 1. 1. Migne, 
Patrologia latina, t. XXXI, col. 689. La phrase d'Orose est reproduite avec des variantes 
orthographiques sans importance dans la Cosmographie dite d'Aethicus, livre II, c. 33, 
chez Riese, p. 98, 1. 2-5. La doctrine qu'elle exprime est une exagération de la doctrine 
de César qui, parlant de la Grande-Bretagne, De bello gallico, VI, 13, dit: Latus... al- 
terum vergit ad Hispaniam atque occidentem solem. 

2. Hibernia insula inter Bntanniam et Hispanism sita longiore ab africo in boream 
spatio porrigitur; hujus partes priores intentae Cantabrico oceano Brigantiam Gallaeciae 
civitatem, ab africo sibi in circium occurrentem, spatioso intervalle procul spectant. Orose, 
1." I, c. 2, § 39 ; chez Riese, p. 65, 1. 22; p. 66, 1. 1-3. Cf. Migne, Patrologia latina, 
t. XXXI, col. 690, 691. Voir aussi Cosmographia, livre II, c. 39; chez Riese, p. 98, 
1. 25, 26; p. 99, 1. 1,2. 

3. Livre de Leinster, p. 3, col. 1, lignes 6-9 ; p. 11, col. 2, lignes 50-51. 

4. En moyen irlandais Cruithean dans le composé Cruithean-tuath : Leabhar breathnach, 
édition Todd, p. 158. De là le nom de Cruithne — * Quritanio-s , ancêtre mythique des 
Pietés, Ma., p. 154. 



$84 Bibliographie. 

Le changement du q en p a donné Prydain avec P initial. Or, chose fort 
remarquable, la Grande-Bretagne est appelée npsrravi'a, Prettania avec 
P initial dans les bons manuscrits de Diodore de Sicile et de Strabon; 
ripsTTavixr', Preitanice est le surnom des deux îles 'Iouepv.'a, îvernia, et 
'AXêftov, Albion, dans le Périple de Marcien d'Héraclée '.Le P de Pret- 
tania, Prettanice, pour Pritania, Pritanice, doit être l'orthographe de Py- 
théas. Cette orthographe paraît se rapporter à une époque où les Pietés 
étaient la race dominante dans les îles appelées par les Grecs AXêftov et 
'Iouepvt'a; alors les Brittonesou Britanni des Romains, les Bretain des Ir- 
landais n'avaient point encore acquis dans ces îles la situation importante 
qui a fait créer par les Romains le terme géographique de Britannia, où 
un b supplante le p initial primitif. Alors enfin, soit dans l'île, soit sur le 
continent, certaines populations celtiques substituaient déjà le p au q 
indo-européen et appelaient Iles-Pritaniques les îles, alors pietés, de 
Grande-Bretagne et d'Irlande. Ces populations celtiques ont appris ce 
nom à Pythéas. C'était vers la fin du quatrième siècle avant notre ère. 
Un peu plus de deux siècles et demi plus tard, César trouva le midi de 
la Grande-Bretagne occupé par les Gallo-Bretons. De là, l'usage romain 
du mot Britannia avec substitution du fi au P initial plus ancien. 

Je n'ai pas trouvé dans le livre si intéressant et si instructif de 
M. Rhys ce rapprochement entre le nom irlandais des Pietés et le nom 
grec des Iles Britanniques. Je le propose comme un supplément à la 
partie linguistique de cet ouvrage à laquelle je ne pourrais donner trop 
d'éloges, malgré certains dissentiments avec l'auteur sur quelques détails 
accessoires; car il est fort possible que sur ces points divers, dont je ne 
parle pas, comme sur les questions plus importantes que j'ai traitées 
dans ce compte rendu, ce soit le critique qui se trompe et M. Rhys qui 
ait raison. 

H. D'ARBOIS DE JUBAINVILLE. 



Saint George and the Dragon, a world-wide legend localised, by Guanon, 
London, Wyman and sons, 1885, in-12, 158 pp. 

Cette composition paraît une œuvre d'imagination ; Fauteur y a intro- 
duit un certain nombre de mots comiques dont on trouve la liste aux 
pages 127 et 128. 



1. Charles Millier, Geographi gr<eci minores, t. 1, p. 13$, $60-562, Cf. Mûllenhof, 
Deutsche Altertumskunde, t. I, p. 94, 95, 38), 392, 469, 471. 



Bibliographie. 385 

Y Gomerydd, das ist : Grammatik des Kymraeg oder der keitowaelischen Sprache 
von Ernst Sattler. Zurich und Leipzig. Albert Mûller's Verlag, 1886, petit in-8, 
418 pages. 

Cet ouvrage a surtout un but pratique, sans négliger cependant, dit 
l'auteur, le côté scientifique. 

Le titre seul de y gommerydd, le Gomerien,si cher aux Celtomanes des 
pays celtiques, était une promesse. Aussi, quoique l'auteur se réclame 
de la Grammatica celtica et cite les noms de MM. Windisch, Rhys, 
Thurneysen, à côté, il est vrai, de ceux de Mone, Bacmeister, etc., il 
n'est que trop facile de voir qu'il a peu profité du mouvement scienti- 
fique des trente dernières années. Quelques citations suffiront à édifier nos 
lecteurs : 

P m. « Les Kymry sont appelés par les Anglais Welshmen, Welsh 
people, et leur langue nommée Welsh, d'après le nom du pays Waleis 
(franc, pays de Galles), qui est devenue Wales, mais qui primitivement 
ne désignait qu'une partie du Sud-Galles avec le comté de Pembroke, 
où depuis longtemps on ne parle qu'anglais. » ;Il est à peine besoin de 
faire remarquer que Waleis est la forme anglo-normande du pluriel fran- 
çais Gallois.) 

P. vu, en note, nous apprenons que le celtique s'est transformé len- 
tement en Irlande, plus vite en Galles, encore plus vite en Cornouailles, 
le plus vite en